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La mondialisation occidentale négligente et la pression de l'islam sur l'Europe

Envoyé par Francis Marche 
Une question d'histoire se pose naturellement à qui se penche sur la dynamique des affrontements entre le monde islamique et l'Occident depuis l'expulsion définitive des arabo-musulmans des terres de France au XIIe siècle et celle de leurs dernières places fortes en Espagne à la fin du XVe : comment expliquer que la pression barbaresque se soit maintenue aussi forte par la suite, pendant trois longs siècles (jusqu'à la guerre américano-algérienne de 1816 et l'expédition d'Alger menée par Charles X en 1830), lors même que partout dans le monde l'islam ne connaissait, pendant toute cette période décisive d'essor de l'Occident, que replis, défaites et divisions ?

La réponse à cette question est intriguante parce qu'elle fait écho ce que nous vivons depuis le tournant du millénaire, elle nous est dévoilée dans les pages d'un chapitre de l'Etude de l'histoire (1952) de A.J. Toynbee : parce que ces trois siècles furent pour l'Occident ceux de l'universalisme, de la mondialisation des échanges et des rivalités – après que ces puissances se furent engagées dans cette immense entreprise de globalisation de soi, elles négligèrent de traiter les maux que subissaient leurs populations at home et que leur causaient les exactions des Barbaresques opérant depuis les côtes d'Afrique du Nord. Eprises d'humanisme et de propagation de leur civilisation, et de profits marchands, et de diffusion d'une science et de savoirs proclamés universels et trans-civilisationnels, et captivées par un grand jeu avec les Turcs dans les espaces d'Asie mineure et d'Asie centrale, ces puissances se fichaient du sort que leur négligence réservait à leurs peuples restés aux prises avec le Barbaresque auteur de razzias, et solidement installé sur les rives sud de la Méditerranée, mer alors incomparablement moins intéressante et alléchante de richesses convoitables que pouvaient l'être les rivages et les archipels des grands océans.

L'Occident voyait grand, si grand que, comme aujourd'hui ce qui peut se passer au coin de la rue et dans les zones de non droit qui s'installent dans certains quartiers des villes du vieux continent, l'Europe, berceau de sa civilisation, était devenue, en tant qu'espace physique, quantité négligeable, affaire secondaire et avec elle ses habitants et leur quotidien menacé. Les grands capitaines marchands, les grands philosophes, Voltaire en tête, préféraient s'intéresser aux "sauvages" des îles lointaines ou de la Nouvelle France, tous forcément bons, tous forcément intéressants et porteurs de profits potentiels, plutôt qu'à ces barbaresques nocents qui, aux portes de l'Europe, menaçaient et inquiétaient, et sévissaient. L'islam resta fort dans le bassin méditerranéen, pendant trois cents ans, et sa capacité de nuisance fut entretenue intacte, mais fort il le fut seulement de la négligence et de l'aveuglement mondialiste et universaliste des puissances de la chrétienté d'Occident.

Donc oui, l'histoire, même si elle ne se répète jamais, reconduit ses schémas, dès lors que l'aveuglement de l'Occident face à ce qui le menace demeure immuable, et dès lors aussi qu'il s'applique à reconduire une vision du monde faillie, celle que nous pourrions désigner comme étalement universaliste négligent, doublé d'ambitions cupides et de calamiteuses et donquichottesques rivalités internes.

Je vous propose de lire ensemble ces pages de A.J. Toynbee, dont je produirai une traduction au fil de la plume, comme de coutume. On y verra notamment comment, sans plan concerté, l'étau dans lequel l'islam avait pris l'Occident, en tenant jusqu'aux côtes d'Afrique occidentale et orientale, fut débloqué à partir de la dernière décennie du XVe siècle par une action simultanée de contournement et d'encerclement des puissances islamiques par les puissances maritimes ibéres d'une part et pour commencer (suivies aussitôt par la France, la Hollande et l'Angleterre) et par la Russie d'autre part qui endigua l'islam iranien en Asie centrale dans son étalement et sa conquête du flanc oriental du nord du continent eurasien jusqu'au Pacifique. Le "lac arabe" qu'avait été l'océan indien au XVe siècle fut désormais contesté par les deux chrétientés qui enserrèrent Dar Es Islam dans une prise en tenailles appelée à garantir le succès de la première mondialisation occidentale. Cependant que c'est à la Méditerranée qu'échut pour trois siècles le sinistre sort d'être "lac arabe".
07 juin 2017, 11:26   Richesses convoitables
"'(...) mer alors incomparablement moins intéressante et alléchante de richesses convoitables que pouvaient l'être les rivages et les archipels des grands océans."

Comment se fait-il que cet argument de la recherche de "richesses convoitables" puisse être reçu dans le cas ci-dessus et considéré comme le comble de la sottise quand il est avancé (par exemple par un Mélenchon) pour expliquer les guerres au Moyen-Orient ?
Probablement parce que, comme je le disais, l'histoire ne se répète pas : l'exploitation crue et directe des richesses, jusqu'à s'autoriser une traite esclavagiste transcontinentale, était possible durant ces trois siècles de mise en place de la première mondialisation occidentale car elle ne rencontrait à peu près aucune résistance, ni de la part des "sauvages", ni de l'islam lui-même qui refluait sur tous les fronts et dans tous ses domaines sauf en Méditerranée, et dont la capacité de nuisance fut endiguée et l'ambition freinée comme je viens de l'évoquer dès la Reconquista (qui libéra la façade atlantique de la peste barbaresque et ouvrit des routes à Colomb et à Vasco de Gama) ; elle ne peut l'être par les mêmes modalités dans la deuxième mondialisation (celle qui commence dès la fin de la deuxième guerre mondiale avec l'émancipation des colonies que possédaient certaines puissances impérialistes occidentales) pour au moins deux raisons majeures, auxquelles il faut en ajouter une troisième qui s'est avérée d'action plus épisodique qu'on ne l'aurait escompté : 1. les sauvages sont armés et constitués en Etats souverains et "exigent des contreparties" à l'exploitation de leurs richesses ; 2. l'islam est redevenu conquérant et s'est ligué avec succès contre l'Ouest dès la guerre du Kipour (1973) avec le chantage au pétrole et à l'accueil de ses populations en Europe (cf. Protocole de Barcelone), auquel chantage la France doit en partie sa politique du regroupement familial. A ces conditions nouvelles il convient d'ajouter, jusqu'à la chute du communisme en 1991, l'extrême réticence des blocs communistes (bloc soviétique, Chine, Cuba, et pays africains sous influence) à se laisser piller par l'Occident ou à commercer avec lui en des termes inéquitables.

Croyez-vous que le pétrole irakien ait beaucoup enrichi les Etats-Unis d'Amérique par les deux guerres que ce pays y ont menées en quinze ans ? Quel pétrole est à puiser en Afghanistan ?

Mélenchon est un homme du XXe siècle, autant dire du XIXe siècle puisqu'il est marxiste de formation et de coeur. Il régurgite les vieilles antiennes et badernes usées jusqu'à la corde qui ne correspondent plus à notre monde. Le plus navrant est de voir toute une jeunesse en France qui lui emboîte le pas en mutins de Panurge.

Le fait déterminant me semble être que depuis 1973 et les options stratégiques que prit l'OCI (organisation de la conférence islamique, pas l'officine trotskyste à laquelle appartinrent Mélenchon et Jospin) qui entraîna le premier choc pétrolier, la machine d'une reconquista inversée s'est mise en branle : l'islam conquérant s'est réveillé et n'a cessé de forcir et d'avancer et de gagner en audace depuis ce moment.

La faiblesse actuelle de l'Occident est corrélable à un entêtement atavique à se croire encore (sous le leadership de Georges W. Bush en particulier) invincible et glorieux "comme avant" (comme au temps des trois siècles de sa domination absolue sur le monde) et, conjointement, à se représenter comme vil et coupable du désordre du monde. Ces deux aveuglements égocentrés vont de pair et occultent le réel dans lequel le monde est plongé.


Un exemple de l'offensive civilisationnelle de l'islam après le choc pétrolier : L'Association parlementaire pour la coopération euro-arabe qui en 1975 "comptait 200 parlementaires européens" de toutes tendances politiques, a produit les résolutions de son assemblée générale tenue les 7 et 8 juin 1975. Il s'agit du bleu d'architecte de l'Eurabia, visage des sociétés européennes des Neuf pays de la CEE, tel qu'il se présente aujourd'hui.

Extraits :



Le programme de contrecolonisation culturelle :



Ce sont des parlementaire européens qui signèrent ceci :


et enfin regroupement familial et droit de vote des étrangers :


Intégralité du document ici (facsimile) : [www.dreuz.info]

Ne pas perdre de vue qu'en 1975, certains parlementaires allemands signataires de ce programme s'étaient distingués trente ans auparavant de manière pas toujours glorieuse dans leurs agissements vis à vis des populations juives ou non aryennes dans l'espace européen concerné... Ce qu'on appelle aujourd'hui nazislamisme n'est pas qu'une figure de rhétorique.
La faiblesse actuelle de l'Occident est corrélable à un entêtement atavique à se croire encore (sous le leadership de Georges W. Bush en particulier) invincible et glorieux "comme avant" (comme au temps des trois siècles de sa domination abolue sur le monde) et, conjointement, à se représenter comme vil et coupable du désordre du monde. Ces deux aveuglements égocentrés vont de pair et occultent le réel dans lequel le monde est plongé
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Il y aussi que nous ne voulons plus entendre parler de nations (sauf pour les autres !). Comme l'écrit Olivier Zajec, « ce sont les nations, et non la consommation ou la morale, qui redonnent forme et sens au monde ».

La guerre est une forme de rapport à l’autre qui implique aussi un rapport à soi. Cela signifie que pour savoir ce que sont nos intérêts, il nous faut d’abord savoir qui nous sommes. Dans "L’Enracinement", Simone Weil constatait que "des êtres déracinés n’ont que deux comportements possibles : ou ils tombent dans une inertie de l’âme presque équivalente à la mort, ou ils se jettent dans une activité tendant à déraciner toujours plus, souvent par les méthodes les plus violentes, ceux qui ne le sont pas encore ou qui ne le sont qu’en partie". Face à l’universalisme qui conduit au déracinement, l’Europe n’a d’autre alternative que d’affirmer ce qui la constitue en propre.
La faiblesse actuelle de l'Occident est corrélable à un entêtement atavique à se croire encore (sous le leadership de Georges W. Bush en particulier) invincible et glorieux "comme avant" (comme au temps des trois siècles de sa domination abolue sur le monde) et, conjointement, à se représenter comme vil et coupable du désordre du monde. Ces deux aveuglements égocentrés vont de pair et occultent le réel dans lequel le monde est plongé
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Il y aussi que nous ne voulons plus entendre parler de nations (sauf pour les autres !). Comme l'écrit Olivier Zajec, "ce sont les nations, et non la consommation ou la morale, qui redonnent forme et sens au monde".

La guerre (puisqu'on nous dit que nous sommes en guerre) est une forme de rapport à l’autre qui implique aussi un rapport à soi. Cela signifie que pour savoir ce que sont nos intérêts, il nous faut d’abord savoir qui nous sommes. Dans "L’Enracinement", Simone Weil constatait que "des êtres déracinés n’ont que deux comportements possibles : ou ils tombent dans une inertie de l’âme presque équivalente à la mort, ou ils se jettent dans une activité tendant à déraciner toujours plus, souvent par les méthodes les plus violentes, ceux qui ne le sont pas encore ou qui ne le sont qu’en partie".

Face à l’universalisme qui conduit au déracinement, l’Europe n’a d’autre alternative que d’affirmer ce qui la constitue en propre. Mais les Européens le désirent-ils vraiment ?
Il va de soi que l'histoire seule est parfaite, qu'elle s'offre dans le discours (qu'il faut apparemment désormais appeler "narratif" en français) dans cet emboîtement parfait et parfaitement chorégraphique à la fois intelligent et explicatif. L'histoire s'auto-explique, c'est son job. Cependant que nous autres la vivons séculairement dans la finitude et la douloureuse imperfection, le douloureux ratage continu. Je suis sûr que Vasco De Gama se voyait comme un raté, et de même Leonardo, et Napoléon qui finit comme le dernier des hommes, pour ne rien dire de Colomb. Il n'empêche qu'en deça du raté historique, se couche et se tapit, invisible, le traitre parfait, je pense à ces parlementaires de l'Europe des Neuf qui, en 1975, si les Arabes ligués leur avaient enjoint à faire cinq prières par jour en échange d'un accès sans limites à leur pétrole, auraient signé bravement, courageusement soumis, ils se seraient engagés à lever le cul vers le ciel cinq fois par jour pour cinq barils de pétrole par jour et par tête d'administré.

La suprématie économique est dangereuse si le sabre qui doit la garantir a le malheur de se ratatiner comme une bite malade et apeurée : le danger alors est qu'elle révèle une fatale dépendance à qui l'on pille sans le tenir directement sous son joug. C'est ce qui est arrivé à l'Occident, sottement emporté dans la paix sans s'assurer de sa propre indépendance vis à vis des territoires outremer dont il pompait le pétrole. Le choc fut rude en 1975, et il fut tout sauf économique. Il fut philosophique et anthropologique : on ne domine pas économiquement quiconque on n'est pas assez fort ni assez injuste ni assez impitoyable pour subjuguer par les armes. D'où l'effondrement, la mise un genou à terre de l'Occident face à l'islam pétrodollardier dans ce tournant des années 70. Tout le reste, qu'on constate aujourd'hui, a suivi logiquement.
Dans l'ouvrage collectif paru simultanément en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis (Bloomsbury Editeurs) en 2013, Philosophy of History after Hayden White (White étant l'auteur de Metahistory paru en 1973), sous la direction de Robert Doran, celui-ci propose une introduction dont voici un extrait :


Traduction :
D'une part [l'ouvrage] insufflait un regain de vie à la philosophie de l'histoire en la rendant davantage réceptive aux démarches nouvelles, orientées sur la linguistique dans les humanités ; d'autre part il déconstruisait l'opposition cardinale entre histoire en tant que telle et philosophie de l'histoire, qui avait eu pour effet d'entraîner l'excommunication de celle-ci par les cercles de l'historiographie académique. La première de ces deux ambitions avait été réalisée par la nature performative de l'ouvrage lui-même ; en effet Metahistory démontrait qu'une philosophie tropologique de l'histoire (voir ce qu'il faut entendre par tropologique ou stylistique » chez White ici : [www.in-nocence.org]) était possible par l’élaboration qu’en faisait l’ouvrage. En ce sens, il importe moins d’apprendre, comme l’écrit White, le fait que « Marx appréhendait le champ de l’histoire sur le mode métonymique », ce qui en soit n’est guère éclairant, que de découvrir que ce type de réflexion est intégrable dans un système tropologique qui définit la conscience historique en tant que telle.

La deuxième ambition était de montrer que les tropes structurent tout discours historique et que, de la sorte, au niveau le plus profond ou le plus fondamental, l’histoire directe et la philosophie de l’histoire ne font qu’un (« les modes possibles de l’historiographie sont les mêmes que les modes possibles de la philosophie spéculative de l’histoire »). Mais, évidemment, seule une démarche métahistorique peut rendre compte de ce fait, ce qui instaure subrepticement sa primauté.


L’ouvrage de Toynbee fut précurseur de cette démarche : Study of History n’est pas un ouvrage historique, car tout en l’étant, à l’évidence, il est aussi réflexion sur l’histoire, prise comme objet d’étude au sein même de sa narration, laquelle se voit cent fois proposée suivant des angles différents, thématiques, mais aussi selon différentes visions synthétiques du flux des événements, dans une sorte de buissonnement méthodologique. Et cette manière de ne faire qu’un de l’histoire et de la philosophie de l’histoire s’inscrit dans la grande et noble tradition de l’historien qui assume pleinement son rôle de philosophe et de conseiller des principautés, tradition qui fut inaugurée en Chine par Sseu Ma T’sien (Voir ici) et dans une moindre mesure en Occident par Thucydide. Ainsi nous verrons que le point de vue thalassocratique du Britannique se livre comme éclairage autant qu’interprétation, par exemple, de l’investissement territorial russe vers l’Orient, où Toynbee nous présente les steppes transouraliennes comme « grande baie terrestre », de même le Sahara dont la conquête vaut celle d’un océan (cf. le concept de « règne de l’Eau » chez Carl Schmitt [www.in-nocence.org] )

L'enseignement politique, mais aussi philosophique et théologique, que livre Toynbee dans ces pages, en sus des matériaux historiographiques eux-mêmes, jamais neutres, toujours judicieusement choisis en soutien à ses thèses et pour mieux asseoir son point de vue (son belvédère), nous est devenu aujourd’hui plus précieux que jamais parce qu’il corrige une lacune, un immense vide de la pensée qui frappe aujourd’hui l’Occident face à ce qui survient aussi durement que les djihadistes et leurs ceintures d’explosif frappent dans les lieux publics les citoyens qui se défendent à coups de peluches, de bougies, de cœurs en feutrine et de slogans faussement paléo-chrétiens aussi débiles que démobilisateurs et suicidaires.

(à suivre)
un immense vide de la pensée qui frappe aujourd’hui l’Occident face à ce qui survient
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Allons allons Francis, notre gouvernement a annoncé mercredi la création d'un "centre national du contre-terrorisme", une « task force» (ça a d'la gueule, non ?!) ! En fait, il ne s’agira que d’un centre de coordination dont la proactivité restera à démontrer. Quelle marge de manœuvre aura ce centre face à l’opacité croissante des quartiers ?, contre la bombe démographique islamisée dans les zones de non-droit où fleurissent les "cas isolés" ?, contre les menaces autres que la menace​ purement terroriste ? Et surtout, comment lutter efficacement contre la connerie abyssale de nos politiques qui ne cessent de manier le mensonge, qui minorent les dangers, qui regardent ailleurs, qui appellent à toujours plus d'immigration... ?





– à suivre –

Soixante-deux ans écoulés entre la mort de Jeanne d'Arc et la découverte de l'Amérique :



Et le modèle DS créé cette année, 62 ans plus tard :


Quelle accélération des temps ... c'est fou ! Et tout ça grâce au "folles avancées technologiques" du monde moderne ou post-moderneux ! Entre ces deux dates que 62 années séparent, la France aura perdu toutes ses colonies africaines dont l'Algérie, et son territoire se trouve en 2017 en voie d'islamisation rapide – la rapidité du flux historique, désormais, est la prérogative de l'ennemi de la chrétienté d'Occident. Elle n'est certes pas la nôtre en dépit de l'illusion du "progrès technologique".
Il ressort de ces pages supra que le XVe siècle fut celui de l'essor conquérant de l'islam qui parvint à réaliser une quasi-mondialisation puisque celle-ci ne s'étendait que sur le "Vieux Monde", comme dit Toynbee (Océan Indien, Eurasie, et Afrique mais ne comprenant ni l'aire Pacifique, ni l'Amérique ni la Chine, ni le Japon, et qui bien entendu n'avait pu mordre sur l'Europe pas plus loin que le Péloponnèse à l'est et l'Andalousie à l'ouest). La première mondialisation, celle des circumnavigateurs de la Chrétienté d'Occident ne pourra advenir qu'à la fin de la Reconquista et à partir de l'exploit de Colomb qui en chemin vers les Indes buta sur une île aux contours difficiles à définir...

Donc la phase d'inflation civilisationnelle et territoriale fut entièrement le fait de la sphère islamique pendant ce siècle, cependant que chez nous, c'était un Louis XI démêlant le tien du mien avec les roitelets dévorés d'ambitions qui entouraient son royaume, qu'en Angleterre c'était le reflux et la guerre des Roses, et qu'en Suisse, on s'employait à créer la Suisse. Partout ailleurs, morcèlements, divisions, esprit de clocher, fourmillement intellectuel et artistique contenu, piétinant, piaffant pour rien et tendu vers le ciel (construction du Duomo de Milan) faute de pouvoir s'étaler sur le monde.

Chez les musulmans, l'histoire s'emballait, chez nous ça ruait dans les brancards, ça battait des ailes façon coq dans le poulailler clos. L'horizon était barré par le musulman.
Un mot sur cette illusion d'une histoire qui s'accélèrerait dans et par le "progrès technologique". Quelle histoire ? L'histoire universelle, mais quelle universalité quand une civilisation comme l'islam exclut de l'universel toutes celles qui ne sont pas elle ? Dès lors que le smart phone et la bombe au plutonium et le virus informatique fonctionnent entre toutes les mains, sont "universels", il n'y a plus aucun progrès qui tienne ! Le progrès, s'il n'est plus réservé à la civilisation qui en enfante les créations, remet tous les compteurs à zéro, opère une tabula rasa par l'"égalité" des armes entre le barbare et le civilisé. Ce fut le piège de l'encyclopédisme et de l'humanisme moderne qui cessa de réserver la science au civilisé : en l'offrant à tous, en la diffusant indifféremment, le barbare s'en sert pour rester barbare !

Ma conjecture personnelle est que le courant encyclopédiste et l'universalisme militant (celui des Jésuites, notamment, au siècle de Louis XIV) peuvent avoir été induits par l'illusion d'omnipotence des créations spirituelles et intellectuelles de l'Occident dans un monde désormais dépourvu de toute contestation à leur égard, l'islam ayant été circonvenu par le truchement d'une circumnavigation.

La totalité du monde et sa possession matérielle rendue possible furent ainsi à la source d'une illusion que l'on a appelé humanisme ou Lumières, illusion qui fit projeter la civilisation dominante, unique et solitaire sur la globalité du monde, et qui n'était telle que grâce à une providentielle conjoncture (effondrement de l'islam conquérant qui aurait pu lui opposer sa contestation), et avec elle sa science (la science était chrétienne jusqu'aux mathématiques et à l'astronomie – cf. Neper, Kepler, etc.) comme étant absolument la civilisation de tout le monde, et, corrélativement à cela, cette civilisation en vint à être considérée aussi comme n'étant plus chrétienne qu'accidentellement. Etant universelle, elle ne pouvait l'être que par-dessus l'existant civilisationnel divers (cf. la Chine et le Japon que rencontrèrent les Jésuites missionaires) ce qui entraîna un mouvement de re-catholicisation neo-paulinienne (je veux dire re-universalisation et donc dé-christianisation, comme Paul avait dé-judaïsé la spiritualité monothéiste) des savoirs dans le mouvement encyclopédiste et l'organisation d'une diffusion transcivilisationnelle des savoirs par les Missions. Ce mouvement humaniste universaliste indifférenciant, négligea, dans son étalement, le berceau de la civilisation qui l'avait propulsé.

La négligence des populations européennes et chrétiennes par les maîtres de l'Europe (jusqu'à ceux de l'Union européenne, chez qui elle s'avère aujourd'hui criminelle) vient de loin : elle fut et elle demeure un phénomène politique aux dimensions multiples qui trouve son foyer historique dans cette illusion d'omniscience/omnipotence créée par l'endiguement au seizième siècle de toute opposition civilisationnelle menaçante pour l'Europe chrétienne, dont la plus sérieuse, celle de l'Islam, armé d'une spiritualité à prétention universaliste concurrente. Cette illusion consiste à se représenter que ce qui est archi-dominant est au-dessus du particulier qui l'a enfanté, et que cette mère de l'universel qu'est le particulier n'est plus bonne qu'à jeter aux poubelles de l'histoire passé l'heure de l'enfantement.

Cette illusion, nous continuons de la payer cher puisque c'est par son cheminement que la Chrétienté s'est trouvée relativisée au siècle dernier avant d'être aujourd'hui bafouée sur ses territoires européens : l'explosion de l'universel et l'érection spirituelle de la figure de l'Homme bardée de droits, l'effacement de la dichotomie qui distinguait le Civilisé du Barbare, banalisèrent la chrétienté comme espace et siège d'une histoire particulière qui, désormais, et à cause de l'illusion universaliste, n'appelle plus aucun effort dédié pour en perpétuer et en défendre la précieuse singularité.

Ce que je propose de mettre en évidence par cette lecture de Toynbee : que cette illusion, fort coûteuse, qui révèle aujourd'hui sa dangerosité, eut en effet et très véritablement des causes historiques rien moins que conjoncturelles, presques triviales, et que cette conjoncture de la fin du XVe siècle, où tout bascula en une poignée d'années pour entraîner une dynamique qui dura près d'un demi-millénaire (jusqu'en 2001, disons, avec des prémisses enclenchées dans les années 1970) a vu depuis un demi-siècle ses termes s'inverser. Il s'agit bien d'une inversion de la conjoncture de 1500 s'agissant des positions relatives de l'islam et de l'Occident : c'est à présent lui, l'islam, qui voit son histoire s'accélérer comme nous avions accéléré la nôtre dans ce moment et qui est en passe aujourd'hui de nous soumettre par l'arme de son universel.

Aussi divisé soit-il aujourd'hui entre Sunnites et Chiites, etc., bien retenir qu'il l'est moins que l'Occident pouvait l'être à la fin du XVe siècle quand ce dernier prit la haute main sur les affaires du monde.

(message modifié)
Le barbare s'est emparé du progrés, nous sommes d'accord : c'est un évènement historique.Tout se passe comme si l'histoire, suspendue en Europe depuis des décennies, se remettait en route, mais ailleurs.
Emergeant seul et victorieux faute de protagonistes, de concurrents, le rescapé unique d'une hécatombe (crash d'avion, ultime vainqueur d'une situation désespérée, d'un grand combat général) se croit investi d'une mission divine ; se figurant que, s'il est seul survivant d'une épreuve qui n'a fait que des vaincus et des morts, cette survie fût-elle due à la seule loi du hasard (découvrir l'Amérique fut un hasard), c'est qu'il a été choisi par l'instance divine (la fameuse Manifest Destiny des chrétiens d'Amérique du Nord) et le voilà qui s'en va délivrer des messages à l'humanité tout entière comme s'il était l'Elu du ciel, ou le Dernier Homme mandataire du divin. C'est de cette illusion, un peu comique, qu'a dû être victime l'Occident au XVIe siècle lorsqu'il s'est vu arriver premier et seul dans la course à la mondialisation du monde. De cette conjoncture historique, il a fait une révélation nouvelle ; il en a fondé l'humanisme moderne et l'universalité conceptuelle et principelle.

On a suffisamment relevé l'obsession de l'islam pour son calendrier, pour les plis et les échos qu'il y aménage et qui souvent fournissent le "timing" de ses actes les plus emblématiques (aujourd'hui, le plus souvent, des tueries) mais qu'en est-il de l'Occident ? Qu'on accepte pour première piste dans cette enquête ce fait qui révèle l'obsession de l'Ouest (obsession presque chaldéenne) pour le chiliasme et l'ordonnancement qu'il créé dans l'histoire de l'Occident : que l'Union européenne, dernier en date des avatars de l'universalisme spirituel et politique que concoctera jamais l'Occident, fut instaurée un demi-chiliasme exactement (1992) après la découverte de l'Amérique par Colomb (1492).
On oppose à ma critique historique de la prétention universaliste qui a habité et qui habite encore la chrétienté d'Occident et ses sociétés dérivées l'argument que cette critique relativiserait à son tour la supériorité de cette civilisation sur l'islam, dont elle nierait implicitement le fait. Je crois que c'est le contraire qui est vrai, car c'est bien l'accession au statut d'universalité qui fait cela : en effet en plaçant une entité civilisationnelle sur le socle supérieur de l'universalité on lui interdit de se comparer aux autres sur le plan du particulier; la chose ainsi classée hors concours, hors cadre et hors la singularité elle ne peut affirmer la moindre supériorité sur ses pairs – elle en devient pour ainsi dire interdite de supériorité et son statut exceptionnel plaide pour une fallacieuse égalité de valeur dans toute la classe des foyers de civilisation. L'universel échappe aux comparaisons, voilà qui est bien commode, dans l'islam, par exemple, pour ne pas daigner participer au concours Lépine des fruits que les civilisations produisent, ni s'exposer au risque d'une hiérarchisation entre elles.
l'Occident au XVIe siècle lorsqu'il s'est vu arriver premier et seul dans la course à la mondialisation du monde. De cette conjoncture historique, il a fait une révélation nouvelle ; il en a fondé l'humanisme moderne et l'universalité conceptuelle et principelle.


De toutes façons nous n'assistons pas à "la fin de l'histoire" (diagnostic de Fukuyama), mais seulement à la fin des grands récits historiques et à la crise radicale de l'idéologie du progrès. Pour croire à la fin de l'histoire, il faut déjà croire que l'histoire a un sens. Or, ce qui s'achève, c'est une conception vectorielle, linéaire, d'une histoire orientée vers un sens unique.

D'autre part, il me semble que "l'accession au statut d'universalité" dont vous parlez est moins décisive que le fait suivant : l'idée (progressiste, libérale) qui a porté l'Occident jusqu'ici a toujours triomphé ; la "thèse libérale" ne trouvant plus face à elle, suite à l'effondrement du communisme, d'idéologie mobilisatrice.
On peut ainsi raisonner en termes dialectiques et annoncer, avec le re-surgissement de l'islam, la reprise du mouvement dialectique.
Poursuivons la lecture si vous le voulez bien :









Chaînes de presidios dont il reste aujourd'hui Ceuta et Melilla qui, pour n'avoir pas été restituées aux chérifiens marocains, ni avoir été repris par eux, servent actuellement de tremplin à la contre-colonisation africaine de l'Europe. Quant à Tripoli, qui fut perdue par l'Espagne, on la voit, comme s'il y avait là empreinte du destin, servir de plateforme d'invasion de l'Europe par voie maritime. Dialectique de la rétribution et son balancier oscillateur qui passe et repasse par les mêmes noeuds géographiques suivant une période pentaséculaire.
Intermède : pour ceux que taquinerait l'envie de goûter à la prose originale, parfaitement chateaubriandesque, de A.J. Toynbee dans ces pages, les trois premières :







Il y avait une manière "française" (latino-franque) de coucher sa prose en anglais, qui domina dans le monde académique oxfordien et bien sûr chez les éminences grises des services diplomatiques de sa majesté, dont A.J. Toynbee peut être pris comme figure rayonnante dans cette époque (les années 1950). Traduire Toynbee en devient presque facile : sa prose admirable, c'est le dit de Chateaubriand couché dans la langue latine, savante, aimable et supérieure que l'on a parlée à la cour des souverains britanniques pendant ... neuf siècles (de 1066 à 1966, années où les Beatles donnèrent leur concert à l'Olympia de Paris dans une langue méconnaissable). Toynbee, c'est du français mal prononcé.
Puisque Chateaubriand vient d'être évoqué, cet autre intermède, où l'on voit l'auteur des Mémoires d'outre-tombe qui, en trente lignes environ :

1. Attire notre attention sur cet autre noeud de temporalité à valeur transhistorique que fut le 2 janvier 1792, quand les députés de l'Assemblée législatives fixèrent au 1er janvier le commencement de l'an IV de la liberté – noeud de temporalité transhistorique qui s'intercale entre la prise de Grenade du 2 janvier 1492 (trois centième anniversaire) et la création de l'Union européenne le 1er janvier 1992 (cinq centième anniversaire de cet événement qui avait précipité l'avènement de la première mondialisation universaliste);

2. Définit ce qu'il faut entendre par Kairos en histoire (en lequel Chateaubriand fait intervenir "la Providence");

3. Attire notre attention sur ce noeud spatial à valeur transhistorique que fut le monastère des Cordeliers à Paris qui après avoir "inspiré" les ligueurs au 16e siècle et avoir servi de foyer aux guerres de religions, inspire un retournement de la Saint-Barthélémy (bien un retournement, et non un retour) sous la Convention – certains lieux ne sont pas " "mis au service" des événements (comme la guillotine, que Chateaubriand appelle "mécanique sépulcrale" et qui semble avoir induit les exécutions davantage qu'elle n'en a été l'instrument) mais paraissent les inspirer, et presque à l'histoire dicter son cours et ses figures récursives (cf. Ceuta, Melilla et Tripoli à cinq siècles de distance dans les figures récursives de la colonisation/contrecolonisation entre Europe et Afrique).

Extraits du chapitre 3 du Livre IX des Mémoires d'outre-tombe (éditions Garnier-Flammarion, 2007)








Eclaircissement sur le Kairos :

J'avais d'abord parlé de Kairos à propos des premiers navires transocéaniques construits par les Portugais et les Espagnols au XVe siècle, qui paraissent avoir précipité la conquête du monde par l'Occident et son désencerclement de l'islam. Il faut, dans cette perspective, en rapprocher l'invention avec celle de la "machine à meurtre" pour avoir été, comme celle-ci "la preuve de l'action cachée de la Providence quand elle veut changer la face des empires" : A trois siècles de distance, la "machine à meurtre" fait écho et entre en résonance avec la machine à conquête; elle aura comme elle changé la face des empires et paraît comme ces machines flottantes avoir été voulue par la Providence. Evidemment, ne pas chercher dans cette figure miroir un quelconque jugement moral qui serait porté sur l'une ou l'autre machine ou les forces politiques qui les imaginèrent et les conçurent. Il s'agit d'une mise en réunion d'un moment, d'une invention technique récente et d'une volonté des hommes qui se réveille dans ce moment et dans la mise à disposition de la technologie pour agir et bouleverser la donne politique générale en un éclair. Le galion, la guillotine en ressortent comme machines prédestinées.
Suite de la traduction de cet extrait de A Study of History :





Eléments spéculatifs connexes sur trois "machines prédestinées" :

An 1492 : Grenade est prise en janvier. La caraque, la caravelle, la nau des Portugais, la nao des Espagnols, la Santa Maria de Colomb, puis le galion, et la Grande Hermine de Jacques Cartier induisent, permettent, font kairos avec la première mondialisation universaliste en donnant à la Chrétienté la maîtrise des océans et en permettant la colonisation des Amériques au détriment de l'islam ; Colomb accoste au nouveau monde en octobre.

An 1792 : la guillotine, machine à promouvoir la spiritualité nouvelle de l'Un, la nation qui absorbe l'Eglise et l'universalité des droits de l'homme, religion nouvelle où se fondent le temporel et le spirituel (comme a toujours rêvé de le faire l'islam sur les sociétés humaines), machine à meurtre appelée à "changer la face des empires" (Chateaubriand), promeut et promet l'Un spirituel en tranchant les corps des hommes et des femmes en deux; la guillotine fait plus que trancher les corps : elle scinde aussi le temps en deux quand est instauré, le 2 janvier (trois centième anniversaire de l'inauguration des temps modernes que déclencha la prise de Grenade), l'an IV de la Liberté, puis, au lendemain de la victoire de Valmy, le calendrier républicain proprement dit, le 22 septembre 1792, jour de proclamation de la République, déclaré premier jour de l'« ère des Français » et qui fait de cette année 1792 aussi l'An I de l'égalité; 1792 année Janus, pli historique qui porte le double titre d'an IV de la Liberté et d'an I de l'Egalité.

An 1992 : le World Wide Web est créé [*]. L'Union soviétique meurt et L'Union européenne est fondée en janvier. Les réseaux sociaux virtuels suivront. Cette création technologique alimente ensuite d'un courant universaliste qui promeut la fonte des nations dans l'Un mondialiste (idéologie du créateur de Facebook, qui avec les GAFA forment un complexe idéologiquement unifié aussi puissant que l'Eglise catholique au sommet de sa puissance) – l'islam s'en empare et reprend son combat idéologique à armes égales avec l'Occident tout en bénéficiant cette fois d'une spiritualité plus forte et plus intacte que celle de la chrétienté mourante. Par la création de l'UE et l'avènement de cette nouvelle technologie, l'an 1992 en quelque façon devient l'an I de la Fraternité.

Trois machines-tremplins pour trois sauts de l'Occident dans l'universel, lequel répète sa geste, ivre de sa puissance, trois fois à la même date en un demi-millénaire.

[*] La création du World Wide Web
Internet s’ouvre véritablement au grand public avec la création, lors du Centre européen pour la recherche nucléaire (CERN), en 1991, du World Wide Web, par Tim Berners-Lee. Il s’agit d’un système d’interface graphique, très ergonomique et très facile d’utilisation, qui permet de passer d’une page ou d’un site à un autre en "cliquant" sur un lien dit "hypertexte". La navigation sur la "Toile" devient ainsi extrêmement aisée. Le web ouvre donc le réseau à de nouveaux utilisateurs peu familiarisés avec l’informatique. En quelques mois, les sites web se multiplient. Phénomène technique et social de grande ampleur, le World Wide Web a dû se doter, en 1994, d’un consortium pour gérer son évolution afin que ce puissant instrument de publication demeure ouvert, fidèle en ceci à l’esprit d’internet. Le World Wide Web Consortium ou W3C s’est placé sous la responsabilité du Massachussets Institute of Technology (MIT) aux Etats-Unis et de l’Institut national de recherche d’informatique et d’automatique (INRIA) en France.

Note extraite de La Documentation française : [www.ladocumentationfrancaise.fr]


(message modifié)
Deux ans après que Colomb eut touché terre aux Bahamas, en 1494, fut signé le fameux traité de Tordesillas, traité international établi le 7 juin 1494 pour définir le partage du Nouveau Monde, considéré comme terra nullius, entre les deux puissances coloniales émergentes, Castille et Portugal, avec pour ligne de partage un méridien nord-sud localisé à 370 lieues (1 770 km) à l'ouest des îles du Cap-Vert — méridien qui se situerait aujourd'hui à 46° 37' ouest.

Comment le "partage du nouveau monde" se fit-il en 1994, deux ans après l'advenu du nouveau monde fraîchement refondé (création de l'UE, création du Word Wide Web de 1992) ?

En gros, dans des termes équivalents : par l'édit d'une autorité ecclésiale nouvelle, celle de l'Eglise technologique universelle :

Wikipédia : Le World Wide Web Consortium, abrégé par le sigle W3C, est un organisme de standardisation à but non lucratif, fondé en octobre 1994 chargé de promouvoir la compatibilité des technologies du World Wide Web telles que HTML5, HTML, XHTML, XML, RDF, SPARQL, CSS, XSL, PNG, SVG et SOAP. Fonctionnant comme un consortium international, il regroupe au 26 février 2013, 383 entreprises partenaires.
Le leitmotiv du W3C est « Un seul web partout et pour tous ».

Suite de la traduction de A Study of History, où l'on voit que le double verrouillage opéré par les puissances chrétiennes d'Occident (qui barraient aux Ottomans l'accès au Nouveau Monde) d'une part, et par les Moscovites (qui empêchèrent aux Ottomans de faire la liaison avec leurs coreligionnaires sunnites des Etats turkmènes d'Asie centrale en leur rendant tout contournement de la Caspienne impossible) dans ce XVI siècle, d'autre part, fut tel que toutes les victoires militaires de Soliman le Magnifique devaient être sans lendemain et ne rien changer à la donne : c'est à ce double verrouillage opéré au XVIe siècle sur le monde islamique que l'on doit la domination ultérieure de l'Occident chrétien et la floraison des Temps Modernes (qui furent à mes yeux une refondation néo-paulinienne de l'universel hors du berceau de la chrétienté d'où cette universalité devait issir).

L'encercleur thalassocrate musulman, qui avait fait de l'océan Indien un "lac arabe" dans les siècles précédents, fut à partir des premières années du XVIe siècle encerclé si durablement que pendant près de cinq siècles ses vainqueurs se représentèrent leur victoire comme définitive et comme l'émanation d'une destinée universaliste manifeste ; la mondialisation du monde se devait d'être son occidentalisation. L'éveil simultané en 1979 de la Chine (révolution denguiste) et de l'Islam (révolution iranienne qui faisait suite au choc pétrolier de 1974) vint bouleverser cette donne et secouer durablement les illusions suprémacistes de l'Occident, desquelles il ne reste à peu près rien 40 ans après ce double réveil. Ces pages de Toynbee courent par centaines, et je trouve à puiser dans chacune tantôt des réflexions nouvelles, tantôt des confirmations de réflexions miennes. Si je dois continuer ce travail, ce sera après avoir reçu les vôtres à la suite de la présente livraison :









Des Calmouques, illustration tirée d'un ouvrage sur "les costumes de l'Empire de Russie" publié à Londres en 1811.



Les Cosaques zaporogues écrivant une lettre au sultan Mahmoud IV de Turquie, Ilia Répine, 1880-1891, huile sur toile, 2,03 m × 3,58 m, Musée russe

Texte de la lettre des Cosaques zaporogues à Mahmoud IV de Turquie, en réponse à une missive de ce dernier leur ayant ordonné de déposer les armes et de se constituer prisonnier (Wikipédia) :
« À Toi Satan turc, frère et compagnon du Diable maudit, serviteur de Lucifer lui-même, salut !
Quelle sorte de noble chevalier au diable es-tu, si tu ne sais pas tuer un hérisson avec ton cul nu ? Mange la vomissure du diable, toi et ton armée. Tu n'auras jamais, toi fils de putain, les fils du Christ sous tes ordres : ton armée ne nous fait pas peur et par la terre ou par la mer nous continuerons à nous battre contre toi.
Toi, scullion de Babylone, charretier de Macédoine, brasseur de bière de Jérusalem, fouetteur de chèvre d'Alexandrie, porcher de Haute et de Basse Égypte, truie d'Arménie, giton tartare, bourreau de Kamenetz, être infâme de Podolie, petit-fils du Diable lui-même, Toi, le plus grand imbécile malotru du monde et des enfers et devant notre Dieu, crétin, groin de porc, cul d'une jument, sabot de boucher, front pas baptisé ! Voilà ce que les Cosaques ont à te dire, à toi sous produit d'avorton ! Tu n'es même pas digne d'élever nos porcs. Tordu es-tu de donner des ordres à de vrais chrétiens !! Nous n'écrivons pas la date car nous n'avons pas de calendrier, le mois est dans le ciel, l'année est dans un livre et le jour est le même ici que chez toi et pour cela tu peux nous baiser le cul ! »
Signé le Kochovyj Otaman Ivan Sirko et toute l'Armée zaporogue

On aura remarqué que les points de fixation géographiques de la toile de la transhistoricité à l'Ouest (les presidios espagnols sur la côte rocheuse du Rif marocain que sont Ceuta et Melilla et la Tripolitaine qui sont les vestiges des premières tentatives de la Chrétienté de s'établir dans le domaine islamique au XVIe siècle et qui servent aujourd'hui de tremplin à la contre-colonisation africaine et islamique de l'Europe refondée dans la Fraternité cinq siècles exactement après la chute de Grenade) ont leur point homologue à l'Est : le fort de Tsaritsyn construit par les Russes sur la rive droite de la Basse Volga en 1556 (voir note 10) qui devait servir à défendre aux Ottomans le passage vers l'est en 1569 servit de nouveau à stopper l'avancée des troupes hitlériennes en 1942-43 sous le nom de Stalingrad.

Ces points de fixation dans la spatialité où la récurrence d'événements apparaît dans le conflit des civilisations à des cinq cents ans de distance, sont un peu ce que les géologues nomment "points chauds" sur les lignes de friction des plaques tectoniques.

Donc, si la temporalité est cloutée de points de fixation qui sont des "points fixes" régulièrement répartis sur la toile chronologique (cf. les kairos de poussée universaliste de l'Occident en 1492, 1792 et 1992 examinés supra), il en va de même de la spatialité et de ses points chauds où la récurrence historique se manifeste tantôt comme même (en Russie), tantôt comme anti-même (au Maghreb).

Méconnaissance de l'Orient : une curiosité, cette carte de 1634, quand il y avait un siècle que Jacques Cartier avait remonté le fleuve Saint-Laurent. Il s'agit d'une Carte Universelle Hydrographique, trouvée sur Gallica.fr, que l'on doit à un certain Jean Guérard. Si l'Australie, qui n'avait pas encore été découverte, n'est qu'une pointe de l'Antarctique, on remarque que la mer Caspienne est absente ! On voit les cours du Tigre et de l'Euphrate qui paraissent dessiner un lac, mais la Caspienne est remplacée par une dépression terrestre. Cependant que l'océan arctique, ou ce qui en tient lieu, est désigné comme "mer glaciale" et "océan tartare".





Détail:


Qu'en déduire sinon que la cartographie "universelle" de l'Occident chrétien, en plein XVIIe siècle, était fort mal informée des événements qui avaient façonné la carte politique de l'Asie centrale au siècle précédent : les prouesses moscovites face aux Tartares comme aux Osmanli entre Caspienne et Mer noire, étaient lettre morte pour les aventuriers, missionnaires et navigateurs chrétiens d'Occident. La disjonction des "forces chrétiennes" d'Occident, toujours agissant avec l'universalité comme étendard (comme on le constate encore dans l'intitulé de cette carte) d'avec les forces de la chrétienté d'Orient ou moscovite, est totale, la méconnaissance des hauts faits des uns par les autres était absolue.

C'est ce type de méconnaissance mutuelle et de mésentente sur fond de rivalité entre ces deux Occident chrétiens qui permet à des plantes noires et maléfiques comme l'Etat islamique en Syrie, plus de trois cents cinquante ans après que fut éditée cette carte "universelle", de croitre et de nuire comme on sait.
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