Le site du parti de l'In-nocence

Extension du domaine de l'anacoluthe

Envoyé par Francis Marche 
C'est au plus haut niveau des instances politiques intergouvernementales, dans la littérature grise la plus experte et autorisée, que ce mal sévit, que la morsure est la plus vive et la plus systématique. La langue française est dévorée par l'anacoluthisme rampant des traducteurs, qui écrivent désormais partout, en pleine immunité, au grand jour, des phrases ignobles et grotesques comme

La mécanisation facilite et réduit la pénibilité du travail

Que faire contre cela, comment le dénoncer, à qui hurler qu'il faudrait écrire, pour rester dans le français et continuer d'habiter encore un peu cette langue la mécanisation facilite le travail et en réduit la pénibilité ?

L'original anglais : Mechanization eases and reduces hard labour est correct parce que le substantif du COD reste "labour" (le travail), mais ces foutus traducteurs ayant correctement inversé le substantif et son épithète (hard labour devenant "pénibilité du travail"), ils négligent d'en appliquer les conséquences à la construction de la phrase dans son entier, de manière à éviter que "facilite" ne s'applique désormais à "pénibilité". Mais allez leur expliquer cela... ça les dépasse, c'est plus qu'il n'en faut pour les assommer et les perdre. Comment peut-on avoir une vie intellectuelle, même modeste, des élans spirituels conscients si l'on ne peut comprendre cela, qui est plus simple que le fonctionnement d'un carburateur de moteur de mobylette ?

Dans la langue de Shakespeare ce partitif en n'existe pas et l'enfilade des choses se fait sans égard pour l'articulation syntaxique, il s'ensuit qu'il tombe aussi de la plume de ces traducteurs qui n'ont plus de français que le nom. C'est à devenir fou. Fou de solitude.

Une cause sûre de folie : le solécisme de l'autre.
La mécanisation facilite et réduit la pénibilité du travail
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Encore un à qui l'on ne pourra pas reprocher d'être un "pense-phrases" ou un "phraseur" (R. Barthes dans "Le Plaisir du texte").
Dans le journal 'La Tribune' de Genève (journal en langue française) paraissent quotidiennement des annonces destinées au recrutement du personnel des organisations internationales implantées dans la région. Il est toujours demandé «english mother tongue».
Il faut dire que ces emplois portent essentiellement sur le Droit, Droit qui est devenu à la longue exclusivement anglo-saxon.
Dans ces conditions, lire le Droit dans une langue tordue par la traduction, quoi de plus surnaturel ?
Mais si ce Droit s'impose partout de cette façon, il est aussi à craindre que son extraterritorialité – tel que le pratique déjà les Américains –, ne finisse par s'imposer à tous, tout naturellement, un peu comme le western.
 
Bel exemple, en effet, mais c'est partout et constamment que l'anacoluthe de la plus grossière et stupide espèce sévit dans ce créole fané avant d'avoir fleuri qu'est devenue notre langue.
Ce n'est qu'une anacoluthe, continuons l'anaconda !
Quand on entend les diplomates français s'exprimer dans les enceintes internationales, on se dit qu'il vaudrait mieux qu'ils prennent directement la parole en anglais. Leur français est cent plus faible que celui de leurs nombreux collègues francophones.
Mot d'écrit

Le "Merci de votre compréhension" est délicieux.
On vient de m'offrir un bel objet, bien conçu, bien fabriqué, plutôt luxueux, certainement coûteux. Le mode d'emploi qui l'accompagne commence par : « Étant parmi les meilleurs du monde, vous apprécierez sans aucun doute ce... »
un bel objet, bien conçu, bien fabriqué, plutôt luxueux, certainement coûteux...

Un zèbre ?

Parce que si c'est un zèbre, il parait que la maman zèbre retrouve son petit égaré dans le troupeau grâce à ses rayures. La question qui vient donc immédiatement à l'esprit: les rayures du zèbre sont-elles les mêmes d'un côté comme de l'autre.
Sinon, c'est absurde. Non ?
Si votre mode d'emploi précise:

« Étant parmi les meilleurs du monde, vous apprécierez sans aucun doute ce zèbre »

Pouvez-vous m'en faire le tour, svp. Je serais assez curieux d'avoir la réponse à cette curieuse question.
 
Un couteau de cuisine.

J'ai été ravi d'apprendre que j'étai parmi les meilleurs du monde mais je me suis demandé en quoi au juste j'étais parmi les meilleurs, et comment ils l'avaient deviné.
 
Ah, ces grand-mères. Elles ont toujours besoin de tout savoir sur tout. Et moi, la première.
 
Il parait qu'aujourd'hui a eu lieu une "battue citoyenne", selon le terme repris par tous les médias, afin de découvrir dans la forêt des indices qui permettraient de retrouver une enfant disparue depuis une semaine. Une "battue citoyenne" ! Et personne n'ose lever les yeux au ciel devant un tel syntagme, vu les circonstances. Paresse de la part des traducteurs d'un côté et perte du sens du ridicule de l'autre.
Citation
Thomas Rothomago
Il parait qu'aujourd'hui a eu lieu une "battue citoyenne", selon le terme repris par tous les médias, afin de découvrir dans la forêt des indices qui permettraient de retrouver une enfant disparue depuis une semaine. Une "battue citoyenne" ! Et personne n'ose lever les yeux au ciel devant un tel syntagme, vu les circonstances. Paresse de la part des traducteurs d'un côté et perte du sens du ridicule de l'autre.

[espace.freud.pagesperso-orange.fr]
Hier, selon un scribouillard de l'AFP, la Corée du Nord n'a pas procédé à un 6e essai nucléaire. Non, elle a "testé une bombe H".
La livraison du jour (un grand classique, cet accès de) :

Il favorise également le dialogue public-privé afin d’assurer l'accès et l'adoption de services de mécanisation, en particulier pour les XXX.

Et ce "pour" mis à toutes les sauces, qui fait la marque de fabrique, le signe de reconnaissance de ces traducteurs, majoritaires dans certains milieux. Le pli est pris de manière si profonde qu’une phrase comme

Il favorise également le dialogue public-privé afin d’assurer, aux XXX plus particulièrement, l'accès aux services de mécanisation et l’adoption de ces derniers

leur paraîtrait incongrue, mal tournée, peu fidèle à l'original et à rejeter.

Le ministère (ou secrétariat) à la francophonie, pendant ce temps, pond des directives où il est question de promouvoir, au détriment de "la langue patrimoniale", les idiomes urbains, comme ils disent, les langages SMS et je ne sais quelle autre parlure hip-hop qui ravit et emballe le petit bourgeois moderneux élevé à Neuilly, orgueilleusement flatté par la déchéance dont il s'entoure, et bien évidemment tous les "créoles" de la terre, non moins ravissants il va sans dire.

Le français est en train de devenir un patois en voie de disparition, comme peuvent l'être le Corse ou l'Occitan, à ceci près que plus personne au monde ne fait l'effort de l’apprendre par goût ou par curiosité, et avec la bénédiction des autorités qui ont en charge de le faire "rayonner", comme elles disent (quand lui donner une vie décente, dans son moule originel et son génie propre, aurait suffi à le combler).
tous les "créoles" de la terre
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Ouais Francis... Mais d'aucuns vous répondront sur un ton suffisant que la créolisation c'est un métissage d'arts et de langages qui produit "de l'inattendu". Que c'est une façon de se transformer de façon continue sans se perdre. Que c'est un espace où la dispersion permet de se rassembler, où les chocs de culture, la disharmonie, le désordre, l'interférence deviennent créateurs... Que c'est la création d'une "culture ouverte" et inextricable. Etc. Etc.
Vous arrivez trop tard.
Ouais, c'est vrai ça Pascal, et en plus le créole, c'est décalé, et à ce titre ça doit occuper une place de choix dans les grilles de programme de France Culture. Pardon, j'avais oublié.

La promotion du créole, quel signe plus éloquent de haine de soi ? La promotion du tibétain, du bantou ou du yiddish ou du Hochdeutsch nous préververait encore. Mais le créole ! ah le créole Anne ... Quoi Bertrand ? Quel vertige de se perdre et de se retrouver différent dans le créole! Redonne-m'en !
La créolisation du français : politique de la langue où se conjoignent le désalphabétisé des beaux-quartiers et l'abruti monosyllabique et inanalphabétisé des cités.
Sur la fin de sa vie, quand la Russie était encore soviétique, Alexandre Soljenitsine se livrait avec acharnement à la composition de fiches de vocabulaire et de tournures russes, afin de sauver ce qui pouvait l'être encore du désastre linguistique que connaissait son pays sous ce régime.

Aujourd'hui, je comprend mieux ce souci, quand la nomenklatura nationale de mon pays a scellé une alliance avec le lumpen international pour achever ce qui voudrait encore tenir debout de la langue sur le théâtre de son massacre.
En revanche, du côté de la mécanisation de la traduction, pas de doute, ça avance. Je dépose ici, telle qu'elle est sortie du logiciel DeepL, la traduction anglaise automatisée de mon post ci-dessus de 11:37. Bluffant : à une ou deux anicroches près, et nonobstant le fait que la machine a "calé" à la fin de l'avant-dernier paragraphe (elle a fait un refus d'obstacle à "créole"), tout y est :

The delivery of the day (a classic, this access to:

It also promotes public-private dialogue to ensure access and adoption of mechanization services, particularly for the XXX.

And this "pour" put in all sorts of sauces, which is the hallmark of the brand, the sign of recognition of these translators, who are the majority in some circles. The fold is taken so deeply that a sentence such as

It also promotes public-private dialogue to ensure, in particular, access to and adoption of mechanization services for the XXXs

would seem incongruous, misguided, not faithful to the original and to be rejected.

Meanwhile, the ministry (or secretariat) of the Francophonie, meanwhile, is laying down guidelines in which it is a question of promoting, to the detriment of the "heritage language", urban idioms, as they say, the SMS languages and I don't know what else hip-hop talk that delights and thrills the modern bourgeoisie raised in Neuilly, proudly flattered by the devastation he is surrounding himself with, and of course all of them

French is becoming an endangered patois, as Corsica or Occitan can be, except that no one in the world makes the effort to learn it out of taste or curiosity, and with the blessing of the authorities in charge of making it "radiate", as they say (when giving it a decent life, in its original mould and its own genius, would have sufficed to satisfy it
La traduction automatique, en 2017, commence à ressembler de très près à ce qu'était l'écriture automatique il y a cent ans, celle des surréalistes, Breton, Eluard, Philippe Soupault, soit à un cheval, qui galope, qui vole, qui a ses fulgurances, qui se cabre, s'emballe génialement et sottement et s'arrête net devant l'obstacle, qu'on éperonne comme on pique un boeuf, sans résultat aucun. Il faut mettre pied à terre alors, et traiter la bête comme un âne, l'assommer à coups de casquette, de grand coups de pied dans les flancs, inutilement : Pégase s'en fout de l'homme, de ses pensées et de ses déboires.
Tiré du “Point”, l'histoire de trois malfrats qui veulent voler la recette de la “Fête de l'Huma”, ils se rendent chez le trésorier, tombent sur sa femme et veulent lui faire dire où se trouve l'argent :

« Après avoir indiqué qu'elle ne savait pas où se trouvait ce qu'ils cherchaient, les trois malfrats ont mis à sac l'appartement tout en faisant attention à couvrir le visage de la femme avec un tissu pour ne pas être reconnus. »

Bel exemple de la prose complètement désarticulée de la France d'après.
Ah là, chef-d‘œuvre…
Ne jamais oublier l'AFP, en pointe dans la dislocation du français :

Rohingyas : l’Onu réclame à la Birmanie «des pas immédiats» pour arrêter la violence

Des mesures ? Non, des pas ! On apprend également par cette dépêche qu'officie à la tête du Conseil de sécurité un président tournant. Puis, du participe présent et de l'anglicisme à la pelle...
Dislocation du français ?

Meuh non. La langue évolue, c'est tout.

Exemple : on ne parle plus d'un "acte commis par un déséquilibré", mais de "l’acte d’une personne fragile qui n’a pas le profil d’un terroriste, et qui n’était pas dans son état normal"...

[m.leparisien.fr]
Ils ont traduit "step" par "pas", évidemment. Ca fait partie des bonheurs de la traduction automatique. L'AFP, qui est une agence de haine de soi, donne la préférence aux traducteurs anglophones pour produire la version française de leurs dépêches. Ca donne ça.
L'AFP, qui est une agence de flemme en soi...
Ce n'est pas de la flemme Thomas. C'est de l'incompétence rémunérée.
Une autre mine de français désarticulé gît dans les sous-titres des séries télévisées américaines (sans doute aussi des films, mais je regarde essentiellement des séries…). Le comble du savoureux étant de voir ces aimables tâcherons, lorsqu'un personnage dit “We have a problem”, traduire fièrement par : « Là, on a un vrai souci. »
“We have a problem”, traduire fièrement par : « Là, on a un vrai souci. »
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Encore mieux : j'ai vu je ne sais plus où "Là, ça l'fait pas".

Pas un jour ne passe sans que je n'entende l'insupportable "Ça devrait l'faire", "Ça l'fait", "Ça va pas l'faire", etc.
Je ne sais ce que donnent les doublages car je refuse d'en regarder jamais, mais vous avez raison, mon cher Goux, les sous-titre sont des abîmes et montrent à quel point notre pauvre langue est en avance sur les autres, en tout cas sur l'anglais, sur le chemin de l'ignominieuse créolisation. J'avais déjà, me semble-t-il, fait part ici de ma stupéfaction incrédule la première fois que j'ai lu, sous l'image d'un personnage disant « I like this girl », un sous-titre proclamant fièrement « Cette meuf, je la kiffe »...
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