Le site du parti de l'In-nocence

Rions un peu (ou pleurons ensemble)

Envoyé par Philippe Jullien 
Pour divertir les membres de ce forum des discussions sur les prochaines élections, ce florilège, que je jure authentique en tous points, de perles et plus amples passages prélevés sur des dissertations de philosophie d'élèves de classe préparatoire, à Albi, voici quelques années. Je dis "de classe préparatoire" pour souligner qu'il s'agit d'élèves qui non seulement ont décroché le bac, mais sont considérés (et le pire, peut-être à juste titre) comme représentatifs des élites de la nation, et je dis "voici quelques années" parce qu'en effet c'était il y a quelques années, mais aussi parce que je laisse mes correspondants rêver à ce que c'est, depuis, devenu.

"L'art des portraits s'est développé au moyen âge pour remplacer la photographie."

"Au moyen âge, l'art des portraits avait beaucoup de mal à rester réaliste. En effet, Louis XIV peint par Rigaud est représenté dans toute sa splendeur."

"Toute personne humaine a quelque chose à dire. En effet, même les sourds et muets, malgré leur handicap, ont quelque chose à dire."

"Des artistes ne pouvant plus contenir leurs émotions, leur haine ou leur joie du moment se voient obligés de cesser toute activité pour créer." (La création comme besoin pressant - note du rapporteur)

(Dans un registre voisin : ) "L'homme pense, agit, et il lui en découle des sensations."

"Ce qui nous amène à nous demander en quoi pouvons-nous dire que l'artiste ne se soucit aucunement de la signification de ses oeuvres?"

"L'artiste apparaît comme doté d'un génie lui permettant d'exprimer le fond de sa pensée."

"Par conséquent, nous pourrions arriver à un tel niveau où le vrai du faux n'aurait plus aucune valeur."

(Je disais "quelques années" - voici qui aide à dater : en fait, c'est plus de dix ans :) "Prenons l'exemple actuel de la destruction des Bouddahs dans l'Etat Liban (...) Cela peut amener à une plus grande force, grèves par exemple, montre que ce n'est pas un cas particulier et que tout le monde est concerné par un mal qui est fait; statues de l'Etat Liban."

"Prenons l'exemple du procès d'Eichmann. En effet on a jugé un homme flegme, tout à fait persuadé de ses convictions."

"Souvent les artistes améliorent ce qu'ils voyent afin de rendre leur création plus parfaite. On peut prendre pour exemple les portraits des rois dans le moyen âge. Comme personne à part la cour voyait le roi, le peuple se fiait aux tableaux."

"La question qui se pose est si la connaissance de soi implique-t-elle la rencontre d'autrui?"

"Quant aux artistes abstraits, ils sont dans leur monde et s'excluent eux-même par des moyens illicites comme la drogue qui les font entrer dans un espèce de délire qui les pousse à créer des oeuvres sans queue ni tête et incompréhensible à un homme saint-d'esprit. Mais les véritables artistes créent des oeuvres magnifiques qui nous émuent."

"Mais est-ce que cette connaissance est-elle totale? A cette question on peut faire cette rétorque : ...

Et pour finir, France Inter : "Ce n'est pas les grandes marées qui est dangereux, mais la conjugaison avec les pluies."

Voilà, that's all folks ! Et joyeuses Pâques !!
C'est mal dit, mais tout n'est pas stupide.
"L'homme pense, agit, et il lui en découle des sensations."

On pense à la prostate de Francis...
"L'art des portraits s'est développé au moyen âge pour remplacer la photographie."

C'est mon préféré. Du Pierre Dac à l'état pur.
Utilisateur anonyme
07 avril 2012, 19:39   Re : Rions un peu (ou pleurons ensemble)
"Par conséquent, nous pourrions arriver à un tel niveau où le vrai du faux n'aurait plus aucune valeur."
Nous y arrivons, sans parler du "faux du vrai".
Un coté Lacan du (très) pauvre.
Utilisateur anonyme
07 avril 2012, 20:03   Re : Rions un peu (ou pleurons ensemble)
"L'art des portraits s'est développé au moyen âge pour remplacer la photographie."
Quand la chronologie a été abolie de l'enseignement ..........
Les questions ne devaient pas être assez claires.
Le terme "remplacer" prête à confusion. Ceci peut vouloir dire qu'à l'époque la photographie n'étant pas inventée, le souci d'exactitude de la représentation s'est développé dans l'art pictural.
07 avril 2012, 21:29   Retour vers le futur
"Homo sapiens s'est développé à la préhistoire pour remplacer les robots."
Utilisateur anonyme
07 avril 2012, 22:25   Re : Retour vers le futur
Citation
Orimont Bolacre
"Homo sapiens s'est développé à la préhistoire pour remplacer les robots."

C'est une idée à proposer à Canal plus pour une nouvelle série.
Notez que les Egyptiens étaient en mesure d'inventer le sténopé.
Souvent les artistes améliorent ce qu'ils voyent

voyent est dans l'encyclopédie de Diderot-D'Alembert, ceci dit.

C'est bien l'élite nouvelle en effet: ces jeunes gens ayant été "en prépa" il y a dix ans, ils sont tous aujourd'hui devenus des Nadine Moriano dont on croirait entendre la voix et percevoir l'aplomb à la lecture silencieuse de ces bourdes.

J'incline à supposer comme Ostinato que les questions, dont on ne sait rien, étaient largement aussi bêtes et peu inspirantes que les réponses.
08 avril 2012, 02:22   Le lit de Procstate
Vous confondez Marc, c'est celle de l'ami d'Alain qui fait ça. Nous vivons suffisamment de confusions aujourd'hui sans qu'il soit besoin d'en rajouter à ce niveau.
08 avril 2012, 03:35   La prostate chaude
Non non, la mienne va très bien merci, c'était celle d'André Candau de La Laurencie, je vous prie...
08 avril 2012, 09:16   Re : Retour vers le futur
J'incline à supposer comme Ostinato que les questions, dont on ne sait rien, étaient largement aussi bêtes et peu inspirantes que les réponses.
Monsieur Marche je ne m'appelle pas Ostinato, et je parlais à un autre degré pour souligner le fait que ces candidats ne comprennent sans doute même pas les énoncés. Penser leur semble d'ailleurs douloureux, c'est ce qui m'a le plus frappée. Mais les questions n'étaient peut-être pas plus futées, après tout, il a bien fallu que quelqu'un les guide vers cette catastrophe.
Si vous souhaitez lire des passages prélevés sur des copies d'étudiants en licence de lettres modernes, n'hésitez pas à me le faire savoir. Les copies de M. Jullien paraîtront excellentes par rapport à celles de mes étudiants.

Juste un échantillon :
« Nous pouvons alors nous demander qu'elles sont les formes du roman, et s'il n'est qu'hèritage de ce qu'il l'a précédé. »
« Cependant si il s'appuit sur cet hèritage, sur ce terreau, c'est pour mieux croitre, se renouveller et remplir ces fonctions d'art. »
« Depuis son apparition au 12°siècle avec l'épopée jusqu'à aujourd'hui sa forme à changée, donc cette conception du roman par Malraux peut s'appliquer à casi toutes oeuvres romanesque y compris dans La Lenteur de Kundera. »
« Malgré la position de l'auteur il est vrai que le roman tient une base manéable plus ou moins. La forme, le style du roman peut être diferent mais il se rejoigne toujours à la fin car il donne une oeuvre qui marquera tout au plus l'histoire. »

À part l'italique pour le titre de l'oeuvre, je n'ai rien modifié.
Utilisateur anonyme
08 avril 2012, 10:18   Re : Rions un peu (ou pleurons ensemble)
C'est bien plus grave qu'un problème de syntaxe. Il me semble évident que la confusion la plus grande se trouve dans l'esprit et non point dans l'expression.
Effectivement, le défaut de logique est assez grave.
Joseph, n'hésitez pas à nous amuser avec ces gribouillis. Montrez-nous aussi les dessins de leurs maisons, avec papa et maman connectés à l'internet.
Puisque vous y tenez, je vais vous faire rire (ou pleurer).

Lors d'un cours, je disais à mes étudiants que certaines lectures étaient préférables à d'autres, qu'il valait mieux lire les romans de Gracq ou Rebatet que ceux de Levy ou Musso, que l'on ne pouvait pas mettre sur le même plan la musique de Bach et celle de Diam's - malgré ce que pense Ségolène Royal. Une étudiante, indignée par mes propos, a dit que je tenais un discours élitiste, de « droite quoi ». Pour éviter de l'indigner davantage, je ne suis pas entré dans le débat. Deux semaines après cet incident, les étudiants devaient me rendre une dissertation. Voici ce que je lis dans sa copie :

« Le roman est un vaste terrain de bataille et de discordances. Il est clair que chaque personne possède sa propre vision du roman. Certains diront de Musso qu'il écrit de la grande littérature tandis que d'autres tenterons de les assomer avec un exemple de Gracq. Tout provient du fait que personne n'a jamais établis de véritable définition du roman. »
« Après tout, ce que les auteurs d'antan ont fait avant, il n'y a aucune raison pour que nous ne soyons pas en mesure de le reproduire. Au diable les critiques et réflexions bornés de la moyenne des lecteurs de Paris Match ; un roman, c'est avant tout un espace de liberté. »
Je dirais à l'inverse : "tout n'est pas stupide, mais c'est mal dit." Mais alors là, pour le coup, "mal dit" c'est trop peu dire.

Et puis c'est aussi stupide, en bien des endroits.
Ah non non non : les questions étaient très claires. D'ailleurs ce n'étaient pas des questions, mais des sujets de dissertation (que j'ai oubliés, soit - mais très clairs !)
Utilisateur anonyme
08 avril 2012, 12:25   Re : Rions un peu (ou pleurons ensemble)
"Espace de liberté" = interdiction de tout jugement de valeur qui conduirait à réduire cet espace. Donc tout vaut tout.
Je vous remercie pour la confiance que vous portez aux questions que je posais - et je redis qu'il s'agissait de dissertations de philosophie, et qu'il s'agissait donc de traiter une question. J'ai oublié le sujet que j'avais proposé - c'était sur l'art, à coup sûr, puisque à l'époque le thème unique sur lequel en philosophie nous travaillions toute l'année était "La représentation". Il y avait eu beaucoup de cours sur diverses questions, et naturellement un, de plusieurs semaines, sur l'art. C'était là-dessus que portait la question à traiter.
Marie Cournou! Noooooon!!!! Je ne les avais pas guidés vers ces sottises.

Il est troublant de voir à vos réactions que la seule causalité que vous imaginiez pour expliquer cet effondrement de conception et de langage est la qualité de l'enseignement qui était prodigué à ces élèves. Sans me prendre pour un génie, je crois que je fais honnêtement le travail. Il est vrai qu'ils m'étaient arrivés en provenance de l'enseignement des années précédentes. Mais au-delà de mon cas personnel, je crois qu'il y a plusieurs régimes de causalité qui se sont mis en oeuvre pour arriver à ce désastre, et qu'il ne faut pas se braquer contre la seule Education Nationale.
Utilisateur anonyme
08 avril 2012, 12:34   Re : Rions un peu (ou pleurons ensemble)
  qu'il valait mieux lire les romans de Gracq ou Rebatet que ceux de Levy ou Musso, que l'on ne pouvait pas mettre sur le même plan la musique de Bach et celle de Diam's 

Dans un sens l'étudiante a raison d'être indignée. Si elle ne comprend pas que la hiérarchie est évidente pourquoi la lui imposer. Le problème est ailleurs : Le relativisme est le meilleur allié de la paresse de l'esprit.
Le florilège proposé par Joseph est effarant - et je n'ai aucun doute sur la compétence de Joseph et ses qualités professorales. Que ceux qui n'enseignent pas sachent à quoi nous sommes confrontés ! En particulier, et je pense que Joseph et tous les autres seront d'accord, il est clair que nous ne sommes pas en présence de la bonne vieille faute. Le concept de faute est celui d'un écart ponctuel par rapport à une règle par ailleurs connue. Ici, il y a certes de ces fautes, mais noyées dans un naufrage général du niveau de langue, ou plutôt de la langue elle-même. La syntaxe est abolie, celui qui écrit ne sait pas ce qu'il dit, et n'a pas conscience de ne pas le savoir. Le plus curieux, je me suis fait cent fois la remarque, c'est qu'ils ne parlent pas comme ils écrivent, ils parlent mieux. De même, quand on les invite à corriger les "fautes", disons le désastre tel qu'il se montre dans les copies de leurs camarades, ils y arrivent assez bien. Ils voient les poutres dans les yeux des autres, et pas les mâts dans les leurs. Je n'ai pas d'explication.
"Le relativisme est le meilleur allié de la paresse de l'esprit."

La cause et la conséquence tout à la fois.
Nouvelle réponse à Joseph, à propos de son étudiante "indignée". Souvent on est amené à se dire, en bien des domaines, que la vérité elle-même est de droite. En matière d'art, c'est une évidence. En géographie aussi : le Mont Blanc est plus élevé que la Butte aux cailles. Il faut répondre à cette étudiante que même Joe Dassin disait qu'il n'était qu'un saltimbanque, infinitésimal auprès d'artistes même moyens mais authentiques.

Je remercie Dieu chaque jour de ne pas m'avoir inspiré le désir d'enseigner à l'Université - car les étudiants y ont, comme cette pauvre fille, le verbe haut, et c'est par-là qu'ils sont piégés.
Beaucoup plus idiot que mal écrit, en l'occurrence; mais surtout irrévérencieux. Elle sait mieux que vous ce qu'il faut penser de Gracq et du roman. Future journaliste aux Inrocks, à n'en pas douter.

Moi aussi je peux vous faire rire aux larmes. Dans un dossier intitulé "Nos enfants et la culture" du dernier numéro de Télérama, les pépites s'accumulent : "Notre système scolaire date du XIXe siècle ! Il est urgent qu'il s'interroge sur son fonctionnement : la transmission ne peut plus être du nourrissage forcé" (Claire Rannou, délégué nationale de l'Association nationale de recherche et d'action théâtrale), "Les enjeux pédagogiques ne sont plus tant d'enseigner mais de (sic) structurer, d'articuler les connaissances. Car, finalement, dans notre monde de surinformation, les jeunes savent beaucoup de choses" (Yves Michaud, philosophe), "Dans le logiciel qu'est la tête des enfants, il faut créer des liens, des connexions. De telle sorte qu'ils s'exercent à l'analyse, à la comparaison, à l'argumentation" (Matthias Tronsqual, responsable du service éducatif et de la programmation publics jeunes du centre Pompidou), "Plus que jamais, l'Education nationale se concentre aujourd'hui sur les fondamentaux : apprendre à lire, à écrire, à compter" (déploration de Philippe Laurent, le président de la Fédération nationale des collectivités territoriales pour la culture, qui aimerait davantage de projets comme la "plateforme Internet Ciné lycée").
« Mais au-delà de mon cas personnel, je crois qu'il y a plusieurs régimes de causalité qui se sont mis en œuvre pour arriver à ce désastre, et qu'il ne faut pas se braquer contre la seule Éducation Nationale. »

Sono completamente d’accordo.
08 avril 2012, 14:43   Re : Retour vers le futur
Dame Cournou, pardon de cette méprise, mais, et c'est là un sujet qui me fournit l'occasion de soulever ce problème technique, depuis que les messages qui font réponse à d'autres n'apparaissent plus en dessous de celui qui suscite la réponse mais en bout de file, je me perds un peu dans le chaos des dialogues croisés.

En effet: la bêtise ne s'exprime que rarement toute seule, il lui faut un prompteur, un tuteur, de la transmission; dans ce domaine, celle-ci s'opère efficacement. Nos Nadine Moriano ne sont pas nées de rien et il est logique de penser que si elles avaient eu des professeurs moins bêtes qu'elles à un degré significatif, ils les eussent corrigées et faites autres.
08 avril 2012, 15:06   Re : Retour vers le futur
La réaction de la "jeune indignée" de Joseph est intéressante: elle témoigne une précieuse fraîcheur d'esprit, et bon sang elle a raison de dire que le roman est un espace de liberté (que le théâtre ou la poésie sont beaucoup moins). Le roman du reste a longtemps, tant en Orient qu'en Occident été considéré comme un art mineur à bon droit et à cause de cette liberté. Le malheur est qu'il doit être extrêmement difficile de contredire cette jeune personne car elle n'a pas été éveillée à l'amour des formes du roman, au plaisir d'en goûter l'application, soit cela même qui en fait un art élaboré et abouti. Ces jeunes personnes sont vides de contenu et d'expérience de ce sur quoi on les invite à disserter, à discerner les "structures", etc. Ils ne connaissent pas la jouissance du langage; ils sont tous puceau et pucelle de la lecture pour le plaisir, de la langue pour le plaisir. Là est le drame, et là se trouve l'explication de la mise à égalité entre Musso et Cracq. L'indifférence au plaisir, la frigidité ou le manque de développement de la sensualité et de l'imagination, le manque d'éducation au bon vin, expliqueront l'addiction au porno, la beuverie à la bière et au beaujolais nouveau, avec une goutte de pastis pour se saouler plus sûrement. Et la jeune ou le jeune indigné au sortir de l'orgie aura beau jeu d'opposer à toute volonté d'éducation son qu'importe le roman ou l'auteur pourvu qu'on ait l'ivresse.

On ne saurait trop souligner le caractère surhumain de la tâche qui incombe à des enseignants comme Joseph qui, face à des jeunes sans éducation aucune, doivent tout faire, tout construire, en ayant pleinement conscience de leur impuissance relative dans pareille situation. On ne peut que louer leur courage.
08 avril 2012, 16:37   Re : Retour vers le futur
L'enseignement est une vocation héroïque depuis au moins vingt ans.
08 avril 2012, 16:37   Sachons rester optimistes
Oui. Ils doivent souvent partir de zéro. Les graines qu'ils laissent tomber ne trouvent alors que le Néant, où elles continuent de sombrer.
Marie Cournou! Noooooon!!!! Je ne les avais pas guidés vers ces sottises.

Il est troublant de voir à vos réactions que la seule causalité que vous imaginiez pour expliquer cet effondrement de conception et de langage est la qualité de l'enseignement qui était prodigué à ces élèves. Sans me prendre pour un génie, je crois que je fais honnêtement le travail. Il est vrai qu'ils m'étaient arrivés en provenance de l'enseignement des années précédentes. Mais au-delà de mon cas personnel, je crois qu'il y a plusieurs régimes de causalité qui se sont mis en oeuvre pour arriver à ce désastre, et qu'il ne faut pas se braquer contre la seule Education Nationale.


Je vais me mettre à dos tout le monde! Sachez monsieur que je vous félicite pour votre courage, mais au-delà de cet héroïsme qui consiste à être professeur dans la France des années 2000, il y a bien eu un avant. Personnellement je peux vous dire que je ne sais plus vraiment à qui faire porter la faute, mais il est manifeste qu'aujourd'hui les jeunes pensent TOUS pareil. C'est insensé, fou, ils pensent et croient penser "comme il faut", s'embrouillent eux-même avec leurs phrases, car entre mille castrations qui les invitent à se castrer toujours plus, ils ne savent plus laquelle introduire ni à quel moment. A QUI LA FAUTE? L'œuf ou la poule? Nous ne savons plus, c'est devenu un ensemble criant d'horreur, qui fait que j'ai plus de conversation avec des femmes ou hommes plus âgés que moi, qui ne me sont pas plus sympathiques que ça au demeurant, avec qui en temps ordinaire je ne partagerais sans doute pas grand chose, mais qui me soulagent par leur liberté de parole. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi tout est clos, les têtes, les formes, les vies, la pensée, l'amour. Plus rien ne respire, tout s'étouffe dans l'œuf. "Tyrannie, je te hais encore plus à l'état de bourgeon" Radovan Ivšić dans pouvoir dire
Citation

[...]mais il est manifeste qu'aujourd'hui les jeunes pensent TOUS pareil.

Il existe de superbes exceptions, chère Marie Cournou.
Joe Dassin disait qu'il n'était qu'un saltimbanque, infinitésimal auprès d'artistes même moyens mais authentiques.

Oui, mais les parents de Joe Dassin sont Mélina Mercouri et Jules Dassin, voilà qui aide à avoir des repères!
Eric, c'est pour ces exceptions que d'autres espèrent encore en l'avenir.
Citation
Francis Marche
Dame Cournou, pardon de cette méprise, mais, et c'est là un sujet qui me fournit l'occasion de soulever ce problème technique, depuis que les messages qui font réponse à d'autres n'apparaissent plus en dessous de celui qui suscite la réponse mais en bout de file, je me perds un peu dans le chaos des dialogues croisés.

Sieur Marche, les déconvenues du virtuel sont parfois aussi étendues que les folies du réel.
Je ne sais pas ce qu'on trouve à ce Joe Dassin dont on nous rebat les oreilles régulièrement à la télévision. Je n'ai rien contre mais une fois suffit, ce garçon sympathique n'a pas inventé l'eau chaude.
Joe Dassin n'a en outre jamais été le fils de Melina Mercouri. Et en plus c'était un gros nul imbibé.
Il me semble que les "jeunes générations" n'usent pas de syntaxe et de pensée pour une raison toute simple : elles n'en ont plus besoin. Ce qui me frappe toujours avec "les jeunes" et autres élèves, c'est le monde de certitudes dans lequel ils baignent. Toutes leurs opinions sont des certitudes morales ; ils savent a priori ce qui est bien et ce qui est mal, si Dieu existe ou n'existe pas, la meilleure vie (la famille), et ainsi de suite...
Quand on est sûr d'une chose, à quoi bon y penser ? A quoi bon s'interroger par ex. sur le bien, puisque les Droits de l'homme le définissent sûrement ? A quoi bon s'interroger sur Dieu, puisque pour les uns "c'est une évidence" et pour les autres il est tout aussi évident que la question est morte ?
Les seuls champs où il leur reste à exercer un peu d'intelligence, c'est là où leur milieu et la société ne proposent pas un kit de certitudes... et ce champ est assez rétréci. Il porte sur les thèmes de Secret Story.

En gros, dans une société où la recherche sur les directions fondamentales et les questions existentielles n'existe plus, pourquoi les élèves se poseraient-ils des questions déjà-résolues ?
Utilisateur anonyme
08 avril 2012, 20:02   Re : Rions un peu (ou pleurons ensemble)
Citation
Loik A.
Il me semble que les "jeunes générations" n'usent pas de syntaxe et de pensée pour une raison toute simple : elles n'en ont plus besoin. Ce qui me frappe toujours avec "les jeunes" et autres élèves, c'est le monde de certitudes dans lequel ils baignent.

En gros, dans une société où la recherche sur les directions fondamentales et les questions existentielles n'existe plus, pourquoi les élèves se poseraient-ils des questions déjà-résolues ?

La confrontation du pro et du contra est inconnue, disparue dans le vide sidéral.
Que les maîtres n'y soient pour rien, j'ai un doute.
Le contra est assimilé au Mal. Donc il n'a plus à être confronté.
J'ai simplement dit que Joe Dassin avait de bons repères pour ne pas se prendre pour plus que ce qu'il était, pas que je l'aimais.
Je serais tout de même curieux, chers Professeurs, de lire également ce que certains de ces élèves sont capables d'écrire de meilleur, si cela était ?...
Mais si vous l'aimez bien quand même, Marie, surtout ne boudez pas votre plaisir ! Ils exagèrent un peu, les intellectuels...
Moi, j'adore absolument les premiers Christophe, et les tubes de la deliziosa Cigliola Cinquetti. Si !
D'ailleurs la voici avec l'imbibé. Enjoy.






Ça fait passer le temps, mais voilà mon préféré:


Vous ne le savez peut-être pas Loïk, mais, par exemple, pour la génération qui eut 20 ans en 1975, les questions existentielles n'existaient pas non plus ! Ils étaient tous des petits messieurs et petites mesdames songeant à fonder une famille et à reprendre la pharmacie de papa, ou à devenir comptable, ou chef d'atelier à l'usine où travaillait papa, ou à entrer dans les douanes ou aux impôts si papa était agricultureur, etc. Les quelques hurluberlus qui se posaient des questions, qui lisaient la Gueule Ouverte ou Charlie Hebdo, et éventuellement la revue Les Temps modernes, et faisaient la queue pour assister aux concerts de Léo Ferré représentaient 0,01 pour cent de la population jeune du pays France et encore, je compte grand. L'avenir c'était Giscard ou "le Programme Commun de la Gauche", pour ceux dont les parents étaient de gauche. Les "contestataires" d'alors étaient en nombre comparable aux dissidents que nous sommes aujourd'hui, ce qui, tout bien pensé et bien pesé, est un signe encourageant pour l'avenir.

Les jeunes d'aujourd'hui ont beau être des sauvages sans éducation, il leur arrive cependant d'avoir raison, de dire la vérité ("le roman est un espace de liberté" constitue une vérité), du reste, si tel n'était pas le cas, il n'y aurait pas lieu même de vouloir les éduquer, de se pencher sur leur sort. L'éducation est toujours un échec, que chaque génération a le devoir de répéter sur les suivantes.
Citation
Éric Veron
Citation

[...]mais il est manifeste qu'aujourd'hui les jeunes pensent TOUS pareil.

Il existe de superbes exceptions, chère Marie Cournou.

Je sais que ce n'est pas le seul plan de séparation entre les individus, mais en tous cas il semble causer souci au journal le Monde, il y aurait 26% des moins de 24 ans disposés à voter pour MLP. Que fait Mélenchon!
Il est notable que le graphique des intentions de vote des jeunes à un mois du scrutin recoupe exactement le schéma orimontien du partage en deux couples (Sarkozy-Hollande vs Mélanchon-Lepen) de force égale sur le plan formel du discours, de sa réception ou intelligibilité selon Orimont – la ligne de partage entre intelligibilité et inintelligibilité des discours politiques est une médiane pour la jeunesse qui les entend pour la première fois, ou presque, ce qui paraît logique (l'occultation doit pouvoir se plier sur la matière qu'elle occulte pour la couvrir exactement) :

42 pour cent de chaque côté ( 25+17 vs 26+16 )
L'autre personnage ayant dépassé 25% dans cette tranche c'est Ségo!
Une autre explication pourrait-elle se trouver dans la recherche éperdue d'une maman un peu revêche?
Pensez au succès du personnage de Rogue dans Harry Potter.
Ah non, pitié, pas Harry Potter !
Citation
Francmoineau
Ah non, pitié, pas Harry Potter !

La comparaison m'est venue en cherchant un meilleur synonyme pour revêche, je suis tombé sur rogue en français. Sinon, vous préférez Folcoche?
Utilisateur anonyme
09 avril 2012, 19:33   Re : Rions un peu (ou pleurons ensemble)
Citation
Francis Marche

Les jeunes d'aujourd'hui ont beau être des sauvages sans éducation, il leur arrive cependant d'avoir raison, de dire la vérité ("le roman est un espace de liberté" constitue une vérité), du reste, si tel n'était pas le cas, il n'y aurait pas lieu même de vouloir les éduquer, de se pencher sur leur sort. L'éducation est toujours un échec, que chaque génération a le devoir de répéter sur les suivantes.

C'est la raisonnement qui est en cause : « Le roman est un espace de liberté » est interprété comme signifiant que la liberté induit l 'égalité, et donc que tous les romans, œuvres de liberté, se valent. Il y a une faille majeure dans ce raisonnement : la liberté ne peut conduire qu'à l'émergence des talents, donc à l'inégalité absolue et l'idée ne peut être comprise car elle est bannie du discours officiel où la liberté ne peut entrer en contradiction avec l'égalité. C'est un Interdit.
L'art vit de contraintes et meurt de liberté. (André Gide, je crois)
Utilisateur anonyme
09 avril 2012, 19:57   Re : Rions un peu (ou pleurons ensemble)
Citation
Marc Briand
L'art vit de contraintes et meurt de liberté. (André Gide, je crois)

Une définition de classicisme.
La liberté ne peut conduire qu'à l'émergence des talents, dites-vous. Oui, peut-être, dans une certaine logique absolue. Les "jeunes" (tant pis, allons-y de ce mot passe-partout qui recouvre les auteurs de ce type de rédaction ou d'émission d'opinion) ne sont pas des amoureux de l'égalité. Ils sont, sur ce plan, sans l'admettre très ouvertement, assez admiratifs de la singularité et du talent, et ne manquent pas, à l'occasion, de lui faire une révérence touchante (pensez au sport, s'il vous est difficile de former l'image d'un jeune faisant la révérence à un génie littéraire). L'égalité n'est pas naturelle, elle est imposée par une doxa culturelle, aucun jeune ne l'ignore. "Le roman est un espace de liberté" est une vérité incontestable au plan littéraire, au plan de l'esprit et de l'histoire des arts et des lettres sur lequel porte cette déclaration, c'est à dire une vérité suffisante au propos, au sujet traité dans le cadre scolaire où la question fut posée. A partir de pareil terrain d'entente avec "l'indignée" qui a émis cette assertion, l'éducateur doit entreprendre l'éducation, qui touchera la sensibilité, le goût autant que l'histoire littéraire dans laquelle pareille assertion prend valeur de vérité. Facile à dire, face à une petite furie pétulante et forte en gueule qui a "tout le quartier" derrière elle. Mais c'est ainsi: si l'on est là pour éduquer, la vérité est la vérité, la parole juste doit être saisie comme la balle au bond.
Dans ma grande ignorance, je ne connaissais pas Ortega Y Gacet, qui avait semble-t-il quasiment tout prévu dans La révolte des Masses (que tout le monde ici doit connaître, à ma grande confusion) :

"L'homme-masse est un être doublement dépossédé puisqu'il ne sait plus parler. Étrangement, José Ortega y Gasset évoque la dégénérescence du langage de l'homme-masse, qu'il assimile, pour les besoins de sa démonstration, à un habitant de l'Empire, en la rapprochant de celle du latin vulgaire : ainsi, «le symptôme et en même temps le document le plus accablant de cette forme à la fois homogène et stupide – et l’un par l’autre – que prend la vie d’un bout à l’autre de l’empire se trouve où l’on s’y attendait le moins et où personne, que je sache, n’a encore songé à le chercher : dans le langage» (p. 67). L'auteur poursuit en donnant la caractéristique principale du latin vulgaire : «Le premier [trait] est l’incroyable simplification de son organisme grammatical comparé à celui du latin classique» (p. 68)."

Extrait d'un article du Stalker...
Ortega Y Gasset a été le sujet d'un Répliques il y a quelques mois.
Ortega y Gasset avait aussi un grand talent d'organisateur et était un excellent orateur.

Il fut élu député aux Cortes en juin1931 par Leon, et le programme de son parti prévoyait cela (je peux vous en fournir la traduction), c'était un conservatisme dynamique, si je puis dire :

Una separación clara de los poderes ejecutivo y legislativo
Un Parlamento unicameral elegido por las regiones, asistido por comisiones técnicas
Una estructuración regional (pero no federal) del Estado en grandes provincias gobernadas por asambleas y gobiernos locales
Un estatuto general del trabajo, con sindicación obligatoria de los trabajadores
Una "economía organizada", es decir, cierta planificación económica por parte del Estado, en vista a la construcción de un "Estado social"
Una a separación nítida de Iglesia y Estado.
"Je serais tout de même curieux, chers Professeurs, de lire également ce que certains de ces élèves sont capables d'écrire de meilleur, si cela était ?..."

Promis, j'alimenterai aussi cette chronique de bons, voire d'excellents passages. Dommage, je viens de rendre des copies notées jusqu'à 15. Je ne les ai plus, mais reverrai les élèves un de ces jours, et demanderai à certains de me prêter leurs copies - s'il les ont toujours. Car...

...anecdote racontée par l'un des mes meilleurs amis, professeur de latin à la Sorbonne : à l'issue de l'une des épreuves de la licence de lettres modernes, la dernière des épreuves, il a vu de ses yeux l'un des étudiants jeter à la poubelle l'exemplaire de Madame Bovary, sur lequel il avait eu à travailler durant l'année, sur le motif que puisque le concours était désormais achevé, pourquoi garder ça? Ce type enseigne aujourd'hui la littérature quelque part.

Message à la cantonade : en envoyant mon florilège, l'autre jour, je m'attendais à une réaction marquée à l'une de mes citations préférées, celle qui mentionne la destruction des Bouddah dans l'Etat Liban. Il s'agissait bien sûr d'une allusion à la destruction par les Talibans afghans de statues de Bouddah, sculptées je crois à même une falaise. Les Talibans étaient devenus l'Etat Liban, ce qui m'avait laissé confondu. Vous ne trouvez pas, vous, que ça laisse confondu ? Vous n'êtes pas laissés confondus? Dites-moi que vous êtes confondus.

Marie Cournou (je réponds à plusieurs d'un seul coup), je ne suis pas fâché du tout. On discute ! "Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté."

Joe Dassin : peut-être un gros lourd imbibé - mais je dirais qu'il le savait. Il appartenait à cette génération de chanteurs de variétés qui le savaient. Et puis il y avait cette belle chanson, oui, reprise d'Amérique je crois, un blues, dont j'oublie le titre - mais Marie-Jeanne se jetait du pont de la Garonne, c'était le refrain, il était lancinant, et j'en étais tout remué. Bon, j'avais treize ans.

Renaud Camus - "Le faux du vrai" : ça ferait un beau titre, un jour, pour l'un de vos écrits, un journal 2012, 13, 14, ..., ou un autre volume sur la déséducation. Je saisis cette occasion pour vous saluer, puisque depuis quelque dix ans nous ne nous sommes revus. Mais vous êtes toujours indissociable de ma vie. Voilà, c'est dit.
"Ce type enseigne aujourd'hui la littérature quelque part. "

Dans un trou perdu, je parie...
Les Talibans étaient devenus l'Etat Liban

La plupart d'entre nous y ont vu un parti pris oulipien, ce qui ne saurait les confondre.
"Les Talibans étaient devenus l'Etat Liban"
La réalité dépasse tous les jours sa propre caricature si bien que plus rien ne nous étonne.
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