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To whom it may concern

Envoyé par Thomas Rothomago 
10 juin 2017, 09:07   To whom it may concern
Si le besoin se fait sentir d'une phrase à mettre en exergue :

« Le lecteur, que ces détails n’intéressent pas, ne devra s’en prendre qu’à lui-même s’il poursuit sa lecture. Je ne lui demande qu’une chose, c’est de ne pas oublier que ces pages n’ont pas été écrites pour lui. »

John Stuart Mill - Mes mémoires : histoire de ma vie et de mes idées, traduit de l'anglais par Émile Cazelles - 1875.
10 juin 2017, 10:29   Re : To whom it may concern
Je me disais justement cela en refermant le dernier livre de Marc Lévy après deux minutes de lecture.
Alain Finkielkraut avait annoncé à la fin de Réplique la semaine dernière que ce samedi Renaud Camus serait son invité.
Or il n'en a rien été. Je suis fâché.
10 juin 2017, 11:48   Re : To whom it may concern
Renaud Camus indique dans sa “Chronologie” que l'émission a été repoussée au 24 juin.
Hum... Je crains au contraire que Marc Lévy et tant d'autres n'écrivent visiblement que pour le lecteur, le transformant en tourneur de pages.
Traduction un peu cochonnée quand même par cet Emile Cazelles de 1875

J.S. Mill a écrit ceci :

The reader whom these things do not interest, has only himself to blame if he reads farther, and I do not desire any other indulgence from him than that of bearing in mind, that for him these pages were not written.

Le lecteur que ces choses n'intéresseront pas n'aura à s'en prendre qu'à lui-même s'il poursuit sa lecture, et je ne souhaite de sa part aucune indulgence si ce n'est celle d'avoir à l'esprit que ce n'est pas pour lui que ces pages furent rédigées.

Cazelles donne l'impression que Mill entend porter porter la masturbation intellectuelle à des hauteurs inégalées (moi, je prends mon pied tout seul et je t'emmerde).

Le monde devient inhabitable, un séjour invivable, à cause des mauvaises traductions.
Seule consolation, si c'en est une, cela ne date pas d'hier...

Et puis, Francis, si les traductions étaient définitivement bonnes, que deviendraient les traducteurs ?
La phrase de Mill appartient à cette tradition d'exorde au lecteur, celle des "puisse le lecteur...", de la grande tradition classique

Comme ici, dans les oeuvres philosophiques de Vanini, traduites par Rousselot :


La plus belle parce que la plus outrancièrement litotique et séduisante qu'on connaisse est peut-être celle de Lautréamont dans les Chants de Maldoror :

Plût au ciel que le lecteur, enhardi et devenu momentanément féroce comme ce qu’il lit, trouve, sans se désorienter, son chemin abrupt et sauvage, à travers les marécages désolés de ces pages sombres et pleines de poison

Traduire fidèlement devrait commencer par ce travail d'identification des bribes intertextuelles dans la typologie des formes. Mais plus personne n'est prêt à entendre ça aujourd'hui (si quiconque le fût jamais) : la traduction, parce qu'elle est une restitution, procède du général au particulier, ce qui suppose une connaissance ou du moins une disposition pour accéder à la connaissance, du général. C'est ce bon vouloir à respecter les classes et les formes générales et typées, à les saluer au passage après les avoir reconnues, qui fait défaut à tous ceux qui se collettent à la tâche de traduction. La traduction cochonnée est le signe triste d'une lassitude d'être au monde chez qui ne s'en soucie plus vraiment au-delà de sa pitance et de l'assommante succession des jours à assurer. Ce doit être la même chose en art plastique, en sculpture, par exemple, davantage qu'en peinture où la liberté est trop grande.
11 juin 2017, 12:59   Protection des œuvres
L'exergue, pour paraphraser Lichtenberg, pourrait également être appelée : paratonnerre.

(Mais pourquoi les pages en question seraient-elles "rédigées" plutôt que simplement "écrites" ? Toute proportion gardée, le décès est un peu à la mort ce que la rédaction est à l’écriture, non ?...)
Oui "écrites", mais "rédigées" parce qu'on rédige son autobiographie un peu comme son testament. Les Mémoires d'outre-tombe furent testamentaires, elles furent rédigées. Bien le décès, en effet, et non la pauvre et sotte mort sans histoire.
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