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"L'interview choc de Brigitte Bardot pour Valeurs actuelles"

Envoyé par Pierre Jean Comolli 
A propos de l'Union Européenne : « Il faut en sortir. Bruxelles nous casse les burnes. »

(Ah, l'élégance à la française...)
Ce n'est pas par son élégance que Brigitte Bardot a conquis les foules et l'on reste un peu interloqué par son origine très bourgeoise. Cela dit j'ai revu il n'y a guère “Et Dieu créa la femme” : ce n'est sans doute pas un grand film mais elle y est époustouflante de santé, de beauté, de puissance érotique. Quelle femme, mais quelle femme !
Tout y est, je trouve, dans cette interview : la gouaille, le sarcasme à la Muray, la colère qui s'adosse à la mélancolie. Puis il y a ça, sur l'état du cinéma français : "Il n’y a plus que des barbus et des actrices aux cheveux gras, qui se font violer dans les coins et qui trouvent des excuses à leurs agresseurs. Il n’y a qu’à regarder la Cérémonie des César où de gentils zombies remercient papa-maman, leur concierge et leur chauffeur de taxi, tout en lançant l’incontournable appel à la fraternité humaine et à l’antiracisme." Géant !
Même si elle voit clair aujourd'hui, elle reste liée pour moi aux débuts de la Grande Déculturation en France : la décennie 1960, les atroces yéyés, Serge Gainsbourg, la Côte-d'Azur, le show-business — elle a très largement pris part à toute cette chienlit... A mes yeux, la société du spectacle de ces années-là ne valait guère mieux que celle d'aujourd'hui, malgré que Mme Bardot en ait.
Après, qu'elle ait été, dans sa jeunesse, a mind-blowing beauty, ce n'est certes pas moi qui dirai le contraire. Mais hormis sa plastique et ses beaux traits, qu'avait-elle ?

Ah, ceci : son combat pour la cause animale, bien sûr, combat qu'elle a semble-t-il mené avec une grande constance.
Il restera de Brigitte Bardot ces photos en noir et blanc dans l'atelier de Picasso à Vallauris, où l'artiste s'était fait potier. Ce ne sont pas des clichés d'époque mais les clichés d'une époque.

Il émane de ces scènes, de cette rencontre improvisée où on sent B.B. sainement curieuse du travail de Picasso, quelque chose d'une France où tout était possible, où la créativité véritable allait de soi partout et pour tous, dans la paix générale. Il allait sans dire que Picasso et B.B. dussent se rencontrer, cela n'avait rien de remarquable, c'était normal, c'était encore "la vie sur la Côte" dans sa belle continuité.

Monsieur Dee, il me semble que Brigitte Bardot a également prouvé, dans ces années-là, qu'elle était une magnifique comédienne ; en particulier chez Autant-Lara et chez Clouzot.

D'autre part, trouvez-vous réellement que les yéyés aient représenté une décadence si nette par rapport au Viens Poupoule de Félix Mayol (que Marcel Proust adorait) ou au Chapeau de Zozo de Maurice Chevalier ?
Citation
Trystan Dee
Même si elle voit clair aujourd'hui, elle reste liée pour moi aux débuts de la Grande Déculturation en France : la décennie 1960, les atroces yéyés, Serge Gainsbourg, la Côte-d'Azur, le show-business — elle a très largement pris part à toute cette chienlit... A mes yeux, la société du spectacle de ces années-là ne valait guère mieux que celle d'aujourd'hui, malgré que Mme Bardot en ait.
Après, qu'elle ait été, dans sa jeunesse, a mind-blowing beauty, ce n'est certes pas moi qui dirai le contraire. Mais hormis sa plastique et ses beaux traits, qu'avait-elle ?

Ah, ceci : son combat pour la cause animale, bien sûr, combat qu'elle a semble-t-il mené avec une grande constance.

Elle aura rejeté son statut de sex-symbol planétaire finalement assez tôt. Et elle est depuis des décennies un sympathisant du Front national. Comme le montre en outre cette interview, elle conchie toujours ce qu'il y a à conchier, et sans jamais mâcher ses mots.
Justement, si elle pouvait un peu mâcher ses mots... (une façon comme une autre d'être civilisée).

Elle a rejeté son statut de sex-symbol au moment précis où sa jeunesse et sa fraîcheur se sont envolées. On lui sait gré de n'avoir pas trop joué à la vieille belle.

Pour répondre à M. Goux, les yéyés (de même que les satanés Beatles et tout ce qui a constitué le divertissement populaire de ces années-là) m'ont toujours révulsé, sans que je sache exactement pourquoi. Enfin, si : outre un rejet esthétique de ma part, c'est le moment où le divertissement idiot — lequel existait déjà, certes — a pris son envol et s'est massifié au point de devenir omniprésent via les postes de télévision, les microphones et les hauts-parleurs. Ces années-là sont celles où tout a basculé, où le divertissement est sorti de son lit pour devenir tyrannique et totalitaire, comme la petite-bourgeoisie dont il est l'expression, en chassant peu à peu la culture, non sans lui voler, au passage, son nom. On s'en rend mieux compte aujourd'hui, évidemment.

Mme Bardot, idole petite-bourgeoise issue de la bourgeoisie, est intéressante en cela qu'elle est une émanation de cette époque où tout s'est renversé. Le bref instant de transit entre Mauriac et Les Bronzés, entre De Gaulle et le Regroupement Familial.

[Maintenant, de grâce, ne reprenons pas une fois de plus sur ce forum le vieux débat faisandé sur la continuité entre culture savante et “culture populaire”. Pitié.

Oui, certains grands compositeurs ont ré-orchestré des airs populaires. Oui, Borges aimait le tango. Oui, tel ou tel écrivain, peintre ou savant immense ne jurait que par l'accordéon-musette. Oui, Bob Dylan est le plus grand écrivain américain vivant. Quant à la bossa-nova, c'est de la trèèèèèèèès grande musique, vraiment.

Tout ce que vous voudrez. Mais sans moi.]
Monsieur Dee, si le divertissement est “sorti de son lit” à cette époque, c'est peut-être aussi (et, à mon avis, surtout) parce que diverses inventions – microsillons, télévision, magnétophones, etc.) lui ont donné les moyens de le faire. Si tout cela avait été mis à la disposition du music-hall des années 1910 ou 1920, on voit mal pourquoi il se serait, lui, contraint à rester au lit, uniquement pour ne pas risquer de déranger la culture. Il serait entré en crue d'autant plus volontiers et facilement que la culture n'a jamais concerné qu'une faible minorité de gens, une tranche fort mince de la population, et que les barrages qu'elle dressait face aux débordements du divertissement étaient tout symboliques.
J'ai moi aussi toujours, et dès l'époque donc, surtout peut-être à l'époque alors que presque tous mes camarades de lycée en étaient entichés, viscéralement détesté et méprisé le “yé-yé” que je trouvais littéralement pitoyable et insupportable. À tout prendre et s'il le fallait vraiment, oui, je choisirais Mayol.

Cela dit, cher Tystan Dee, il ne me semble pas que Goux ait suggéré une quelconque continuité entre la musique savante et MM. Mayol et Chevalier — et je crois que nous pouvons en effet nous passer d'une Nième reprise de ce marronnier.

Concernant le basculement je l'aurais pour ma part placé plutôt vers la fin de la décennie suivante.

(Message croisé avec la réponse de Didier Goux).
« Monsieur Dee, si le divertissement est “sorti de son lit” à cette époque, c'est peut-être aussi (et, à mon avis, surtout) parce que diverses inventions – microsillons, télévision, magnétophones, etc.) lui ont donné les moyens de le faire. »

C'est également ce que j'ai écrit... Le facteur technique — quoi de plus égalitaire qu'un microphone ? — fut en effet primordial : il a donné voix à la masse qui, enfin libérée de ses anciennes conditions de vie déplorables et des horreurs de la guerre (et voilà pourquoi selon moi cela n'aurait pas pu arriver avant 1945), a enfin pu faire entendre sa chère “culture”, son abominable son. Puis, prenant confiance et conscience de sa force, de son volume, elle a tranquillement délogé tout ce qui n'était pas elle, comme l'enfant obèse et tyrannique qu'elle est.

L'antiracisme, le féminisme, le ressentiment de classe — bref, toute la bêtise moderne — ont poussé sur ce terreau, en une infernale boucle auto-entretenue qui aujourd'hui encore nous accable.
Justement, si elle pouvait un peu mâcher ses mots... (une façon comme une autre d'être civilisée).

Madame Sans-Gêne qui rue dans les brancards, cela complète efficacement l'indignation bien dite et raffinée de Renaud Camus. La tradition critique antimoderne a toujours su conjuguer langues mineure et majeure. (J'ai un faible pour les rustres et les femmes viriles.)
BB Splendide et éternelle, à tout jamais... Merveilleuse actrice. Sensible, rayonnante, gouailleuse, espiègle, sensuelle, érotique, attendrissante, émouvante, puérile, légère et aussi souvent tragique, éclaboussante de vie et de désir, frivole, mais aussi courageuse et sacrément couillue. Et quel sourire ! Quel minois !
En un mot Française ! Et fière de l'être.
Tout le reste est parfaitement secondaire.
Citation
Daniel Teyssier
BB Splendide et éternelle, à tout jamais... Merveilleuse actrice. Sensible, rayonnante, gouailleuse, espiègle, sensuelle, érotique, attendrissante, émouvante, puérile, légère et aussi souvent tragique, éclaboussante de vie et de désir, frivole, mais aussi courageuse et sacrément couillue. Et quel sourire ! Quel minois !
En un mot Française ! Et fière de l'être.
Tout le reste est parfaitement secondaire.

Absolument !


@Francis

Merci pour ces photos.
À première vue, la grande déploration de l'état d'inculture du monde n'a guère de sens si on estime que la culture n'est de toute façon jamais dévolue qu'à un très petit nombre de gens.
C'est un peu comme si on reprochait à quelqu'un d'être ce qu'on pense qu'il a toujours été, cela relève du superfétatoire.
« À première vue, la grande déploration de l'état d'inculture du monde n'a guère de sens si on estime que la culture n'est de toute façon jamais dévolue qu'à un très petit nombre de gens. »

C'est nier l'influence pourtant fondamentale et ô combien salutaire de cette minorité sur la majorité.
Le bref instant de transit entre Mauriac et Les Bronzés, entre De Gaulle et le Regroupement Familial.

Brigitte apparaît là, en effet, dans ce tournement de page. De Gaulle l'aimait bien ("Chic alors, un militaire !" à propos de B.B. apparaissant à une soirée où il était hôte d'honneur). Et les années Giscard devaient suivre, quand la belle s'en fut défendre les bébés phoques (elle, la bébéphobe !) sur la banquise canadienne.

Brigitte fut bien plus qu'un sex symbol, ou plutôt, elle fut cela bien plus profondément qu'on ne croit. Au Japon, je m'étonne de trouver tant de femmes qui disent leur fascination pour cette femme. C'est très étrange, et je ne sais qu'en penser : B.B., au Japon, offrait un modèle de féminité française et universelle, française et donc universelle. En France, évidemment non : les Françaises détestaient majoritairement et copieusement cette "croqueuse d'hommes". En France, les femmes sont mimétiquement jalouses aussi virulemment que le sont les hommes des hommes, ce qui est entendu. Mais le fossé culturel et surtout, racial, entre la France et le Japon est tel que les Japonaises n'ont pas ces difficultés ni n'éprouvent ce complexe mimétique : elles adorent B.B. comme la jeunesse féminine japonaise d'aujourd'hui adore Lady Gaga. Le fossé racial libère l'admiration du Beau, et la barrière du sexe tombe pour cette apothéose que la distinction raciale autorise. Les Japonaises sont libres d'aimer Brigitte Bardot, les Françaises beaucoup moins. La barrière raciale délie le droit d'aimer son semblable, et exalte celui de s'en inspirer.
@Tristan

Comme je pense, contrairement à vous, qu'effectivement la bossa nova, le jazz peuvent être de la "très grande musique", je me demandais si vous étiez musicien, classique par exemple. En vitesse, bien sûr, sans réveiller le marronnier.

Quant à BB, je ne vois rien de génial dans cet interview. je trouve même parfaitement absurde sa sortie sur "les vedettes qui se font violer dans les coins et trouvent des excuses à leur agresseur"...
Citation
Trystan Dee
« À première vue, la grande déploration de l'état d'inculture du monde n'a guère de sens si on estime que la culture n'est de toute façon jamais dévolue qu'à un très petit nombre de gens. »

C'est nier l'influence pourtant fondamentale et ô combien salutaire de cette minorité sur la majorité.

Ah vous trouvez... Influence toute relative cependant, et non primordiale, sinon on peinerait à comprendre pourquoi ce soit justement cette toute petite minorité, les personnes de bonne et belle culture, qui se sente à tort ou à raison si acculée face à l'irrésistible amplification des expressions populaires sous- ou aculturelles si amplement majoritaires...
21 mars 2017, 21:18   Potins
(Ai entendu récemment sur France-culture Jane Birkin (une yé-yé dans l'âme, non ?) louer au superlatif BB, l'avoir trouvée belle d'une façon quasiment choquante au regard de la plastique moyenne, et de ce fait la disculper carrément de ses errances idéologiques !...
Mais bon, Jane Birkin n'est pas vraiment française non plus...)
21 mars 2017, 22:14   Re : Potins
@ Eric Beckford — Non, je ne joue pas spécialement d'un instrument.

« Influence toute relative cependant, et non primordiale, sinon on peinerait à comprendre pourquoi ce soit justement cette toute petite minorité, les personnes de bonne et belle culture, qui se sente à tort ou à raison si acculée (...) »

Pourtant, dès les débuts de l'ère bourgeoise et jusqu'à il y a quarantaine d'années encore, il me semble qu'il y avait chez le prolétaire ordinaire, chez l'homme peu ou pas cultivé, la conscience, vague ou aiguë, d'un manque, d'une lacune culturelle. Les personnes et classes non-cultivées savaient ou du moins sentaient que leur “culture” n'était pas la culture, qu'il y avait, dans un monde qui n'était pas le leur et qui leur était plus ou moins inaccessible, toute une classe de gens dont la vie était plus dense, plus riche, en un mot plus intéressante ; et pas seulement à cause des différences d'argent, comme on le pense aujourd'hui, mais aussi et surtout à cause des différences d'éducation, de connaissance et de langage, et plus largement encore dans ce qui relève du rapport à la vie et au monde.

D'ailleurs, les films et la littérature mettant en scène le bon “peuple” montraient (ou montrent encore, mais c'est devenu rare) bien cette conscience : l'existence de ce surmoi culturel qui, vers mai 68, a complètement volé en éclats. A présent, les incultes sont rois, la seule chose qui compte c'est l'argent (toujours au service de l'inculture), et l'homme cultivé au sens ancien du terme n'est plus qu'une bizarrerie, ceci dans le meilleur des cas, et plus classiquement un objet de ressentiment ; mais surtout un candidat à la ré-éducation beaufisante, étant entendu que personne ne saurait s'y dérober.

Bien sûr, la suffisance bouffie de l'inculte-roi qui ne jure que par l'argent existait aussi, jadis, dans la vie comme dans les œuvres de fiction ; il y avait toujours quelque marchand enrichi et enchanté de sa propre vacuité culturelle pour penser que son mauvais goût était roi (l'ancêtre d'un Tapie ou d'un Sarkozy) ; mais c'était là un type isolé et bien particulier, et l'on n'avait pas spécialement l'impression que la terre entière aspirait à cela, encore que les Etats-Unis aient très tôt montré la voie, hélas, même s'il ne faut pas oublier l'existence et la persistance d'une Amérique à jamais tournée vers l'Europe et délicieusement cultivée.

N'empêche, il me semble que les “personnes cultivées”, et avec elles la “classe cultivée”, jouaient jadis un rôle culturel tout à fait considérable eu égard au pourcentage de la population qu'elles représentaient, et tenaient ainsi lieu de phare, de repère et de garde-fou culturel à toute une société qui n'était pas majoritairement cultivée, certes, mais que la minorité cultivée tenait de fait en respect. On était beauf mais on se retenait, tout de même, de répandre sans arrêt sa beauferie partout ; on avait encore, pour le dire vite, un peu honte.

Cela explique d'ailleurs pourquoi l'on pouvait, en France, diffuser, le soir à une heure de grande écoute, un entretien avec un grand écrivain, ou monter un opéra dans son intégralité ; cependant que le goût populaire était cantonné à ce qu'on appelait “la télévision du samedi soir”.

Notre enfer culturel à nous, c'est le samedi soir devenu permanent.
Citation
Francis Marche
Le bref instant de transit entre Mauriac et Les Bronzés, entre De Gaulle et le Regroupement Familial.

Brigitte apparaît là, en effet, dans ce tournement de page. De Gaulle l'aimait bien ("Chic alors, un militaire !" à propos de B.B. apparaissant à une soirée où il était hôte d'honneur). Et les années Giscard devaient suivre, quand la belle s'en fut défendre les bébés phoques (elle, la bébéphobe !) sur la banquise canadienne.

Brigitte fut bien plus qu'un sex symbol, ou plutôt, elle fut cela bien plus profondément qu'on ne croit. Au Japon, je m'étonne de trouver tant de femmes qui disent leur fascination pour cette femme. C'est très étrange, et je ne sais qu'en penser : B.B., au Japon, offrait un modèle de féminité française et universelle, française et donc universelle. En France, évidemment non : les Françaises détestaient majoritairement et copieusement cette "croqueuse d'hommes". En France, les femmes sont mimétiquement jalouses aussi virulemment que le sont les hommes des hommes, ce qui est entendu. Mais le fossé culturel et surtout, racial, entre la France et le Japon est tel que les Japonaises n'ont pas ces difficultés ni n'éprouvent ce complexe mimétique : elles adorent B.B. comme la jeunesse féminine japonaise d'aujourd'hui adore Lady Gaga. Le fossé racial libère l'admiration du Beau, et la barrière du sexe tombe pour cette apothéose que la distinction raciale autorise. Les Japonaises sont libres d'aimer Brigitte Bardot, les Françaises beaucoup moins. La barrière raciale délie le droit d'aimer son semblable, et exalte celui de s'en inspirer.


Au Japon, je veux dire au "Japon d'avant", toujours dans ce registre de la fascination on pourrait ajouter Catherine Deneuve, et pour les acteurs Alain Delon.
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