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Déconstruction d'un mythe

Envoyé par Pascal Mavrakis 
29 juillet 2017, 16:49   Déconstruction d'un mythe
"Le captagon, ou "drogue des djihadistes" : déconstruction d'un mythe
28.07.2017

ENTRETIEN Le captagon, surnommé la drogue des djihadistes, véhicule bien des idées fausses, selon un rapport de l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies. Son auteur, Laurent Laniel, déconstruit les arcanes du mythe, qui révèle la difficulté des sociétés occidentales à penser l'ennemi.

Après les attentats du 13 novembre 2015, on l'a vite surnommé "la drogue des djihadistes". Le captagon a souvent été présenté comme la substance utilisée par les terroristes, et notamment ceux du groupe "Etat islamique" avant un attentat ou un passage à l'acte. Un rapport diffusé par l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) renvoie une autre réalité.
Entretien avec Laurent Laniel, l'auteur de ce rapport, "Captagon, déconstruction d'un mythe". Chercheur à l'Observatoire européen des drogues et des Toxicomanies (EMCDDA), agence européenne basée à Lisbonne, il révèle en quoi cette idée fausse révèle la difficulté des sociétés occidentales à penser l'ennemi.


Qu'est-ce que le captagon ?

A l'origine, le captagon est un médicament basé sur la fénétylline, une substance de la même famille que les amphétamines. Ce médicament a été distribué dans les années 1960 et milieu des années 1980, puis interdit et mis sous contrôle par les instances de contrôle des drogues internationales. Il est donc devenu très difficile de s'en procurer dès lors que le médicament a été retiré de la vente un peu partout dans le monde.

Aujourd'hui, ce que l'on appelle captagon n'est donc plus ce médicament ?

Non. Après les années 1980, il restait des réserves qui ont été détruites ou écoulées plus ou moins licitement. Mais depuis une quinzaine d'années, ce n'est plus du tout la substance originale contenue dans le médicament qui est vendue sous le nom de captagon, mais un produit assez banal qui correspond à des amphétamines, comme on en trouve un peu partout en Europe sur les marchés illicites.

Où est-il fabriqué et dans quelles régions le trouve-t-on ?


Quant à la fabrication de cette drogue, on est sûr qu'elle est produite au Liban. Il existe de forts soupçons qu'elle le soit aussi en Syrie, peut-être aussi en Irak. Il est aussi possible que de l'amphétamine entrant dans la fabrication des comprimés du captagon soit produite dans l'Union européenne, la Turquie étant aussi un pays de production possible de captagon. Mais l'Arabie saoudite reste bien le plus grand marché de consommation.

Quels sont les effets de cette drogue ?

Un fort sentiment de confiance en soi, une absence de sommeil ce qui, par exemple dans des situations de combat ou de guerre, peut s'avérer utile aux yeux des gens qui la prennent. Cela peut aider à maîtriser la peur, d'où certaines allégations voulant que les terroristes qui ont commis des attentats en Europe depuis 2015 aient pris du captagon.

Et vous dites que c'est faux ?

C'est complètement faux. Nous disposons d'éléments pour l'affirmer. Pour les terroristes du 13 novembre qui ont donné lieu à cet emballement médiatique autour du captagon, soudain devenu "la drogue des djihadistes" ou "la drogue des terroristes", les corps des auteurs des attentats ont tous été autopsiés et le rapport officiel stipule bien qu'ils n'avaient pris ni drogue, ni alcool avant de passer à l'acte.

Dès lors, comment expliquer la construction de ce "mythe" ?

Le mythe de la drogue des djihadistes exprime la difficulté des sociétés occidentales à penser l'ennemi
.

La première explication, sans doute la plus importante, c'est l'impossibilité à se convaincre que des gens aient pu tuer ainsi, ouvrir le feu à la kalachnikov sur d'autres personnes assises en train de boire un verre à une terrasse de café ou d'écouter un concert. On a du mal à penser que c'est possible sans une aide chimique extérieure. Et pourtant, c'est bien ce qui s'est passé. Par ailleurs, on déteste tellement ceux qui ont commis ces actes atroces qu'on veut les "démoniser", les bestialiser un peu plus, en ajoutant aux actes atroces qu'ils ont commis le fait que ce soient des drogués.

On n'arrive pas à penser qu'il existe des gens capables de telles atrocités, tout en sacrifiant leur propre vie. On pense qu'ils sont manipulés au moyen de produits chimiques, de drogues alors qu'ils le sont d'une autre manière
.

Et plus largement, peut-on penser que des combattants du groupe "Etat islamique" sur des zones de combat comme la Syrie ou l'Irak aient pu consommer cette drogue ?

Dans des situations de guerre, bien sûr, tout est possible. Que des combattants individuels aient recours à des amphétamines qui s'appellent captagon dans cette région, peut-être, pourquoi pas ? Mais la politique officielle de l'organisation Etat islamique, c'est vraiment une tolérance zéro envers les drogues, voire des châtiments très durs envers ceux qui en consomment. On doute qu'elle encourage ou tolère la consommation de captagon dans ses rangs.

En ce qui concerne les autres groupes terroristes, il existe des témoignages, assez rares, de personnes s'exprimant de manière anonyme, visage caché et disant que lorsqu'elles combattaient en Syrie, on leur avait distribué du captagon et qu'elles l'utilisaient dans le cadre des combats."

[www.franceculture.fr]
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