Ce que vous dites est certainement vrai des
nigiri sushi (握り寿司) Marcel, en effet. Mais il se trouve – et cela fait songer à l'interdit "absurde" des coudes sur la table chez nous – que personne, lorsqu'il dispose de baguettes, ne les saisira avec les doigts, chacun se l'interdit et freine ce geste qui serait pourtant...
si pratique, n'est-ce pas ?
Du reste le kanji
握 est lui-même un sinogramme (
wo quatrième ton) qui signifie "prendre avec la main" !
Pour ceux qui s'intéresseraient à ces jeux de mots et de miroir entre ces langues lorsqu'il s'agit de bouchées et de saisie, notons que:
la wok dont il est question dans ce fil s'écrit
鑊 qui se décompose en une clé, celle du métal et une partie dite phonétique mais qui est aussi signifiante, celle du "wo" que l'on retrouve dans le verbe saisir ou s'emparer
(獲), soit le fait de faire main basse sur quelque bien, d'obtenir par la force etc. Il n'est pas inintéressant de noter que notre vocabulaire culinaire français comporte lui aussi ce terme de "
saisir à feu vif" par exemple, comme on le fait généralement en se servant de la wok en cuisine cantonaise.
donc:
握 du nigiri sushi et son sinogramme se trouvent alignés phonologiquement et sémantiquement avec la wok
鑊 et l'acte de saisir, s'emparer
(獲) qui s'écrit presque pareil et se prononce pareil.
La légère différence d'écriture entre
鑊 (la wok) et le verbe s'emparer
(獲) est elle-même signifiante: dans celle-là, la clé sémantique, comme je vous l'ai dit, est "le fer/métal"; tandis que dans ce verbe, la clé est celle de la "bête sauvage", du "singe" ! où l'on retrouve ainsi les prémisses de cette discussion: s'emparer d'un hamburger à pleines mains pour y planter les dents,
c'est se nourrir comme un singe.
Un dernière remarque sur les nigiri sushi: ils sont fabriqués à la main; les bouchées sont moulées dans le creux des doigts, ce qui explique leur nom et la présence de ce sinogramme. Il est possible – et voilà encore une affaire bathomologique – que l'absurdité qui consiste à les saisir par des baguettes ne le soit pas tant que ça, car il semble être de règle que l'aliment
ne passe pas de la main à la main de sa confection à sa consommation.