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Champs-Élysées : fiché S, le terroriste possédait une autorisation de port d'armes

Envoyé par Pierre Jean Comolli 
J'ai beau essayer d'expliquer à mon vieux père, il ne comprend pas (avec cette chaleur, en plus...):

- Mais comment ça, un port d'arme alors que c'est un islamiste?!
- Je sais papa, mais du calme stp... Et pense bien à t'hydrater. Je t'appelle une fois rentré à la maison. Je t'embrasse.
- D'accord [grommellements indistincts]...

Champs-Élysées : fiché S, le terroriste possédait une autorisation de port d'armes
Eh bien oui Pierre-Jean, c'est comme ça : le fichage S, c'est la police ou les services de renseignement ; le port d'armes c'est l'Administration, la préfectorale, donc, pas de communication entre ces départements, et le fiché S est blanc comme neige auprès des services en charge de délivrer les ports d'armes. C'est un peu comme les soldats de l'opération Sentinelle : on tue au Bataclan mais c'est l'affaire de l'Intérieur, donc les Sentinelles armées jusqu'aux dents ne bougent pas au dehors parce qu eh! ho! l'armée, c'est l'armée, pas l'Intérieur, faut pas confondre ! L'armée à des règles d'engagement : elle tire quand on lui tire dessus, pas avant !

Voilà l'Etat d'urgence que le monde entier nous envie.
Plus on lit sur ce bonhomme, plus on se pince. En gros, il ne lui restait plus qu'à se promener le sac à dos débordant de de kalachnikov et une pancarte à la main indiquant en lettres capitales ses intentions, l'heure et le lieu de l'attentat pour, qu'éventuellement, on songe à l'arrêter. Du point de vue psychique, tout n'est pas encore parfaitement coordonné: au conscient, la conquête ; à l'inconscient et ses ratés, la collaboration à celle-ci.

En tout état de cause, on attend avec une impatience non feinte la fin du ramadan, période propice à la commission d’attentats islamistes qui n'ont donc rien à voir avec l'islam.

Voici à ce propos un bref éclairage historique dont je m'étonne qu'il n'ait, à ce jour, provoqué aucune polémique prétexte au lancinant rabâchage : l'islam est une religion de paix et d'amour. [www.franceculture.fr]
Admirez la putassière terminologie empruntée au bulletin météo : "le mois des tempêtes djihadistes". La tempête, on y peut rien, faut faire le dos rond et s'y soumettre humblement en attendant que ça passe. Même insidueuse invite à la soumission que dans les affichettes diffusées par le régime Hollande après les tueries de Paris et de Nice, on l'on voyait comment fuir, se cacher, se terrer et disparaître en cas d'attaque djihadiste : ne pas tenter de répliquer surtout, ni de faire face ou seulement de se défendre un peu, voire négocier en ouvrant le débat avec les meurtriers (ce qui fut tenté non sans résultats au Bataclan selon des témoins, et comme le font de toutes façons les forces d'intervention, Raid et compagnie avant de sonner la charge).

L'attaque djihadiste, c'est comme les tornades, les ouragans, les typhons et les tsunamis : dans l'ordre des choses, celui des catastrophes normales. La soumission, celle des veaux, commence là, dans ce "mois des tempêtes djihadistes".
L'attaque djihadiste, c'est comme les tornades, les ouragans, les typhons et les tsunamis : dans l'ordre des choses, celui des catastrophes normales. La soumission, celle des veaux, commence là, dans ce "mois des tempêtes djihadistes".

Que c'est bien vu ! L'attaque djihadiste comme phénomène naturel, comme calamité non-humaine, cad sans aucune attache culturelle. C'est l'horreur tombée du ciel, qui nous tue ou nous met à genou.
Ce fatalisme politique, que portent en eux les musulmans non djihadistes et qu' ils apportent chez nous, et que leurs amis du complexe mediatico-politique diffusent dans la société, est le terreau psychologique de la soumission de demain.
23 juin 2017, 14:23   Le monde comme il va
En Israël le terrorisme est considéré pour ainsi dire comme un phénomène naturel : on peut essayer de s'en protéger le plus possible, mais il est parfaitement établi qu'on ne peut éliminer la menace des attentats, toujours présente, faisant depuis longtemps partie du monde comme il va, avec des zones temporelles de turbulence plus marquées que d'autres et en général imprévisibles.

Au lieu de traiter les Occidentaux de tous les noms et de faire des gorges chaudes sur leur servile impéritie (laquelle est après tout loin d'être un fait acquis), il vaudrait peut-être mieux s'extasier devant la crasse nullité d'un "radicalisé" à mort dont la soif de destruction est si intense qu'il ne réussit en fin de compte qu'à se tuer lui-même, et personne d'autre : bien fait, connard.
Non mais quels ploucs !
Israël n'est pas l'Europe. C'est un pays oriental. Nation héroïque et peuple admirable mais orientaux.

La boucle infernale "des droits de l'homme" qui se referme en étranglant l'homme qui la conçut, est fruit d'un Occident chrétien sorti de ses gongs ou de son lit, si l'histoire est un fleuve, il y a un peu plus de cinq siècles (1492). L'Occident résolut ensuite (avec votre ami Kant, notamment) que l'homme devait être "un nouveau cosmos", conscient et volontaire, on appelle ça les Lumières, et ce luciférianisme bienveillant s'enragea en 1792, devint prométhéen, posa l'universalité transcivilisationnelle de ses valeurs, entreprit de mépriser l'existant sans retenue (massacra le peuple qui lui résistait partout en France puis dans le reste de l'Europe) et fonda l'humain comme église de l'Un à l'exclusion de tout autre (y compris l'Eglise chrétienne). Nouvelle explosion délirante deux siècles plus tard, en 1992 quand il créa l'UE, et avec elle inscrit l'an I de la Fraternité universelle au calendrier post-chrétien occidental (l'an I de l'Egalité ayant été 1792): tout le monde désormais jouit du droit universel de s'installer partout sans devoir répondre aux questions sur ses motivations autrement que vaguement et toujours en invoquant les principes humanistes, et par conséquent aussi du droit de piétiner à sa guise le berceau européen où s'origina ce cheminement d'idées faussement généreuses et bienveillantes le long de cinq siècles. Retour après cela à l'égoïsme barbare pré-moderne et effacement de la civilisation ayant enfanté ce cheminement métaphysique où l'Homme est installé sur la ligne d'arrivée. S'en suivent submersion migratoire, islamisation et soumission générale à une religion universaliste qui trucide la dissidence au poignard et au camion fou.

L'histoire d'Israël est tout autre.
Comment on traitait les défaitistes (type Manuel Valls, qui déclarait l'an dernier officiellement, qu'il fallait devoir prendre son mal en patience face au terrorisme, que ça durerait des années, etc.) et les batteurs de coulpe, au XVIIIe siècle après le "phénomène naturel" du tremblement de terre de Lisbonne en 1755 :


(Extrait de L'homme face aux calamités naturelles dans l'Antiquité et au Moyen Âge - colloque d'octobre 2005)

Tremblement de terre de Lisbonne : catastrophe naturelle qui inspira à Voltaire et à Kant de somptueuses conneries sur la nécessité de faire de l'Homme le cosmos nouveau. Si Luc Ferry, dont je cite ci-dessous le Kant, une lecture des trois Critiques, ne délire pas (et selon les avis compétents il ne délire pas), alors qui me contestera qu'il s'agit bien chez Kant et Voltaire de somptueuses conneries lorsque ces penseurs des Lumières choisirent, au vu des dizaines de milliers de morts du tremblement de terre de Lisbonne, de refonder l'Homme en nouveau cosmos, harmonieux celui-ci, quand ledit "Homme" durant la Guerre de Trente ans, dans la seule Allemagne du siècle précédent, avait fait au bas mot 3 à 5 millions de morts? Et pour ne rien dire de la Guerre de Sept ans qui, elle commenca à faire rage l'année suivant la catastrophe de Lisbonne. Comment vouloir, à moins de penser avec son pied gauche, remplacer la poutre-maîtresse légèrement gondolée d'un édifice, au chef qu'elle est légèrement, voire franchement, gondolée, par une autre qui, elle, est pourrie de part en part et dangereuse comme le diable ?




Chez Luc Cifer, c'est le "pourvu" de ce "pourvu qu'ils acceptent de s'autolimiter", que je trouve enchanteur.

Pourvu qu'ils acceptent de s'autolimiter :
Exemple de non-autolimitation universelle, fruit pourri de l'universel
À mon avis, l'Israël moderne n'est certainement pas un "pays oriental" : ses fondateurs, ses combattants les plus adulés, ses institutions, son idéologie originelle (le Mapaï historique d'obédience socialo-marxiste), puis le libéralisme économique qui suivit, son niveau de vie, ses intellectuels gaucho-bien-pensants, sa "médiasphère", tout cela est bel et bien occidental et participe du mode de vie occidental : allez donc dire à Herzl, à Ben-Gourion, à Dayan, aux créateurs de startups, aux juges de la Cour suprême, aux responsables des forces de sécurité, qu'ils sont des "orientaux" et que leurs mode de pensée et leurs valeurs ne sont qu'orientales, quoi que cela veuille d'ailleurs dire précisément, ça n'a tout simplement pas de sens.
Soit dit en passant, les vrais "pays orientaux" subissent eux aussi de plein fouet le terrorisme islamique et ne s'en défendent pas mieux que les Occidentaux, du reste, aussi je ne vois pas très bien en quoi ces distinctions seraient pertinentes pour rendre compte des façons de réagir aux attentats.

En ce qui concerne votre façon de définir les Lumières et d'emballer proprement l'histoire occidentale depuis la Renaissance en deux coups de cuiller à pot et système calendaire tripartite, les bras m'en tombent un peu, mais c'est une autre question, et je crois que nous eûmes déjà ce type de discussion... Kant serait assurément trop sidéré d'être ainsi embringué à son corps défendant dans cette histoire (votre histoire) pour réagir, mais cet autre droit-de-l'hommiste échevelé et coupeur patenté de têtes qu'est Bouveresse aurait timidement fait remarquer que la plus juste définition des Lumières qu'il ait jamais entendue lui fut donnée par Lichtenberg, selon qui elles consistaient avant tout à "parler en concepts les plus exacts possibles des besoins essentiels de l'homme".

Bref, nous serons probablement d'accord sur ce point : il semble bien en effet que nos lubies informent les histoires que nous voulons...
Soit dit en passant, les vrais "pays orientaux" subissent eux aussi de plein fouet le terrorisme islamique et ne s'en défendent pas mieux que les Occidentaux.

J'aurai encore trop simplifié. Je dis qu'il y a une manière orientale d'acceptation du sort politique d'une société et que cette manière se diffuse et perfuse en France depuis une dizaine d'années sous l'effet de tous les Manuels Valls que compte le pays, agissant en cheville – dans ce trait-là en tout cas – avec les Orientaux du Maghreb eux-mêmes installés sur notre sol. Dans le cas d'Israël, il est incontestable que cette forme de "sagesse orientale" face à l'adversité, existe, et cependant ce pays, contrairement à l'Occident, combat et ne se soumet pas, du moins il ne me semble pas. Ce qui contribue à le rendre si singulier. Je disais encore que cette manière orientale d'acceptation et de fatalisme "naturaliste" (endurer les coups politiques et les horreurs du meurtre de masse comme on endure la tempête saisonnière) n'est pas de l'Occident, à preuve la manière dont le Portugal réagit aux sirènes jésuitiques de la soumission à la fatalité (naturelle ce coup-ci) en 1761 : comme on vient de le voir et pour faire court, Carvalho, l'homme fort du moment à Lisbonne, "balança" à l'Inquisition le père jésuite Malagrida qui prêchait l'auto-flagellation et la passivité ; l'Inquisition le chargea d'être un "faux dévot et un faux prophète" et le fit cramer en place publique en septembre de cette année-là. On dira ce qu'on voudra, l'Inquisition avait des côtés sympa. On se prend à regretter que Manuel Valls, au lieu d'être Catalan, ne fût Portugais à Lisbonne sous Carvalho...
Israël n'a jamais suivi la même doctrine du salut – ce que Luc Ferry se régale d'appeler sotériologie dans son livre – que la Chrétienté. Ce qui n'est ni bien ni mal, ni bien évidemment qui n'appelle le moindre reproche, mais qui représente un constat. Et c'est ce constat qui m'a fait dire que Israël était oriental. Que sa singularité politique d'aujourd'hui, sa culture de la proactivité qui le distingue des autres nations orientales face au terrorisme et au meurtre de masse soient en accord avec son régime sotériologique particulier, et qui tranche avec la passivité complaisante qui fait la doxa politique de l'Europe actuelle en la matière, voilà une suggestion que, en effet, on devrait pouvoir retenir.

Fataliste et proactif, tel est Israël ; fatalistes et passifs et pré-soumis, tels nous sommes devenus sous l'influence de ceux que nous incorporons à notre société (les musulmans non djihadistes notamment).
Kant serait assurément trop sidéré d'être ainsi embringué à son corps défendant dans cette histoire (votre histoire) pour réagir,

Les belles et bonnes et riches âmes, celles de Kant, de Luc Ferry et d'autres, ont pour destin d'être "embringuées à leur corps défendant" par l'histoire (dans laquelle la mienne n'entre pour aucune part). Le rôle de l'histoire : décevoir et embringuer, déjouer les pensées et les constructions, habiles et somptueuses, des âmes pensantes, les mettre face aux conséquences de leurs pensées et leur chier dans les bottes. L'histoire a chié dans les bottes de Kant et de Voltaire. De comprendre cela, nous devrions nous réjouir.
Si je vous comprends bien, Francis, Kant l'"humaniste" incarnerait parfaitement cette singularité occidentale délétère, dont l'esprit d'Israël serait, fort heureusement pour lui, indemne, et donc distinct...

Eh bien, il est croire qu'on n'est jamais compris, à supposer qu'on soit un peu lu, parce que c'est la thèse contraire que j'ai maintes fois défendue ici, à savoir que la démarche anagogique kantienne fondant la transcendance sur la moralité rejoint exactement la conception de la foi propre à la tradition rabbinique orthodoxe qui fait de la Halakha la seule voie vers Dieu : non seulement Kant et le judaïsme ne s'opposent pas en l'occurrence, mais ils participent d’une pensée commune qui est fondamentale, parce qu’elle ne concerne rien moins que la seule façon d’acquérir du sens dans et par la conduite dans la vie.

Dans la vie religieuse juive, la Halakha contient les prescriptions et commandements constituant un mode d’emploi pratique de la vie, un ordonnancement pointilleux des moindres faits et gestes orientant la vie dans son entier de façon qu’elle soit absolument dévolue à Dieu, puisque conçue comme service divin à Son endroit, et c’est cette orientation même qui constitue le sens : or Dieu n’est "accessible", n’est "donné" que par ce sens, par cette pratique quotidienne d’une série d’actes, de faits et gestes qui sont la seule marque d’une quelconque présence divine possible : hormis cette pratique, ces actes, cet engagement personnel concret du croyant, aucune transcendance n’est possible.
Ce qui veut dire que l’idée, le seul "état mental" ne sont rien, sont totalement impuissants à manifester le divin s’ils ne sont pas littéralement mis en œuvre (dans la parlure contemporaine on dirait "actés") par l’agir d'un mode de vie de part en part codifié.
Le sens, donc le salut, donc la voie vers Dieu, sont conférés uniquement par la pratique et l’usage.
(Notez qu’une telle conception est très proche de celles de Wittgenstein et d’épigones comme Searle concernant la résolution du sens des mots et la compréhension du langage : « Parler une langue, c’est adopter une forme de comportement régie par des règles. »)

Venons-en à votre Kant : c’est très bien de parler du "règne des fins", de la moralité kantienne et même d'un "second cosmos", mais pour que cela ait un sens, justement, il faudrait quand même replacer ces notions dans le plan général des Critiques, et comprendre de quoi il ressortit en l'occurrence : la pratique morale chez Kant n'est jamais sa propre fin*, parce ce qu'elle constitue dans la Raison pratique purement et simplement la voie d'accès à la transcendance, et donc à Dieu, là aussi, comme la pratique religieuse mise en œuvre par l'observance des commandements est la voie vers le divin, et constitue la condition humaine même dans le seul rapport possible que puisse entretenir l'homme avec Dieu.

Dans la première Critique (La Raison pure), il a été "démontré" que la seule pensée, la raison pure, donc, est incapable d'opérer le passage de la seule idée de Dieu à Son existence, cette raison étant totalement inféodée à la connaissance du phénomène comme nature, et ne pouvant par conséquent s'appliquer validement qu'à ce qui ressortit à la phénoménalité, qui emprisonne l'esprit dans le carcan de ses limitations intrinsèques : point d'échappatoire, donc, et point de salut par le seul intellect, à moins de s'illusionner, de raisonner faussement, de commettre des paralogismes et de prendre les vessies pour des lanternes.
Comment alors briser ce carcan enfermant la pensée dans son insuffisance foncière, et comment se défaire des chaînes des strictes déterminations causales nous enfermant dans la seule nature, par-delà quoi seulement est Dieu ?
C'est là où se révèle tout le génie grandiose de Kant, qui a littéralement fomenté une transcendance possible par la mise au point d'un sas de sortie du monde phénoménal (la nature) vers le monde supra-sensible et nouménal (Dieu) au moyen de la pratique morale comme exercice de la liberté.
Tenez-vous bien, Francis : la pratique morale, la conduite morale dans la vie réalisent la coupure d'avec la nature et le monde sensible parce qu'alors je deviens censément une cause première me déterminant moi-même uniquement d'après la représentation de ce que m'enjoins de faire la loi morale ; libre donc parce qu'autonome par moralité, la voie du supra-naturel est ouverte, et ce que la raison pure, la seule pensée aura échoué à faire, la raison pratique, l'agir dans la moralité l'aura accompli : se porter hors du phénomène et trouver la voie d'accès vers Dieu.
Cela veut dire qu'à ce stade de l'histoire de la pensée moderne où écrivait Kant, seul l'exercice de la libre volonté des hommes s’éprouvant dans la pratique morale peut garantir que le cosmos ne soit pas qu'exclusivement humain.


* Kant n'a en réalité cessé d'affirmer que la seule cause légitime pour accomplir un acte moral doit être la moralité même, et que "le mobile moral, c'est la moralité comme mobile" ; au regard de cela l'assertion selon laquelle "chez Kant la moralité n'est jamais une fin en soi"" peut prêter à confusion.
Il faut entendre par là que dans la deuxième Critique Kant ne s'arrête pas à la morale, et qu'elle n'est qu'une étape ou une condition, puisque ce qui est particulier chez Kant, et constitue sa "révolution copernicienne" dans le domaine pratique, c'est que la morale fonde la religion : en ce sens elle est le moyen d'accéder à une "nature supra-sensible" et de se porter hors de la réalité conçue comme phénomène (« La loi morale est en fait une loi de causalité par liberté, partant une loi de la possibilité d'une nature supra-sensible ») : dans la Raison pratique la moralité n'est donc pas la fin en soi, mais n'est que l'intermédiaire nécessaire à la constitution de tout l'édifice de la foi.

(message corrigé)
Dans la vie religieuse juive, la Halakha contient les prescriptions et commandements constituant un mode d’emploi pratique de la vie, un ordonnancement pointilleux des moindres faits et gestes orientant la vie dans son entier de façon qu’elle soit absolument dévolue à Dieu, puisque conçue comme service divin à Son endroit, et c’est cette orientation même qui constitue le sens : or Dieu n’est "accessible", n’est "donné" que par ce sens, par cette pratique quotidienne d’une série d’actes, de faits et gestes qui sont la seule marque d’une quelconque présence divine possible : hormis cette pratique, ces actes, cet engagement personnel concret du croyant, aucune transcendance n’est possible.
Ce qui veut dire que l’idée, le seul "état mental" ne sont rien, sont totalement impuissants à manifester le divin s’ils ne sont pas littéralement mis en œuvre (dans la parlure contemporaine on dirait "actés") par l’agir d'un mode de vie de part en part codifié.
Le sens, donc le salut, donc la voie vers Dieu, sont conférés uniquement par la pratique et l’usage.
(Notez qu’une telle conception est très proche de celles de Wittgenstein et d’épigones comme Searle concernant la résolution du sens des mots et la compréhension du langage : « Parler une langue, c’est adopter une forme de comportement régie par des règles. »)


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Très éclairant cher Alain. Merci.


Même chose pour l'islam - non ? Car la sharia, sous son aspect exotérique, n'est pas un enseignement positif mais un un enseignement purement privatif, qui protège et dissuade de devenir un "égaré" ou un "démon".
C'est la raison pour laquelle la sharia est moins ce que désigne l'expression "la Loi" qu'elle n'est un instrument pédagogique : elle est "le fouet de Dieu". Là aussi, "Dieu n’est "accessible", n’est "donné" que par ce sens, par cette pratique quotidienne d’une série d’actes", lesquels ne relèvent pas de la seule sharia (ablutions, prières, invocations, jeûne du Ramadan, pelerinage, etc.).
Pour le dire vite, elle est un instrument de correction destinée aux hommes du commun, tandis que son sens intérieur (ésotérique) est une didascalie intellectuelle destinée aux fidèles instruits par un Maître, l'Imam pour les chiites.
Et à l'issue d'un mois d'observance rigoureuse du ramadan, nous parvient comme à chaque fois du monde musulman dans ces moments-là encore tout marqués d'une intense piété, la même profusion, envoûtante et magique, d’œuvres artistiques et poétiques...

Un jour, il faudra bien que je me décide à demander entre quatre yeux à un musulman très pratiquant l'à-quoi-bon de cette pratique. Mais une religion qui n'inspire (plus) rien aux hommes, est-ce seulement une religion ?
» Même chose pour l'islam - non ?

Je crois que plus l'"objet" (en l'occurrence nous parlons de Dieu) de la représentation est en soi infigurable, hors d'atteinte, inconcevable comme tel même, plus le "signifiant" censé le représenter doit être chargé d'un maximum de concrétude, être le plus tangible possible.
Permettez-moi de me citer :

« L'établissement d'une distance irréductible entre l'homme et Dieu a pour contrecoup l'omniprésence du religieux dans le temporel, car ce qui est inconcevable en soi doit nécessairement se manifester le plus précisément ici-bas, cette manifestation devenant le tout de ce qui autrement n'aurait pas d'objet ; le sacré vaut alors loi et devient code de vie.
L'islam je crois ne déroge pas à cela, et qu'on me pardonne cette formulation un peu provocante, mais l'immanence totalitaire des prescriptions théocratiques n'est pas la marque d'un défaut de spiritualité, mais au contraire à l'origine celle d'une hyper-transcendance. »
@Alain

Lorsque la philosophie devient théologie (comme c'est toujours le cas dans l'islam (et dans la religion juive ?)), et singulièrement une théologie de la souveraineté divine, elle s'impose nécessairement la tâche de commenter les textes, plus exactement Le Texte !, jugé indispensable à la connaissance de l'objet principal, voire unique de la pensée spéculative, le Principe divin.

Ainsi en vous lisant il me semble que je comprends mieux toute l'importance accordée au Coran, à la lettre, tout ce littéralisme, ces combats d'exégètes... "le signifiant" majeur (ici le Coran) étant censé représenter Dieu se devant d'"être chargé d'un maximum de concrétude, être le plus tangible possible." Car en ce monde inférieur et évanescent le Livre, objet concret s'il en est, est avant tout Le Signe du mystère divin, parce qu'il est lui-même un mystère.
"l'immanence totalitaire des prescriptions théocratiques n'est pas la marque d'un défaut de spiritualité, mais au contraire à l'origine celle d'une hyper-transcendance."

(Ça c'est vraiment très très fort !...)
» Car en ce monde inférieur et évanescent le Livre, objet concret s'il en est, est avant tout Le Signe du mystère divin, parce qu'il est lui-même un mystère.

"Signe" est bien le mot, Pascal... J'avais à cette occasion évoqué ce passage de L'Imagination symbolique de Gilbert Durand, de quoi la "charge maximale de concrétude" est un emprunt direct :

« Puisque la re-présentation symbolique ne peut jamais se confirmer par la présentation pure et simple de ce qu'elle signifie, le symbole en dernier ressort ne vaut que par lui-même. Ne pouvant figurer l'infigurable transcendance, l'image symbolique est transfiguration d'une représentation concrète par un sens à jamais abstrait. Le symbole est donc une représentation qui fait apparaître un sens secret, il est l'épiphanie d'un mystère. La moitié visible du symbole, le "signifiant", sera toujours chargé d'un maximum de concrétude... »
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