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Ce réconfort qui vient du Portugal

Envoyé par Didier Goux 
Dans son journal, le 8 octobre 1963, Miguel Torga écrit ceci :

Ma longue expérience de médecin me sert à ne pas désespérer de la léthargie nationale. Les corps collectifs, comme les corps individuels, s'abandonnent de temps en temps à une espèce de volupté aboulique, de mort apparente, qui semble sans remède. Mais, dans l'intimité des cellules, le métabolisme continue. Et au moment le plus inattendu, le moribond ouvre les yeux, parle, réagit et reprend une vie normale.
Les patries aussi se lèvent parfois du tombeau.
Désolé Didier mais il m'en faudrait beaucoup plus pour me réconforter. Car à seulement quelques semaines d’une échéance électorale d'une importance capitale pour notre pays menacé par des périls que nous connaissons bien, nous constatons, dans un état que Hannah Arendt aurait qualifié de « désolation profonde », qu’il n’y a aucun débat, aucune discussion, aucun échange réellement politique...
Cette campagne, par sa caricature, est la preuve tangible de la dictature médiatique qui sévit depuis des années et qui s’abat aujourd’hui avec une force et un dédain sans précédent sur les Français dans un moment pourtant si essentiel pour leur avenir. Cette bouffonnerie permanente devrait remuer les consciences. Au lieu de cela elle les endort. Elle les tuera.
« il n’y a aucun débat, aucune discussion, aucun échange réellement politique... »

Tant mieux, peut-être, au fond. Manifestement plus personne n'y croit, à ces fichus “débats”, et même : plus personne n'a le courage de faire semblant d'y croire, y compris ceux dont c'est habituellement la profession.

Le politique, en se retirant ainsi, laisse le champ libre à l'Histoire, qui va enfin pouvoir entrer en scène. Cette vieille dame un peu capricieuse prend son temps, comme souvent. Mais elle sait, et nous savons aussi, que son tour est revenu.
@Trystan

Finalement, je ne suis pas loin de penser comme vous.

Pourtant, comme l'écrit Hannah Arendt, "le monde ne peut être compris que dans la mesure où plusieurs en parlent et échangent mutuellement leurs opinions et leurs perspectives”. Sans discussion, l’aliénation par rapport au monde est totale, le monde devient absurde, vide de signification. Cette rupture de communication entre les hommes la philosophe la nomme la “désolation”.
Mais peut-être ne s'agit-il plus, pour nous, de "comprendre le monde" (?).
"Mais peut-être ne s'agit-il plus, pour nous, de "comprendre le monde" (?)"

Allons ! Reprenez-vous ! Je vous vois sur la pente d'accorder aux robots une responsabilité civile, pour en finir.
29 mars 2017, 18:55   Re : Ce réconfort qui vient
Ce n'est pas parce que la scène politique officielle se transforme en théâtre nô qu'il n'y a plus personne pour discuter de façon sensée. Bien au contraire, Internet, et peut-être le café du commerce, grouillent de lucidité.
Citation

Désolé Didier mais il m'en faudrait beaucoup plus pour me réconforter.

Mon cher Pascal, c'est qu'il en va du réconfort comme de la grâce : réconfort suffisant et réconfort efficace. Celui que je propose, nous en sommes d'accord, est tout juste suffisant…
Citation
Trystan Dee
Ce n'est pas parce que la scène politique officielle se transforme en théâtre nô qu'il n'y a plus personne pour discuter de façon sensée. Bien au contraire, Internet, et peut-être le café du commerce, grouillent de lucidité.


Discuter de façon sensée, lucidité...

Oui d'accord..., les fins causeurs et le conversations brillantes, même s'il s'y glisse toujours un peu de fausse monnaie, ne manquent pas - et après ? Car ça n'est plus un problème de conversations, sensées ou pas, ou de simple lucidité (d'ailleurs, plus les joutes d'idées sont grossières, plus elles sont prises au sérieux par ceux qui s'y livrent). Non, le problème, c'est que les Français paraissent tour à tour n'avoir pas la force d'agir dans le drame où il sont jetés, et n'avoir pas l'esprit assez simple pour l'apercevoir. Que dire, par ex., de leur curiosité volage pour toutes les idées ?, laquelle n'est finalement que l'incapacité d'en retenir aucune... Et passons sur cette façon "très française" de faire la roue au bord de l'abîme, juste avant d'y tomber. Tous ces défauts, misérables parce qu'on y sent à la fois l'insuffisance de la personne et la suffisance de l'individu, sont, dans une nation, les dernières expressions d'une société qui meurt.
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