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Tous ou presque parlaient français

Envoyé par Pascal Mavrakis 
Je lisais hier quelques extraits des mémoires de Charles Townshend, un officier britannique ayant soutenu une difficile campagne sur le Golfe Persique au début de la guerre de 14. L'homme eut affaire à l'armée turque et finit par être capturé avec son corps d'armée (triste épisode au cours duquel le futur colonel Lawrence s'était signalé parce qu'il avait tenté de suborner l'assiégeant par un backchich, chose indigne d'un militaire). Bref, dans les mémoires de cet Anglais je vois que la plupart des officiers turques auxquels il avait affaire parlaient français... Jusqu'à la fin du règne anglais en Egypte, les consuls généraux britanniques, lord Cromer entre autres, le plus grand de tous, parlaient au khédive en français.
Connaissez-vous l'histoire de "Soliman Pacha" ?

Le lyonnais Joseph Sève s’est révélé sur un terrain étranger être un meneur d’hommes et un grand homme de guerre, apportant une importante contribution à la modernisation de l’Egypte. Une de ses descendantes épousera le roi Fouad d’Egypte.

A Lyon une petite rue des pentes de la Croix-Rousse porte son nom


L'empreinte française de Joseph Sève sur l'Egyte n'est qu'une parmi de nombreuses autres depuis le XVIIIe siècle :

[www.museemilitairelyon.com]
Eh bé... pour le fils d'un vulgaire tondeur de draps, quelle vie !

(Dès jours ou je me sens l'âme d'une midinette...)
Redécouvrir la fermeté linguistique


MATHIEU BOCK-CÔTÉ
Dimanche, 27 août 2017 17:03

Quiconque célèbre la loi 101 sans prendre la peine de noter qu’elle a été terriblement tailladée au fil des décennies mise sur l’inculture historique d’un grand pan de la population pour dissimuler sa propre absence de volonté à reprendre le combat pour la langue française. Célébrer la loi 101 telle qu’elle est, c’est-à-dire ce qui en reste suite au démantèlement canadien, c’est refuser de parler de la réalité pour se réfugier dans un fantasme qui convient parfaitement aux politiciens qui ne trouvent rien de plus important que de ne pas agir sur le front linguistique. Cela consiste, en fait, à célébrer un symbole qui s’ancre de moins en moins dans la réalité. On se demande ce qui a changé en matière linguistique depuis la proclamation de la loi 101 en 1977. Il faudrait répondre : à peu près tout.
D’abord et avant tout, nous avons transformé notre rapport à la langue. Nous avons désincarné la langue française. On la présente simplement comme un moyen de communication et non plus comme l’âme d’un peuple et ce par quoi s’exprime une identité et une expérience historique. En fait, nous avons adopté une perspective trudeauiste sur la langue, ce qui n’est pas surprenant quand on prend conscience que nous vivons depuis 35 sous une constitution fondée sur la négation de notre existence. On ne présente plus sa défense comme quelque chose de vital mais sa promotion comme quelque chose d’utile, en oubliant que si nous ne l’investissons pas fortement sur le plan identitaire, comme la part sacrée de nous-mêmes, elle va naturellement régresser et nous ne serons plus portés à vouloir la placer au cœur de notre vie collective.
Ensuite, nous avons dépolitisé notre rapport à la langue. L’individualisme extrême disqualifie à l’avance toute forme de norme collective en matière linguistique. Dès lors qu’on veut rendre l’usage du français obligatoire d’une manière ou d’une autre, par exemple en appliquant la loi 101 au niveau collégial ou la francisation obligatoire des immigrants, nous brandissons la figure sacrée de l’individu qui réclame le droit de se faire angliciser à même les fonds publics. On mise sur une promotion molle, qui n’est rien d’autre qu’une campagne publicitaire. La communication, en fait, se substitue à la politique. On veut faire la promotion gentillette de la langue, comme si à force de faire des sourires à ceux à qui on veut l’imposer, ils finiront tout simplement par l’aimer et l’embrasser. On oublie pourtant qu’en politique, de temps en temps, il faut imposer des choses. C’est ce qu’ont fait, en leur temps René Lévesque et Camille Laurin avec la loi 101.
Enfin, il se pourrait bien que nous ne tenions tout simplement plus au français, comme s’il s’agissait désormais d’une langue patrimoniale, plus très vivante, et plus ou moins utile dans le monde contemporain. On fait semblant de tenir au français mais on a accepté qu’au Québec même, une partie de plus en plus considérable du marché du travail se soumette à l’idéologie du bilinguisme obligatoire, au nom de la mondialisation, qui a le dos large. En gros, on veut moins franciser le marché du travail qu’angliciser la main d’œuvre. C’est ce qu’on trouve derrière le désir d’ouvrir l’école anglaise aux francophones et aux immigrés. Et tout cela au nom de la vertu. Le français, pourtant, ne durera que s’il est absolument nécessaire de le parler pour mener sa vie au Québec.
Une chose semble évidente : nous ne pourrons reprendre l’offensive en matière linguistique si nous ne reprenons pas un peu de vigueur politique. Il faut redécouvrir le peuple québécois sans sa culture et son histoire, qui fondent son droit à se perpétuer – nous ne sommes pas qu’une collection d’individus mais une communauté historique qui veut durer et traverser les décennies et les siècles. Il faut redécouvrir le rôle de l’État dans la promotion active du français, et notamment, en faisant vraiment du français la langue officielle, qu’on ne peut pas contourner par un simple press 9 (sans remettre en question les droits de la minorité historique anglaise). Il faut se délivrer aussi du mythe du bilinguisme à tout prix. Certes, la maîtrise de plusieurs langues est une chance dans la vie. Mais si les Québécois ne peuvent tout simplement plus travailler dans leur langue au quotidien, cette vertu cache une aliénation.

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