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Discours de Baix, Ardèche, samedi 21 ctobre 2017 : “J’ai longtemps reculé devant les mots”

Envoyé par Renaud Camus 
J’ai longtemps reculé devant les mots. Je pensais qu’ils étaient trop forts. J’en voulais même à ceux qui les employaient car j’estimais qu’ils compromettaient notre cause par des termes trop vifs, exagérés, qui allaient effrayer autour de nous et nous faire passer pour des énergumènes. Je suis convaincu aujourd’hui qu’il ne faut plus reculer, ni devant les hommes, ni devant les faits, ni devant les termes.

Ainsi colonisation. Je l’ai dit cent fois et je le répète, nous sommes cent fois plus colonisés, et plus gravement, et plus profondément, que nous n’avons jamais colonisé nous-mêmes. L’essence de la colonisation, depuis la Grèce antique et la Grande Grèce, les colonies helléniques en Italie du Sud et en Sicile, c’est le transfert de population. Les colonisations militaires, administratives, politiques, impérialistes, sont certainement bien pénibles, pour les colonisés, mais elles ne sont rien auprès des colonisations démographiques, qui touchent à l’être même des territoires conquis, qui en transforment l’âme et le corps et qui menacent d’être éternelles, ou, à tout le moins, irréversibles.

On nous dit qu’il n’y a pas colonisation car il n’y a pas conquête militaire, pas d’armée victorieuse, pas de soldats défilant dans nos rues. On se trompe. On nous trompe. L’armée conquérante, c’est la racaille. L’instrument de la conquête, c’est ce que j’ai appelé la nocence. Ne dites pas que vous ne savez pas ce que c’est que la nocence puisque vous utilisez couramment le terme contraire, innocence. La nocence, c’est ce dont l’in-nocence est le contraire. La nocence, c’est le fait de nuire, de nuire un peu ou de nuire beaucoup, des trop fameuses incivilités jusqu’au terrorisme, en passant par les pieds sur les banquettes du RER, les arrachages de sacs de vieille dames et le grand banditisme. On notera au passage que la bonne vieille délinquance française de souche, indigène, a à peu près disparu. Elle n’a pas su prendre à temps le virage de la mondialisation, comme on dit. Elle a été remplacée.

On notera également qu’entre la délinquance de droit commun et le terrorisme il n’y a pas de solution de continuité. La progression est ininterrompue. Il y a une différence de degré, il n’y a pas de différence de nature. Tous les terroristes sans exception ont fait leurs premières armes dans la délinquance de droit commun. C’est la même carrière, la carrière militaire. D’ailleurs il n’y a pas de terroristes. Il y a des troupes d’occupation, dont les commandos les plus redoutables, à intervalles réguliers, exécutent quelques otages, comme l’ont toujours fait toutes les troupes d’occupation.

Prétendre lutter contre le terrorisme sans s’occuper de la conquête est absurde. C’eût été, à une autre époque, vouloir se débarrasser de la Gestapo en s’accommodant de l’Occupation allemande. Cela est l’émanation naturelle de ceci. Il ne faut pas lutter contre le terrorisme, il faut libérer le territoire, et cela par la remigration. Traiter le terrorisme comme un épiphénomène, c’est répéter l’erreur des Français durant les dits “événements d’Algérie” (nous en sommes à présent aux “événements de France”). Les Français croyaient alors, ou affectaient de croire, que les fellaghas étaient un épiphénomène, déjà, une mousse superficielle de haine et de terreur, en somme, et qu’en dessous de cette mousse bien regrettable les Algériens les adoraient. Non, les Algériens ne les adoraient pas du tout. Ils les adoraient si peu, même, qu’à peine libérés et même avant ils ont imposé à des colons installés dans le pays depuis bien plus longtemps que les nôtres aujourd’hui une des plus abruptes remigrations de l’histoire — souvenez-vous : la valise ou le cercueil. Je ne recommande certes pas d’en imiter les méthodes, mais j’en crois le principe inévitable. On ne met pas fin à une colonisation sans le départ des colonisateurs. On ne met pas fin à une occupation sans le départ de l’occupant.

Occupation, voilà un autre mot devant lequel j’ai longtemps reculé et que j’assume complètement à présent. Il ne faudrait faire aucune comparaison, nous dit-on, entre la Première et la Deuxième Occupation. D’abord on peut toujours tout comparer, ne serait-ce que pour distinguer. Comparer n’est pas assimiler. Et il n’est certes pas question ici, ni jamais, de diminuer d’un iota l’horreur de la Première Occupation, l’allemande. Mais la Seconde, l’africaine, sur bien des points n’a rien à lui envier. Certes elle ne torture pas dans les caves, qu’on sache, encore qu’il y ait eu tout de même l’effroyable épisode du martyre d’Ilan Halimi, sans parler des tournantes, dont les victimes sont presque invariablement des jeunes filles indigènes, pour ne pas dire françaises de souche. Deuxièmement le nombre des massacrés commence à être tout à fait du même ordre que la dernière fois. Le degré de nocence immédiate, de nuisance, de dérangement et d’humiliation pour les paisibles citoyens qui, bien à tort, ne souhaiteraient rien d’autre que de rester paisiblement en dehors de tout ça, est probablement plus fort cette fois-ci. Il faut dire que les Occupants sont aujourd’hui dix fois, que dis-je, cent fois plus nombreux qu’il y a trois quarts de siècles. Comme leurs prédécesseurs ils sont de plus en plus souvent en uniforme, surtout les auxiliaires féminines, et comptent à juste titre sur les voiles, les boubous, les djellabas, les turbans, les niqabs et les babouches, pour ne rien dire de leur innombrable marmaille, pour marquer leur territoire, étaler leur force et leur nombre et déprimer les Occupés.

Qui sont les Occupants ? Ceux qui se considèrent comme tels ou qui témoignent l’être, par leurs discours ou par leurs attitudes — je reconnais que c’est là beaucoup de monde.

Ces Occupants, la Collaboration actuelle est encore plus impatiente que sa sœur aînée de prévenir le moindre de leurs désirs. Il faut dire que, s’il y a bien des différences entre les deux Occupations, et bien sûr il y en a, les deux Collaborations, elles, se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Tout juste peut-on trouver que ce mot, Collaboration, bien loin d’être exagéré, est insuffisant. Ni notre gouvernement ni nos médias ne collaborent, en effet : ils sont. Ils ne sont pas complices, ils sont auteurs, fauteurs. C’est eux qui veulent l’horreur en cours, et qui la promeuvent incessamment. Ils ne sont seuls à la vouloir, bien sûr, mais elle ne leur est imposée par personne.

Ce qui m’amène à un autre mot très fort que j’ai longtemps refusé et qu’il me faut bien, aujourd’hui, prendre en considération, au moins. C’est celui de génocide. Je l’ai refusé des années durant par respect pour les victimes du génocide hitlérien, et pour le caractère unique de leur extermination industrielle. Le génocide des hutus n’a pas eu le même caractère scientifique. Mais il était constitué lui aussi de mises à mort de masse, auxquelles nous semblons échapper pour le moment. Peut-on parler de génocide quant il n’y a, comme à présent, ni chambres à gaz, ni Shoah par balles, ni coupe-coupe systématique à la machette ? Je crois que c’est nécessaire si l’on veut réveiller des peuples endormis et attirer l’attention sur l’énormité de ce qui survient. Le génocide, de nos jours, a un plus grand souci de son image : il ne veut ni affoler ses victimes, qui pourraient se débattre, ni faire pousser les hauts cris à ses critiques, il est vrai peu nombreux et marginalisés. Il ne tue plus, il submerge. Il ne massacre pas, il remplace. Selon l’heureuse formule d’Aimé Césaire, qui ne croyait pas si bien dire, c‘est le génocide par substitution. Tous les pays de ce qui fut naguère le monde occidental et, disons le mot, de la race blanche, Europe, Amérique du Nord, Australie, Nouvelle-Zélande, font l’objet d’un semblable engloutissement sous l’autre, sous tout ce qui n’est pas eux, sous toutes les races, ethnies, cultures, civilisations, religions, traditions et intraditions de la Terre. Le phénomène n’est nulle part si manifeste qu’au Canada mais il est tout aussi évident en Suède et, pour notre malheur, en France.

La méthode qui a si efficacement permis de venir à bout de la culture, de la musique, de l’université et j’en passe — à savoir l’ensevelissement sous tout ce qui n’est pas elles, la porte ouverte, l’”esprit d’ouverture”, comme dit d’elle-même avec un bel humour à la “Arbeit macht frei” France Culture, la station la plus sectaire de France — devrait bien permettre de venir à bout de l’homme blanc. La culture périt sous le divertissement et les dites “industries culturelles”, la musique sous les variétés, l’université sous l’absence de sélection, l’Europe et l’Occident sous la diversité. Et c’est le divers qui décroit.

Comme tant d’autres mots, comme culture, comme musique, comme français, antiracisme a radicalement changé de sens. Il désignait le combat contre le racisme, et pour la protection de diverses races menacées : il recouvre à présent, comme d’ailleurs le portait tout autant son nom, la haine des races ; de l’idée et du concept de race, la négation de leur existence, et tout spécialement de la blanche. En bonne logique le racisme devrait changer de sens lui aussi, en symétrie, et devenir le nom de l’amour des races, de toutes les races, la sienne évidemment comprise, surtout quand elle est la moins nombreuse et la plus menacée.

L’antiracisme tirait des camps de la mort, et de l’unanime Plus jamais ça ! qu’ils suscitaient dans la conscience universelle, après leur libération, son incontestable légitimité, son autorité morale, son prestige, sa formidable puissance politique. Or, par un tour complet de la spirale du sens, ou du sort, cet antiracisme né ou rené de la Shoah a bâti, en une vie d’homme, une société, la nôtre, où dans beaucoup d’écoles la Shoah ne peut plus être enseignée, parce que les élèves ne veulent pas en entendre parler et prétendent qu’il s’agit de propagande sioniste ; dans le même temps les juifs fuient la France ou la Suède par milliers, parce qu’ils ne s’y sentent plus en sécurité.

Le premier négationnisme niait criminellement le génocide. Le second est plus criminel encore s’il se peut, il est directement génocide, puisqu’il nie l’existence des races. Il en nie l’existence tout en proclamant qu’elles sont égales, ce qui montre assez son degré de cohérence logique. Leur inexistence théorique, très théorique, est la condition de leur disparition pratique, effective. Le dogme de l’inexistence des races, ce credo quia absurdum — je crois parce que c’est absurde, comme pour la Trinité ou l’Immaculée Conception — de notre société, en est le fondement principal. Dans l’effondrement de notre système scolaire, il est tout ce qui est encore enseigné. Dans l’échec total de la transmission, il est tout ce qui est encore transmis. Quand les gens ne savent qu’une seule chose, et c’est de moins en moins rare au sein l’hébétude qui gagne, c’est qu’il n’y a pas de races. Je suis de plus en plus persuadé pour ma part que la proclamation solennelle et menaçante de ce dogme, vers le milieu des années soixante-dix du siècle dernier, est le point nodal à partir duquel tout devenait possible, y compris la pire horreur, la substitution ethnique généralisée, le Grand Remplacement, le métissage global, la production industrielle de l’homme remplaçable, de la Matière Humaine Indifférenciée (MHI).

On dit couramment que c’est l’extermination des juifs qui a rendu impossible de parler des races, comme l’avaient toujours fait tous les peuples en toute innocence, pour le coup. Pourtant un Léon Blum parlait couramment de la sienne, dans ses lettres, et c’était justement dans la petite maison où il était retenu prisonnier par les Allemands à Dachau, au beau milieu de l’univers concentrationnaire. Je ne vais pas citer pour la dix millième fois la phrase fameuse du général de Gaulle en 1959, selon laquelle « nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne ». On nous objecte qu’il s’agit là d’une conversation privée. Très bien. Voici alors un autre président de la République, cette fois dans l’exercice de ses fonctions, plus tardivement encore, lors d’un discours à l’école des Sciences politiques, le 12 décembre 1972 : Georges Pompidou y parle d’une « réaction en profondeur de notre race », et, quelques phrases plus loin, du « caractère même de notre race », « cette versatilité que César distinguait et utilisait déjà contre les Gaulois, et qui fait que le peuple français, peuple épris de calme, de paix et de stabilité s’il en est, ressent périodiquement et par crise un besoin inconscient et incontrôlé de changement, et d’un changement qui remet tout en cause, non seulement les hommes, mais les principes, mais les institutions ». Fasse le ciel, entre parenthèses, que notre peuple ressente bientôt un tel besoin, et se révolte avant qu’il ne soit tout à fait trop tard.

Le même Georges Pompidou, qu’ils n’est pas accoutumé de ranger parmi les têtes brûlées ou les suppôts de Satan, écrit dans ce qu’il est convenu d’appeler ses Mémoires, en fait Lettres, notes et portraits, un recueil posthume :

« Mon père et ma mère appartenaient profondément à la race française, dure au travail, économe, croyant au mérite, aux vertus de l’esprit, aux qualités du cœur. »

Il est bon de remarquer que le seul fait de parler de race française, comme nos ancêtres l’ont toujours fait bien tranquillement, prouve assez qu’on n’est pas raciste, cette race n’ayant, par chance, que fort peu de caractère ethnique, non plus que celle des notaires, des peintres du dimanche, des génies ou des amis de la pêche à la ligne. Si j’étais raciste je ne le serais pas comme Vacher de Lapouge, comme Chamberlain ou Alfred Rosenberg, je le serai comme Malherbe (Que direz vous, races futures… ), comme Racine (Des princes de ma race antiques sépultures), comme de Gaulle ou Georges Pompidou, ou comme ce Georges Bernanos qui a donné de la race, en passant, la meilleure des définitions impossibles, en une des plus belles phrases de la littérature française, à mon avis :

« Hélas! autour des petits garçons français penchés ensemble sur leurs cahiers, la plume à la main, attentifs et tirant un peu la langue, comme autour des jeunes gens ivres de leur première sortie sous les marronniers en fleurs, au bras d’une jeune fille blonde, il y avait jadis ce souvenir vague et enchanté, ce rêve, ce profond murmure dont la race berce les siens ».

Que sont la race, le peuple, la nation incarnée en nous ? Ils sont « un souvenir vague et enchanté, un rêve, un profond murmure ». Et c’est pour cette raison que la France, au cours de son histoire, a toujours intégré à merveille ceux qui on voulu enter dans son rêve, écouter avec elle le profond murmure de sa langue, de sa littérature, de sa musique, de ses paysages, de ses saveurs, de ses ciels et de ses gestes ancestraux. La France peut intégrer des hommes, elle peut intégrer des femmes, elle peut intégrer des familles qui le désirent ardemment : elle ne peut pas intégrer des peuples, et moins encore des peuples qui ne le désirent pas du tout.

L’erreur tragique, pour ne pas dire pis, de l’antiracisme aura été de prendre le mot race dans le même sens incroyablement étroit qu’avait fait le racisme, en se contentant d’inverser les valeurs terme à terme. Il est facile de prétendre que les races n’existent pas si l’on se contente, comme les racistes, de prendre le mot dans ses seules connotations scientifiques ou pseudo scientifiques, qui ne sont qu’un infime partie de sa signification dans notre langue, comme dans la plupart des autres. Dire que les races n’existent pas c’est peut-être vrai scientifiquement — et encore, j’ai des doutes —, mais c’est avant tout un tour de passe-passe sémantique, une sorte d’escroquerie linguistique. Il est déjà plus juste ou moins faux de dire que les savants n’ont pas besoin de ce concept, un peu comme Lamarck disait de Dieu, à Napoléon, un peu niaisement, que cette hypothèse n’était pas pour lui nécessaire. Dire que les races n’existent pas, c’est aussi bête que de dire que Dieu n’existe pas, ni les classes sociales, ni les mythes : ils n’existent peut-être pas, je ne suis pas à même d’en juger, mais ils sont la réalité du monde, et les principaux moteurs de ses mouvements de masse. Il est d’ailleurs assez plaisant de relever que jamais les êtres n’ont autant parlé ou été parlé dans la leur, de race, que depuis que les races n’existent plus, officiellement. Tout le monde s’est mis à chanter dans son arbre généalogique, et l’on sait trop souvent ce que vont dire les gens, à leur seul nom.

L’homme blanc est trop cher, trop mou, trop civilisé, trop diplômé, et en plus il a déjà tout. Ce qu’importe le remplacisme global ce ne sont pas des travailleurs ce sont des consommateurs, qui très vite auront besoin de nourriture, de logements, de vêtements, d’écoles, de soins médicaux, d’objets électroniques, de gadgets. Ils sont indispensables au sauvetage de la bulle économique. Vous direz qu’ils n’ont pas un sou. Vous vous trompez : ils ont ou ils auront votre argent. Il y a beau temps que les prétendus transferts sociaux sont essentiellement des transferts raciaux — pardon : ethniques. Si ces transferts organisés ne suffisent pas à mettre en possession de vos économies et de vos biens les populations de remplacement, elles s’en empareront par la force, grâce à leurs voyous qui sont leurs soldats. La nocence est l’instrument du changement de peuple. J’en sais quelque chose, c’est pour l’avoir dit que j’ai été à plusieurs reprises condamné par les tribunaux. Je n’en fus nullement surpris. J’ai confiance en l’injustice de mon pays.

On ne comprend rien au Grand Remplacement si l’on ne voit pas que, si gigantesque, qu’ils soit, il n’est qu’une petite partie d’un ensemble infiniment plus vaste, ce que j’ai nommé le remplacisme global, et auquel il a déjà été fait allusion ici. Le remplacisme global est à mon sens un des deux principaux totalitarismes qui aujourd’hui se partagent le monde — l’autre étant évidemment l’islam. Ils seront nécessairement rivaux, car tout les oppose. Mais aujourd’hui il y a entre eux une sorte de pacte germano-soviétique, qui dure plus longtemps que le vrai. C’est un traité provisoire de non-agression entre les conquérants : le remplacisme a besoin de l’islam pour qu’il lui fournisse les contingents de ses grands remplacements ; l’islam a besoin du remplacisme pour placer partout ses soldats. La némésis du remplacisme global, cependant, ce qui entraînera sa perte, c’est qu’il remplace des veaux par des hyènes. Il sera le premier mangé. Maigre consolation pour les remplacés.

Remplacer, tel est le geste central des société postmodernes et peut-être bientôt post-humaines, trans- humaines. Tout est remplaçable et remplacé : Venise par son double à Las Vegas, Paris par son double à Pékin, Versailles par EuroDisney, la pierre par le syporex ou le parpaing, les lauzes par la tôle ondulée, le bois par le plastique, la ville et la campagne par la banlieue universelle, la terre par le ciment et le goudron, les bords de mer par le béton, la montagne par les stations de sport d’hiver, les chemins par les sentiers de randonnée, la nature par les aménagements en vue de retombées économiques, l’exercice par le sport, le sport par les Jeux olympiques, les Jeux olympiques par les affaires, les affaires par la corruption, la compétition par le dopage, la littérature par le journalisme, le journalisme par l’info, le vrai par le faux, l’original par la reproduction, le vous par le tu, le nom par le prénom, le nom et le prénom par le pseudo, le cœur par le cœur artificiel, toutes les parties du corps humain par des pièces de rechange, l’histoire par l’idéologie, le destin des nations par la politique, la politique par l’économie, l’économie par la finance, le regard par la sociologie, le chagrin par les statistiques, le monde réel par le site touristique, les habitants par les touristes, les indigènes par les allogènes, les Européens par les Africains, les mères par les mères porteuses, les hommes par les femmes, les femmes par les poupées gonflables, les hommes et les femmes par les robots, les peuples par les peuples, l’humanité par la posthumanité, l’humanisme par le transhumanisme, l’homme par la Matière Humaine Indifférenciée.

Un grand mystère est que les écologistes, qui tiennent si fort à la biodiversité, et ils ont raison, paraissent en exclure l’espèce humaine. Sans doute estiment-ils à juste titre, que l’homme blanc coûte trop cher à la planète. Mais il y a d’autres solutions que son effacement, ne serait-ce que la décroissance démographique, sans laquelle toutes les politiques écologiques sont vaines. S’il y avait une supériorité à la race blanche, ce serait qu’il y en a beaucoup moins que les autres

GPA, PMA, GRP (Grand Remplacement des Populations) ce ne sont jamais que les mêmes manipulations génétiques, la standardisation appliquée au vivant. L’homme doit être artificialisé, comme la nature, standardisé, normalisé, remplaçabilisé, afin de coûter moins cher et de ménager de plus forts profits.

Autant que les forts profits, les coûts bas, admirez l’amphibologie, l’à bas coût, le low-cost, est le principe central du monde remplaciste. Tout y devient low-cost, même quand c’est aussi cher pour le consommateur que sa version originelle. Ce monde est caractérisé par la prolétarisation autant que par la paupérisation. Sous la pression de la surpopulation ville et campagne y convergent en banlieue, cet à-côté du lieu, cet à la place de l’être. Les banlieues à leur tour évoluent en terrain vague, cette terre guaste, gâchée, pourrie ce Waste Land prophétisée par T. S. Eliot. Le racisme avait fait de l’Europe un champ de ruines, l’antiracisme la transforme en bidonville.

Le père du remplacisme global est Frederick Winslow Taylor, le Taylor de la taylorisation, de la standardisation, de la normalisation. Taylor est au remplacisme ce que Marx est au marxisme. Son grand livre, le Das Kapital du remplacisme global, s’appelle The Principles of Scentific Management. On peut y lire des phrases aussi révélatrices que :

« Dans le passé c’est l’homme qui a été premier ; dans le futur ce doit être le système ».

Comme l’écrit son plus récent préfacier, « Taylor a du sang sur les mains ».

Son plus notable disciple est Henry Ford qui, en diminuant considérablement le nombre des pièces nécessaires, en les rendant interchangeables, normalisées, standardisées, a pu produire une voiture suffisamment peu chère, la Ford T, pour qu’il puisse mettre en application son idée de génie, la vendre à ses propres ouvriers. Le producteur devenait le consommateur. Il était payé pour acheter ce qu’il produisait, et alimenter de la sorte le fameux système, qui pouvait tourner en circuit fermé. Aujourd’hui, dans les mégapoles où les hommes et les femmes vivent dans des espaces de plus en plus réduits et quelquefois dans des placards ou dans des boîtes, ils se ruinent en loyer pour être près d’un travail qui leur permet de payer leur loyer. Par une simplication encore plus radicale, le producteur devient le produit. Les prétendus réfugiés de guerres qui n’existent pas ne sont pas sauvés en mer, ils sont réceptionnés comme la matière première qu’ils sont des industries de la MHI, la Matière Humaine Indifférenciée, qui importent et produisent jusqu’à leurs consommateurs.

Certes le régime de naufrage organisé, comme moyen de transport de masse, ne laisse pas d’impliquer quelques noyés, mais pour le remplacisme global, qui a précipité ces malheureux sur les flots, ils sont dégâts collatéraux très admissibles et marginaux au regard du bon fonctionnement du système.

Henry Ford était un antisémite acharné, il avait des liens étroits avec le nazisme et d’énormes intérêtes dans l4Allemagne hitlérienne. Les camps de concentration et d’extermination c’est dans une large mesure l4applicarion au génocide des Principes de la Gestion Scientifique.

Le remplacisme global, cinématographiquement, c’est Metropolis + Les Temps Modernes + le moins connu Soleil Vert, Greeen Soylent : Metropolis par l’organisation de l’hébétude, en l’occurrence par la Grande Déculturation, l’effondrement des systèmes scolaires, l’imbécilisation de masse, la drogue ; Les Temps Modernes par la standardisation, la normalisation, la taylorisation, cette fois appliquées à l’homme lui-même ; Soleil vert par la transformation de l’homme en produit de consommation, normalisé et standardisé, la Matière Humaine Indifférenciée.

La divine surprise de la finance hors-sol post-industrielle c’est son histoire d’amour avec l’antiracisme, qui, à l’origine, si l’on songe à Henry Ford, justement, était rien moins qu’assurée. Mais l’antiracisme, dès lors qu’il changeait de dessein, qu’il n’était plus protection de deux ou trois races menacées mais affirmation fulminante et dogmatique, littéralement, de l’inexistence de toutes, puis de la nécessité et de l’inévitabilité de leur fusion (les contradictions ne lui font pas peur) par l’immigration de masse et le métissage, devenait pain bénit pour le remplacisme global. Voyez l’enthousiasme d’une Laurence Parisot ou d’un Yvon Gattaz pour la substitution ethnique. L’antiracisme, de par son passé, apportait au remplacisme la respectabilité idéologique qui lui manquait. Le remplacisme, de par ses moyens, apportait à l’antiracisme le pouvoir et l’argent. Voyez les carrières d’un Harlem Désir ou d’un Julien Dray. Le remplacisme est une énorme pourvoyeur de postes et de prébendes et il n’est pas question parmi nous de se hausser dans la vie, que ce soit pour être préfet, général, conservateur de musée, directeur de théâtre ou maître de ballet, en s’abstenant de lui faire allégeance aussi souvent que possible.

Je suis déjà trop long et pour ne pas allonger je vais faire usage d’une facilité qui m’est offerte pour expliquer ce que je veux dire par remplacisme global. On peut le définir d’un seul mot, ou plutôt d’un seul nom : Macron. Le macronisme est la SFRG, Section Française du Remplacisme Global, et il en est l’incarnation la plus pure. En lui convergent les deux généalogies principales du remplacisme, d’un côté la banque, la finance hors-sol, l’hyperclasse post-industrielle, de l’autre le néo-antiracisme, celui qui nie les races. Macron n’est même pas antiraciste, il est au-delà de tout ça, les races, les peuples, les identités, les origines, tout cela n’existe plus pour lui et, comme on sait, il n’y a pas de culture française.

Je voudrais toutefois souligner un curieux point de convergence, entre nous et lui. Le remplacisme, cet économisme à tout crin, ce financiarisme exacerbé, est au-delà de la politique, il n’en veut plus. À travers lui la finance hors sol prend directement en main la gestion du parc humain, la production de la MHI, en neutralisant la caste politique, ce que Raymond Barre appelait jadis le microcosme. Je nomme ce système la davocratie directe, le gouvernement direct par Davos, par la banque, par les grands argentiers. Le macronisme a renvoyé dans leurs foyers la plupart des principales figures de la vie politique française depuis trente ans, les Sarkozy, les Juppé, les Fillon, les Hollande, les Bayrou, les Cambadélis, oserais-je dire les Marine Le Pen ? Il a réduit l’Assemblée nationale à l’état de chambre d’enregistrement, peuplé d’élus de hasards, qui lui doivent tout et ne risquent pas de lui faire de l’ombre. Il a accouché d’un gouvernement de second rôles, de transfuges et d’emplois symboliques, comme au théâtre, tirés de sa manche. Mais surtout, surtout, il a fait éclater les trois grands partis dont on pouvait penser il y a un an qu’ils tenaient entre leurss mains les destinées de notre pays. Parti socialiste, Les Républicains, Front national, ces trois mouvements ont éclaté ou paraissent à la veille de le faire ; à tout le moins ils paraissent désarçonnés et sonnés.

C’est là, et seulement là, certes, que se situe la curieuse convergence de vues, ou d’intérêts, ou d’analyses, à laquelle je faisais allusion plus haut, entre le macronisme et nous. J’ai publié au début de l’année un livre d’entretiens avec Philippe Karsenty intitulé 2017, dernière chance avant le Grand Remplacement. J’y faisais allusion bien sûr à l’élection présidentielle et je voulais dire bien sûr dernière chance politique. Cette chance, nous l’avons laissée passer et elle ne se représentera pas. Il serait totalement vain de placer nos espérances en 2022. D’abord c’est trop loin, la substitution ethnique va trop vite, en 2022 il sera trop tard et le résultat de l’élection dépendra plus encore qu’en 2017 de la volonté de l’occupant puisque, par une perversité sans nom et sans précédent, le pouvoir remplaciste lui a donné le droit de vote, plaçant les malheureux indigènes en otages sous le poids démographique et électoral des colons. Deuxièmement, la situation à laquelle nous sommes confrontés n’est pas politique. Le destin d’un peuple et d’un pays, la question de leur indépendance ou de leur soumission, la survie ou non d’une civilisation, ce n’est pas de la politique, cela, c’est de l’histoire. De Gaulle à Londres ce n’était pas de la politique. Jean Moulin à Lyon ce n’était pas de la politique. Jeanne d’Arc ce n’était pas de la politique, ni Gandhi, ni Georges Washington, ni Bolivar, ni même Ben Bella, si vous me permettez de le nommer en cette glorieuse compagnie (et sans doute est-il glorieux pour ses compatriotes).

Savoir si l’on va se soumettre ou pas, accepter l’inacceptable ou non, trahir ses aïeux ou leur faire honneur pieusement, ce n’est pas de la politique, c’est de l’ontologie : quelque chose qui se passe au tréfonds de l’être et pas dans les urnes électorales.

Des trois partis bousculés par le macronisme celui dont le sort nous intéresse au plus près est évidemment le Front national, qui pendant quarante ans a incarné, pour le meilleur et pour le pire, l’espoir de nombreux patriotes, dont je n’ai jamais été je l’avoue. On s’est aperçu ces jours derniers que ce parti avait eu pour principal inspirateur pendant près de dix ans un homme pour lequel il n’existe pas de Français de souche, autrement dit d’indigènes, de Français d’origine française, de Français de France. C’est la grande illusion que partagent le Front National et Nicolas Dupont-Aignan, et François Asselineau, et beaucoup de nos amis souverainistes, qui en bons républicains ne veulent connaître en France que des Français. Français, il n’y a pas de mots plus menteurs, ni plus douloureux à entendre souvent. Ainsi il n’y a pas de djhadistes français. S’ils sont djihadistes ils ne sont pas français. Il ne fallait pas les empêcher de sortir, mais maintenant il faut les empêcher de rentrer.

Sur le territoire de notre patrie il y a au moins deux peuples, les envahissseurs et les envahis, les occupants et les occupés, les colonisateurs et les colonisés. C’est folie de vouloir les confondre.

Face à pareille situation ce qu’il faut n’est pas un nouveau parti, ni un parti rénové, ni de petites alliance avec celui-ci ou celle-là en vue d’une élection partielle à Saint-Fortunat-sur-Eyrieux ; ni même une union des droites, chère à mon ami Karim Ouchikh, et c’est un des rares points de divergence que j’ai avec lui, dont j’admire profondément et soutiens l’action. Ce qu’il faut c’est une union hors parti de tous les patriotes d’où qu’ils viennent, de tous les résistants, de tous les militants anticolonialistes et antitotalitaires, de tous les antiremplacistes en somme. Sauvons notre pays ! Ce qu’il faut c’est un Conseil National de la Résistance, animé d’un seul objectif, la libération du territoire, c’est-à-dire la remigration.

Les mêmes qui prétendent que l’humanité tout entière et désormais migrante, et qui envisagent d’un cœur léger de faire venir en Europe quarante millions d’immigrés, quand ce n’est pas deux cents millions, prétendent la remigration impossible. À la vérité on ne voit pas bien pourquoi ce qui est possible et souhaitable dans un sens, à leurs yeux, ne le serait pas dans un autre, dans des proportions d’ailleurs moindres, et des conditions bien meilleures — nous y veillerions.

Et qu’on ne vienne pas nous parler de guerre civile. Il n’a jamais été question de guerre civile. Une guerre de libération nationale ou coloniale n’a jamais été une guerre civile, quel que soit le nombre des traîtres, collaborateurs, compagnons de route et porteurs de valise. Il faut qu‘il n’y ait qu’un seul peuple, pour une guerre civile, et nous en avons au moins deux, ou cinquante. Exit civile, donc, et exit aussi guerre, je l’espère, car si je souhaite que se constitue par l’union de tous les patriotes une force capable de peser sur le cours de l’histoire et d’en renverser le sens, en France et partout en Europe, c’est dans l’espoir ténu, mais têtu, que cette force de refus soit si forte qu’il n’y ait pas à s’en servir. J’appelle à la révolte, pas à la violence. L’in-nocence est une non-violence. Il n’y a pas de violence en Hongrie, en Pologne, en République tchèque, en Slovaquie, qui pourtant se protègent efficacement de l’invasion.

Il est vrai que nous n’en sommes plus là, hélas, et que l’invasion nous l’avons subie depuis longtemps. Il ne s’agit plus de l’empêcher, c’est trop tard, mais de la refouler. S’il n’y a d’alternative que la soumission ou la guerre, la guerre, cent fois. L’in-nocence est une non violence, je viens de le rappeler, ce n’est pas un pacifisme. Le pacifisme fut le principal fourrier de la Première Collaboration, comme l’antiracisme est le principal fourrier de la Seconde. La plupart des pacifistes ont fini à Vichy, comme les antiracistes aujourd’hui à la Maison de la Radio ou France Télévision. Face à l’in-nommable — et le génocide par substitution en est un —, on a le droit de révolter. On en a même le devoir. Révoltez-vous ! Sauvons notre pays ! Et, ajouterai-je, avec nos frères européens, notre continent et notre civilisation.
"...ceux qui on voulu enter dans son rêve." Même les coquilles de ce texte participent de sa magnificence !

Renaud Camus quand il n'est pas drôle et inventif dix ou vingt fois par jour sur Twitter est, dans ses interventions publiques, d'une gravité et d'une solennité incomparables, étonnantes, exceptionnelles. A la fois on ne s'en lasse pas et on s'en remet difficilement. Il ébranle et convainc du même coup. Avec lui, l'époque n'aurait qu'à bien se tenir si la voix de l’Écrivain portait encore. Hélas, l'époque est si sale, si haineuse d'elle-même qu'elle préfère regarder ailleurs et ne pas écouter. Au point, finalement, qu'elle ne le mérite pas.
Et cela, est-ce une coquille ou une sacrée trouvaille : "ou comme ce Georges Bernanos qui a donné de la race, en passant, la meilleure des définitions impossibles"... ?
J'opte pour la trouvaille. Ailleurs, il y a le génial "J’ai confiance en l’injustice de mon pays", il est vrai plus immédiatement repérable en tant que trouvaille.
"Remplacer, tel est le geste central des société postmodernes et peut-être bientôt post-humaines, trans- humaines. Tout est remplaçable et remplacé : Venise par son double à Las Vegas, Paris par son double à Pékin, Versailles par EuroDisney, la pierre par le syporex ou le parpaing, les lauzes par la tôle ondulée, le bois par le plastique, la ville et la campagne par la banlieue universelle, la terre par le ciment et le goudron, les bords de mer par le béton, la montagne par les stations de sport d’hiver, les chemins par les sentiers de randonnée, la nature par les aménagements en vue de retombées économiques, l’exercice par le sport, le sport par les Jeux olympiques, les Jeux olympiques par les affaires, les affaires par la corruption, la compétition par le dopage, la littérature par le journalisme, le journalisme par l’info, le vrai par le faux, l’original par la reproduction, le vous par le tu, le nom par le prénom, le nom et le prénom par le pseudo, le cœur par le cœur artificiel, toutes les parties du corps humain par des pièces de rechange, l’histoire par l’idéologie, le destin des nations par la politique, la politique par l’économie, l’économie par la finance, le regard par la sociologie, le chagrin par les statistiques, le monde réel par le site touristique, les habitants par les touristes, les indigènes par les allogènes, les Européens par les Africains, les mères par les mères porteuses, les hommes par les femmes, les femmes par les poupées gonflables, les hommes et les femmes par les robots, les peuples par les peuples, l’humanité par la posthumanité, l’humanisme par le transhumanisme, l’homme par la Matière Humaine Indifférenciée."

Il y a, à mon avis, un fatal décalage entre la portée anthropologique de ce passage et le reste du discours. Il me semble que le discours aurait gagné à commencer par ce passage où sont abordées des questions qui dépassent de loin la question ethnique. Car ce "geste central" qui consiste à tout remplacer finit par n'être véritablement creusé qu'en un seul de ses aspects : le remplacement "[des] indigènes par les allogènes, [des] Européens par les Africains" qui n'occupe qu'une ligne dans ce passage mais prend toute la place dans le discours. Non seulement cela fait perdre de la force et de l'étendue à la critique du temps mais cela donne des verges pour se faire battre, offre une occasion idéale aux adversaires de Renaud Camus de ronger leur os, de ne pas comprendre ce qu'il veut dire, tout en lui aliénant bien des personnes qui pourraient le rejoindre sur le thème de la Matière Humaine Indifférenciée, autrement plus fécond, à mon avis, que celui du Grand Remplacement.

Autrement dit, ce passage essentiel (et remarquablement écrit, soit dit en passant) me paraît noyé par tout ce qui précède de sorte que la pensée puissante de l'auteur en sort comme "rabaissée" par de trop longues considérations sur l'usage du mot "race", par un usage bien trop développé et, finalement, contre-productif, du parallèle entre ce que nous vivons et l'occupation, la collaboration et l'entreprise génocidaire des années quarante, par cet appel à la "rémigration" qui se voudrait pacifique alors que personne d'à peu près sensé ne peut croire à un tel pacifisme, d'autant que la dite "rémigration" n'est jamais présentée dans ses modes opératoires. Les adversaires de Renaud Camus n'ont qu'à se servir là dedans pour travestir sa pensée et éviter de parler de l'essentiel : la mutation anthropologique que nous vivons.
« Autrement dit, ce passage essentiel (et remarquablement écrit, soit dit en passant) me paraît noyé par tout ce qui précède de sorte que la pensée puissante de l'auteur en sort comme "rabaissée" par de trop longues considérations sur l'usage du mot "race", par un usage bien trop développé et, finalement, contre-productif, du parallèle entre ce que nous vivons et l'occupation, la collaboration et l'entreprise génocidaire des années quarante, par cet appel à la "rémigration" qui se voudrait pacifique alors que personne d'à peu près sensé ne peut croire à un tel pacifisme, d'autant que la dite "rémigration" n'est jamais présentée dans ses modes opératoires. Les adversaires de Renaud Camus n'ont qu'à se servir là dedans pour travestir sa pensée et éviter de parler de l'essentiel : la mutation anthropologique que nous vivons. »

Oui mais la "mutation anthropologique" n'est le fait de rien ou personne en particulier, on ne peut en imputer la charge à quelque ennemi identifiable et désigné : elle n'est que le reflet d'un, ou même du monde comme il va, renvoie à un "cours des choses" aussi impersonnel, incontrôlable et aveugle que le devenir lui-même. On ne va tout de même pas accuser l'humanité tout entière de vouloir perpétrer un "génocide" contre elle -même en suivant son cours inéluctable, ça n'aurait pas de sens ; aussi faut-il des ennemis déclarés, idéalement des allogènes remplaçants caractérisés et caractéristiques, un petit bout de lorgnette très grossi pour ne pas noyer le poisson du petit remplacement local dans la grande déploration de l'état du monde comme il se transforme et devient.
Dans cette généalogie, pourquoi s'arrêter à Taylor ? Les Américains, après avoir massacré les Indiens, les ont remplacés par des esclaves africains, pour exploiter sans limite leur travail : serait-ce la première forme de remplacement des indigènes par les allogènes, de production de la MHI, de mutation de l'anthropologie ?...

Les comparaisons historiques de ce type sont très "remplacistes" pour le coup : elles remplacent un fait par un autre, une histoire par une autre, un génocide par un autre, un vrai par un faux.
C'est de la production de MHI, Matière Historique Indifférenciée
"Oui mais la "mutation anthropologique" n'est le fait de rien ou personne en particulier, on ne peut en imputer la charge à quelque ennemi identifiable et désigné [...]"

Le programme transhumaniste, par exemple, est cependant le fait de personnes absolument identifiables qui affichent clairement leurs intentions et ce programme va de pair avec l'intrusion massive de l'Intelligence Artificielle dans la vie quotidienne. On pourrait aisément désigner ses promoteurs et les déclarer ennemis déclarés de l'espèce humaine et s'en prendre à eux avec autant d'ardeur qu'aux promoteurs du "Grand Remplacement". Et si on ne le fait pas, c'est donc, en effet, que ce programme est le reflet du monde comme il va, une sorte de suite logique des choses et par conséquent il n'y aurait rien à dire à propos des robots qui donnent des ordres à des travailleurs et il n'y aurait rien à dire quand, de plus en plus fréquemment, on vous demande, (et qui aurait cru qu'une telle question puisse se poser ailleurs que dans de mauvais romans de SF), si vous n'êtes pas un robot au moment de vous connecter à un service en ligne quelconque, en attendant qu'on on vous demande si vous êtes d'origine "bio" ou "augmenté". A quelles analogies historiques peut-on alors avoir recours pour raccorder ce genre d'évolution à quelque chose de connu ? Au cas Néanderthal ?

Au fond, ces histoires d'invasions, de colonisations, de contre-colonisations, de génocides, d'occupation, de "rémigration", de substitutions de peuples, de conflits civilisationnels, vous ont un côté presque rassurant de "rien de nouveau sous le soleil", l'ordinaire de l'homo sapiens en somme, on pioche dans l'Histoire, on trouve des lieux, des faits, on peut forger des analogies avec plus ou moins de bonheur ou d'érudition. Mais où pêcher l'homme à qui on a demandé s'il n'était pas un robot et la femme qui a accouché à 70 ans ?

Or donc, s'il faut s'en tenir au "cours des choses", au monde comme il va, être impuissant face à lui, on ne voit pas comment la forme d'humanité dite homo sapiens, c'est-à-dire la vôtre et la mienne, avec ses Blancs, ses Noirs, ses métis et ses musulmans, ses juifs, ses chrétiens, ses bouddhistes, ses philosophes, ses athées et toute sa bonne vieille histoire, échapperait à l'effacement progressif pour être bel et bien remplacée par on ne sait quoi, sauf intervention divine ou auto-destruction radicale.
C'est l'affranchissement des esclaves noirs en Amérique et leur enrolement progressif par la machine industrielle du Nord qui a entamé, sur ce continent, l'apparition de la matière humaine indifférenciée. Les esclaves (pour le meilleur et surtout pour le pire), avant cela appartenait (à une famille, une maison, un domaine) ; par ce mouvement de désappartenance, ils sont devenus matière anonyme, et la machine tayloriste put alors être alimentée par cette matière. La vague tayloriste a mis un siècle et demi (quand elle a fini par imposer sa pendule d'atelier à toute l'Asie orientale grâce à la préparation de ce terrain par le communisme il y a une trentaine d'années environ) pour parachever cette mutation que dénonce Camus dans ses écrits et discours.

D'un point de vue historique, ce discours est parfaitement construit et rationnel.
Si c'est l'affranchissement des esclaves qui a fait d'eux une "matière humaine indifférenciée", c'est qu'ils étaient des humains bien différenciés quand ils étaient esclaves. C'est en effet "parfaitement construit et rationnel."...
Non, ce n'est pas leur affranchissement qui leur a fait cela mais ce qui leur est arrivé plus tard et que j'évoque dans ma précédente intervention. Ne vous rendez pas plus c. que vous n'êtes Pellet.
Et pendant leur servage, les noirs n'étaient-ils peut-être pas déjà un peu une "matière humaine indifférenciée", Professeur Marche ?
» A quelles analogies historiques peut-on alors avoir recours pour raccorder ce genre d'évolution à quelque chose de connu ? Au cas Néanderthal ?

Je pencherais, pour ma part, pour cet australopithèque s'étant servi d'un fémur pour fracasser les crânes d'ennemis d'un clan voisin, et, la victoire acquise, jeta avec force l'arme-outil en l'air ; laquelle, quelques millions d'années plus tard, se métamorphosa dans les cieux en une navette spatiale reliant la Terre et la Lune, dans le film de Kubrick, vous savez, 2001 etc. De là au super ordinateur (HAL, je crois ?) prenant les choses en main et trompant délibérément les hommes qu'il devait servir et protéger, il n'y a qu'un pas...
Enfin, peut-être n'est-ce pas pour tout de suite, Thomas, et l'IA aurait encore quelques progrès à faire pour pouvoir égaler ne serait-ce que l'ombre de conscience de soi qu'éprouve peut-être un chimpanzé lorsqu'il se regarde dans une glace, mais je ne crois vraiment pas que le mouvement global du progrès technique soit imputable à quelqu'un en particulier, à des responsables ayant créé par leurs seules ressources et volontés un "programme transhumaniste", cause du déraillement de l'espèce de quelque voie immémorialement tracée : en réalité, le seul responsable de cette extraordinaire inventivité, et des percées en intelligence artificielle, c'est l'intelligence humaine, qui suit tout "naturellement" sa vocation depuis l'émergence d'une pensée réflexive créatrice d'artefacts et modificatrice de son environnement.
Bien sûr, on peut essayer de résister un peu, pour la forme, jeter son portable, etc.
De là au super ordinateur (HAL, je crois ?) prenant les choses en main et trompant délibérément les hommes qu'il devait servir et protéger, il n'y a qu'un pas...


Intel dévoile le processeur neuromorphique dont le fonctionnement s'inspire de celui du cerveau humain: Le processeur Loihi comprend 130.000 neurones
 
MHI, les esclaves noirs l'étaient à l'intérieur du cercle de l'appartenance (au territoire, domaine, exploitation, maison, de leur maître), mais cela même est à nuancer (les esclaves domestiques étaient fortement singularisés, différenciés, entretenaient des liens personnalisés avec leurs maîtres, comme ne pouvaient le faire les travailleurs des champs, ainsi qu'en témoigne toute une littérature du Sud.).

L'indifférenciation devint ouverte et radicale quand il fallut donner un nom (le plus souvent fantaisiste) aux affranchis, quand le Noir se présentant à l'usine n'eut plus rien à décliner d'une quelconque histoire ou appartenance personnelle à quelque lieu ou famille. Quand l'historique de la personne qui se présente sur un lieu d'embauche n'est plus d'aucune importance pour personne, l'humain est en danger, en risque d'annihilation. C'est ce bouleversement, cette fin du monde que voulut le taylorisme. Sur ce point, Camus voit juste.
"Quand l'historique de la personne qui se présente sur un lieu d'embauche n'est plus d'aucune importance pour personne, l'humain est en danger, en risque d'annihilation".

Ah oui, bien sûr, alors qu'avec l'esclavage c'était pas du tout le genre "matière humaine indifférenciée".

"L'historique" de l'esclave "sur son lieu d'embauche" avait beaucoup d'importance, "le risque d'annihilation" de l'esclave était beaucoup plus réduit que pour le salarié de Taylor-Ford, c'est sûr...
Ce que les Français (paradoxalement les Français d'esprit cégétiste, dirons-nous pour faire court) désignent aujourd'hui comme ubérisation, est cette forme d'emploi anonyme, qui ne requiert de l'impétrant que de décliner son prénom et de consentir à 45 minutes de formation pour entrer en activité, qui permit au taylorisme de démarrer son épopée mondiale en Amérique du nord. La désappartenance, celle qui fait dire d'un tel qu'il en vaut un autre et que son identité, son histoire personnelle, n'est d'aucune incidence sur son avenir, crée ce régime où l'individu devient remplaçable. Or ce mouvement de désappartenance fut spectaculairement inauguré en Amérique après la Guerre de sécession, et la victoire yankee.

Dans d'autres parties du monde (Angleterre, Europe continentale, Chine contemporaine) à des moments historiques disparates, on assiste à la même annihilation des identités – le passage de la fin de la féodalité au lancement des temps modernes et industriels adviennent toujours sous le même sceau de la désappartenance. Ce qui se produit sous nos yeux n'en est que la manifestation paroxystique : désormais, ce ne sont plus individus dont on n'a que faire de l'identité ou de l'histoire dans les dispositifs de production-consommation, mais peuples entiers qu'on promène d'un continent à l'autre, qu'on repousse et malmène sans respect aucun. Cette manière de génocide, qui ne cause d'effusions de sang qu'occasionnelles même si ponctuellement abondandes (le nombre des victimes du Bataclan est plus important que tout massacre ponctuel commis dans la capitale par l'occupant nazi) ne revêt pas les mêmes formes que les tentatives génocidaires hitlériennes, qui furent ratées (pour commencer), menées comme industrie mais aussi, comme le rappellent Comolli et Meyer, de manière chaotique et grossière, cette manière de génocide feutrée paraît sans précédent dans l'histoire par son caractère tacite et sournois, coordonnée de loin par une oligarchie inaccessible (Davocratie), qui partout agite le drapeau du Bien.
@Pellet

Dans le Sud esclavagiste, changer d'esclave coûtait cher au maître, les transferts et cessions d'esclaves ne s'opéraient pas sans coûts, sans déchirerment même. Dans le monde que nous connaissons, nous voyons des Noirs échoués sur les rivages italiens employés pour un salaire de misère, pour presque rien, dans les plaines de Toscane qui remplacent pour pas un rond les ouvriers italiens à la cueillette des tomates. En Italie, les Noirs cueillent les tomates pour le même coût que le coton de Georgie du Sud leurs ancêtres africains il y a deux siècles, et le logement qu'on leur fournit n'est pas meilleur, et la menace qui pèse sur eux en cas d'évasion ou de décrochage, pas moindre. Et les négriers des temps post-modernes sont nos humanistes que glorifie la presse bien-pensante et qu'élargissent nos juges droit-del'hommistes avec une tape amicale dans le dos et la palme de la LICRA quand ils ont été convaincus par la justice d'aider au passage de clandestins d'Afrique dans notre pays.
Mais l'esclave égyptien qui contribuait à l'édification des pyramides, était-il plus individualisé ? Et l'ouvrier du Moyen Age qui empilait les pierres des cathédrales, comptait-il pour beaucoup en tant qu'individu ? Et tous ces ouvriers qui sont morts lors de la construction du château de Versailles ?

Hélas, je ne suis pas certain qu'il y ait quoi que ce soit de neuf sous le soleil, ni que Ford et Taylor aient réellement inventé quelque nouvelle formelle de cruauté que ce soit. Tout au plus ont-ils systématisé un tripalium qui existait déjà.

On reproche à Ford d'avoir instauré la standardisation comme prélude au remplacisme. Mais à bien y regarder, ce ne fut peut-être qu'un moment dans l'histoire de l'industrie. De nos jours, les entreprises essaient au contraire d'individualiser, de diversifier autant que possible leur production. Et c'est plutôt quand l'Etat se mêle de produire des choses et d'administrer les entreprises que tout devient grisâtre, répétitif et standardisé...

Il est vrai que beaucoup de ce qui se produit de nos jours relève de la pire camelote, mais ce n'est pas vrai pour tout, loin de là : avions, ordinateurs, voitures, smartphones, appareils photographiques, etc. — on trouve de nombreux produits excellents et solides sur le marché.

Et d'ailleurs, la fameuse Ford T n'était-elle pas, toutes proportions gardées, non pas plus fiable que ce qui se fait maintenant, mais davantage faite pour durer, malgré tout ce qu'elle avait de banal et de standardisé ? Mr Ford vendait-il à ses employés une voiture pourrie en espérant qu'ils la rachèteraient l'année d'après ? Y avait-il là, déjà, un projet d'obsolescence programmée ? Voilà une question qu'il faudrait creuser....
Et d'ailleurs, la fameuse Ford T n'était-elle pas, toutes proportions gardées, non pas plus fiable que ce qui se fait maintenant, mais davantage faite pour durer, malgré tout ce qu'elle avait de banal et de standardisé ?

Ça c'est sûr.
La ford T était en fait la Fort Two (T comme Two), inspirée, comme son nom l'indique, de la Ford One, un char d'assaut fabriqué pour répondre à la demande de l'armée américaine pour la guerre de 14-18, plus connu sous le doux nom de Ford-M1918-WWI-Tank.
C'est bien connu, les tanks, c'est fait pour durer.

Une femme demanda à Henri Ford, quelle couleur elle pouvait choisir pour sa Ford T.
Ford lui répondit, la couleur qu'elle voulait, à condition qu'elle soit noire.
Il est vrai que beaucoup de ce qui se produit de nos jours relève de la pire camelote, mais ce n'est pas vrai pour tout, loin de là : avions, ordinateurs, voitures, smartphones, appareils photographiques, etc. — on trouve de nombreux produits excellents et solides sur le marché.

Le fâcheux est que ces produits, les meilleurs, qui proposent des usages merveilleux sont aussi, très souvent, des objets aliénants. Après, libre à chacun, en fonction de ses dons, intentions et compétences propres, d'érotiser et de spiritualiser ces usages. Avec un Leica, on peut faire un selfie au pied de la Tour Eiffel ou saisir tout autre chose à communiquer. Je ferme la parenthèse.
Bien évidemment, la Shoah n'est pas un "diamant noir", une sorte d'Enfer terrestre qui n'aurait ni origine, ni futur possible, une parenthèse satanique, non-historique

La dimension "industrielle", "taylorienne" du nazisme a servi de point d'appui à toute la critique post-68 du mode de production capitaliste. Et il est bien évident que nos sociétés sont restées capitalistes et "techniciennes".

Mais le fait d'établir une chaîne logique de Taylor-Ford à Hitler puis à Macron lequel serait coupable d'avoir détruit les partis démocratiques et d'être un criminel génocidaire comparable à Hitler, est une autre façon de "déshistoriciser" la Shoah, en en faisant une sorte de mode de destruction/production continu de nos sociétés (de Macron une sorte de nouvel avatar du fordisme-nazi)

Dans ce renversement de sens de la notion de Grand Remplacement, l'histoire coloniale disparaît, il manque "un chaînon",

- sauf à considérer que la "colonisation" actuelle de l'Europe par l'Afrique, le G-R, n'a strictement rien à voir avec la colonisation de l'Afrique par l'Europe et avec la colonisation d'une partie de l'Europe par les Ottomans...

- sauf à faire de la colonisation européenne de l'Afrique un terrain d'essai du nazisme, comme le soutient l'inénarrable O. Lecour Grandmaison, lequel voit dans les lieux de rétention des migrants la forme contemporaine des camps de concentration de la Seconde Guerre mondiale, lesquels auraient pour origine les techniques de gestion des populations colonisées par les Européens...

C'est ce que j'appelle faire de l'Histoire une Matière Historique Indifférenciée.

(message écrit à toute vitesse, après lecture de l'entrée du Journal, en date du 29 oct.)
« message écrit à toute vitesse » : un peu trop vite peut-être.
Oui, Marcel Meyer, vous avez raison d'ironiser, j'ai tweeté trop vite et de façon confuse.

Reprenons plus posément, par thème.

Il me semble qu'on peut retrouver dans les propos de Renaud Camus une variation du thème heideggerien du rôle de la technique dans le totalitarisme.

Prenons l'exemple des châlits.

Les négriers se servaient de châlits pour transporter les esclaves qui devaient être utilisés par les colons américains, lesquels recherchaient une main d'oeuvre corvéable à merci, après avaient exproprié et en grande partie exterminé les indiens.

Il y eut les châlits des camps nazis.

Renaud Camus écrit à ce sujet : "Les boîtes à hommes des mégapoles, où les travailleurs ne peuvent même pas se tenir debout, sont les héritières des châlits d’Auschwitz".

Or, les châlits d’Auschwitz étaient un des éléments d'un système d'extermination des personnes, j'ai honte de le rappeler.

"Les boîtes à hommes des mégapoles" servent à une population devenue tellement nombreuse qu'on ne sait comment la loger. Ce n'est évidemment pas un élément d'un système de destruction d'une population mais de sa sauvegarde.

Les trois exemples historiques d'utilisation des châlits ne peuvent donc en aucun cas être confondus, même si la même "technique" est employée.

Prenons un autre exemple. Ce que l'on appelle aujourd'hui le numéro de Sécurité sociale a été inventé sous Vichy, qui s'en est servi, notamment, pour identifier les individus de "race juive". A la Libération, le procédé a été conservé sans, bien évidemment, le codage anti-sémite et aujourd'hui, ce numéro est indispensable au bon fonctionnement du système de protection sociale. Voilà donc un procédé de fichage des individus qui a pu - et pourrait à nouveau demain- servir à une entreprise de destruction mais qui est à la base technique de notre système social : sans lui, pas de solidarité devant la maladie et devant les autres risques "sociaux".

Le châlit, le fichage administratif et l'informatique, c'est "la langue d'Esope"
Plutôt d'accord avec ce qui vient d'être écrit. Les techniques de production de Ford ou de Taylor ne sont, comme Internet ou l'avion, que des outils pouvant être employés à bon escient (transporter rapidement des voyageurs) ou à mauvais escient (attaquer le World Trade Center). Si l'on décrète que c'est l'outil qui est mauvais, plutôt que ses utilisateurs, alors il faut aussi assumer un refus total de tout ce qui a été conçu et produit en masse depuis 1910, à commencer par les ordinateurs qui permettent, entre autres choses, de tweeter.
Aucune machine ni aucune chaîne de montage n'a jamais été conçue en dehors de sa destination, qui est de réaliser une production de masse. Production, consommation et destruction de masse ont en commun, c'est une évidence, d'être aligné sur une vision massique de l'humain. Non, les "techniques ne sont pas neutres", elles sont porteuses d'un projet et d'une vision pour l'humanité. Les tronçonneuses dont se servent parfois les hommes de l'Etat islamique pour égorger leurs victimes permettent un abattage de masse, rapide et spectaculaire, parce qu'elles furent conçues pour l'abattage forestier de masse, ergonomique et efficient. Leur existence, leur disponibilité, inspirent la massification de ces exécutions.

La guillotine ne guillotinait pas : ce sont des hommes qui guillotinaient d'autres hommes (et femmes), certes, mais sa conception a permis l'exécution du meurtre de masse, indifférencié, sans jugement ou presque, ce que ne permettait pas le billot et la hache.

L'outil technique est chargé d'une inspiration et d'une destination (par et dans sa conception, ici la massification de l'exécution); en retour, les intentions, dont sa conception fut chargée, modèle tous les détournements criminels qui peuvent en être fait : massification (égorgement à la tronçonneuse, guillotine), cruauté (gégène des tortionnaires, cure-dent glissés sous les ongles, etc.). Il inspire, oriente, confère leur échelle aux formes ultérieures des atrocités qui l'empruntent et en détournent ou en prolongent l'usage. Oui, on trouve bien cela dans la critique heideggerienne de l'outil technique, et cette critique est parfaitement justifiée. La neutralité de l'outil est un mythe.

C'est bien le smartphone qui a engendré, permis l'emergence et l'essor actuel de Facebook, qui n'aurait jamais été le phénomène qu'il est devenu si son seul support avait été celui que pouvait lui fournir l'ordinateur de bureau. L'outil engendre l'activité, laquelle est conçue en fonction de ses caractéristiques.
Dans ce cas, il va falloir se résoudre à mettre au rebut toutes les machines technologiques que nous utilisons, et renoncer à l'électricité (qui porte en elle l'usage potentiel de la chaise électrique), pour vivre à jamais comme les Amish, société fascinante en cela qu'elle a fait du refus de la technique et de ses possibles dérives le cœur même de son projet.
Retourner vivre comme les Amish, c'est non, en ce qui me concerne, mais se bercer d'illusions sur une neutralité et une in-nocence de l'outil technique, c'est non aussi. Se mentir et se satisfaire de raisonnements faux et d'arguments faussement raisonnables ce sera toujours non pour moi. Il sera toujours temps de braver les conséquences de la vérité lorsqu'elle apparaîtra toute nue.
Personne, après Auschwitz, ne pense que les techniques sont "neutres", "innocentes".

Nos sociétés connaissent parfaitement le caractère potentiellement destructeur des instruments (nucléaire, informatique, etc.) qu'elles utilisent mais elles cherchent à trouver les moins mauvaises solutions à des problèmes très concrets.

Le Japon n'a pas connu de "grand remplacement" par des populations africaines, c'est le pays développé le plus "identitaire", le moins "métissé".

Or, c'est là bas, et pas en France, que l'on trouve le plus grand nombre de "châlits" [hitek.fr]

Aucun rapport entre ces "châlits" et le Grand Remplacement, avec un "génocide culturel" au Japon.
Ce que montre ces images : de jeunes packpackers qui ont trouvé cette solution de logement à Tokyo pour quelques jours, l'équilavent de ce qu'étaient les auberges de jeunesse, voire le YMCA il y a trente ans à cette différence près que ce dernier n'avait pas toujours des chambres individuelles comme ici. Il ne s'agit pas de logements permanents mais d'une collection d'images de la mobilité (certains de ces jeunes sont peut-être étudiants en attente d'un logement permanent, pas de familles ici, quoi qu'il en soit).

En matière d'exiguité des logements, Hong Kong fait bien pire que Tokyo. Les familles chinoises logent chez elles des employées de maison des Philippines qui doivent se contenter d'une carrée de deux mètres sur deux, ce qui fit se scandaliser un ami sud-africain de passage dans ce pays, qui déclara tout haut qu'il n'avait encore jamais vu aucun "esclavagiste" blanc (c'était l'époque de l'apartheid dans son pays) loger un domestique noir dans de telles conditions.

Le manque d'espace dans ces villes (Tokyo et surtout Hong Kong qui, pour des raisons HISTORIQUES, possède les plus grandes densités urbaines de la planète) explique ce phénomène photographié ici. Les avancées technologiques de ces pays n'ont rien à faire dans ces considérations.
Tout à fait d'accord, Francis Marche : les châlits de ces grandes métropoles modernes sont une réponse à un problème de croissance endogène de leur population ; aucun rapport avec les usages précédents des châlits et spécialement celui d’Auschwitz.
30 octobre 2017, 17:43   Esope
On ne saurait rejeter toutes les avancées techniques depuis 1901, c'est vrai. Mais cela ne revient-il pas à empêcher, aussi, d'aller toujours plus loin et que l'Intelligence Artificielle atteigne finalement à la bêtise naturelle ?


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