La mort d'un roi était pour les royautés magiques d'Afrique l'occasion d'évacuer les écarts, les altérations que les immixtions délétères de l'histoire ne manquent pas de laisser dans l'ordre du monde, malgré la vigilence des hommes et leur respect des rites. A l'inverse, chaque élection est pour nos républiques l'occasion de relancer, par une procédure rationnelle, l'histoire que la routine et les intérêts de corps entravent fatalement. Or, l'accélération des échéances électorales, censée arraisonner l'histoire, non seulement n'en masque pas l'inertie, mais en accuse, au contraire, le train aveugle et sourd : élection après élection, les foules en liesse de la Bastille ou de la Concorde font de moins en moins illusion.
L'homme se montre donc plus efficace pour arrêter l'histoire que pour en orienter le cours. Quel paradoxe que la première option se veuille l'expression de notre impuissance essentielle et la seconde celle de notre efficience rationnelle.
Le partage mythique, mais ô combien efficace, des opinions et, surtout, des partis entre une droite et une gauche de part et d'autre d'un centre explique pour beaucoup la paralysie politique, "l'alternance unique", l'incapacité de la démocratie de réaliser son projet d'autonomie contre le cours irréversible des choses. Dans le domaine strict des idées, celles-ci d'être classées ou à droite ou à gauche sont toutes abandonnées puisque, très logiquement, les élections ne se gagnent ni à droite (en s'aliénant la gauche) ni à gauche (en s'aliénant la droite).
Du pouvoir représentatif au pouvoir spéculaire, il n'y a qu'un pas. Le pouvoir spéculaire n'est plus de conquête sur la nature (fin du nucléaire, mépris des enseignants pour les filières techniques), les territoires (l'Outre-mer et l'Afrique sont négligées, l'espace laissé à d'autres) et les hommes (l'Eglise n'a plus de dogme) A mesure qu'il est de moins en moins représentatif et de plus en plus spéculaire, le pouvoir communique plus qu'il n'administre.