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Pierre Bergounioux ne se sent plus de ce monde

Envoyé par Utilisateur anonyme 
Utilisateur anonyme
02 mars 2012, 20:37   Pierre Bergounioux ne se sent plus de ce monde
En fin d'entretien, il évoque cette perte.

(France Culture)
Cher Farreny, merci pour ces extraits. Je n'ai jamais rien lu de Bergounioux et vous me donnez envie d'en savoir davantage.
Si vous ne connaissez rien de lui, je ne conseille absolument pas le journal : lecture éprouvante de ressassement et de noirceur, même si on incline préalablement à la mélancolie ; bref, de quoi faire lâcher prise aux meilleures volontés. L'idéal pour commencer Bergounioux, ce sont les opuscules, fréquemment splendides, parus chez de petits éditeurs. Je me permets de recommander La casse, Le chevron, Le Grand Sylvain, Sidérothérapie, Le bois du Chapitre, La ligne et Un peu de bleu dans le paysage (et son magnifique texte éponyme). Il y a aussi des romans en collection blanche Gallimard, moins essentiels me semble-t-il.
Merci, Farreny, je me serais en effet jeté sur le Journal...
Pour ma part, je vous conseille de lire La Toussaint. C'est un très beau récit où il est question de l'héritage, de la transmission, des morts :

« Les morts existent deux foix : dehors, avant et, ensuite, dedans. Peut-être même que leur existence seconde l'emporte en étendue et en vigueur sur la première. Ils s'exaspèrent du commerce étroit, forcé, continuel qu'ils ont, en nous, avec ceux qu'ils fréquentèrent avant, dehors, et qu'ils avaient toujours la ressource de fuir ou d'ignorer. »

En complément, si je puis me permettre, je vous conseille l'ouvrage de S. Coyault-Dublanchet, La Province en héritage : Pierre Michon, Pierre Bergounioux, Richard Millet.
Que le fait de ne plus se sentir de ce monde corresponde, chez ces trois-là, à l'entrée ou au dépassement de la soixantaine affecte la nature des réflexions que l'on pourrait tirer de ces déclarations.

En outre, à supposer que ce monde ait le génie de développer chez un nombre croissant d'individus un sentiment "d'inappartenance" à son égard, il leur assure en contrepartie le privilège d'éprouver ce sentiment de plus en plus longtemps. Ou Pierre Bergounioux ne prend aucun soin de sa santé, ne se surveille plus, ou il doit s'attendre à ne plus se sentir de ce monde pour les trente-cinq années qui suivent...
J'ai lu les deux précédents tomes du Journal de Bergounioux, c'est en effet une lecture âpre et étouffante... Cependant, on peut y trouver un étrange intérêt ; on s'attache malgré tout à cette obstination d'insecte qui bute au carreau. L'homme est habité, et le contraste entre cette vie intérieure pleine de tourments et l'activité quotidienne et ordinaire qu'il relate aussi platement que possible est saisissant. En ce qui concerne les notations qui traduisent son étonnement attristé sur la marche du monde et l'éloignement que cela induit, je dois dire qu'on en trouve de très nombreuses traces, déjà, dans ces deux ouvrages-là (surtout le second, il est vrai). Mais le surmoi "de gôche" veillait au grain jusqu'à présent, et l'Anastasie intérieure officiait à plein — Ce qui semble être de moins en moins le cas...
Citation
Francmoineau
Mais le surmoi "de gôche" veillait au grain jusqu'à présent, et l'Anastasie intérieure officiait à plein — Ce qui semble être de moins en moins le cas...
Oui et non, dans le dernier tome. Les observations pertinentes sur l'état de dégradation des mœurs et du savoir, plus nombreuses en effet que dans les deux premiers volumes, sont presque systématiquement expliquées in fine par les ravages du sarkozysme ou du capitalisme, et autres superstructures chapeautant des individus sans presque aucune responsabilité dans ce qu'ils sont. Cette sauce bourdivo-marxiste qui baigne le livre est tellement riche en contradictions qu'on se dit que Bergounioux, qui est par excellence quelqu'un qui a oublié d'être bête, finira bien par s'en apercevoir une bonne fois — d'autant que son éthique personnelle et familiale, celle de ruraux corréziens durs à la tâche, semble mal s'accommoder de la déresponsabilisation générale des individus charriée par la “pensée 68”. Mais non. Cette contradiction intenable reste irrésolue. On attend avec impatience le tome 4 du journal pour voir si ces lignes-là bougeront.
Utilisateur anonyme
03 mars 2012, 13:32   Re : Pierre Bergounioux ne se sent plus de ce monde
Citation
Orimont Bolacre
Que le fait de ne plus se sentir de ce monde corresponde, chez ces trois-là, à l'entrée ou au dépassement de la soixantaine affecte la nature des réflexions que l'on pourrait tirer de ces déclarations.

22 octobre 2005 : « Frappé, une fois encore, du changement d'allure et de ton, de pensée, de sensibilité qui s'est produit en l'espace d'une quinzaine d'années. De l'autre côté de la travée, une jeune fille — j'apprendrai qu'elle suit des études d'infirmière — combine tous les traits — les travers — de l'humanité nouvelle*. Embonpoint déjà prononcé, voix traînante, “en fait”, rires injustifiés, faux, fade sottise. Un type, derrière elle, voyage avec son chat et elle s'extasie sur la bête avec des accents qui font peine. Chaque incursion dans le monde me confirme, désormais, que je n'en suis plus, qu'une autre communauté a remplacé, à peu près, celle à laquelle j'appartenais et que le temps emporte. Une chose me trouble, toutefois, c'est que nos successeurs ne me paraissent pas autrement avancés que nous l'étions, qu'ils n'aient pas tiré parti des acquisitions réalisées dans l'intervalle. Je les trouve décevants, infantiles. Et l'âge canonique qui est le mien n'explique pas tout. » Pierre Bergounioux

[C'est moi qui souligne.]

(M. Farreny, merci d'avoir copié ces extraits.)

* Notons au passage que Bergounioux ne semble pas respecter l'interdiction (informelle) que proposait Renaud Camus concernant « [le fait] d'avoir recours [aux tirets cadratins] deux fois ou davantage dans le même paragraphe, ce qui serait source de grandes obscurités » (ici).
Un beau texte sur Bergounioux et Un peu de bleu dans le paysage, recueil en effet splendide.
"Et l'âge canonique qui est le mien n'explique pas tout."

Concession est donc faite que cet "âge canonique" explique un peu, aussi. Quelques lignes plus haut le Limousin écrit : "Chaque incursion dans le monde me confirme, désormais, que je n'en suis plus, qu'une autre communauté a remplacé, à peu près, celle à laquelle j'appartenais et que le temps emporte. ", affirmant ainsi son appartenance personnelle à un certain passé et, par conséquent, son "âge canonique" (on peut d'ailleurs s'arrêter un instant sur le choix de cette expression. N'ayant lu de Bergounioux que son beau livre sur Descartes, je ne sais pas s'il est familier de l'ironie (j'ai quelques doutes) et s'il y en a pas dans cet "âge canonique" qualifiant un homme de 63 ans. Il est possible, quoique peu perceptible, qu'il veuille dire que, précisément, il n'est pas si vieux et que, précisément, c'est l'époque qui lui fait sentir un "âge canonique".)

"Frappé, une fois encore, du changement d'allure et de ton, de pensée, de sensibilité qui s'est produit en l'espace d'une quinzaine d'années." Soit, du changement qui s'est produit entre 1990 et 2005, c'est-à-dire entre les 48 et les 63 ans de l'auteur. N'est-il pas envisageable de considérer qu'il s'est produit plus de changements personnels pour Bergounioux entre 48 et 63 ans que pour l'époque entre 1990 et 2005 et cela ne fausse-t-il pas légèrement la perspective ? En matière de "changement d'allure et de ton, de pensée, de sensibilité", tout ou presque n'était-il pas déjà en 1990 et pour quelle raison, alors, Bergounioux ne l'a-t-il pas noté dès cette époque, sinon parce qu'il était plus jeune ? C'est ce qui, à mes yeux, enlève de la portée à des observations auxquelles vient immanquablement se mêler un certain soupçon vieux comme le monde.

Toute autre est la position de Renaud Camus, de qui j'ai déjà cité cette phrase où la claire ironie n'en laisse pas moins s'affirmer une lucidité sans circonstances parasites : «Je me dépêche d'occuper avant d'être tout à fait gâteux le rôle scrogneugneu du "vieux con" , afin qu'on ne puisse en attribuer le choix, de ma part, à la sénilité.» (Journal romain (29 décembre 1986))
Que l'argent-roi, le désir de profits éhontés aient favorisé la situation que décrit Bergougnoux , sans doute, mais c'est, à ma connaissance, la première fois qu'une caste au pouvoir impose délibérément à la société toute entière l'inculture, la bêtise ainsi que le dévergondage grossier des moeurs et des manières comme "règles" de vie au nom d'un prétendu meilleur des mondes possibles. Il me semble qu'il n'y a eu qu'une seule fois dans l'histoire quelque chose d'approchant, à Rome, sous le règne de Néron, mais celui-ci et son entourage d'histrions – l'équivalent, à certains égards, de nos acteurs du show-biz – n'avaient pas à leur disposition les médias d'aujourd'hui.
Je ne résiste pas à mettre en ligne cet extrait – que je viens de découvrir – de la correspondance de Zola dans lequel l'écrivain fait une analyse du journalisme qui rappellera peut-être à certains l'idée parfois développée sur ce forum selon laquelle les journalistes d'aujourd'hui sous l'influence du cinéma et du culte démesuré voué aux stars dudit, ne donnent de la réalité qu'une " représentation " au sens cinématographique du terme et vivent eux-mêmes dans une sorte de "ciné-monde" qui semble tout droit sorti de la célèbre revue – du même nom – pour midinettes et des films de série B.

" Depuis plusieurs années il est un spectacle qui m'intéresse fort : c'est de voir la queue romantique faire une irruption dans la politique et s'y installer commodément avec les panaches et les pourpoints abricots de 1830.
Il y a là une étude sérieuse qu'il faudra bien tenter un jour. Sans doute les drames romantiques laissent le public froid. Les recettes, sur les planches, devenaient maigres ... Alors on a créé des journaux. Toutes les guenilles du vieux drame ont été déménagées. C'est le grand premier rôle qui écrit les articles de tête, plume au vent et le poing sur la hanche. Ce sont les comparses en habits pailletés d'or qui crient : " Pasque - Dieu ! citoyens, nous allons en découdre ! ". Ce sont les mêmes procédés romantiques, les violentes oppositions d'ombres et de lumières, les héros et les monstres, le mensonge triomphal qui tiennent les lecteurs en haleine après avoir ennuyé les spectateurs.On bat monnaie comme l'on peut, et puisque la littérature se montrait marâtre autant devenir millionnaire avec la politique.
Etrange politique, vraiment !... Cette politique-là demanderait à être déclamée en roulant les yeux et en faisant les grands bras. Tout y est faux et mensonger, les hommes et les choses. C'est une politique de carton doré, de pompe théâtrale, derrière laquelle se creuse le vide, un vide béant où tout peut crouler un jour. Quand la représentation sera terminée, quand le peuple aura payé et acclamé les comédiens, il se retrouvera sur le trottoir grelottant et aussi nu qu'auparavant.
Il n'y a de solide en ce monde que ce qui repose sur la science. La politique idéaliste doit mener fatalement à toutes les catastrophes : lorsqu'on refuse de connaître les hommes, lorsqu'on arrange une société comme un tapissier décore un salon, pour un gala, on fait une oeuvre qui ne saurait avoir de lendemain. Et je dis cela encore plus pour les républicains idéalistes que pour les conservateurs idéalistes. Les républicains idéalistes tuent la république, telle est ma conviction formelle. Ils vont contre le siècle lui-même, ils bâtissent un édifice qui ne s'appuie sur rien de stable, et qui sera fatalement emporté ... "
Citation
Orimont Bolacre
"Et l'âge canonique qui est le mien n'explique pas tout."


Soit, du changement qui s'est produit entre 1990 et 2005, c'est-à-dire entre les 48 et les 63 ans de l'auteur. N'est-il pas envisageable de considérer qu'il s'est produit plus de changements personnels pour Bergounioux entre 48 et 63 ans que pour l'époque entre 1990 et 2005 et cela ne fausse-t-il pas légèrement la perspective ? En matière de "changement d'allure et de ton, de pensée, de sensibilité", tout ou presque n'était-il pas déjà en 1990 et pour quelle raison, alors, Bergounioux ne l'a-t-il pas noté dès cette époque, sinon parce qu'il était plus jeune ? C'est ce qui, à mes yeux, enlève de la portée à des observations auxquelles vient immanquablement se mêler un certain soupçon vieux comme le monde.

Mais vous-même, cher Orimont, sur quoi vous appuyez-vous donc pour noter que tout, ou presque, était déjà là en 1990 ? Et les changements qui affectent une époque ne retentissent-ils pas forcément sur nos changements personnels, ceux-ci incluant naturellement la perception qu'on a de ceux-là ?

D'autre part, Bergounioux étant né en 1949, il avait 41 ans en 1990, et 56 ans en 2005, cher Orimont.
Citation
Orimont Bolacre
N'ayant lu de Bergounioux que son beau livre sur Descartes, je ne sais pas s'il est familier de l'ironie (j'ai quelques doutes) et s'il y en a pas dans cet "âge canonique" qualifiant un homme de 63 ans. Il est possible, quoique peu perceptible, qu'il veuille dire que, précisément, il n'est pas si vieux et que, précisément, c'est l'époque qui lui fait sentir un "âge canonique".

Non, en l'occurrence, il est vraiment persuadé d'avoir basculé dans un autre âge, à la fois historique et, comment dire, physiologique (?). Mention est faite, de nombreuses fois dans le dernier tome de journal, du sentiment d'avoir achevé son parcours sur Terre.

Pour l'ironie, vous avez raison de douter. Le badinage et la pignolade ne courent pas (euphémisme) les pages de cet écrivain, même si l'homme est tout à fait charmant in vivo. (Et puis ce sentiment, en l'entendant parler, d'écouter la littérature même...)
» En outre, à supposer que ce monde ait le génie de développer chez un nombre croissant d'individus un sentiment "d'inappartenance" à son égard, il leur assure en contrepartie le privilège d'éprouver ce sentiment de plus en plus longtemps. Ou Pierre Bergounioux ne prend aucun soin de sa santé, ne se surveille plus, ou il doit s'attendre à ne plus se sentir de ce monde pour les trente-cinq années qui suivent...

J'ai pourtant souvent constaté que moins on se supportait dans ce monde insupportable, plus on prenait soin de son corps, se lavait avec une maniaque régularité les dents après chaque repas, faisait des abdominaux, des pompes, etc. Ainsi se fixent les ascidies sur n'importe quel support de fortune, pourvu qu'il offre quelque fermeté. Et de l'ascidie à l'acédie, concédez qu'il n'y a pas loin.
Mais vous m'avez fait penser à cette phrase de Kafka : « Entre le monde et toi, choisis le monde. » Eh bien, il ne manquerait plus que ça...
"J'ai pourtant souvent constaté que moins on se supportait dans ce monde insupportable, plus on prenait soin de son corps, se lavait avec une maniaque régularité les dents après chaque repas, faisait des abdominaux, des pompes, etc. "

Le paradoxe de celui qui, ne se sentant plus de ce monde, adopte une attitude qui va le conduire à y demeurer le plus longtemps possible est bien réel. On peut peut-être y apporter cette explication que se sentir appartenir au monde c'est accepter de s'y consumer, quand le sentiment d'"innapartenance" se traduirait au contraire par une sorte de résistance à cette "consummation". Se laisser aller, ne pas s'entretenir, précipiter sa sortie de ce monde par une mauvaise hygiène de vie, ce serait encore, précisément, une marque d'adhésion à ce monde.

Puisque vous parliez de Kafka, le Champion de jeûne n'a pas du tout l'intention de mourir.
Ah ça, il est certain que compte tenu des déplorations si familières de l'avachissement général sévissant dans le monde contemporain, avachissement physique, formel, de maintien, de langue, moral, intellectuel, il est certain, dis-je, que l'envie forcenée de se tenir droit soit un signe irréfragable de l'inappartenance à ce monde.
Même les natures foncièrement paresseuses, et c'est un grand malheur personnel, ne laissent pas parfois de se poser la question...
Je signale en passant, du même auteur, un étonnant petit livre sur Charles-Albert Cingria, paru aux éditions Fata Morgana il y a déjà quelques années.

Intitulé Pycniques et leptosomes, qui sont les deux catégories d'hommes selon Hippocrate : les robustes et les grêles, d'où découlent les deux formes d'invention poétique, introspective et casanière ou vagabonde et extravertie (celle de Cingria).
Utilisateur anonyme
04 mars 2012, 17:07   Re : Pierre Bergounioux ne se sent plus de ce monde
Citation
Orimont Bolacre
Se laisser aller, ne pas s'entretenir, précipiter sa sortie de ce monde par une mauvaise hygiène de vie, ce serait encore, précisément, une marque d'adhésion à ce monde.

Adhésion malade que celle-là, résignation dirais-je, abandon à des forces extérieures qui ne sont pas nôtres et accélèrent notre consomption, à une extériorité qui se joue de soi ou qui, au fond de soi, est source de destruction, instincts malades poussés vers la ruine, penchants nocifs et nocents, c'est-à-dire, foncièrement, démission, soumission, abdication, aliénation, donation de soi à ce qui nie le soi, l'adhésion véritable traduisant plus volontiers l'affirmation d'une volonté pleinement consciente, plus active que passive, plus assurée qu'irrésolue. Il n'y a pas un monde auquel on adhère ou pas, il y a des mondes, les uns destructeurs, les autres sublimes — adhérer à ce qui détruit trahit déjà le choix d'un certain monde (celui du Démon, du Mal, appelez-le comme vous voudrez).
Cher Orimont, cher Alain, il y a plus d'une façon de sortir de ce monde. L'amour de la saleté n'est point universel, l'amour propre non plus.
Utilisateur anonyme
04 mars 2012, 17:33   Re : Pierre Bergounioux ne se sent plus de ce monde
Comme il y a plus d'une façon d'y entrer (en frappant ou sans frapper...) et de l'habiter (en hôte ou en parasite).
Le paradoxe de celui qui, ne se sentant plus de ce monde, adopte une attitude qui va le conduire à y demeurer le plus longtemps possible est bien réel. On peut peut-être y apporter cette explication que se sentir appartenir au monde c'est accepter de s'y consumer, quand le sentiment d'"innapartenance" se traduirait au contraire par une sorte de résistance à cette "consummation". Se laisser aller, ne pas s'entretenir, précipiter sa sortie de ce monde par une mauvaise hygiène de vie, ce serait encore, précisément, une marque d'adhésion à ce monde.

Relisant très attentivement cette critique d'un paradoxe, j'éprouve le plaisir et le vertige de qui saisit en un éclair ce que fut la fin de Yukio Mishima. Cette critique est parfaite, comme une floraison dans l'éther, Il faut la laisser ainsi s'éterniser, en suspens. Et qu'elle retombe comme neige sur les choix de vie et de mort de chacun.
Utilisateur anonyme
04 mars 2012, 17:42   Re : Pierre Bergounioux ne se sent plus de ce monde
Cependant cette critique, parce qu'elle identifie le monde avec ce qui ruine, est d'un pessimisme radical — le monde est aussi ce qui exalte, ce qui transporte, ce qui fortifie.
La dégradation fut-elle sensible entre 1990 et 2005 ? Comment de toutes façons mesurer la dégradation ? Les sociologues et les économistes mesurent le chômage, la délinquance, l'apparition d'un mot et sa fréquence, et tant d'autres choses plus ou moins pertinentes.
Mais nous, si nous ne mesurons pas, il nous faudra bien trouver quelques objets de référence. Je constate la disparition des cafés, le raccourcissement des discussions après un cours de fac, la fin des librairies... Ces éléments peuvent donner des indices fiables et quasi-mesurables du changement. De la fin du monde.
"(...) sur quoi vous appuyez-vous donc pour noter que tout, ou presque, était déjà là en 1990 ?"

Cher Francmoineau, j'ai la faiblesse de m'appuyer sur des notes personnelles prises à cette époque et qui décrivent des scènes équivalentes à celle présentée par Bergounioux dans l'extrait à l'origine de ce fil. Mon soupçon est assez banal : je me demande si, en 1990, Bergounioux avait eu l'âge qu'il avait en 2005 (formule qui m'évitera le ridicule de mes calculs), il n'eût pas écrit les mêmes lignes, ne se fût déjà plus senti de ce monde où, déjà, circulaient force jeunes filles à [l'] "Embonpoint déjà prononcé, voix traînante, “en fait”, rires injustifiés, faux, fade sottise." Il faut croire que pour le Bergounioux de 41 ans, elles n'incarnaient pas encore l'impossibilité d'être de ce monde.
Citation
Charles R.
Comme il y a plus d'une façon d'y entrer (en frappant ou sans frapper...) et de l'habiter (en hôte ou en parasite).

Charles, vous avez frappé, vous ?...
Moi, on ne m'a rien demandé.
Et vas-y que j'te pousse !! Non mais.
Comment était déjà cette épitaphe de Yeats, ah, qu'on selle mon cheval...
Cast a cold Eye
On Life, on Death.
Horseman, pass by !
Merci, cher Renaud Camus.
Mais à la moindre rage de dents...
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