Cela peut faire l'objet d'un débat.
"Senso", c'est la civilisation aristocratique de l'Italie du Nord-Est (Vérone et Venise), occupée alors par les Autrichiens, et qui va sombrer lentement après la défaite de Custoza; l'histoire racontée (liaison "impossible" entre une aristocrate italienne et un officier autrichien) est digne de ces histoires qui forment les livrets des opéras de Verdi - qui sont une des plus belles réalisations de la civilisation italienne.
"L'Homme à la caméra" est en partie un manifeste "formaliste" sur les possibilités de faire un film sans récit, sans personnage, uniquement avec des enchaînements métaphoriques d'images. C'est aussi, par ce qu'il montre (turbines, mécanismes, barrages, usines, voies ferrées, machines à vapeur, etc.), un film qui dément la thèse répétée partout de l'arriération de la Russie avant 1917 et qui célèbre les grandes transformations économiques et industrielles de la Russie des ingénieurs entre 1880 et 1917.
Les films de Parajdanov, outre qu'ils sont formellement splendides, sont faits d'images à la gloire d'une très ancienne civilisation (chants, paysages, villages, couleurs, vêtements, traditions, visages...) de l'Arménie et du Caucase.
"L'Incompris" de Comencini est certes un mélodrame (raison pour laquelle le film n'a pas été compris, surtout dans les décennies idéologiques de l'Europe, 1960-80, années de plomb et de béton armé), mais le mélodrame est un grand "genre" littéraire et populaire; et surtout le film est une admirable reconstitution de la vie menée à Florence par les riches anglais (en l'occurrence un Consul du Royaume-Uni) dans une villa (palladienne, si mes souvenirs sont exacts ?) entourée d'un très beau jardin...
"Mon Dieu, comment... ?," autre film de Comencini, est certes un film ironique ou critique, mais il met en scène, dans d'admirables images, la lente déchéance de l'aristocratie du Sud de l'Italie, au début du XXe siècle. On peut en dire autant de "La Règle du jeu" - pour ce qui est de l'aristocratie française et des modes de vie qui étaient les siens ou étaient censés être les siens.
Certes, "Angèle" est aussi un mélodrame, mais les plans du film qui se succèdent sont construits avec une grande rigueur - ce qui d'un point de vue formel va à l'encontre de l'esthétique supposée du mélodrame. L'héroïne (Orane Demazis : orthographe ?) a une voix nasillarde très désagréable, "populacière" (mais ce sont les débuts du parlant). Surtout, c'est un film sur la civilisation archaïque de la Haute Provence rurale, rude et pauvre, civilisation qui n'est pas éteinte au début du XXe siècle, civilisation fondée sur l'honneur, le nom, la réputation, la parole donnée et le "regain", la volonté de faire revivre une terre en grande partie abandonnée.
"Un dimanche à la campagne" est un petit chef-d'oeuvre sur la petite bourgeoisie de la fin du XIXe siècle. Renoir montre que, dans les films en noir et blanc, on peut faire voir la lumière, le scintillement des eaux, les changements de couleur de la végétation, la carnation de la chair et jusqu'aux désirs...