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Révolution dans la théorie de l'Evolution

Envoyé par Francis Marche 
La chaîne de télévision Arte projetait cette semaine un documentaire passionnant sur les découvertes récentes (2014/15) faites en Afrique du Sud, issues des fouilles menées par le paléontologue américain Lee Berger à la grotte dite « Rising Star » sur le site dit « Berceau de l’humanité », particulièrement riche en gisements fossiles d’hominidés.

Ce documentaire, intitulé « L’aube de l’humanité » est encore visible (pour 2 jours seulement) sur le site de la chaîne Arte, I C I

Il s’agit de la version française (traduction déplorable et particulièrement irritante, où l’on entend le terme « simien » là il faudrait « simiesque », qui traduit normalement l’anglais « simian » ; « denture » pour « dentition », etc. mais passons) d’un documentaire américain, visible en intégralité sur YouTube, ici : I C I
Pour gagner du temps, je reproduis le texte de présentation de ce documentaire par Arte, qui résume ces découvertes de Lee Berger et son équipe, et la thèse qu’elles font naître sur « l’origine de l’humanité » (je souligne l’énoncé sur lequel s’articule cette thèse nouvelle):

L'énigme de la transition entre l'australopithèque, proche du singe, et les premiers membres du genre homo, les tous premiers humains, est en voie de résolution. En Afrique du Sud, dans les grottes de Rising Star, des milliers de fragments d'os, issus d'au moins quatorze squelettes, ont été exhumés en 2015 par Lee Berger et son équipe. Une découverte d'une ampleur inédite, que le paléoanthropologue américain attribue à une espèce alors inconnue du genre humain qu'il baptise Homo naledi.

Coexistence simiesque

Parallèlement aux préparatifs de la fouille, le film retrace l’histoire d’une autre découverte effectuée par Lee Berger cinq ans plus tôt : l'Australopithecus sediba. Ces deux espèces permettent d’esquisser un nouveau tableau de nos origines, mettant ainsi au placard la vision d'un arbre généalogique à la lignée unique, où nos ancêtres se succéderaient un à un. Sediba et naledi prouvent qu'à l'aube de l'humanité plusieurs grands singes dotés d'un petit cerveau coexistaient. Il se pourrait même que des croisements aient eu lieu, rendant impossible la désignation de l’une de ces espèces comme étant notre unique ancêtre. Derrière cette question se profile l’épisode le plus important de notre évolution.

Il faut bien mesurer ce que signifie cette « mise au placard de la vision d’un arbre généalogique », car ses implications épistémologiques, philosophiques et politiques sont phénoménales : elle signifie rien moins que l'inversion et l’abolition du paradigme darwinien dans la pensée de l’évolution des espèces.

Dans la version anglaise de ce documentaire à 1 :48.00 environ, est introduit le paradigme nouveau, que ces savants nous exposent. Il est parfaitement hérétique au système de pensée qu’on s’est efforcé de nous inculquer depuis 150 ans en matière d’évolution des espèces. Le modèle darwinien et ses variantes et déclinaisons avaient tous pour moteur le retranchement, la soustraction : l’arbre de l’évolution croissait et laissait mourir certaines de ses branches, supposées « inadaptées » et qui représentaient la disparition de certaines espèces au bénéfice d’autres, supposées « mieux adaptées » (à l’environnement, à la lutte interspécifique, intraspécifique, etc.) ; le modèle appelé à le remplacer est d’abord prudemment présenté par ces scientifiques qui s'expriment dans ce documentaire comme celui d’un « buisson » au lieu d’une arborescence à tronc commun unique. Puis, tout est mis cul-par-dessus tête au sens littéral et très brutalement : on retourne le buisson pour adopter l’image d’un réseau hydrographique, d’un bassin versant : les espèces primitives ou ancestrales sont nombreuses et fort variées, et se mêlent, se brassent et, bien entendu, le mot magique est lâché : se métissent. Bien. Se métissant, elles se prennent à ressembler à des ruisseaux qui en mêlant leurs eaux font des rivières, lesquelles, coulant vers les bas-fonds, les lacs et les mers deviennent des fleuves, et le fleuve ultime, le grand delta du Danube, l’estuaire de la Somme, vous l’avez compris, c’est nous, Homo Sapiens, en qui est réuni un peu de toutes les caractéristiques de nos « ancêtres » sans qu’on puisse mettre le doigt sur l’un d’eux en particulier pour s’exclamer « c’est lui, l’ancêtre de l’homme !». En effet, les « sources de la Seine » sont multiples, et personne, semble-t-il, ne s’est soucié, autrement que pour l’effet poétique et la promotion du tourisme local, de décréter scientifiquement que dans tel filet d’eau courant sous les herbes du Plateau de Langres, il fallait immédiatement reconnaître le fleuve prestigieux qui baigne Paris.

Pourquoi donc ce modèle vaut-il révolution copernicienne en même temps que, indirectement, il dévalorise toute parole à prétention paradigmatique sur le sujet, y compris bien évidemment son discours propre ? Parce que

1. Le modèle « sélection naturelle » darwinien classique, bâti sur une compétition entre individus est à régime autonome : l’élimination des espèces « inadaptées » s’opère suivant une loi interne au système. L’espèce ou la sous-espèce qui réussit triomphe et progresse dans son ascension de l’arbre de l’évolution grâce à ses caractéristiques et à sa « valeur » propre. La girafe survit en savane en broutant les hauts feuillages grâce son long cou, qui lui est un trait distinctif jouant en sa faveur dans la compétition pour l’accès à la nourriture, etc.

2. Le nouveau modèle, qu’il faudrait peut-être désigner comme « de convergence », lui, procède par accrétion au contraire de l’élimination : au plan génétique il y a entropie des caractéristiques trop saillantes – chez l’hominidé l’arcade sourcilière recule, la mâchoire prognathe s’affine et se banalise et surtout, au plan social, finie la lutte à mort pour la survie du plus apte : on privilégie la « coopération ». Donc en génétique : métissage et par conséquent rabotage entropique des traits les plus particuliers ou saillants (c’est la vision de l’humanité uniformément café au lait chère à ce « père de l’Europe » qu’était Coudove Kalergi au siècle dernier); en anthropologie : convergence, coopération, entraide, mise en commun des ressources, etc.

3. Au régime de la « force autonome », celui des qualités propres de chaque espèce, sous-espèce et individu qui fait croître l’arbre généalogique darwinien, qui l’entraîne comme un moteur interne, fait donc place, dans ce nouveau modèle, un tout autre régime de croissance, qui lui, trouve sa force motrice sur un plan EXTERIEUR au système.

Explication : certains sceptiques ont depuis longtemps questionné le modèle darwinien de mille façons, mais toutes ou presque se résument à cette question : quelle est donc la force de gravité de l’évolution ? Quelle est la force qui en oriente le cours ? La réponse de nos darwiniens orthodoxes (très bien représentés par Yves Coppens en France) a toujours été la même, lapidaire, invariable : il n’y en a pas, tout n’est que « hasard et nécessité ». Or nos scientifiques qui ont participé à ce documentaire en nous proposant le paradigme du bassin fluvial, et en nous parlant donc de ce que les ingénieurs en hydraulique appellent « eaux gravitationnelles » posent que cette force de gravité existe bel et bien et qu’elle est extérieure aux espèces ! En effet, si, mue par la force de gravité, une pomme rejoint le sol quand on la lâche, ce n’est aucunement parce qu’elle serait porteuse de « qualités particulières » (comme la girafe dotée de son long cou) qui la ferait chuter vers le sol. La force de gravité, qui fait courir les eaux des fleuves et chuter les pommes des vergers est bien extérieure à la pomme autant qu’à la qualité des eaux du fleuve, et tout autant indépendante de Gaïa qui lui est elle aussi soumise. Galilée ayant démontré empiriquement que, nues de toute force de frottement, la plume et la boule d’acier sont soumise au même régime de la gravité qui les fait arriver au sol en même temps, que la qualité de la plume et celle de la boule d’acier n’entrent pour rien dans le phénomène. Il y a là bouleversement copernicien de la pensée de l’évolution : l’évolution est tirée vers une destination comme les eaux des rivières vers la mer et cette force de traction n’a strictement rien à voir avec les « qualités » des espèces qui en sont le jouet.

4. Pourquoi dire que ce changement de paradigme dévalorise tout paradigme et « théorie de l’évolution » ? parce qu’il révèle que ces discours scientifiques, le darwinien comme aujourd’hui le post-darwinien, n’ont rien de scientifique et tout d’idéologique et de politique : le modèle darwinien fut élaboré en pleine révolution industrielle libérale et il se trouvait fournir un schéma de pensée du vivant transposable au réel social, lequel était aussi projetable en lui – ce schéma des lois de la nature, celui de « l’histoire naturelle » conférait à l’évolution sociale en cours un fondement unitaire indispensable, s’harmonisait avec elle, disait que les lois de la société étaient conformes aux lois de la nature, lesquelles donnaient toute confiance pour avoir fait leurs preuves sur des milliers d’années – en 1860, se déclarer hérétique à l’évolution sociale et économique en cours (la révolution industrielle et le capitalisme léonin), c'était ainsi prétendre vouloir aller contre les lois fondamentales de la nature récemment énoncées par Darwin, lois dont la pérennité était sans conteste.
Cette page de l’histoire sociale étant tournée en Occident en 2017 (mais pas en Extrême-Orient, qui compte presque un siècle de retard sur ce point), voici qu’il faut changer de paradigme scientifique en concomitance avec le changement de paradigme économique et social : adieu « le darwinisme social » et la farouche territorialité des winners, vive le loft, le métissage, la levée des frontières, le brassage enrichissant ! et voilà nos scientifiques qui s’alignent comme Lyssenko sur la pensée stalinienne du moment : Homo Sapiens est l’aboutissement étal et uniforme, plan et paisible, qui se donne dans un grand lac, une vaste baie que baigne l’océan de la tranquillité entropique, baie nourrie des eaux tumultueuses et sauvages du passé, lesquelles, descendues de mille parts, viennent en lui s’apaiser enfin dans l’apothéose d’un plan d’eau au repos. Pensée de fin de l’histoire, transposée dans cette fausse science qui fascine tant, la paléoanthropologie. Mais il y a plus : il y a, dans ces discours à prétention scientifique l’introduction d’une externalité dominante, une « force de gravité » qui aménage une place nouvelle à l’hypothèse de la création divine, celle de l’agent divin dominant le système de l’Evolution. Ca tombe bien : l’islam, religion de tous les demains de l’humanité, politique de toutes les politiques (spirituelles, juridiques, économiques) est prêt à accueillir ce nouveau paradigme où doit siéger Allah, à l’accueillir comme un message ou un don de plus de la Providence.

5. Conclusion : il n’y a pas de science dans ce foin idéologique qu’on donne à manger aux ânes depuis 150 années, tant dans la recherche du « chaînon manquant » des darwiniens et néo-darwiniens qui brandissent encore (Coppens) "le hasard et la nécessité" comme étendard, que dans la myriade d’hominidés qui font les grandes rivières où nous serions désormais censés baigner également comme le voudraient ces paléontologues nouveau genre.
Aller à 1:50:00 du documentaire sur YouTube voir "le buisson" de l'Evolution se retourner cul par dessus tête pour devenir bassin fluvial. Ces gens ne semblent pas avoir conscience du fait qu'en faisant cela, ils assassinent le darwinisme une bonne fois pour toutes.
22 juillet 2017, 07:29   La marmite à renversement
Bien se représenter que le modèle nouveau n'est en rien une modulation de l'ancien, un "supplément d'âme", qu'il serait possiblement compatible avec l'ancien, qu'il viendrait en quelque sorte l'enrichir, qu'après tout, compétition et coopération peuvent coexister sans se gêner, voire se renforcer synergétiquement. Pas du tout : il est bien son renversement. Ce modèle d'évolution par addition-convergence opère par entropie un lissage des traits de la spéciation : dans ce modèle du buisson devenu bassin fluvial, le cou de la girafe, par "métissage", se réduit peu à peu, au lieu que dans l'ancien, il s'exagère et s'exalte par élimination des cous "moins adaptés".

En politique, le vingtième siècle fut férocement darwinien : il voulait que les races culminent en une seule qui serait supérieure à toutes les autres, et pour ce faire, il entreprit d'imaginer que, par élimination des races inférieures, s'obtiendrait la race unique désirable. C'était le modèle horticole, celui du grand récépage raciste appliqué au matériel humain comme à l'anthropologie avec des programmes politiques, perfectionnés au siècle dernier par le IIIe Reich, qui eurent les conséquences que l'on sait ; ce modèle soustractif-éliminateur était bien contraire au modèle additif-convergent qu'on nous présente aujourd'hui. Le pendule épistémologique a donc oscillé dans l'autre direction après le passage du millénaire, et apparaît ce modèle additif-convergent qui n'est autre que programme millénariste teleologique, car la force de gravité, dans le rôle que ce modèle d'addition-convergence (modèle fluvial) lui confère, impulse un telos. Les flux de toutes les eaux de gravitation convergent vers un point teleologique qui est donné par l'océan. L'évolution s'en trouve désormais guidée par une force teleologique extérieure au système, soit exactement ce contre quoi le darwiniste s'est toujours érigé.

Donc, l'obsession politique racialiste ayant changé d'habit au XXIe siècle, la race unique et supérieure devant désormais être obtenue par métissage entropique au lieu de récépage soustractif (et l'abominable et hautement condamnable "repli sur soi"), par convergence et brassage dans un espace politique décompartimenté (l'Europe actuelle) au lieu du contraire au siècle précédent, voici ce qui se donne pour "la science" qui se prend à imiter ce schéma : l'évolution des espèces ayant conduit à Homo Sapiens doit être à présent entendue comme ayant suivi une semblable voie teleologique vers la soupe primitive mais inversée, soit le grand lac, le grand bain mélangeur qui fait le thème de propagande pilier de toute autorité de parole politique aujourd'hui. "Soupe primitive inversée" parce que le schéma darwiniste de l'évolution prévoyait bien une soupe génétique lui aussi mais primordiale, l'évolution des espèces dans le schéma darwinien devait être comprise comme très long processus de discrimination des matériels génétiques (la spéciation); et "inversée" parce que cette soupe, dans le nouveau paradigme, arrive en bout de course : elle se donne comme mer téléologique où aboutissent tous les flux géniques.

Au XXIe comme au XXe siècle, le scientifique reste le serf du politique.
ce modèle additif-convergent qui n'est autre que programme millénariste teleologique
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Au travers de vos messages court l'idée que la modernité a inventé l'indifférentiation, qui n'est pas l'indivision. L'indifférentiation n'est pas la plénitude (celle fantasmée du vivrensemble, d'une planète enfin ré-unifiée par le métissage etc.). C'est la perte des signes, leur confusion anonyme.

Deux mutilations : celle du haut, celle du bas, et le refus - plutôt l'impossibilité - des deux profondeurs.
(Il me semble qu'à ces mutilations l'islam apporte sa réponse... qui vaut ce qu'elle vaut. D'où son succès.)
Il est probable qu'il s'agisse d'une résurgence (récurrente dans l'histoire) du vieux modèle gnostique : le coeur des choses est à l'extérieur des choses, et les êtres, les espèces, l'univers, sont en travail, en mouvement, dans la direction de ce coeur lumineux et distant qui les guide et les appelle par entéléchie. Le modèle darwinien plaçait le moteur de l'évolution dans un hasard et une nécessité internes au système. Il n'y avait rien, aucun foyer distant qui pût, par sa force, attirer les formes du vivant vers lui ou induire en lui la survenue d'un état autre, d'un visage spécifique autre. Les états autres, les visages ultérieurs que devait connaître le système n'admettaient pour cause à leur advenu que la dynamique interne au système lui-même, parfaitement autonome dans son comportement, aussi désordonné fût-il, travaillé, dévoré de ses lois propres; cependant que le modèle gnoséologique qui pose cette forme très déséquilibrée et passablement rudimentaire de transcendance (celle d'un coeur extérieur aux choses, d'un telos par lequel les choses doivent converger et se fondre) signale une faiblesse de la pensée, mais l'autre, l'autonome, le jaillissement de soi hors de soi qui retranchait de lui-même ses exuvies (les espèces inadaptées, etc.), ne l'était pas moins. L'un et l'autre modèles sont très faibles, asservis au politique. Et leur faiblesse commune s'explique par cet asservissement constant. Ces sciences sont très impures. Elles sont le chant de l'idéologie et du pouvoir politique, leur cantique en même temps que leur bréviaire théologique.
Très intéressant, mais en quoi la possibilité de la coexistence d'espèces ou de lignées distinctes d'hominidés (laquelle était ma foi déjà connue) invalide-t-elle le néodarwinisme, à savoir la théorie selon laquelle la mutabilité génétique aléatoire présenterait une valeur adaptative aux changements du milieu ? Car c'est cela, le noyau de la théorie néodarwinienne, je crois, constituant le mécanisme d'action de la croissance de l'arbre, d'un arbre, quel qu'il soit, et non la forme particulière de l’arborescence.

En fait, il me semble que le schéma de l'évolution néodarwinienne rend au contraire parfaitement compte de ce qui est esquissé là : constitution d'une certaine diversité spécifique (avec éventuellement interfécondité), puis à partir de cette diversité, de ces "essais", de ce pool de diversité génétique mis à disposition de la Grande Sélection, longue, parfois très longue période de probation à l'issue de quoi finit bien par émerger Sapiens en personne, non ?
Car après tout, tous ces Homos qui n'en finissent pas de pointer çà et là le bout d'un osselet ont bel et bien été évincés de la course, in the long run...
Irréductibilité des deux modèles :

1. Le modèle du néo-darwinisme pose un système espèce-environnement fermé : les tensions internes entre ses deux composantes entraînent la machine de l'évolution. Le moteur de l'évolution est à régime autonome, et logiquement, l'évolution se traduit par un foisonnement, un "éclatement" : un "ancêtre de l'homme" unique et déterminable, pris dans cette dynamique de tensions et de lutte, engendre des formes multiples, concurrentes et au nombre indéfini ; engendrement et retranchement des espèces sont sans direction unique, inorientés, eux-même en lutte. L'antagonisme règne : antagonisme entre espèces et environnement (lequel est loin de tenir un rôle passif dans ce régime, étant en tant que tel créateur d'événements, par le volcanisme, Chixulub, le changement climatique, etc.); antagonisme entre espèces concurrentes; antagonisme entre sous-espèces; antagonisme entre la poussée des espèces à plus d'engendrements nouveaux et l'extinction des espèces (les anciennes comme celles nouvellement advenues) faillies comme entreprises en banqueroute, retranchées du jeu ; dans ce modèle, la contradiction interne (espèces vs environnement) est le moteur de l'évolution. Le point de départ de cette évolution est connaissable et arrêté (l'ancêtre de l'homme), le bout amont du modèle est clos, comme en cosmologie l'amont de l'univers est clos par un big bang. La chaîne des créations redevables au couple espèce-environnement connaît un point de départ mais aucun point d'arrivée, le foisonnement des créations étant potentiellement infini et l'évolution d'Homo Sapiens prolongeable par le transhumanisme.

2. Dans le modèle gnoséologique dit du "bassin fluvial", l'environnement ne tient aucun rôle. La force motrice de l'évolution étant d'ordre gravitationnel et donc externe au couple espèce-environnement, l'environnement n'a pas plus d'importance que n'a de prix "la forme de la plume ou de la bille de fer" dans l'expérience de Galilée. Ici, point de logique de retranchement par la lutte et l'antagonisme, point de poussée à vaincre et à écraser ou déjouer la concurrence, le paradigme du capitalisme de lutte et de concurrence acharnée et d'issue incertaine n'est plus. C'est l'ère des GAFA où tout converge, se consolide, s'aggrège, s'étale dans un environnement de paix perpétuelle. Le point de départ de cette évolution est inconnaissable (point "d'ancêtre de l'homme" déterminable), ce départ, cet amont s'en trouve indéterminé, ouvert, multiple, indifférent. En revanche le point d'aboutissement de l'évolution, qui guide et oriente celle-ci dans la direction qu'il lui assigne (Homo Sapiens) est arrêté ; il est ce que j'ai appelé "le lac téléologique", point d'aboutissement connaissable fermé appartenant à un cycle dont l'origine (celle des cours d'eau qui y aboutissent) est ouverte et indéterminable.

3. En résumé : le modèle néo-darwinien classique (arbre généalogique recépé) pose l'évolution comme impulsée par un jeu de tensions, un couple de forces interne au système espèce-environnement; il est fermé en amont, ouvert en aval, fini et connaissable en amont, inconnaissable en aval. Le modèle gnoséologique (convergence fluviale) en revanche pose l'évolution comme tractée par une force externe qui lui confère un cours d'ordre téléologique, gravitationnel, ouvert en amont, fermé en aval. Inconnaissable en amont, fini et connaissable en aval.

4. Le macronisme nobobstant, un système ne peut être en même temps ouvert et fermé; son principe d'évolution ne peut être en même temps, une tension interne et une traction externe. Ces deux modèles sont irréductibles et irréconciliables.

5. Il est cependant un méta-modèle qui pour être imaginable et viable tient davantage de la fantaisie analogique que de la spéculation scientifique : que ces deux modèles soient compatibles et réconciliables dans la consécution : comme en cosmologie l'univers peut se présenter en expansion (arrêté en amont par un Big Bang), ce qui correspondrait à la phase néodarwinienne (modèle de croissance recépée) avant de devenir en contraction (arrêté en aval par un Big Crush), phase qui correspondrait au modèle gnoséologique dont le cours connaîtrait le Big Crush comme point d'aboutissement (qui serait le "lac téléologique" du modèle fluvial à mobile externe, soumis à un telos attracteur).

6. Hormis l'hypothèse émise en 6. toute superposition, tout tramage des deux modèles irréconciliables aurait pour conséquence de neutraliser toute évolution, d'abolir le principe même d'évolution, en créant un dispositif inchangeant, statique, faisant du sur-place, une création inévoluable dans un principe comme dans l'autre, dans un sens comme dans l'autre. Un peu comme en chimie à vouloir mélanger des bases et des acides, le corps qui s'obtient montrera un pH neutre, une mort ionique.
En illustration de ce qui précède, Deleuze sur la "conciabilité" et la "fédérabilité" des différences, loin des luttes sanglantes, dans son avant-propos à Différence et Répétition :





Soit d'une part un modèle sanglant (le modèle néo-darwinien classique qui fait des différences des oppositions, qui fait de la lutte et des rapports agonistiques un tumulte organisateur du vivant) ; soit d'autre part un autre modèle docile à une force occulte unifiant toutes les forces et toutes les différences, qu'elle dissout dans le lac des aboutissements géniques bienheureux.

La "belle-âme" (macronienne) y voit une problématique qui appelle d'être résolue en conciliant le modèle sanglant et le modèle gnoséologique bienheureux. La belle-âme périt dans la violence, après avoir rendu les armes face à l'entêtement irréconciliable du modèle sanglant qui exclut la main heureuse et gnoséologique que guiderait le coeur extérieur des choses. Le modèle néo-darwinien mord la main du Divin qui voudrait le nourrir.

C'est ainsi. Soit le néo-darwinisme classique à propulsion interne s'efface devant le post-darwinisme à traction externe, soit il s'y refuse. Le capitalisme coupe-gorge et sanglant, âpre et négatif (hégélien), dix-neuviémiste et vingtiémiste doit céder le pas, s'effacer, perdre sa primauté au bénéfice d'un régime monopolistique à basse tension, à concurrence faible, à étalement mondial (et donc arrêté comme dans un périmètre lacustre, les limites du monde n'étant point infinies, comme on ne cesse de nous le répéter partout), qui opère une fusion des différences dans un espace décompartimenté et pacifique; ce modèle appelé de leurs voeux par ces scientifiques en 2015 est unitaire et congruent avec le modèle économique et social dominant dans ce XXIe siècle, celui des GAFA englobeurs, nés de fusions-acquisitions, de morts par absoption, qui dicte à la science paléoanthropologique sa pensée actuelle, qui lui est servile aujourd'hui comme elle l'était hier au modèle capitaliste libéral, concurrentiel et sanglant dont la Weltanschauung prévoyait l'élimination impitoyable des moins aptes.
Francis, il me semble que vous voulez battre en brèche une autre théorie que le néodarwinisme, laquelle prend justement en compte ce "buissonement" dont vous parlez : pardon de ne citer pour l'occasion que Wikipédia, mais c'est pratique et suffisamment clair :

« Par ailleurs, il ne faut surtout pas voir l'évolution d'un point de vue généalogique, mais phylogénétique, en effet les espèces ne descendent pas les unes des autres. Des phénomènes comme la dérive génétique font que deux populations d'une même espèce isolées pendant une très longue période de temps divergent et forment deux nouvelles espèces. Par exemple pour la lignée humaine, l'arbre phylogénétique est buissonnant : plusieurs espèces Homo et Australopithèque ont vécu simultanément. Il est aussi à noter que l'humain - contrairement aux idées reçues - ne descend pas "du singe", il a un ancêtre en commun avec lui. Notre patrimoine génétique est très proche de celui des chimpanzés, en effet les différences entre nous et celui-ci ne tiendraient qu'à la différence de quelques gènes déterminants : ils nous permettent de garder des caractères juvéniles toute notre vie, nous permettant de conserver la bipédie (le petit chimpanzé est quasi-bipède) et ils allongent la phase embryonnaire, permettant la mitose de beaucoup plus de neurones.

L'évolution résulte de l'action de plusieurs mécanismes évolutifs susceptibles de modifier la fréquence des génotypes dans une population, et par conséquent de modifier des caractères morphologiques, physiologiques ou comportementaux.
Le processus est dans tous les cas identique, dans le même ordre :

Apparition d'un nouveau caractère héréditaire chez un ou quelques individus.
Ce nouveau caractère se répand dans les populations, soit parce qu'il est plus adapté à l'environnement, soit à cause d'un effet de hasard. »

Bref, ce n'est pas un "système clos", mais au contraire ouvert par les deux bouts, si j'ose dire, et le vivant évoluant est un produit de la constante interaction de deux variables : mutations et diversité génétiques d'une part, action sélective d'un environnement changeant d'autre part (en cela d'ailleurs le noyau du darwinisme classique est conservé), et encore une fois je ne vois pas en quoi Homo naledi infirmerait ce schéma, au contraire...

Libre à vous, bien sûr, de vouloir piquer une tête dans les eaux convoitées et reviviscentes d'un "lac téléologique", y mené par les agrès d'une mystérieuse "force externe", surtout par ces étés suffocants, mais avouez que c'est là spéculation pure, dont je vois mal pour le coup ce qu'elle aurait de plus "scientifique" que le darwinisme sous toutes ses formes...
Il n'y a aucune spéculation pure de ma part dans le modèle offert par ces scientifiques qui s'expriment dans ce documentaire d'Arte à 1:50.00. Ce sont eux qui vous montrent un lac, pas moi ! Avez-vous vu leurs images ?

Ce sont eux qui vous parlent d'eaux gravitionnelles, et donc d'êtres et de phénomènes qui sont soumis à la force de gravité qui est bien exterieure aux objets dont elle gouverne le mouvement, n'est-ce pas ? cela depuis au moins Galilé, non ? Alors quoi ?

Ce n'est pas moi qui "pique une tête" mais bien le discours scientifique actuel.

Vous ne vous donnez plus la peine d'entendre quoi que ce soit mon pauvre ami. Vous m'en voyez triste et dépité.
La notion de "téléologie" suppose qu'on assigne une fin, un but à l'évolution, et donc implicitement qu'on lui attribue une intention et un sens : cela ne sera jamais que de la spéculation.
Je n'ai entendu aucun scientifique dans ce documentaire, dont j'ai visionné une grande partie dans la version anglaise, faire à aucun moment mention d'une telle "cause finale" régissant le cours, aussi buissonnant ou ruisselant soit-il, de l'évolution humaine ; Lee Berger évoque par métaphore l'image de la fonte d'un glacier dont les ruisselets finissent par former un lac que constituerait l'espèce que nous sommes, j'avais vu ça, mais où avez-vous pris que ce soit un "lac téléologique", et que nous, vous et moi, soyons donc le but arrêté et définitif du cours général de cette évolution ?? Cela est à mon sens de la spéculation pure, et ne peut rien avoir de "scientifique".

Non plus qu'aucun de ces scientifiques n'évoque à aucun moment la cataclysmique "abolition du paradigme darwinien" que vous nous sortez de votre chapeau avec grand fracas, et pour cause : les découvertes relatées dans ce documentaire sont parfaitement compatibles avec le néodarwinisme comme tel, s'il est adéquatement compris, pour les raisons que j'ai dites et citées plus haut.

Alors vous êtes toujours libre de piquer une tête dans tous les "lacs téléologiques" de la terre que vous voudrez, mais pardon, Francis, je ne vois toujours rien en l'occurrence qui vous permette d'y faire trempette avec des "scientifiques" dûment homologués ...
Soit dit en passant, il serait intéressant de savoir pourquoi le modèle (néo)darwinien provoque chez certains une telle levée de boucliers et un si viscéral antagonisme, qui semblent bien être de part en part idéologiques.
Qu'y a-t-il donc dans cette théorie qui hérisse à ce point le poil ? est-ce précisément le caractère jamais arrêté, définitif, somme toute aléatoire des déterminations génotypiques modulées par l'environnement, faisant de l'homme en particulier le produit incertain et contingent de l'interaction de deux variables ? la constante capacité de changement hors tracé, plan ou orientation essentielle, qui fait effectivement de l'évolution le champ d'application d'une fondamentale indétermination et donc, mutatis mutandis, administre une sorte de preuve naturelle d'une indifférenciation native de la hylé humaine, possiblement capable de toutes les transformations ?

Cela dit, les darwinistes inconditionnels peuvent très bien aussi être idéologiquement motivés ; cela reviendra alors à l'affrontement d'une idéologie contre une autre. Qu'est-ce qui pourra les départager, ou tout au moins faire considérer l'une ou l'autre de ces représentations comme une meilleure approximation de la vérité, entendue comme description plus adéquate du réel ?
Je vous le donne en mille, Francis...
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