Le site du parti de l'In-nocence

Humble requête en interprétation de texte

Envoyé par Rémi Pellet 
Les membres de la Compagnie pourraient-ils m'aider à interpréter quelques passages du discours de Baix ?

Celui-ci d'abord :

L’histoire du remplacisme global "remonte au moins à la Révolution industrielle, avec une très nette accélération au début du XXe s. sous l’impulsion de Frederick W. Taylor. Le chaînon manquant de ce récit tragique est Henry Ford, taylorien fervent, antisémite passionné, pronazi convaincu et dont Hitler avait la photographie dans son bureau. L’holocauste doit autant aux Principles of Scientific Management qu’à Mein Kampf. Ajoutons, au risque d’aggraver notre cas (mais c’est ma devise : J’aggrave mon cas), que sans Heidegger rien de tout cela n’est intelligible — comme il est arrivé souvent, le plus compromis est le plus explicite.

Je le comprends ainsi :
- le remplacisme global a partie liée avec la Révolution industrielle et spécialement avec les principes de Taylor
- Ford était anti-sémite et il mit en oeuvre les principes de Taylor
- La machine de l'holocauste appliqua elle aussi les principes de Taylor
- pour Heidegger, qui fut membre du parti nazi, et donc particulièrement bien informé sur le sujet, les procédés de la machine de l'holocauste, dont ceux de Taylor, sont employés dans l'ensemble du système industriel

Je me pose les questions suivantes :

1° Que prouve le fait que Ford ait été anti-sémite ? Fallait-il être nécessairement anti-sémite pour mettre en application les principes de Taylor ? Il me semble que non. Des industriels juifs n'auraient-ils pu recourir à ces principes ? On pourrait considérer que l'anti-sémitisme est sans rapport aucun avec le taylorisme, sauf preuve du contraire mais que je n'entrevois pas du tout...

2° Les artisans de la "Solution finale" ont appliqué des "techniques industrielles". Mais il y eut aussi une "Shoah" par balle qui n'avait rien de "taylorien". Et les techniques industrielles n'étaient pas nécessaires à la réalisation d'un génocide de masse comme le prouve le génocide de 1,5 millions d'Arméniens par les Turcs, en peu de temps. Donc, le "taylorisme" était une technique disponible mais elle n'était pas la condition nécessaire à la réalisation de la Shoah. D'ailleurs, que la Shoah ait été "industrielle", certainement, mais en quoi était-elle spécifiquement "taylorienne" ?

3° Pour Heidegger, l’industrie actuelle serait héritière de l'industrie de mort (pour faire court...) ; reprenant ce thème, Renaud Camus écrit (cf. la citation sur un autre fil) que "Les boîtes à hommes des mégapoles sont les héritières des châlits d’Auschwitz". Mais les châlits de Tokyo servent à loger et donc à protéger une population de plus en plus nombreuse alors que ceux d'Auschwitz servaient à l'extermination des juifs. Donc, quel rapport entre les deux utilisations des châlits ? La "technique" du châlit n'induit pas nécessairement un processus de des-humanisation. Si ?...
« Mais les châlits de Tokyo servent à loger et donc à protéger une population de plus en plus nombreuse alors que ceux d'Auschwitz servaient à l'extermination des juifs. Donc, quel rapport entre les deux utilisations des châlits ? »

Le rapport, comme souvent, c'est l'étymologie. Tripalium, à la fois “instrument de torture” et “travail”. Les châlits d'Auschwitz pour les suppliciés, ceux de Tokyo pour les travailleurs pauvres.

Pour le reste, comme vous, je reste perplexe face à ces filiations supposées.
Le rapport, comme souvent, c'est l'étymologie. Tripalium, à la fois “instrument de torture” et “travail

Pardonnez-moi, mais cette étymologie est contestée avec de très bons arguments :

[www.persee.fr]

[www.persee.fr]

Le mot travail est lié à l'idée de changement d'état, de lieu
Ah. Dommage. J'aimais bien cette parenté, qui m'a toujours parue l'une des plus justes qui fût.

Mais pour revenir aux histoires d'hommes en boîtes, cet article de The Economist, intéressant dans son genre, nous apprend que ce qui a révolutionné et grandement accéléré le commerce international, c'est tout bonnement le conteneur, dont le premier prototype remonte seulement à... 1956, soit plus de dix années après la fin de la guerre.

Peut-on encore tout à fait dire, dès lors, que la logistique industrielle a “préparé” la Shoah ? Ou bien est-ce Malcom McLean, ce magnat américain et inventeur du conteneur, qui s'est inspiré d'Hitler ? Possédait-il un portrait d'Hitler dans son bureau ? Et sinon, était-il à tout le moins anti-sémite ?

(Tout le monde, sur ce forum, je crois, a entendu parler de ceci.)
Citation
Trystan Dee
(Tout le monde, sur ce forum, je crois, a entendu parler de ceci.)

Édifiant, en effet. Ceci dit, je trouve les résidences universitaires de plus en plus propres et convenables. Comparativement, s'entend, aux universités elles-mêmes. Quant aux étudiants...
« J'en avais entendu parler à la télé et je trouvais intéressant et original de vivre à l'intérieur d'un conteneur. »

On nage en plein gorafisme, comme d'habitude. Mais si l'homme a tellement envie de vivre en boîte, qui sommes-nous pour l'en empêcher ? (Et les jeunes gens qui disent « Ce soir on sort en boîte », n'était-ce pas déjà un peu suspect ?)
Mes réponses aux questionnements de Rémi Pellet :

1° Il y eut rencontre entre les vues et objectifs antisémites et génocidaires d'Hitler et le fordisme, qui fut un populisme économique. Le modèle de populisme économique fordien entrait aussi très bien dans les vues sociales du chef nazi (la Volkswagen, etc.). Non l'antisémitisme en soi, qu'il soit politique (maurassien) ou "de sang" (hitlérisme) n'a aucunement partie liée avec l'organisation industrielle efficiente telle que pensée par le Taylorisme et mis en pratique par Henry Ford. Les deux sont des aleas historiques non liés mais qui se croisèrent à ce moment du siècle en faisant que la photo du führer se retrouvât sur le bureau de l'industriel. La question demanderait à être creusée mais l'antisémitisme de Ford était probablement de nature davantage idéologique et politique, et très fortement opportuniste, que racial et génocidaire (et "pathologique") comme chez son copain germanique à moustaches; et oui, théoriquement, des industriels juifs eussent très bien pu mettre en oeuvre des méthodes de production industrielle inspirées par Taylor, je ne vois moi non plus aucune impossibilité à cela;

2° La question de la "solution finale" : non, la "Shoah par balles" n'aurait pu s'accomplir "par balles", il fallait à l'accomplissement de ce programme pan-continental une pensée stratégique et logistique à la hauteur de ce saut d'échelle. Il y fallait une industrialisation organisée, efficiente, et ordonnée à l'espace d'un continent (le IIIe Reich, à la différence des Turcs génocidaires, ambitionnait d'étendre sa domination et la loi allemande à tous les territoires occupés en Europe). Les Arméniens victimes des Turcs n'étaient pas, comme les Juifs d'Europe, distribués sur le territoire de vingt nations, ce qui posait d'emblée la question de l'acheminement et de la concentration de ces populations juives. Le transit ferroviaire, nécessairement organisé et "managé", induisit (cf, tout ce qu'on a pu dire ici de l'induction heideggerienne que produit une technique donnée s'agissant de l'avion, d'Internet et qui s'applique bien évidemment aussi à l'organisation ferroviaire des transports) un mode d'organisation industrielle de la "solution finale" : qui dit long acheminement de populations, dans un transit de masse par voie ferroviaire, dit NECESSAIREMENT (induction heideggeriene) CONCENTRATION de ces populations à des noeuds ferroviaires, où s'établiront donc des CAMPS DE CONCENTRATION. Ici, la technique, guide et accompagne la main des génocidaires. Et qui dit camps dit organisation en leur sein de la vie et de la mort, par extermination y compris par "renoncement à être" (voir la question des châlits abordée ci-dessous). Cette organisation, alors s'inspire de la production de masse (Taylor) qu'elle négativise en la retournant comme un gant en destruction de masse. Voilà en quoi la Shoah qui-n'est-pas-par-balles-parce-qu'elle-pouvait-l'être fut par nécessité "taylorienne". Au sujet du train comme instrument du pouvoir (et du mouvoir) nazi autant que bolchévique, lire les pages fascinantes d'Arthur Koestler dans son roman biographique Arrival and Departure. La pensée de Heidegger sur la technique est parfaitement pertinente à ce sujet et elle ne l'est que de plus en plus dans l'âge que nous connaissons (l'informatique comme outil de virtualisation de nos vies, etc.).

3° Les "boîtes à hommes" : à Hong-Kong on désigne ce mode d'existence par le terme "cage-man" : la personne sans domicile commence par serrer ses effets personnels dans une cage pour les protéger durant ses errances urbaines ou pendant ses heures de travail (souvent sur un chantier de construction) avant de finir par y dormir le soir.

"Servir à loger et à protéger" était je crois le terme employé par les nazis et leurs propagandistes parisiens de Radio Paris pour, justement, présenter aux publics les camps de concentration où on entassait les déportés. Les juifs, disait-on, était mieux là que dans le ghetto... Oui, le châlit est bien un outil génocidaire, car tout génocide ne se caractérise pas nécessairement par de grandes effusions de sang : tout dispositif qui induit un renoncement à être est génocidaire et le châlit qui induit un renoncement à avoir des enfants, fonder une famille, etc. entre dans cette catégorie d'outil de génocide, comme l'alcoolisation (Amérindiens) ou plus proche de chez nous la consommation de crack ou de cannabis qui amoindrit la volonté et les capacités cognitives. Et, si, la technique du châlit induit bel et bien un processus de déshumanisation.
Il me semble, chers amis, qu'il faut veiller à rester exacts. Les châlits d'Auschwitz étaient occupés par les déportés sélectionnés pour le travail, environ 60.000 à un instant donné, avec une espérance de vie très courte, certes (quelques mois en moyenne, au bout desquels on mourait d'épuisement, de sous-alimentation, de maladies, ou dans les chambres à gaz où étaient envoyés les “musulmans”, c'est-à-dire les résignés à la mort), mais c'est parmi eux que se sont trouvés les survivants. Le caractère industriel, taylorien si l'on veut, de la mise à mort se passe des châlits : les sélectionnés pour la chambre à gaz à l'arrivée (proportion très variable mais en général la majorité) d'Auschwitz et de Majdanek, et la totalité de ceux qui étaient acheminés à Treblinka, Sobibor, Chelmno, et Belzec (sauf quelques dizaines de temps en temps quand il s'agissait de renouveler les “Sonder” après exécution des précédents) étaient directement envoyés dans les usines de la mort, et c'est ce processus-là, qui n'est pas toute la machine de destruction mais qui en constitue la partie emblématique, qui mérite l'appellation de génocide industriel, et les camps l'appellation de camps d'extermination et non de concentration, Auschwitz et Majdanek étant des camps mixtes). Quant au travail forcé (avec repos sur châlits), il n'est pas destruction industrielle mais préfigure de façon outrancière, caricaturale et même tragiquement grotesque, la déshumanisation des travailleurs taylorisés, d'autant qu'il n'était pas rare qu'on leur ait fait accomplir des tâches aussi inutiles qu'épuisantes.

Ce que le taylorisme a de spécifique par rapport au procès du travail industriel tel que Marx le décrit et l'analyse dans Le Capital, c'est la systématisation du travail à la chaîne (c'est le produit qui se déplace, pas l'ouvrier) avec spécialisation à outrance : parfois un seul geste indéfiniment répété à une cadence réglée par le mouvement de la chaîne et déterminée au préalable par chronométrage. Il y a là, en effet, quelque chose de fondamentalement incompatible avec la dignité du travailleur réduit à une sorte de machine, et qui, en cela est profondément incompatible avec le judaïsme — mais avec le christianisme, qui en est issu, tout autant. S'il y a un lien entre taylorisme et antisémitisme autre que le hasard des opinions personnelles de M. Ford, c'est là qu'il réside probablement.

Autre chose, mais liée à la précédente par le considérable abaissement des coûts de production que la taylorisation entraîne) est l'idée de Ford de vendre ses voitures à ceux qui les fabriquent. La MHI, qui vit dans les châlits modernes, qui sont aux châlits des camps de concentration (de travail, donc) ce que le travail à Dora est à celui de la chaîne taylorienne, c'est-à-dire une version douce de la même chose, alimente le monstre en le finançant par ses achats.

Ça se tient.
1./ L'anti-sémitisme d'Henri Ford s'inscrivait dans la tradition de l'anti-judaïsme chrétien, catholique ou protestant ; il était très répandu dans l'élite intellectuelle américaine de l'entre-deux guerres, comme le souligne bien l'ouvrage de Paul Morand, New-York, publié en 1930 à la suite de son voyage en 1927. Rien donc de spécifique au taylorisme, au mode de production industriel, à l'athéisme nazi. Morand lui-même, dans sa description de New-York, est d'un anti-sémitisme très "fordiste" alors qu'il n'est pas du tout "taylorien".

2./ Le fait de faire acheter aux ouvriers ce qui est vendu dans leur entreprise fut une pratique patronale bien antérieure à Ford, les ouvriers s'endettant auprès de leurs patrons. C'était notamment le cas des mineurs.

3./ Vous confirmez que les châlits des camps de concentration étaient en fait l'équivalent des châlits des négriers : les bagnes, les différentes formes d'esclavage qui utilisaient ce type de châlits précédaient bien évidemment ceux des nazis ; si l'on veut donc absolument trouver l'origine des "boîtes à hommes des mégapoles", il faut remonter au-delà du nazisme.

Rien ne tient.
» pour Heidegger, qui fut membre du parti nazi, et donc particulièrement bien informé sur le sujet, les procédés de la machine de l'holocauste, dont ceux de Taylor, sont employés dans l'ensemble du système industriel

Cher Rémi Pellet, je crois que ce que veut dire ce passage que vous citez est pourtant simple : le taylorisme, le fordisme et le nazisme, dans son entreprise génocidaire planifiée comme production de mort en masse, relèvent d'un même principe dont a tenté de rendre compte Heidegger : l'essence de la technique moderne.
Il ne reste plus qu'à s'enquérir de ce qui constitue la singularité de la technique moderne selon cet auteur, et le tour est joué.
Soit dit en passant, ce n'est pas parce que Heidegger "fut membre du parti parti nazi qu'il était particulièrement bien informé sur les procédés de la machine de l’holocauste", tout de même, vous allez vite en besogne...
Cher Alain Eytan, il m'arrive de vouloir faire court pour aller vite, au risque de paraître plus c... encore que je ne le suis, parce que le sujet ne me paraît pas important. Je me suis "collé" Heidegger, en français certes, pour faire comme à peu près tout le monde et j'ai récité la leçon moi aussi, jusqu'à ce qu'un jour un de mes maîtres ne m'envoie une sentence définitive : "On n'a jamais pédalé si vite que sur un vélo sans chaîne". Depuis lors, j'essaie de ne plus me satisfaire des raisonnements pompeux et abstraits : je cherche ce qu'ils signifient concrètement. Vous devriez essayer, on a parfois des surprises.

A part ça, votre objection n'en est pas une. On avait tous compris je crois qu'était posé le postulat d'une essence commune au taylorisme, fordisme, nazisme. Nous cherchions à savoir ce qu'était précisément la "singularité de la technique moderne", sachant que Renaud Camus nous donnait les châlits comme un exemple du mode d'être de cette singularité qui perdure, Francis Marche le train, Marcel Meyer le chronométrage, etc.

Et le paragraphe du discours de Baix dont je suis parti n'est pas le plus acrobatique. Il y a l'autre, sur Macron le financier post-industriel, héritier... de la révolution industrielle... Mais n'anticipons pas.
Pour savoir en quoi consiste l'essence de la technique moderne, je crains qu'il vous faudra vous "recoller" Heidegger, car ce n'est que là que se trouve la réponse, s'il y en a une.
Une chose est de s'enquérir du sens de cet extrait de Renaud Camus — qui ne fait rien d'autre en l'occurrence que se référer à Heidegger pour avoir la clé du principe commun entre ces trois formes de mise en œuvre de la "technique" dans ce sens —, une autre est de savoir si Heidegger avait raison dans ses développements, et si son discours sur ce sujet pourrait avoir une signification assez "concrète" pour vous satisfaire.
Il m'avait semblé que vous vouliez avoir la réponse à cette dernière question en ne cherchant des poux que dans la tête de Camus, qui faisait référence à Heidegger, sans passer du tout par la case Heidegger, ce qui me semble, hélas, impossible.
Pour ma part, je ne cherche des poux à personne, ni à les gazer, j'essaie de comprendre ce que je lis.

J'ai voulu plaisanter en vous parlant du vélo sans chaîne mais, si vous préférez, je vous dirai que comme juriste j'ai pour méthode de vérifier les faits et les textes. Je n'ai pas pour modèle les magistrats de la XVIIè chambre mais les jurys de thèse ou d'agrégation de droit.

Certes, vous pourrez toujours me qualifier de post-littéraire mais je vais continuer à croire que les collages de textes et de faits, les analogies, ne sont pas des preuves et n'ont jamais été considérées comme telles aux temps encore "littéraires".

Il me semble que les questions que je posais sur la liaison entre l'antisémitisme de Ford et son taylorisme, entre ce taylorisme et la Shoah, entre les châlits d'Auschwitz et ceux de Tokyo, etc. appellent des réponses historiques précises vérifiables. Le reste est littérature (de gare).
Sur Heidegger et la technique, il faut peut-être lire Levinas, notamment "Heidegger, Gagarin et nous". Il me semble que Levinas est parvenu à penser avec Heidegger, et contre lui. Si l'on en croit Levinas, la critique heideggerienne de l'arraisonnement de l'être à la technique est plus païenne que juive. Cela dit, je vois bien ce qu'il peut y avoir de contraire à l'éthique de Levinas dans le taylorisme, évidemment.
Autre paragraphe :

Le remplacisme, cet économisme à tout crin, ce financiarisme exacerbé, est au-delà de la politique, il n’en veut plus. À travers lui la finance hors sol prend directement en main la gestion du parc humain, la production de la MHI, en neutralisant la caste politique, ce que Raymond Barre appelait jadis le microcosme. Je nomme ce système la davocratie directe, le gouvernement direct par Davos, par la banque, par les grands argentiers. Le macronisme a renvoyé dans leurs foyers la plupart des principales figures de la vie politique française depuis trente ans, les Sarkozy, les Juppé, les Fillon, les Hollande, les Bayrou, les Cambadélis, oserais-je dire les Marine Le Pen ? Il a réduit l’Assemblée nationale à l’état de chambre d’enregistrement, peuplé d’élus de hasards, qui lui doivent tout et ne risquent pas de lui faire de l’ombre. Il a accouché d’un gouvernement de second rôles, de transfuges et d’emplois symboliques, comme au théâtre, tirés de sa manche. Mais surtout, surtout, il a fait éclater les trois grands partis dont on pouvait penser il y a un an qu’ils tenaient entre leurss mains les destinées de notre pays. Parti socialiste, Les Républicains, Front national, ces trois mouvements ont éclaté ou paraissent à la veille de le faire ; à tout le moins ils paraissent désarçonnés et sonnés.

1° Macron a été banquier chez Rothschild... mais c'était déjà le cas de Pompidou qui fut Premier ministre puis Président de la République ; le rôle des banques et des grandes entreprises privées dans le financement des partis de droite au beau temps du gaullisme, du pompidolisme et du giscardisme n'est pas discutable ;

2. Macron veut "territorialiser" la finance européenne, il veut créer une union budgétaire de la zone euro, soit donc précisément le contraire du "hors-sol" et de ce que veulent les banquiers anglo-saxons, ceux de Davos, ceux de la City !. [fr.reuters.com]

3. L'Assemblée nationale réduite à l'état de chambre d'enregistrement ? Mais c'était le cas avec le "Parti des godillots" qui soutenait de Gaulle ;

4. "surtout, surtout, il a fait éclater les trois grands partis " : mais en quoi est-il responsable des faiblesses de ses concurrents ?

Il a fait une offre politique "centriste" et il est parvenu à détacher les "modérés" des deux partis concurrents, totalement épuisés par la faillite des deux quinquennats précédents. Et il y est arrivé sans accord d'appareil parce qu'il a bénéficié du scrutin majoritaire à deux tours.

5. Macron "prend directement en main la gestion du parc humain, la production de la Matière Humaine Indifférenciée", en neutralisant la caste politique" : pour moi, cette phrase est folle.

Au passage, à propos du "parc humain", c'est Macron qui vient d'obtenir une réforme du droit de la mobilité des travailleurs en Europe afin d'éviter le dumping ! [www.lemonde.fr] Certes la réforme est limitée mais elle va dans le sens contraire de "l'indifférenciation" puisque les entreprises devront respecter les règles du pays d'accueil (là encore, "territorialisation", le contraire du hors-sol)

6. C'est Marine Le Pen, avec son projet anti-européen complètement aberrant, qui a servi de faire-valoir à Macron comme Jean-Marie Le Pen, par son anti-sémitisme, a définitivement compromis la la lutte contre l'immigration de masse.

A part ça, oui, Renaud Camus a entièrement raison de dénoncer les complaisances de Macron pour le "multiculturalisme" même si elles ne sont pas aussi graves que celles de Justin Trudeau.
Bien cher Rémi,

Pour vous aider dans votre quête du Sens (du Sens Complexe du discours de Baix) voici quelques considérations de fait.

Le système de production industrielle hitlérienne avait bien sûr un aspect "fordiste" (si tant est que le mot ait un sens, Renaud Camus utilise peut-être Ford de la même façon qu'Huxley, "Ford's in his flivver; all's well with the world"), mais guère plus que les autres économies occidentales.

Sa caractéristique majeure était en revanche l'extrême planification incarnée notamment par la Dehomag (goût des nazis pour les acronymes) et personnifiée par Fritz Todt. Cela n'a strictement rien à voir avec le fordisme et le taylorisme qui ne sont que des optimisations des tâches et des outils pour la meilleure extraction de la plus-value et qui sont de vingt ans antérieurs.

Le productivisme, de fait, était bien plus répandu aux Etats-unis et en Grande-Bretagne qu'en Allemagne, tout simplement parce que ces deux pays avaient une logique ultra-capitaliste : on ne peut ré-écrire l'histoire mais il n'est pas certain que le système dit "Konzern" aurait été moins efficace en Allemagne.

D'un autre côté, le productivisme permit par exemple au Royaume-uni de bâtir une industrie aéronautique qui, dès l'été 1940, tient tête à l'industrie allemande, à la suite du magnifique effort de réarmement britannique.

Le productivisme trouve surtout une formidable illustration dans ce discours :

Nine days ago I announced the setting up of a more effective organization to direct our gigantic efforts to increase the production of munitions. The appropriation of vast sums of money and a well-coordinated executive direction of our defense efforts are not in themselves enough. Guns, planes, ships and many other things have to be built in the factories and the arsenals of America. They have to be produced by workers and managers and engineers with the aid of machines which in turn have to be built by hundreds of thousands of workers throughout the land. In this great work there has been splendid cooperation between the government and industry and labor. And I am very thankful.

American industrial genius, unmatched throughout all the world in the solution of production problems, has been called upon to bring its resources and its talents into action. Manufacturers of watches, of farm implements, of Linotypes and cash registers and automobiles, and sewing machines and lawn mowers and locomotives, are now making fuses and bomb packing crates and telescope mounts and shells and pistols and tanks...

We must be the great arsenal of democracy.

For us this is an emergency as serious as war itself. We must apply ourselves to our task with the same resolution, the same sense of urgency, the same spirit of patriotism and sacrifice as we would show were we at war.


Franklin Delano Roosevelt, prononcé le 29 décembre 1940.

Le productivisme (et donc le fordisme) fut un des outils qui permit d'abattre les nazis, c'est peu contestable.

Venons-en à la Shoah.

Elle avait un but, l'élimination physique, la destruction, l'annihilation de personnes. Cela est certain. Penser qu'elle avait quelque chose à voir avec le fordisme est pour le moins étrange : elle fait penser plutôt à un pitbull furieux qui, assoiffé de sang, tue et déchire de toutes les façons possibles. Ici, on ravage les "Terres de sang" par de petits groupes besogneux qui fusillent cent juifs d'un côté, deux cents de l'autre, plus d'un million en tout, groupes largement composés de "de souches" des pays en cause (on doit reconnaître ce mérite à Staline d'en avoir pendu un grand nombre à la fin de la guerre). Là, on fusille en masse, comme à Kiev. Puis on enferme dans des ghettos et on fait mourir de faim ou de maladies. Ailleurs on enferme dans des camions et on asphyxie. Là, on fait travailler jusqu'à épuisement. On enferme à Auschwitz et on gaze. Enfin on fait marcher jusqu'à la mort. Il n'y a là dedans rien d'industriel, il y a une haine rabide multiforme, aidée certes par un appareil de police, de transport, de garde, de destruction.

Les nazis en ce domaine se comportaient comme des chiens enragés, souvent aux dépens de leurs autres buts de guerre (la chasse aux juifs est par exemple l'une des causes de l'affaiblissement de leur position en France occupée, les archives abondent montrant les plaintes de l'organisation Todt, de l'Empire d'Otto qui voit la production au profit de l'Allemagne baisser et l'opinion publique se braquer, voir aussi les commentaires de Déat sur l'état d'esprit de ses anciens électeurs Ardéchois).

Un passage d'une précision glacée est celui du livre "Executioner Pierrepoint" lorsqu' Albert Pierrepoint pend en quelques minutes les treize bourreaux de Belsen, dont Irma Grese qui coupait les seins des juives pour ensuite se masturber en regardant les progrès des infections ou Juana Bormann qui lançait ses chiens sur les juifs. Industriel, dites-vous ? fordisme que cela ? non, des salauds et des salopes, cela fait bien SS.

Voilà, bien cher Rémi, pour les faits.

Maintenant, l'interprétation.

Dans l'exorde comminatoire du "De Signis", Cicéron écrit :

Venio nunc ad istius, quemadmodum ipse appellat, studium ; ut amici eius, morbum et insaniam ; ut Siculi, latrocinium ; ego quo nomine appellem, nescio ; rem uobis proponam : uos eam suo, non nominis pondere penditote.

Venons-en maintenant au rapport de Renaud Camus à la Shoah entre les "tweets" et autres "Discours de Baix". Remplacez "ipse" par Renaud Camus, "studium" par son goût pour le paradoxe et une certaine forme de provocation et de défense à tout crin de sa liberté d'expression, "amici eius" par Finkielkraut, "Siculi" par le plus grand nombre et pour "morbum et insaniam" et plus loin "latrocinium" faites-vous une idée, vous ne serrez pas loin du compte. Les faits, quant à eux, parlent d'eux même.

Renaud Camus fut un grand écrivain, souhaitons-lui de le redevenir, de se reprendre, d'abandonner ce terrain de la Shoah (en s'excusant de ces deux tweets qui ne sont peut être pas délictuels mais assurément odieux à beaucoup, dont Finkielkraut) et plus largement de la politique, et d'éviter que celui qui peut être Cicéron ne finisse Verrès.
Pour reprendre la métaphore du vélo, on pourrait également dire que chercher une réponse à une question là où celle-là ne se trouve pas, c'est tout autant faire du surplace, et se démener beaucoup en vain.
Je veux bien qu'on mette en regard textes et faits, mais encore faut-il pour cela disposer au préalable du texte à examiner, sans quoi les faits ne servent à rien : quel est-il, ce texte, sinon les thèses de Heidegger sur l'essence de la technique ? Or à aucun moment dans ce débat vous n’avez parlé de cela, me semble-t-il, de ce en quoi réside l'"essence de la technique" pour cet auteur, et pourquoi et comment elle pourrait rendre compte des phénomènes dont nous parlons.
En un mot : impossible de faire l'impasse sur la philosophie en question, si l'on veut savoir ce que vaut cette philosophie comme modèle éventuellement explicatif.
Avis donc aux "heideggeriens" patentés (que je ne suis pas du tout), s’ils s’en sentent l’envie...

(Je vois que Bruno Chaouat a entretemps évoqué l'"arraisonnement de l'être"... Je me hasarderais pour ma part à parler avant tout d'un processus de dévoilement brutal, forcé et systématique de l'étant, à seule fin strictement utilitaire de s'en constituer une réserve de "biens" perpétuellement disponibles et donc essentiellement remplaçables.)
"Dévoilement brutal... de l'Eytan"...

Seriez-vous lacanien, bien cher Alain ?
Il me paraît que la question est, plus encore que celle de l'arraisonnement, celle du déracinement. Or, comme disait Levinas dans sa réponse à Heidegger, "l'homme n'est pas un arbre". L'homme se déracine volontiers, la transhumance est humaine, trop humaine...
Bien cher Bruno,

En même temps, l'Homme cherche des racines, n'est-ce pas Benny Levy qui disait (de mémoire) ceci : "Seule la pierre de Jérusalem m'apaise" ?
» Un passage d'une précision glacée est celui du livre "Executioner Pierrepoint" lorsqu' Albert Pierrepoint pend en quelques minutes les treize bourreaux de Belsen, dont Irma Grese qui coupait les seins des juives pour ensuite se masturber en regardant les progrès des infections ou Juana Bormann qui lançait ses chiens sur les juifs. Industriel, dites-vous ? fordisme que cela ? non, des salauds et des salopes, cela fait bien SS.

Je crains qu'il ne faille sérieusement envisager l'hypothèse que les principaux artisans de l'entreprise génocidaire nazie ne furent pas des chiens enragés ou des fous furieux, mais bien "d"honnêtes gens" sincèrement convaincus de la justesse de leur cause, cher Jean-Marc.
Le modèle en est pour moi Ohlendorf, homme d'ailleurs absolument brillant, qui voulait que les massacres par balle se passassent aussi humainement que possible.
Assurément. On ne peut pas non plus demeurer à passer, comme disait Lyotard.
Réponse à Alain Eytan

Dans le discours de Braix, Heidegger n'est pas cité ; c'est moi qui l'ait évoqué ensuite dans le débat avant de m'apercevoir qu'il était cité par Renaud Camus dans la page de son Journal qui "répondait" en quelque sorte à Finkielkrault

J'ai proposé ensuite de ne pas nous préoccuper de la thèse d'Heidegger mais seulement des faits qui sont présentés dans le discours de Braix comme formant une grande chaîne historique et logique : Révolution industrielle-Taylor-Ford-Hitler-Auschwitz-Grand-Remplacement-Macron-Davos

Consentiriez-vous à une parenthèse philosophique pour considérer l'un après l'autre les différents éléments du raisonnement ?

Par ex. que prouve l'anti-sémitisme de Ford ? Francis Marche a donné son avis sur le sujet. Pourrions-nous connaitre le vôtre ?

Vous écrivez : [[i]Le modèle en est pour moi Ohlendorf, homme d'ailleurs absolument brillant, qui voulait que les massacres par balle se passassent aussi humainement que possible"[/i]. Soit, mais aucun rapport avec le fordisme, non ?

Réponse à Jean-Marc du Masnau

Votre présentation des faits historiques me paraît parfaitement exacte
Cher Alain,

Le cas d'Ohlendorf est effectivement intéressant mais est, de mon point de vue, plutôt un contre exemple.

Entendons-nous : je ne nie pas que bien des intellectuels allemands brillants et "honnêtes" aient été des antisémites agressifs (voir les travaux de Weinreich sur les "Professeurs d'Hitler3) et ce dans l'héritage de l'idéologie voelkisch. Cela étant (Lacan, sors de ce corps) ces personnes ne franchirent pas, en général, le pas de l'extermination.

La thèse la plus courante est la bien connue "Banalité du mal" qui n'évoque pas spécialement la volerie des aigles, pour me référer aux symboles nazis.

Dans la catégorie des bêtes féroces de haut vol, considérez le couple Himmler - Heydrich : le second était un vrai psychopathe, le premier tenta de tourner sa veste. Sepp Dietrich, qui n'était pas un intellectuel et qui s'opposa toujours à l'extermination des juifs le nommait fort justement "Reichsheini", l'abruti du Reich.

Une petite blague de ce temps là, à Berlin, le peuple racontait : "Nos hauts fonctionnaires ont trois qualités. Ils sont intelligents, honnêtes et nazis. Malheureusement, ils n'ont pas ces qualités en même temps. Ceux qui sont honnêtes et intelligents ne sont pas nazis, ce qui sont honnêtes et nazis ne sont pas intelligents et ceux qui sont nazis et intelligents ne sont pas honnêtes".
Cher Alain,

Un extrait de l'interrogatoire d'Ohlendorf (qui se savait condamné d'avance). On ne peut pas parler de franche adhésion à ces massacres, plutôt d'obéissance aux ordres.

OHLENDORF: I led the Einsatzgruppe, and therefore I had the task of seeing how the Einsatzkommandos executed the orders received.

HERR BABEL: But did you have no scruples in regard to the execution of these orders?

OHLENDORF: Yes, of course.

HERR BABEL: And how is it that they were carried out regardless of these scruples?

OHLENDORF: Because to me it is inconceivable that a subordinate leader should not carry out orders given by the leaders of the state.

HERR BABEL: This is your opinion. But this must have been not only your point of view but also the point of view of the majority of the people involved. Didn't some of the men appointed to execute these orders ask you to be relieved of such tasks?

OHLENDORF: I cannot remember any one concrete case. I excluded some whom I did not consider emotionally suitable for executing these tasks and I sent some of them home.

HERR BABEL: Was the legality of the orders explained to those people under false pretenses?

OHLENDORF: I do not understand your question; since the order was issued by the superior authorities, the question of legality could not arise in the minds of these individuals, for they had sworn obedience to the people who had issued the orders.

HERR BABEL: Could any individual expect to succeed in evading the execution of these orders?

OHLENDORF: No, the result would have been a court martial with a corresponding sentence.
» J'ai proposé ensuite de ne pas nous préoccuper de la thèse d'Heidegger mais seulement des faits qui sont présentés dans le discours de Braix comme faisant une grande chaîne historique et logique : Révolution industrielle-Taylor-Ford-Hitler-Auschwitz-Grand-Remplacement-Macron-Davos

Consentiriez-vous à une parenthèse philosophique pour considérer successivement l'un après l'autre les différents éléments du raisonnement ?


Non, parce que ce qui constitue la "chaîne logique" reliant ces faits et leur donnant sens les uns par rapport aux autres est précisément ce que vous mettez entre parenthèses, à savoir l'argumentation de Heidegger concernant la technique : dans le discours de Renaud Camus, ces faits ne peuvent être reliés entre eux que par l'intelligence des thèses de Heidegger, et ces faits procèdent d'une même logique à l'œuvre, celle que prétend expliciter la conception de la technique de celui-ci.
Autrement dit, il n'y a en l'occurrence aucune logique possible sans cette conception particulière de la technique, donc pas de raisonnement, et sans logique ni raisonnement, les faits en eux-mêmes ne veulent rien dire de tout.
Impossible donc de faire abstraction de Heidegger si l'on veut comprendre comment et pourquoi ces fait sont reliés entre eux, c'est pourtant simple...
Logique ? Raisonnement ? Vous trouvez cela heideggérien, cher Alain ?
Heidegger, la preuve par l'étymologie. En fait de raisonnement et d'argumentation logique, on fait mieux.
Alain et Bruno ,

Je ne suis qu'un connaisseur très faible d'Heidegger, pardonnez-moi si je dis des bêtises.

Il me semble que le Gestell n'a que peu de rapport avec le fordisme. Je crois qu'on fait souvent une confusion entre techné et technique puis entre technique et technologie. Je vais essayer d'être plus clair : l'invention de l'électricité qu'on peut mettre en oeuvre (dévoiler) par un interrupteur est de ce domaine du dévoilement. Le passage de la lampe à filament au modèle actuel ne dévoile rien, c'est un simple processus technologique d'amélioration. L'invention de la machine à vapeur puis du moteur à explosion (on arraisonne le charbon, le pétrole...) sont une chose. L'évolution de la machine à vapeur vers la prius hybride est de la technologie. Le passage de l'atelier d'artisan à l'usine est là encore un dévoilement (on arraisonne le corps), le fordisme n'est guère qu'une amélioration de cet arraisonnement.

En revanche, l'exemple que je citais, celui de la Dehomag, est un réel dévoilement.
Il est intéressant de remarquer que le post-heideggérianisme nourrit une critique "point Godwin" de la modernité, à l'extrême gauche (Agamben : "le camp de concentration comme nomos de la modernité") comme à l'extrême droite. A l'extrême gauche, c'est pour dénoncer le traitement répressif des réfugiés et des immigrés, à l'extrême droite, pour condamner la dilution des identités culturelles et nationales sous l'effet de l'immigration de peuplement.
"le camp de concentration comme nomos de la modernité"

Nomos et camp de concentration dans la même phrase, il fallait y penser... (pour les non-hellénistes, Nomos est la torah en grec).
@Alain Eytan

Assurément, c'est la logique générale, heideggerienne en l'espèce, qui conduit à prendre en compte certains faits et pas d'autres mais rien n'empêche d'observer ceux qu'elle laisse de coté, de critiquer cette sélection. Ces faits délaissés ne disparaissent pas parce que la théorie générale ne les a pas retenus.

Exemple : Ford était antisémite ... mais c'était également le cas de la plupart des non-juifs de son milieu à son époque ; les nazis ont mis en oeuvre des procédés industriels mais les communistes aussi bien ; Macron est banquier mais... il veut une réforme qui est contraire aux intérêts des banques ; la finance hors sol n'a strictement rien de taylorien ; elle a des intérêts contraires aux entreprises industrielles ; etc.
Cher Bruno, ce qui me semble surtout n'être pas très heideggerien, c'est parler d"'arraisonnement de l'être", car la première chose à ne jamais perdre de vue, s'agissant du personnage, c'est la distinction entre l'être et l'étant, sans quoi on risque de s'emmêler irrémédiablement les pinceaux.
Pour ce qui est du raisonnement, je ne doute pas pour ma part que Heidegger était également un très fin raisonneur, et que de toute façon il était doté d'une formidable puissance intellectuelle qui rend sa pensée souvent captivante, quoi qu'on en pense par ailleurs, mais ce n'est que mon avis...
Merci de me corriger cher Alain Eytan. Oui, avec Heidegger, il vaut mieux ne pas s'emmêler les pinceaux. Par exemple, "arraisonnement" n'est qu'une méchante traduction pour Gestell, mais Gestell, ce n'est en fait pas vraiment Gestell, c'est plutôt Ge-Stell, etc; etc. Evidemment, Heidegger eut une pensée puissante, mais qui, par essence même, ne s'inscrit pas dans la tradition de la philosophie et du raisonnement logique. Disons qu'il fut le fondateur d'une religion sans Dieu, et l'auteur d'une nouvelle gnose. Ce n'est déjà pas si mal.
Cher Rémi,

Votre citation :

À travers lui la finance hors sol prend directement en main la gestion du parc humain, la production de la MHI, en neutralisant la caste politique, ce que Raymond Barre appelait jadis le microcosme. Je nomme ce système la davocratie directe, le gouvernement direct par Davos, par la banque, par les grands argentiers. Le macronisme a renvoyé dans leurs foyers la plupart des principales figures de la vie politique française depuis trente ans, les Sarkozy, les Juppé, les Fillon, les Hollande, les Bayrou, les Cambadélis, oserais-je dire les Marine Le Pen ? Il a réduit l’Assemblée nationale à l’état de chambre d’enregistrement, peuplé d’élus de hasards, qui lui doivent tout et ne risquent pas de lui faire de l’ombre. Il a accouché d’un gouvernement de second rôles, de transfuges et d’emplois symboliques, comme au théâtre, tirés de sa manche. Mais surtout, surtout, il a fait éclater les trois grands partis dont on pouvait penser il y a un an qu’ils tenaient entre leurss mains les destinées de notre pays. Parti socialiste, Les Républicains, Front national, ces trois mouvements ont éclaté ou paraissent à la veille de le faire ; à tout le moins ils paraissent désarçonnés et sonnés.

Pourrait être ainsi reprise :

À travers lui la finance hors sol prend directement en main la gestion du parc humain, la production de la MHI, en neutralisant la caste politique, ce que son premier ministre Raymond Barre appelle justement le microcosme.Je nomme ce système la davocratie directe, le gouvernement direct par Davos, par la banque, par les grands argentiers. Le giscardisme a renvoyé dans leurs foyers la plupart des principales figures de la vie politique française depuis trente ans, les de Gaulle, les Chaban, les Mitterrand, les Lecanuet, les Messmer, oserais-je dire les Tixier-Vignacourt ? Il a réduit l’Assemblée nationale à l’état de chambre d’enregistrement, peuplé d’élus de hasards, qui lui doivent tout et ne risquent pas de lui faire de l’ombre. Il a accouché d’un gouvernement de second rôles comme les Haby, de transfuges comme les Chirac et d’emplois symboliques comme JJSS, comme au théâtre, tirés de sa manche. Mais surtout, surtout, il a fait éclater les deux grands partis dont on pouvait penser il y a un an qu’ils tenaient entre leurs mains les destinées de notre pays. Parti socialiste,UDR ces deux mouvements ont éclaté ou paraissent à la veille de le faire ; à tout le moins ils paraissent désarçonnés et sonnés.

Comment l'infâme de Chamalières, aussi centriste et aussi financier que Macron, peut-il être si en cour et Macron si mal vu ? le père de l'UDF serait-il différent de celui d' En Marche ?
Jean-Marc, speaking of Lacan, c'est un sacré retour du refoulé, et en force : heureux de vous retrouver !
Sur ce je vais dîner, ces questions brûlantes attendront demain...
Cher Jean-Marc, pour rendre justice à Agamben, son "nomos" est emprunté à Schmitt, plutôt qu'il ne renvoie à la traduction grecque de la Loi. Enfin, Schmitt, là encore, on fait mieux quand on se dit anti-fasciste. Mais ce sont les complicités objectives des idéologues de l'anti-libéralisme.
Cher Jean-Marc du Masnau

non, je ne vous suivrai pas complètement : le projet des deux hommes est en effet le même, "gouverner avec les modérés des deux côtés" mais Macron a réussi là où Giscard avait échoué.

D'autre part, VGE avait tenté d'éviter le regroupement familial mais il s'est heurté à l'alliance de toutes les églises, de la gauche, des gaullistes de gauche et des chiraquiens, du Conseil d'Etat etc.

C'est à ce moment-là que tout s'est joué. Si Giscard avait gagné, il n'y aurait pas de GR et Renaud Camus continuerait à voter à gauche.
Rémi :

Le choix de M. Barre est-il si différent de celui de M. Philippe ?

Voici le liste des "non politiques de premier plan" du premier Gouvernement de l'aire Giscard (transfuge Chirac)



Ministre de la Défense : Jacques Soufflet (lieutenant-colonel, Compagnon de la Libération)
Ministre des Réformes : Jean-Jacques Servan-Schreiber (Turlupin)
Ministre des Affaires étrangères : Jean Sauvagnargues (diplomate)
Ministre de l'Éducation nationale : René Haby (recteur)
Ministre de la Santé : Simone Veil (magistrate)
Secrétaire d’État à la Culture : Michel Guy (apolitique)

Secrétaire d’État aux Départements et territoires d’outre-mer : Olivier Stirn (andouille de Vire)

Secrétaire d’État auprès du Premier ministre (Fonction publique) : Roger Poudonson (illustre inconnu)
Secrétaire d’État auprès du Premier ministre (Formation professionnelle) : Paul Granet (illustre inconnu)

Secrétaire d’État auprès du garde des sceaux, ministre de la Justice (condition pénitentiaire): Hélène Dorlhac
Secrétaire d’État auprès du ministre des Affaires étrangères : Bernard Destremau (illustre inconnu)

Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation (Enseignement préscolaire) : Annie Lesur (illustre inconnu)

Secrétaire d’État auprès du ministre de la Qualité de la vie (Tourisme) : Gérard Ducray (illustre inconnu)
Secrétaire d’État auprès du ministre du Travail (Travailleurs immigrés) : André Postel-Vinay (météorique)
Secrétaire d’État auprès du ministre de la Santé (Action sociale) : René Lenoir (illustre inconnu)
Pour le regroupement familial, je ne suis pas très certain de cela.

Il me semble que le texte est du printemps 1976, alors que Jacques Chirac est en difficulté à ce moment-là (le remaniement de début d'année l'a beaucoup affaibli). D'autre part, le ministre responsable, Michel Durafour, était un proche du Funeste de Chamalières.

Voyez aussi la giscardienne passion pour les éboueurs maliens.
Citation
Bruno Chaouat
Heidegger eut une pensée puissante, mais qui, par essence même, ne s'inscrit pas dans la tradition de la philosophie et du raisonnement logique. Disons qu'il fut le fondateur d'une religion sans Dieu, et l'auteur d'une nouvelle gnose. Ce n'est déjà pas si mal.

La volonté obstinée d'accorder la prééminence absolue de l'investigation philosophique à la question de l'être, de l’apparaître de l'étant, du fait qu'il y ait de l'existant, à la question première de la métaphysique, cela ne s'inscrit pas dans la tradition de la philosophie ?? Vous plaisantez...
Quant à cette histoire de "raisonnement logique", on pourrait croire que la "vraie" philosophie n'ait jamais commencé qu'avec Frege, Russel et les Viennois du Cercle ; tout de même, ça se saurait...
Heidegger a rompu avec l'universalisme en déclarant que le grec et l'allemand sont les seules langues de la pensée. Pourquoi pas ? Mais cela fait de lui un poète, au mieux, un idéologue, au pire. La philosophie est traduisible et universellement partageable, ou n'est pas. A cet égard, je ne suis pas du tout derridien. En tout état de cause, trouvez-vous décent d'invoquer les écrits de Heidegger pour dénoncer une nouvelle "Shoah" au demeurant imaginaire, ou rationaliser et expliquer la Shoah réelle ? Et de faire de Heidegger une sorte d'éclaireur, de guide pour comprendre la logique de l'extermination ?
D’un autre côté, on reconnaîtra à Heidegger une certaine compétence en matière de nazisme...
Ah oui, vu comme ça...
Concernant "la nouvelle affaire Renaud Camus", nous devrions tous nous accorder aisément sur la folie et le scandale que constitue aujourd'hui la judiciarisation de la pensée politique et du parti pris théorique ou philosophique en France. Il est intolérable que tout effort d'interprétation du réel à la lumière de l'analogie historique impliquant les événements du milieu du siècle dernier expose celui qui s'y livre à des poursuites judiciaires. Là gît la seule "folie" véritable de cette affaire.

Sur le reste, et l'abus présumé des extensions de sens que l'on reproche à Camus, s'agissant notamment de l'induction technicienne dans l'histoire telle que mise au jour par la pensée de Heidegger : le raisonnement qui consiste à dire que "les châlits ne peuvent être d'essence nazie ou génocidaire puisqu'il y a à Tokyo des châlits qui ne contribue à aucun génocide" est spécieux. Il s'apparente à celui qu'avancent certains adversaires de l'évolution des espèces lorsqu'ils font observer que "l'homme ne peut pas descendre du singe", que le singe est innocent de l'homme puisque comme on le voit, il existe aujourd'hui des singes qui n'évoluent pas en hommes. Homo Sapiens était bel est bien en puissance chez des êtres simiesques dont la filiation génétique s'avère rattachable à la nôtre. Qu'il existe aujourd'hui des châlits ou des trains innocents de toute persécution nazie ou bochévique ne retire rien de l'essence et de la puissance inductrice de l'objet.

Du train, qui fut le premier, et qui reste le seul, moyen de locomotion terrestre dont le passager individuel ne peut interrompre le mouvement (une diligence, un autocar, ou même un camion militaire est susceptible de s'arrêter à tout moment sur un appel ou une injonction d'un passager, ce qui n'est pas le cas d'un convoi ferroviaire, d'où le spleen et le sentiment d'abandon inhérent à tout voyage solitaire en train) : le train est l'instrument de déportation de masse par excellence car le passager, y compris dans les temps les plus pacifiques, se trouve déjà soumis à cette contrainte – les arrêts et les stations sont réglementés par une autorité sur laquelle il n'a aucune prise et il n'est ainsi nullement innocent qu'il fut moyen de transport idéal de toute dictature pan-continentale du siècle dernier, ce que furent le IIIe Reich et l'Union soviétique. Il faut lire les pages de Koestler sur ce qui s'appelait en Allemagne nazie "les trains mixtes", comment la soldatesque allemande se régalait de convoyer des hommes dans des voitures à bestiaux, çà et là, par tout le pays, souvent pour le pur plaisir de les voir contraints, soumis, abandonnés, désespérés, avant de les ramener au point de départ pour en compter les morts.

Qu'il y ait de jolis TGV pacifiques et au personnel aimable et bienveillant en 2017 ne retire rien à cette puissance inductrice de contrainte de masse et au bout du compte, génocidaire, qu'est le transport ferroviaire de passagers, faux outil, et remarquable auxiliaire de l'oppression. Tout comme l'existence moderne de singes parfaitement et innocemment singes ne retire en rien le penchant d'espèces simiesques ancestrales à dériver vers d'autres créatures, dont nous sommes.
Francis Marche : Concernant "la nouvelle affaire Renaud Camus", nous devrions tous nous accorder aisément sur la folie et le scandale que constitue aujourd'hui la judiciarisation de la pensée politique et du parti pris théorique ou philosophique en France. Il est intolérable que tout effort d'interprétation du réel à la lumière de l'analogie historique impliquant les événements du milieu du siècle dernier expose celui qui s'y livre à des poursuites judiciaires. .

Entièrement d'accord avec cette assertion. Cependant, si les tweets ne devraient pas exposer leur auteur aux tribunaux pénaux, ils ne sont certainement pas un " effort d'interprétation du réel à la lumière de l'analogie historique" mais bien plus un usage abusif de l'Histoire, sa transformation en "matière historique indifférenciée".

Francis Marche : le raisonnement qui consiste à dire que "les châlits ne peuvent être d'essence nazie ou génocidaire puisqu'il y a à Tokyo des châlits qui ne contribue à aucun génocide" est spécieux.

Le raisonnement qui me paraît à moi spécieux c'est celui qui considère que les châlits d'Auschwitz ne peuvent pas avoir de précédents (idem pour l'antisémitisme de Ford, etc.) et que les châlits de Tokyo sont nécessairement les successeurs de ceux d'Auschwitz (idem pour Macron successeur d'Hitler)

Ce qui me paraît à moi spécieux c'est de se revendiquer d'Heiddeger (ou de n'importe quel auteur intelligent mais de préférence "maudit") pour refuser le débat sur les faits que l'on refuse de prendre en compte dans le raisonnement parce qu'ils le contredisent. Ces faits délaissés ne disparaissent pas parce que la théorie générale ne les a pas retenus.

Au passage, l'homme ne descend pas du singe : [www.lemonde.fr]
@Pellet
pour Heidegger, qui fut membre du parti nazi, et donc particulièrement bien informé sur le sujet, les procédés de la machine de l'holocauste, dont ceux de Taylor, sont employés dans l'ensemble du système industriel

Piqûre de rappel, encore... : l’engagement (effectif) d'Heidegger n’a guère duré qu’une année, le temps, somme toute bref, pour le philosophe de revenir de ses illusions. On déplorera l’aveuglement politique d’un intellectuel en 1933, ce qui est tout à fait exact, mais après tout il ne fut pas le seul..., tant s’en faut, d'autant qu’il convient de ne pas projeter sur 1933 la figure du nazisme telle qu’elle nous apparaît après 1945.
De plus cet engagement, dont on concède qu’il demeure une tache, n’a pas été aussi entier qu’il y paraît : d’une part Heidegger a adhéré à un national-socialisme idéal, sans dimension raciale, et d’autre part, dans le cadre du régime réel, il a fait ce qu’il a pu pour assurer la permanence de la pensée. D’ailleurs, le Discours de Rectorat est d’une haute tenue scientifique et, par-delà le contexte, garde valeur intemporelle.

Utile aussi de rappeler (mais ça devient lassant...) qu' Heidegger a été tenu en suspicion, espionné dans ses cours, entravé dans son travail, objet d’attaques répétées de la part des idéologues nazis. Il eût pu partir. Certes. Il ne fut pas un héros, mais peut-on exiger d’un philosophe qu’il le soit ? Il reste qu’il a préservé l’essentiel, d’abord par la nature même de son engagement, ensuite en y laissant transparaître une distance par rapport au régime suffisamment claire pour ses auditeurs.
@Pascal Mavrakis,

dans un mail précédent, j'avais déjà répondu qu'"il m'arrive de vouloir faire court pour aller vite, au risque de paraître plus c... encore que je ne le suis, parce que le sujet ne me paraît pas important."

Vous revendiquer d'Heidegger ne donnera pas de trémulations au petit-bourgeois que je suis.
Citation
Bruno Chaouat
Merci de me corriger cher Alain Eytan. Oui, avec Heidegger, il vaut mieux ne pas s'emmêler les pinceaux. Par exemple, "arraisonnement" n'est qu'une méchante traduction pour Gestell, mais Gestell, ce n'est en fait pas vraiment Gestell, c'est plutôt Ge-Stell, etc; etc. Evidemment, Heidegger eut une pensée puissante, mais qui, par essence même, ne s'inscrit pas dans la tradition de la philosophie et du raisonnement logique. Disons qu'il fut le fondateur d'une religion sans Dieu, et l'auteur d'une nouvelle gnose. Ce n'est déjà pas si mal.

Vous avez raison : Heidegger procède à une déconstruction de tout le passé philosophique qui, de Platon à nos jours, s’est construit dans l’oubli de la question fondamentale, celle du sens de l’être, comme exercice du Logos, s’accomplissant dans la modernité comme métaphysique de la subjectivité. La philosophie a oublié sa mission en se produisant au long des siècles comme construction de la Raison, du discours cohérent et universel, et a engendré, en tant que métaphysique, cette science et cette technique qui mettent en péril l’être même de l’homme.

"fondateur d'une religion sans Dieu, et l'auteur d'une nouvelle gnose".

Non là je crois vraiment que vous vous égarez. Pas le temps de développer.
Citation
Rémi Pellet
@Pascal Mavrakis,

dans un mail précédent, j'avais déjà répondu qu'"il m'arrive de vouloir faire court pour aller vite, au risque de paraître plus c... encore que je ne le suis, parce que le sujet ne me paraît pas important."

Vous revendiquer d'Heidegger ne donnera pas de trémulations au petit-bourgeois que je suis.



Ah bon ?... Intéressant.
Ce que je sais, c'est qu'il ne sera sans doute jamais possible de réduire tout à fait au silence un certaine bêtise animosité cherchant à rameuter le grand public contre la pensée et contre la personne de Heidegger. C'est tout.
Cher Pascal Mavrakis,
Il conviendrait de lire Trawny, Faye, Rastier, et tant d'autres historiens de la philosophie, heideggériens ou anti-heideggériens, pour vous persuader que l'engagement de Heidegger ne fut pas circonstanciel, opportuniste, ou lâche. L'apologie du maître allemand par Hannah Arendt a depuis longtemps été discréditée.
Citation
Bruno Chaouat
Heidegger a rompu avec l'universalisme en déclarant que le grec et l'allemand sont les seules langues de la pensée. Pourquoi pas ? Mais cela fait de lui un poète, au mieux, un idéologue, au pire. La philosophie est traduisible et universellement partageable, ou n'est pas. A cet égard, je ne suis pas du tout derridien. En tout état de cause, trouvez-vous décent d'invoquer les écrits de Heidegger pour dénoncer une nouvelle "Shoah" au demeurant imaginaire, ou rationaliser et expliquer la Shoah réelle ? Et de faire de Heidegger une sorte d'éclaireur, de guide pour comprendre la logique de l'extermination ?

Cher Bruno, quoi que Heidegger ait pu déclarer, ne comprenez-vous pas ce qu'il a écrit, sur la philosophie, sur ce qu'elle doit être, sur l'histoire de la philosophie occidentale, sur le temps, la mort, ce qu'il a appelé l'être ? J'insiste : ne le comprenez-vous pas, son discours sur ces thèmes — éminemment "philosophiques", pour le coup, au sens le plus traditionnel du terme, et qui n’ont rien à voir ni avec la poésie ni avec l’idéologie —, sa pensée, en réalité très charpentée et structurée, parfaitement cohérente, notamment sur l'achèvement de la métaphysique, vous apparaît-elle en soi insensée ? J'en doute fort quand même ; mais à partir du moment où sa pensée, ses idées sur ces thèmes sont compréhensibles, et en réalité n'en rajoutons pas, elles le sont, alors elles sont également "partageables", par quiconque se donnera la peine de les vouloir comprendre.
Ce qui suffit en réalité pour pouvoir déclarer que Heidegger, en particulier Heidegger, était philosophie des pieds à la tête, et le reste, ma foi, me semble très accessoire…

Pour ce qui est de la décence, je vous en prie, je ne sais d’où vous tenez que la vérité et la décence doivent nécessairement faire bon ménage : est-ce que le discours de Heidegger sur la technique peut éventuellement éclairer, permettre de mieux comprendre des phénomènes tels que la Shoah, ou non, est la seule question qui me semble valoir en l'occurrence.
Je ne pense pas du reste que Heidegger ait été lui-même "indécent" durant cette période, mais c’est un autre débat…
Cher Pascal Mavrakis,
Il conviendrait de lire Trawny, Faye, Rastier, et tant d'autres historiens de la philosophie, heideggériens ou anti-heideggériens, pour vous persuader que l'engagement de Heidegger ne fut pas circonstanciel, opportuniste, ou lâche. L'apologie du maître allemand par Hannah Arendt a depuis longtemps été discréditée.


Martin Heidegger fut à plusieurs reprises invité par René Char à des tables-rondes, conférences et séminaires, principalement au village du Thor en 1966, 1968, 1969, notamment. René Char, qui était un ami de Heidegger et admirateur de sa pensée, avait été un des chefs de la Résistance, responsable des parachutages (entre autres) dans la région R2 (la Provence). Donc Martin "Le Nazi" Heidegger était assez bon pour un combattant anti-nazi qui avait risqué chaque heure de sa vie quatre ans durant, l'arrestation et la torture et l'exécution par des agents, tant allemands que français, du parti nazi, mais visiblement Heidegger n'est pas assez cachère pour les héros anti-nazis de salon, qui ont débuté leur carrière universitaire trente ans au moins après la Libération, et qui jugent, créent des petits tribunaux universitaires, font la fine bouche, se pincent le nez, abaissent les commissures des lèvres au seul nom de ce philosophe qui reste incontestablement une figure majeure dans l'histoire de la philosophie et de la pensée.

Je vous invite expressément à prendre la mesure de ces choses, Bruno Chaouat, à ne pas vous exposer à devenir très petit, "petit bras", pour être exact.
@Rémi Pellet qui me reproche de refuser le débat sur les faits que l'on refuse de prendre en compte dans le raisonnement parce qu'ils le contredisent. Ces faits délaissés ne disparaissent pas parce que la théorie générale ne les a pas retenus.

Pardon mais quels faits au juste ?

Ce que j'ai avancé est on ne peut plus simple et plus clair et ne traite exclusivement que de faits : qu'un gouvernement des objets tend à s'instaurer (le train, l'organisation chronométrée du travail, le châlit) qui applique les contraintes inhérentes à l'objet ou au protocole technique – la locomotion ferroviaire dont les arrêts sont réglementés et qui fit de ce mode de transport le meilleur ami des régimes antidémocratiques, le meilleur ami des dictateurs pan-continentaux, en fournit un exemple éclatant. Les nazis mettant en oeuvre les "trains mixtes" (cf Koestler) laissaient s'exprimer seule la contrainte ferrroviaire sur les individus, qu'ils exhaltèrent dans le sens de leur entreprise génocidaire. Le totalitarisme bénéficie de la collaboration d'objets amis qui, investis de contraintes par construction, dans leur conception même, se révèlent auxiliaires optimaux de l'entreprise de mort ou de sujétion bien autrement que ne le pourraient des outils neutres à cet égard. Que le gouvernement des objets s'instaure à la faveur d'un étrange laisser-faire des hommes (en Amérique du Nord, le gouvernement du gun sans contrôle, tue des dizaines d'innocents tous les jours, la poudre y parle seule, quand ces armes sont laissées librement entre les mains d'enfants de douze ans, c'est bien l'objet qui tue des hommes : l'intention qui présida à sa fabrication, ou les contraintes ou défaut, ou danger inhérents à la conception même de l'objet parlent seules et librement quand des mains d'enfants s'en saisissent). Les nazis par leurs trains mixtes se contentèrent, au fond, de laisser faire les trains.

Ce qui se passe avec Internet et les dispositifs virtuels et mécaniques (le smartphone) n'est guère différent : c'est la technologie, l'ordinateur, la machine, qui, firent les GAFA et qui, tant directement que par l'entremise de ces derniers, formattent nos vies. Nous ne formattons plus l'ordinateur, c'est lui qui nous formatte et conduit seul les hommes à faire tout ce qu'il leur autorise. Internet et le Web ne sont évidemment pas des outils, pas plus que n'est outil l'avion, dont l'existence façonne l'espace (aéroports tentaculaires, aéroports galerie marchande, culture, langue de l'aéroport, etc.) autant que les cieux (trainées de pollution qui masquent sûrement la lumière du soleil, etc.).

Les objets manufacturés, les créations technologiques façonnent et orientent comportements, activités, idées, plans d'affaires, etc. et ils induisent souvent chez leurs usagers un laissez-allez qui fait la condition première de l'instauration d'un gouvernement des objets par exaltation de leurs caractéristiques contraignantes.

La lignée entre les châlits d'Auschwitz et ceux de Tokyo ou Hong Kong n'est autre que l'essence de la contrainte, qui, par accident, nécessité ou intention, ne demande qu'à exalter ses vertus génocidaires, sa qualité d'auxiliaire de rêve à une entreprise d'extermination.

Rien de plus réel que cela.
@Francis

""Le Nazi" Heidegger était assez bon pour un combattant anti-nazi qui avait risqué chaque heure de sa vie quatre ans durant, l'arrestation et la torture et l'exécution par des agents, tant allemands que français, du parti nazi, mais visiblement Heidegger n'est pas assez cachère pour les héros anti-nazis de salon"


On reproche tellement de choses au Nazi Heidegger... Bientôt il aura été harceleur, voire violeur, et sera "balancé comme un porc".
Faire des reproches est une attitude si répandue (les bien-pensants adorent ça) que nous y passons si facilement les bornes. Cela n’est pas trop grave tant qu’il s’agit de peccadilles. Mais quand l’objet du reproche touche à l’essentiel, il est pour le moins prudent de se demander d’abord si le reproche que l’on formule contre quelqu’un est recevable ou non. En d’autres termes, il s’agit, au préalable, de savoir ce qui peut être reproché à quelqu’un, par opposition à ce qui ne le peut pas. C’est pourquoi je prends soin de définir l’acception univoque dans laquelle je prends le terme "irréprochable". Ainsi, à celui qui a volé un oeuf il n’est pas reprochable d’avoir volé un boeuf... La précaution introduite de la sorte devrait empêcher de déraper en de honteux excès d’incrimination.
Discours de Baix : à travers Macron "la finance hors sol prend directement en main la gestion du parc humain, la production de la MHI, en neutralisant la caste politique" ; ce système, le "macronisme", est celui de "la davocratie directe, le gouvernement direct par Davos, par la banque, par les grands argentiers"

Pour être très sincère, je suis sidéré que l'on utilise contre Macron une phraséologie qui était celle des antisémites qui dénonçaient les juifs en tant qu'ils étaient des capitalistes financiers apatrides et cosmopolites, agissant comme un gouvernement mondial contre les nations.

[www.cairn.info]

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Il est vrai que dans le même temps, Macron est présenté comme le successeur d'Hitler lequel avait "pris directement en main la gestion du parc humain, la production de la MHI" avec la Shoah, après avoir éliminé ses adversaires politiques.

Macron serait une sorte de petit-fils d'Hitler, fondé de pouvoir de la banque Rothschild.

Je me demande ce qu'en penserait Heidegger.
La critique de la technique, on la trouve chez Ellul, et chez Anders, l'obsolescence de l'homme et la honte prométhéenne. Exprimée bien plus clairement que chez Heidegger. Je persiste à trouver tordu le recours à Heidegger pour expliquer la Shoah. Je vous prie de pardonner ma lourdeur...
Par ailleurs Heidegger s'y entendait pour effacer les traces. Je ne vois pas comment René Char aurait pu prendre la mesure de son engagement. Et on n'est pas obligé de lire les anti-Heideggériens comme Faye ou Rastier : il suffit de lire les travaux du gardien du temple Peter Trawny, sur les Cahiers Noirs.
Francis Marche:

"Heidegger n'est pas assez cachère pour les héros anti-nazis de salon"

No comment.
Cher Alain Eytan,
Evidemment, il ne s'agit pas de jeter le bébé etc. Mais un peu de lucidité au moins lorsqu'il s'agit d'expliquer la Shoah et l'antisémitisme nazi, dont il n'est du reste pas beaucoup question sur ce fil, et pour cause : Heidegger était un antisémite nazi, et on n'a de cesse de faire appel à ses pensées d'après-guerre pour nous expliquer que la Shoah, c'est le résultat du développement immaîtrisable de la techno-science... Je tendrais, pour ma part, à aller au plus simple, et à penser que la Shoah, c'est le résultat de l'antisémitisme européen.
Francis Marche :

"Récemment, Xavier Raufer (criminologue) faisait observer que les tueries de masse, commises spontanément par des hommes blancs (comme récemment à Las Vegas) n'étaient pas à coreller au "nombre d'armes à feu en circulation" (de toute façon inférieur aux USA à celui du Brésil, par exemple) mais bien à cette persécution omniprésente du fait masculin dans les sociétés post-chrétiennes de tradition protestante (Etats-Unis, Europe du Nord) et il évoquait à ce propos le phénomène Breivik en Norvège."

Je pensais que les moyens techniques étaient la cause des massacres. Les trains conduisent à Auschwitz, les flingues au meurtre de masse, non ? Selon cette logique, pas de flingues, pas de massacres.
Ah oui, bien sûr, le fameux "no comment" économique et hautain censé magiquement couper la parole et l'herbe sous les pieds de son contradicteur. Pathétique. Grossier.
je suis sidéré que l'on utilise contre Macron une phraséologie qui était celle des antisémites qui dénonçaient les juifs en tant qu'ils étaient des capitalistes financiers apatrides et cosmopolites,

Là, c'est vous, Pellet, qui vous vautrez dans la Matière Historique Indifférenciée.
A la lecture de ce fil, il semblerait que nous ne soyons plus en mesure de critiquer la presse collaborationniste quand elle nous explique que c'est un “camion” (éventuellement fou) — et non pas l'occupant terroriste islamiste — qui a tué dix ou cent personne dans telle ou telle ville.
Je vous prie de pardonner mon incursion de 48 heures sur ce forum. J'avais un peu oublié au cours des années...
Je continuerai à lire de temps en temps, mais je promets de ne plus vous déranger, et vous remercie de votre hospitalité.
Trystan, le conducteur est un conduit de la machine motorisée. Le civilisé se comporte en maître de la machine dangereuse (camionnette, gun américain, énergie nucléaire) ce qui veut dire qu'il s'efforce de ne pas être un conduit du Mal déposé dans la machine (The Ghost in the Machine selon Koestler); l'agent décivilisé et décivilisateur est quant à lui un grand passif qui laisse la machine dont la dangerosité est inscrite dans la conception, libre d'agir à sa guise, machine qui est "par construction", bénéfique au génocidaire et auxiliaire de ses opérations (trains mixtes, bombes d'Hiroshima, gun dans les mains d'enfants américains de douze ans). Le terroriste est celui qui se laisse guider en riant dans la foule par la camionnette conçue pour rouler partout, comme le Nazi laissait agir sur les hommes et les femmes le train errant qui les transportait sans fin, sans vivre ni eau, dans la Mitteleuropa germanisée en costume vert-de-gris., jusqu'à ce que mort s'en suive

La camionnette libre, comme le train livré à lui-même, tuent et massacrent magnifiquement. Le terroriste n'a à toucher à rien: il lui suffit de lâcher les commandes, l'objet fait son oeuvre. Le faux outil est un grand innocent mais l'assassin qui se repose sur lui ne l'est pas moins. La machine organique et organisée est meurtrière et de cette métaphore, la technè fait son affaire qu'elle n'en soit point une. L'homme usager de la machine tueuse (qui n'est pas tout entière machine à tuer) peut opposer son innocence, sa pureté humaine à l'action dévastatrice de l'objet qui dès sa création est dépositaire de toute les sous-intentions du mal.

Le grand mélèze dont ont fit les mâts des premiers navigateurs transocéaniques, le cheval, bête indifférente aux hommes, ne furent dépositaires de rien, d'aucune intention sous-jacente, d'aucune suggestion d'une volonté de puissance humaine, d'aucun désir génocidaire refoulé parce que, produits de la nature, ils ne furent jamais reflets d'aucune conception chargée d'humaines intentions, de trouble vouloir ni de gigantesque failles tueuses. Cependant que la création technologique (avion, dispositifs à énergie nucléaire, protocoles internétiques, etc.) sont des dispositifs héritiers. Ils sont dépositaires d'un vouloir humain, de multiples désirs et perversions sous-jacentes, de failles semi-voulues, de risques et de tentations à en jouer (le gun américain). La création technologique, parce qu'elle est ainsi héritière, est chargée de devenir, et d'une sournoise dialectique : celui qui conduit sa voiture est conduit par elle, ses réactions lui sont dictées par le moteur qui imprime en lui des sensations solidaires à la machine, etc. La machine étant ainsi un objet humanisé et de structuration dialectique complexe, elle n'est jamais neutre, bien évidemment ; elle n'est à aucun moment un donné naturel (mélèze, cheval) mais émet à tout instant une invite muette à obéir à son héritage, aux intentions dont elle est la trouble dépositaire.
Citation
Bruno Chaouat
Je vous prie de pardonner mon incursion de 48 heures sur ce forum. J'avais un peu oublié au cours des années...
Je continuerai à lire de temps en temps, mais je promets de ne plus vous déranger, et vous remercie de votre hospitalité.


(...sont vraiment pénibles tous ces gens qui se débinent à peine les contredit-on un peu vertement.)
Cher Bruno, je me permets de vous prier très amicalement de continuer de déranger...
« La camionnette libre, comme le train livré à lui-même, tuent et massacrent magnifiquement. Le terroriste n'a à toucher à rien: il lui suffit de lâcher les commandes »

Cela me semble faux. Pour tuer cent personnes, et non pas deux ou trois, il faut continuer de maîtriser le véhicule, ou du moins d'appuyer sur l'accélérateur.
il lui suffit de lâcher les commandes
////

Hum... Un enragé ne lâche rien, surtout pas les commandes.
Il faut, pour conduire une camionnette, piloter un avion transporteur de passager, manipuler une arme à feu, être animé d'une volonté permanente de ne pas tuer. Le civilisé exerce en permanente ce frein actif en lui contre la machine. La prise de stupéfiant et ou d'alcool peuvent désactiver ce dispositif humain et civilisé qui doit être armé en permanence comme contrepoids au penchant de la machine ou de l'objet fabriqué à causer des catastrophes. Voilà qui est une évidence.

J'ai écrit que la création technologique et ce qui se fait, à travers elle, fallacieusement et confusément passer pour outil neutre, était héritière. Deux exemples: l'avion transporteur de passagers est l'héritier d'une création technologique à destination ludique et sportive jamais conçue pour devenir moyen (ou "outil") de transport de masse. Les premiers aéronefs ne répondaient à aucun besoin, ni n'étaient investis d'aucune fonction utilitaire de cet ordre, d'où les terribles failles sécuritaires des avions gros porteurs, héritées d'un temps où la machine volante n'était qu'un jouet ne transportant tout au plus qu'un passager, serré contre le pilote, je reviendrai sur ce point. Le vaisseau de navigation est tout autre : il est héritier d'une solution à un problème de transport de personnes, laquelle devait permettre de faire passer des hommes d'une rive à l'autre d'un plan d'eau et ce n'est qu'au terme d'une longue évolution que sont apparus des vaisseaux à destination ludique et sportive (les bateaux de régates, de courses autour du monde, etc.). Le bateau aboutit là où l'avion avait commencé.

La tragique faille conceptuelle des avions transporteurs de passagers a été résolue dans le transport maritime depuis fort longtemps, du fait d'un tinéraire évolutif général des navires orienté dans la direction opposée de celui des aéronefs: une avarie de quelques centimètres sur la carlingue d'un avion suffit pour perdre l'appareil en vol dans son intégralité, et tuer tous les passagers, y compris bien sûr ceux dont les places étaient les plus distantes du point d'avarie, car aucun compartimentage dans le corps de l'appareil n'a été conçu pour empêcher cela. Pourquoi ? parce qu'à l'origine de cette création technologique, le passager était unique et au contact, ou quasiment au contact, du pilote. En d'autres termes parce que l'appareil volant n'est transporteur de passagers en masse que par détournement de sa destination ludique originelle. Rien dans l'évolution sécuritaire de l'industrie aéronautique ne vient jamais corriger cette faille de conception héritée des temps de l'aviation ludique et sportive (alors que la difficulté d'ingénierie que peut poser un compartimentage sûr des avions, lesquels se fragmenteraient de manière étanche en cas d'avarie n'a probablement rien d'insurmontable). C'est le contraire que l'on constate dans la navigation maritime, qui, parce que la destination première des vaisseaux fut le transport de passagers et de marchandises en masse, a eu soin de concevoir des doubles coques et des compartimentages étanches au coeur des navires, permettant d'éviter que toute avarie ponctuelle n'entraîne le navire par le fond.

La création technologique transmet ses failles de génération en génération, comme une tare dans les lignées biologiques. De ce point de vue, création technologique et créatures du vivant sont semblablement héritières. Le châlit est un danger incorrigible, un faux "outil neutre" jamais aboli, toujours serviable aux oppresseurs, aux génocidaires et à tous les artisans de la précarité d'être et du renoncement à être. Et la chaîne de montage tayloriste est bien la meilleure amie de tout agent de déshumanisation : elle véhicule dans l'histoire, sous de multiples guises, la tare meurtrière qu'introduisit en elle son concepteur.
04 novembre 2017, 17:00   Une promenade au soleil
Citation
Rémi Pellet
Discours de Baix : à travers Macron "la finance hors sol prend directement en main la gestion du parc humain, la production de la MHI, en neutralisant la caste politique" ; ce système, le "macronisme", est celui de "la davocratie directe, le gouvernement direct par Davos, par la banque, par les grands argentiers"

Pour être très sincère, je suis sidéré que l'on utilise contre Macron une phraséologie qui était celle des antisémites qui dénonçaient les juifs en tant qu'ils étaient des capitalistes financiers apatrides et cosmopolites, agissant comme un gouvernement mondial contre les nations.

[www.cairn.info]

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Il est vrai que dans le même temps, Macron est présenté comme le successeur d'Hitler lequel avait "pris directement en main la gestion du parc humain, la production de la MHI" avec la Shoah, après avoir éliminé ses adversaires politiques.

Macron serait une sorte de petit-fils d'Hitler, fondé de pouvoir de la banque Rothschild.

Je me demande ce qu'en penserait Heidegger.


Il semble qu'il y ait en effet une rhétorique procédant selon la symétrie des contraires : aux antiracistes et ex-colonisés devenus nouveaux colons on renvoie, réchauffés, des citations de Fanon et des concepts-clé de Césaire : il est donc parfaitement normal selon cette logique d'adresser au non-juif Macron le chapelet d'antiennes réservé traditionnellement à la "finance juive", dès lors qu'il a été assimilé à un Hitler au petit (ou grand) pied ; c'est même, avouons-le, assez sophistiqué et un peu pervers, ou, si on veut, bathmologique...

Quant à Heidegger, ne soyez pas bêtement sectaire, Rémi Pellet, et recollez-vous-y, à l'occasion : en allant me promener dans le parc en face de chez moi, j'ai emporté, inspiré peut-être par ce "fil", Qu'appelle-t-on penser ; aux doux rayons de soleil dans cette fin d'après-midi, je l'ai donc ouvert au hasard, comme j'aime à le faire, et suis tombé sur cette phrase : À l'aube profonde du déploiement de son être, la pensée ne connaît pas le concept.
Débarrassé des saletés du réel commun et prosaïquement circonstanciel, c'est quand même très bien...
Cher Alain,

Vous lisez donc Heidegger un samedi ? à Jérusalem ?
04 novembre 2017, 17:17   Les samedis après-midi à Jéru
Mon cher Jean-Marc, les samedis après-midi à Jéru je peux faire des choses inimaginables, et parfois même inqualifiables.
Ecrire sur (ou dans) cet infamous site, par exemple, té...
@A. Eytan

"en allant me promener dans le parc en face de chez moi, j'ai emporté, inspiré peut-être par ce "fil", Qu'appelle-t-on penser ; aux doux rayons de soleil dans cette fin d'après-midi, je l'ai donc ouvert au hasard, comme j'aime à le faire, et suis tombé sur cette phrase : À l'aube profonde du déploiement de son être, la pensée ne connaît pas le concept.
Débarrassé des saletés du réel commun et prosaïquement circonstanciel, c'est quand même très bien..."




"À l'aube profonde du déploiement de son être, la pensée ne connaît pas le concept".

On le voit, la pensée originale de M. Heidegger visait à renverser les fondements de la pensée moderne. Il y a de quoi être bouleversé par ce mélange de vraie et d’apparente profondeur, tout comme par cette désinvolture avec laquelle le philosophe faisait violence aux textes (je pense par ex. au "Phèdre" de Platon dans son fameux discours "Qu’est-ce que la métaphysique ?", pour étayer sa thèse sur “philosophie et existence”).
J’avais évoqué récemment de ces sortes d'intellectuels, de penseurs à très forte trempe, à très puissant pouvoir de résolution, capables peut-être de jeter un peu de lumière dans la place : or Heidegger fait incontestablement partie de ceux-là à mon sens, de ceux qui se placent d'emblée à pied d'œuvre, aux limites de ce qui est pensable et concevable, contre les barreaux de la cage, ou les parois du tunnel, et qui cognent à très forts coups pour essayer d'élargir le passage ; en ce sens c'était lui-même un "technicien" ; en en lisant certains passages on peut avoir l'impression qu'il aura, même par accident, découvert quelque chose, about life and death, qui sait...
Cette étude de Gershom Scholem, que je parcours à toute vitesse : "La création à partir du néant et l'autocontraction de Dieu".
Un titre à méditer, et qui vaut bien une pensée d'Heidegger...

Une étude où il est question de l'importation de l'oeuvre de Plotin chez les penseurs qui se veulent des herméneutes de la Bible ou du Coran.
@Alain
"ceux qui se placent d'emblée à pied d'œuvre, aux limites de ce qui est pensable et concevable"

Il serait utile de relever le pressentiment dont fit preuve Kant, que j'ai peu lu, en désignant l'anéantissement comme l'issue nécessaire des "systèmes du mysticisme" (ici le "système heideggérien").
il est donc parfaitement normal selon cette logique d'adresser au non-juif Macron le chapelet d'antiennes réservé traditionnellement à la "finance juive", dès lors qu'il a été assimilé à un Hitler au petit (ou grand) pied.

Vous m'expliquiez, Alain Eytan, qu'il est "Impossible donc de faire abstraction de Heidegger si l'on veut comprendre" le discours de Baix. Je veux bien vous croire mais ça vaut aussi pour le raisonnement "parfaitement normal" du dessus ?
Je tentai de faire valoir, cher Rémi, que si l'extrait du discours que vous avez cité en haut de cette page, et rien que cet extrait en l'occurrence, n'était intelligible que grâce à la conception heideggerienne de la technique, comme il est écrit dans le texte, on ne peut faire l'économie de cette dernière pour le pouvoir comprendre, et que le débat devait porter alors sur la véracité, ou la fausseté, de thèses de Heidegger à ce propos, ce qui nécessite évidemment qu'on les mentionne et, à tout le moins, les explicite, même succinctement.

La partie du discours réservée au Macron argentier et suppôt de la banque et de la finance, c'est une autre paire de manche, et ma remarque concernant la "symétrie des contraires" n'était pas exempte de légère ironie, qui ne vous aura certainement pas échappé...
Comme vous l'avez compris, cher Alain Eytan, ma question était à moitié sérieuse. Je vais suivre vos conseils et ceux de Francis Marche, je vais me re-coller Heidegger et m'abonner à La Vie du Rail.
Puis-je recommander La Menuiserie pour une construction facile et amusante de solides châlits supportant le poids d'au moins quatre Häftlinge, cher Rémi ?
Ah oui, le fameux atelier de menuiserie d'Heidegger... Selon le germaniste Michel Tournier, cette activité allait avec celle du céramiste, en temps de guerre : "Souvent le père de famille a installé dans la cave l’atelier de menuiserie ou le four de poterie qui est son passe-temps du dimanche. Et ceux qui ont connu la guerre n’oublient pas que la cave offrait alors le seul abri contre les bombes." Michel Tournier, Le miroir des idées, Mercure de France, Paris, 1994, p. 96.
Céramique, poterie, naturalisme, scoutisme un peu niais, apologie du corps sain dans une nature redécouverte, naturisme, burnes à l'air, plume au chapeau : Elfride, la femme de Heidegger, sympathisait beaucoup, paraît-il, avec ces proto-hippies, les Wandervögel, dont une bonne partie des cadres du futur parti national-socialiste étaient issus (Eichmann en était), et il n'est pas exclu que le jeune Heidegger lui-même, très porté sur les randonnées en forêt, mît la main à la pâte ; le même Tournier a évoqué ce mouvement dans son Roi des aulnes, livre qui comporte d'ailleurs certains passages à mon sens éclairants, et parmi les plus profonds, sur ce que fut le nazisme (passage déjà cité par moi dans (ou sur) ce forum).

« Le mouvement des Wandervögel, c'était d'abord l'acte par lequel la jeune génération se désolidarisait de ses aînés. Cette guerre perdue, cette misère, ce chômage, cette agitation politique, nous n'en voulions pas. Nous jetions à la figure de nos pères l'héritage sordide qu'ils tentaient de nous faire assumer. Nous refusions pêle-mêle leur morale d'expiation, leurs épouses corsetées, leurs appartements étouffants, capitonnés de tentures, de portières et de poufs à glands, leurs usines fumantes, leur argent. Par petits groupes chantants et enlacés, dépenaillés, coiffés de feutres défoncés mais fleuris, ayant pour tout bagage une guitare sur l’épaule, nous avions découvert la grande et pure forêt allemande avec ses sources et ses nymphes. Efflanqués, crasseux et lyriques, nous couchions dans les fenils et les crèches, et nous vivions d'amour et d'eau claire. Ce qui nous unissait par-dessus tout, c'était notre appartenance à une même génération. Nous entretenions comme une franc-maçonnerie de la jeunesse. Certes nous avions des maîtres. Ils s'appelaient Karl Fischer, Hermann Hoffmann, Hans blüher, Tusk. ils écrivaient pour nous des récits et des chansons dans de petites revues. Mais nous nous entendions trop bien à demi-mot pour avoir besoin d'une doctrine. Nous ne les avons jamais vus à Kiel.
C'est alors que se produisit le miracle des gueux. Nous, écoliers errants, nous avions la soudaine révélation, avec cette Ligue des gueux (Bund der Geusen) qui nous ressemblaient comme des frères, mais qui relevaient de l'idéologie nazie, que nos idéaux et notre manière de vivre n'étaient pas forcément voués à demeurer en marge d'une société forte de son organisation et de son inertie. Les gueux, c'étaient des Wandervögel doués d'une force révolutionnaire qui menaçait directement l'édifice social. »





Rassemblement Wandervögel au matin, il a l'air de faire frisquet
Les couilles à l'air au petit matin frisquet, c'est la vie duraille

L'écologie dans sa version allemande a des racines suspectes, assurément, mais elle peut difficilement être rattachée au productivisme tayloro-fordiste. Quelle place trouve-t-elle dans la question heidegerrienne de la Technique ?
L'écologie dans sa version allemande a des racines suspectes, assurément, mais elle peut difficilement être rattachée au productivisme tayloro-fordiste. Quelle place trouve-t-elle dans la question heidegerrienne de la Technique
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Sans passer par Heidegger (one more time...) on peut se demander pourquoi la technique est-elle devenue tellement perturbatrice ? C’est là que s’élabore selon moi la question (philosophique) de l’écologie. Pour le dire autrement : que l'on cesse de ne voir dans la technique qu’un "effet de la science", pour l’envisager d’abord comme une expression de la vie.
A partir du moment où la technique ne sera plus envisagée comme une théorie appliquée, mais comme la façon qu’ont les hommes de s’adapter à leur environnement, on pourra se demander pour quelles raisons la technique a cessé d’être une forme de régulation, capable de se corriger, pour devenir la source de perturbations.
La nature du totalitarisme, comme l'indique le nom de la chose, est d'être, à l'instar d'un certain mode d'écriture (ou de scription) qui fait parler de lui en ce moment, inclusive: le nazisme était une totalité incluante et singulière, une solution dialectique et hégélienne opérant une union de tous les contraires. Ces contradictions entre proto-hippies et industriels du zyklon-B s'abolissaient dans le projet aryen.
À cela on peut ajouter je crois que la technique n'est pas une "anti-nature", mais bien une "hyper nature", une nature poussée à bout, violentée, sommée de se livrer entièrement et de reproduire ses propres processus en accéléré : c'est en somme une nature de part en part mise au pas et "mobilisée" : ainsi il n'y a pas de solution de continuité entre le phénomène naturel observé et le modèle scientifique, qui est censé en constituer un modèle fonctionnel opératoire, où le phénomène naturel a été analysé en ses différentes composantes causales, mathématisées et traduites en variables, pour enfin reproduire le phénomène en en pouvant moduler les effets.
Entre les charmants Wandevögel qui font semblant de découvrir ou de redécouvrir la nature et les techniciens qui poussent ce "dévoilement", cette mise à nu à son maximum, il n'y a après tout qu'une différence de degré...
Concernant la technique l'idéal serait peut-être d'articuler Marx et Heidegger dans "L’époque de la Technique" : il manquait au premier l’appréhension du Gestell, alors que le second péchait en n’intégrant pas l’argent et le Capital à sa réflexion.
le nazisme était une totalité incluante et singulière, une solution dialectique et hégélienne opérant une union de tous les contraires.

Entre les charmants Wandevögel qui font semblant de découvrir ou de redécouvrir la nature et les techniciens qui poussent ce "dévoilement", cette mise à nu à son maximum, il n'y a après tout qu'une différence de degré...

En somme, des charmants Wandevögel aux malheureux Häftlinge, pas de solution de continuité, d'ailleurs ils étaient tous à poil dans le froid.

Si je vous demande le rapport entre la révolution industrielle et "Macron-financier-hors-sol-post-industriel", vous me ferez une réponse de la même eau ?
La révolution industrielle à engendré l'industrie qui a engendré la révolution post-industrielle, laquelle a fabriqué Macron et le macronisme, et il n'y a en effet dans cette suite d'engendrements aucune solution de continuité. Et ce qu'écrit Alain sur la nature surnaturee dans et par son interprétation techniciste me paraît tout à fait juste.
Et ce qui a engendré la révolution industrielle, pourquoi ne pas en faire le début de l'histoire ?

À ce niveau de généralité, tout procède de tout et la valeur heuristique de la généalogie est nulle.
» En somme, des charmants Wandevögel aux malheureux Häftlinge, pas de solution de continuité, d'ailleurs ils étaient tous à poil dans le froid.

Cher Rémi, les Wandervögel ne sont pas les futurs Häftlinge, mais bien les futurs "techniciens nazis", pour une partie d'entre eux. En l'occurrence vous mélangez un peu tout...
Le rapport qu'il y aurait entre ces écolos de la première heure et les techniciens réside donc dans le rapport à la nature, à l'étant : "découverte" de la nature pour les premiers, "dévoilement" brutal de cette dernière en vue de s'en constituer une réserve de biens dans le seul souci utilitaire de la marchandisation des choses comme produits, pour les seconds : en ce sens les Wandevögel peuvent être rattachés à ce qui procède de la technique moderne comme celle-ci à la techné grecque originelle, dont elle est essentiellement issue.
Mais laissons là les adorables Wandevögel, ce n’était qu'une remarque tout à fait incidente...

Revenons donc au lien, réel ou supposé, entre les manifestations de la technique moderne et la mise en œuvre du projet génocidaire nazi : il me semble qu'il y a chez vous tout au long de ce débat une confusion entre deux types de liens possibles entre les choses, les événements, les "faits" : vous semblez vouloir absolument que ce lien soit un strict rapport de causalité nécessaire, de sorte que l'existence d'un élément, le taylorisme par exemple, entraîne nécessairement l'existence du second, la Shoah : mais un deuxième type de lien peut aussi résider dans une même modalité d'application produisant des cas particuliers, dans la similarité d'une méthode procédant d'un même principe dans le rapport au réel, ce qui ne veut pas dire que chaque cas, chaque événement implique nécessairement l'autre, mais qu'ils peuvent tous deux relever d'une modalité de mise en œuvre commune et d'une façon semblable de considérer le réel et d'en disposer : par exemple, il n'y a aucun lien de causalité nécessaire entre une découverte scientifique particulière quelconque et une autre (en fait la postulation générale d'un tel lien n'a pas grand sens en soi sans disposer d'un "système général unifié" de la nature, toutes disciplines confondues, ce qui n'est pas demain la veille), mais ces découvertes sont (en principe) rendues possibles par la méthode expérimentale.

Dans cette optique, la technique moderne selon Heidegger, comme rapport au réel et façon singulière d'en disposer, rend possible à la fois le taylorisme, le fordisme et Birkenau, sans que l'un entraîne nécessairement l'autre et soit la cause unique et absolument déterministe de l'autre : une même façon de ne considérer le réel (la nature, l'"étant" en général dont font partie les hommes) exclusivement que comme fonds de biens à perpétuelle disposition, illustrant un même principe à l'œuvre, celui d'une sommation brutale, planifiée et calculée, exercée à l'endroit du réel en vue de le forcer à se révéler en totalité, à livrer tout ce qu'il peut, a produit à la fois l'OST et les conditions du travail industriel moderne, et l'usine à produire des cadavres qu'était Birkenau : fabrique de cadavres où la vie des hommes était pressurée au point de ne pouvoir plus que révéler cette ultime vérité : la mort anonyme et indifférenciée.
Cela ne constitue pas une "preuve", aucune conception "philosophique" n'a en fait valeur de preuve de quoi que ce soit, mais est-il donc si difficile de saisir en quoi une telle approche, sur le plan des idées, peut être porteuse de sens ?
Cher Alain Eytan, les principes épistémologiques que vous énoncez sont bels et bons, je les connais depuis ma vingtaine ingrate, mais ce qui m'intéresse c'est l'emploi qui en est fait.

Et, pour comprendre ma réaction au message précédent, je vous prie de considérer que je répondais à cette assertion : "La révolution industrielle à engendré l'industrie qui a engendré la révolution post-industrielle, laquelle a fabriqué Macron et le macronisme, et il n'y a en effet dans cette suite d'engendrements aucune solution de continuité."

Ce n'est pas moi qui établissait "un strict rapport de causalité nécessaire" entre la révolution industrielle et Macron-financier-hors-sol"

Pour ma part, je maintiens, oui, que toute technique "rend possible", comme vous dites, tout et son contraire ("la langue d'Esope) et cela depuis la nuit des temps et pas seulement depuis la révolution industrielle.

Comme vous le savez mieux que moi, le projet de "se rendre maîtres et possesseurs de la Nature" était déjà celui de Descartes, bien avant Ford.

La mise en esclavage des Africains par les Européens et les Américains, pour la mise en valeur des terres colonisées, était bien un processus par lequel "la vie des hommes était pressurée au point de ne pouvoir plus que révéler cette ultime vérité : la mort anonyme et indifférenciée" : ce système avait été "rendu possible" dans un monde qui n'avait pas connu encore la Révolution industrielle.

Ce n'est pas non plus la "Révolution industrielle" i.e. "la Technique comme "façon de considérer le réel (la nature, l'"étant" en général dont font partie les hommes) exclusivement que comme fonds de biens à perpétuelle disposition") qui a "rendu possible", comme vous dites, "l'activité financière hors-sol" car celle-ci était bien antérieure au XIXè siècle.

D'ailleurs, comme nous l'évoquions ici même il y a quelques jours, les préjugés à l'égard des "financiers juifs apatrides qui font prévaloir leurs intérêts sur ceux des nations", griefs qui sont aujourd'hui recyclés contre la "Davocratie" et le "Marcronisme", ne datent pas non plus du XIXè siècle.

L'extermination de tribus algériennes par les troupes coloniales françaises, que Lamartine dénonçait en son temps, n'avait rien à voir avec la révolution industrielle. Le "génocide culturel" dont parlait Césaire à propos de la Guyanne n'avait rien à voir non plus avec la révolution industrielle et la "Technique" dans sa conception heideggerienne : ce n'est pas elle qui a rendu possible ces génocides. Cette possibilité était ouverte bien avant la Technique.
La mise en esclavage des Africains par les Européens et les Américains, pour la mise en valeur des terres colonisées, était bien un processus par lequel "la vie des hommes était pressurée au point de ne pouvoir plus que révéler cette ultime vérité : la mort anonyme et indifférenciée"

Bien sûr que non. Si l'esclave est moyen de production, son 'ultime vérité' n'est certes pas la mort anonyme et indifférenciée. La logique d'exploitation du matériel humain ne saurait être en rien conduire à l'anihilation de ce matériel. L'esclave en tant que ressource et bien fongible ne peut être assimilé ou même comparé aux nuits et brouillard: sa valeur propre est monnayable, quand les autres ne le sont pas. En revanche, en régime de production industrielle sa valeur en tant que moyen de production se relativise et s'estompe, sa remplacabilite propre s'aggrave en entrant en concurrence avec celle de la machine-outil, et sa destruction de masse devient théoriquement envisageable et pratiquement réalisable par la mobilisation de moyens techniques empruntés aux méthodes et procédés de production industriels.
Francis Marche, vous avez tort parce que vous avez raison.

Oui, l'esclavage pressurait les hommes en les utilisant comme du matériel humain mais il n'avait évidemment pas leur suppression pour finalité.

Mais c'est pour cette même raison qu'il est abusif de rapprocher le mode de production industriel de la Shoah : le fordisme-taylorisme préserve "la matière humaine" alors que les nazis avaient pour objectif la suppression de la "race juive".

Et le projet génocidaire des nazis n'avait pas pour "condition de possibilité" la Technique industrielle, comme le soutient Alain Eytan. Cette possibilité était ouverte avant la révolution industrielle.

Le "génocide culturel" dont il était question dans les tweets et le discours de Baix est sans rapport aucun avec la "Technique".

Enfin, la "finance-hors-sol" n'avait pas non plus pour "condition de possibilité" la révolution industrielle.
Alain,

essayer de comprendre quelque chose au national-socialisme uniquement sur la base de son idéologie est très insuffisant, je crois que nous serons d'accord. Raison pour laquelle je le regarde avant tout comme une poussée de la rationalisation, de la technicisation et de la modernisation - en clair comme une rupture brutale avec la tradition et l'entrée brusque dans la modernité. C'est dans l'aspect totalitaire du système, dans la rationalisation totale, dans le calcul et la mise en calcul de tous les domaines de la vie que je vois le coeur du national-socialisme et de sa "révolution".
En mettant en lumière ce passage d'une critique du fascisme à une critique de la technique je ne pense pas m'éloigner de l'analyse heideggérienne.
Citation
Rémi Pellet
Cher Alain Eytan, les principes épistémologiques que vous énoncez sont bels et bons, je les connais depuis ma vingtaine ingrate, mais ce qui m'intéresse c'est l'emploi qui en est fait.

Et, pour comprendre ma réaction au message précédent, je vous prie de considérer que je répondais à cette assertion : "La révolution industrielle à engendré l'industrie qui a engendré la révolution post-industrielle, laquelle a fabriqué Macron et le macronisme, et il n'y a en effet dans cette suite d'engendrements aucune solution de continuité."

Ce n'est pas moi qui établissait "un strict rapport de causalité nécessaire" entre la révolution industrielle et Macron-financier-hors-sol"

Pour ma part, je maintiens, oui, que toute technique "rend possible", comme vous dites, tout et son contraire ("la langue d'Esope) et cela depuis la nuit des temps et pas seulement depuis la révolution industrielle.

Comme vous le savez mieux que moi, le projet de "se rendre maîtres et possesseurs de la Nature" était déjà celui de Descartes, bien avant Ford.

La mise en esclavage des Africains par les Européens et les Américains, pour la mise en valeur des terres colonisées, était bien un processus par lequel "la vie des hommes était pressurée au point de ne pouvoir plus que révéler cette ultime vérité : la mort anonyme et indifférenciée" : ce système avait été "rendu possible" dans un monde qui n'avait pas connu encore la Révolution industrielle.

Ce n'est pas non plus la "Révolution industrielle" i.e. "la Technique comme "façon de considérer le réel (la nature, l'"étant" en général dont font partie les hommes) exclusivement que comme fonds de biens à perpétuelle disposition") qui a "rendu possible", comme vous dites, "l'activité financière hors-sol" car celle-ci était bien antérieure au XIXè siècle.

D'ailleurs, comme nous l'évoquions ici même il y a quelques jours, les préjugés à l'égard des "financiers juifs apatrides qui font prévaloir leurs intérêts sur ceux des nations", griefs qui sont aujourd'hui recyclés contre la "Davocratie" et le "Marcronisme", ne datent pas non plus du XIXè siècle.

L'extermination de tribus algériennes par les troupes coloniales françaises, que Lamartine dénonçait en son temps, n'avait rien à voir avec la révolution industrielle. Le "génocide culturel" dont parlait Césaire à propos de la Guyanne n'avait rien à voir non plus avec la révolution industrielle et la "Technique" dans sa conception heideggerienne : ce n'est pas elle qui a rendu possible ces génocides. Cette possibilité était ouverte bien avant la Technique.

Je me référais, pour ma part, toujours au passage liminaire de ce débat extrait du discours de Camus, et donc à la même question : comment concevoir le rapport entre taylorisme etc. et les génocides nazis, à la lumière de la conception heideggerrienne de la technique, et comment l'intelligence de celle-ci pourrait permettre de saisir ce rapport comme conséquence d'un type de rapport particulier au réel.

Je ne suis, comme je l'ai dit plus haut, certainement pas un spécialiste de Heidegger, en fait pas du tout (seulement un curieux parfois fort intéressé), mais je continue d'avoir l'impression qu'en fait le discours de H. à ce sujet vous échappe, ou vous indiffère totalement, et que vous n'en avez pas mesuré la cohérence et la profondeur, que H. ait eu raison ou tort d'ailleurs : quand vous dites par exemple que Descartes avait déjà nourri "le projet d'être maître et possesseur de la nature" bien avant Ford, comme si la technique moderne se résumait selon Heidegger à Taylor, Ford et la Révolution industrielle : mais bien sûr que Descartes avait déjà nourri ce projet !
Pour Heidegger, et je prie les spécialistes de me corriger si je dis une bêtise, le projet consistant à vouloir mettre la nature en équations et de ce fait pouvoir en disposer à sa guise, ce projet participe précisément déjà de l'esprit de la technique moderne, et la science moderne est fille de celle-ci, procède de la technique, et non l'inverse.
L'emballement de la Révolution industrielle, jusqu'au summum constitué par l'usine de mort à produire des cadavres, n'est que la conséquence de l'accroissement exponentiel des savoirs et de l'efficacité des moyens de mise en œuvre de cette volonté de maîtrise réifiante du réel, mais ne coïncide pas avec ce qu'est la technique en tant que telle, dans son essence : en fait vous donnez raison à Heidegger en arguant que l'expression d'une volonté de se rendre brutalement maître de la nature, et d'en disposer dans une perspective strictement utilitariste, précède Ford ou la Révolution industrielle, parce que selon H. toute l'histoire de la métaphysique comme processus allant croissant de "subjectivisation" du monde, et l'avènement de la technique sont des phénomènes concomitants et connexes, dont Descartes signe l'entrée en la phase "moderne" : instauration du magistère du "sujet" à partir de la perspective exclusive duquel est refondé et considéré le monde, d'une part, et d'autre part initiation d'un projet véritablement mathématique et objectiviste de la nature, qui permettra l'essor des développements techniques au sens étroit du mot et "l'achèvement de la métaphysique".

Bref, l'ampleur indiscutable d'une telle lecture n'est pas tout à fait réductible au recensement un peu borné de la seule réalité factuelle, parce qu'elle consiste avant tout, à un niveau différent de la compréhension du réel, à donner du sens à l'enchaînement de ces faits, lesquels en eux-mêmes n'en ont aucun.
Je serai d'accord avec vous pour dire que ce n'est pas la seule lecture possible, et qu'il y a toujours plusieurs façons de donner du sens, les faits, neutres en eux-mêmes, s'y prêtant parfaitement.
Citation
Pascal Mavrakis
Alain,

essayer de comprendre quelque chose au national-socialisme uniquement sur la base de son idéologie est très insuffisant, je crois que nous serons d'accord. Raison pour laquelle je le regarde avant tout comme une poussée de la rationalisation, de la technicisation et de la modernisation - en clair comme une rupture brutale avec la tradition et l'entrée brusque dans la modernité. C'est dans l'aspect totalitaire du système, dans la rationalisation totale, dans le calcul et la mise en calcul de tous les domaines de la vie que je vois le coeur du national-socialisme et de sa "révolution".
En mettant en lumière ce passage d'une critique du fascisme à une critique de la technique je ne pense pas m'éloigner de l'analyse heideggérienne.

En fait, on pourrait peut-être dire que le totalitarisme, c'est le peuple en entier considéré comme un seul sujet, avec les prérogatives absolues qu'il s'accorde vis-à-vis de ce qui n'est pas lui : la technique est la mainmise qu'exigent ces prérogatives, exercée contre tout ce qui tombe sous le regard de ce corps-Etat-sujet ; dans ce registre les nazis ont excellé.
Important de rappeler aussi que c'est confronté au fascisme que Heidegger a pour la première fois commencé de découvrir le caractère agressif de la technologie et de la pensée rationnelle modernes. Et c'est sur cette base que sa pensée poursuivra sa critique ultérieure de la technique.

Heidegger : "Ce n'est pas l'étant présent qui règne, mais l'agression qui domine." Chemins, p. 78.


Alain Eytan : "selon H. toute l'histoire la métaphysique comme processus allant croissant de "subjectivisation" du monde, et l'avènement de la technique sont des phénomènes concomitants et connexes, dont Descartes signe l'entrée en la phase "moderne"

Oui et ce processus historial apparaît, du point de vue de l'histoire de l'être, comme une forme du radical "délaissement de l'être", de la "monotonie", de la "dévastation" ou encore de l'"usure" du monde.
Un processus historial qui, avec le fascisme, surgit à la surface de l'histoire de façon particulièrement brutale, mais aussi particulièrement claire, et qui n'est cependant pas manifeste ni compréhensible pour ceux qui l'accomplissent. Disons que l'histoire est faite par les détenteurs de la puissance, mais qu'elle ne leur est pas, dans ses présupposés historiaux et philosophiques, transparente. C'est pourquoi le Führer apparaît tout au plus comme une sorte d'agent d'exécution d'un événement qu'il dirige et fait avancer, mais aux présupposés et aux implications nihilistes duquel il reste aveugle.
je continue d'avoir l'impression qu'en fait le discours de H. à ce sujet vous échappe, ou vous indiffère totalement,

Cher Alain Eytan, ce qui m'intéresse c'est l'usage qui est fait de ce discours d'Heidegger dans celui de Baix.

Je conteste les exemples historiques choisis par Camus pour soutenir une argumentation qui se revendique d'H.

Par ex. une nouvelle et dernière fois, "Les boîtes à hommes" de Tokyo ne trouvent pas leur possibilité d'être dans la Technique et ne sont pas "les héritières des châlits d’Auschwitz". Le Japon ne subit pas le "Grand Remplacement", la surpopulation qu'il connaît est le résultat d'un phénomène démographique endogène qui est sans rapport aucun avec le fordisme-taylorisme.

Tous les autres exemples donnés dans le discours de Baix me semblent également critiquables. Non, Taylor n'a pas eu une idée de génie en pensant "vendre à ses propres ouvriers" la voiture qu'ils produisaient. Dans l'histoire, les employeurs ont toujours cherché à ce que leurs salariés achètent les produits vendus par leurs entreprises et s'endettent même auprès d'elles. Etc. etc.

Pour être très sincère, je pense que le discours de Baix a été écrit par un homme épuisé.

D'autre part, je crois qu'il y a une autre explication mais je la garde pour moi pour l'instant car il faudrait un peu de délicatesse et de doigté pour l'exprimer et je manque de temps pour m'appliquer.
Eh bien, cher Rémi, une nouvelle et dernière fois, pour éviter de tourner un peu en rond, j'estime pour ma part qu'on peut soutenir que les "boîtes à hommes" de Tokyo sont l'expression d'une même vision du monde, même rapport au réel, façon de ne le considérer que comme matière à profit et rendement optimisé, ce qui procède donc d'une technicisation du réel dans le sens évoqué plus haut, bien qu'Auschwitz en constitue un cas de figure extrême ; mais cela ne veut pas nécessairement dire que les châlits tokyoïtes et ceux des camps de concentration soient reliés entre eux par un lien univoque de cause à effet, ni au reste qu'ils furent conçus pour les mêmes raisons exactement, nommément, s'agissant d'Auschwitz, pour loger la masse d'hommes indifférenciés à tuer, alors qu'à Tokyo on ne veut que loger la masse d'hommes indifférenciés capitalisée comme outil de travail, dont on prend tout de même bien meilleur soin.
Le lien, c'est la façon de considérer l'humain comme stock (les personnes acheminées vers les camps étaient désignées comme Stücke), comme stock de biens à disposition, renouvelable à volonté et donc interchangeable, que ce soit pour produire sa propre mort, manifestation paroxystique de l'essence de la technique, ou des téléviseurs Sony.

On peut soutenir cela, sensément, comme possibilité théorique qu'il sera plutôt hasardeux d'exposer dans un discours, faute de pouvoir toujours exprimer les choses avec une exactititude irréprochable ; cela ne veut pas dire qu'on doive tout prendre pour argent comptant, et que ce soit toujours vrai.
Mais la vérité, vous savez...
Eh bien non, cher Alain, les "boîtes à hommes" de Tokyo et celles d'Auschwitz ne furent pas "conçues pour les mêmes raisons exactement" : dans un cas, elles servent à protéger une population qui n'a cessé d'augmenter, grâce aux progrès de l'hygiène, sur un espace restreint, alors que dans l'autre cas, elles étaient un élément d'un dispositif qui avait pour finalité l'extermination d'une minorité "raciale".

D'autre part, "la façon de considérer l'humain comme stock" n'est pas une spécificité de la révolution industrielle, qui ferait "le lien", comme vous dites, entre Tokyo et Auschwitz : elle fut le propre de nombreuses sociétés esclavagistes. Par ex. dans les sociétés grecque et romaine de l'Antiquité, les propriétaires d'esclaves veillaient à les maintenir en condition de servir mais ils ne cherchèrent pas à ce qu'ils se reproduisent car cela était long et plus coûteux que d'acheter des esclaves importés : le marché mettait à disposition le stock d'esclaves en âge de travailler.

La spécificité de la Shoah, j'ai honte de le rappeler, fut d'être un programme de destruction d'une prétendue "race", pas de conservation pour rentabiliser l'exploitation des esclaves juifs, utilisés "comme matière à profit et rendement optimisé". L'objectif n'était pas de produire des savonnettes ou des abats-jours avec le corps des juifs, même si ce fut expérimenté. Le coût du programme de destruction des juifs était élevé et n'avait aucune rationalité économique, contrairement aux programmes tayloriens-fordistes ou... au programme "d'importation d'immigrés pour combler le déficit des naissances des sociétés européennes" tel que le conçoivent certains démographes et une bonne partie du patronat.
C'est bien ce que je disais : le lien par technique interposée ne veut pas dire que châlits tokyoïtes et auschwitziens furent conçus pour les mêmes raisons exactement.

Au sens où l'entend Heidegger, la technique considère tout l'étant, donc également tous les hommes, comme possiblement utilisables à volonté comme stock, c'est un rapport au réel qui l'englobe dans sa totalité ; l'esclavage dans les sociétés que vous mentionnez montre précisément que tel n'était pas le cas alors, puisque les hommes libres échappaient à cette aliénation, et possiblement les esclaves eux-mêmes d'ailleurs.

Birkenau comme "usine à cadavres", c'est l'humain contraint au dévoilemennt ultime de son être, en produisant ce qu'il a de plus absolu : sa propre mort. C'est en ce sens une expression paroxystique de l'essence de la technique comme processus de dévoilement brutal de l'étant.
Or aussi inimaginable que cela paraisse, à Birkenau on produisait en effet de la mort, avec grand souci d'efficacité et de rendement.
Oui, pardon, je retire le premier paragraphe de mon précédent message car je vous avais lu trop vite (et sur le petit écran d'un smartphone) mais je maintiens la suite car, et j'en suis désolé, vos arguments ne me convainquent pas : appeler "production de la mort" un système de "destruction d'hommes" me paraît être une pirouette.

Dans le système de "production de la mort", l'homme n'est pas traité "comme matière à profit et rendement optimisé", alors que vous faisiez de ce trait la caractéristique du monde de la "technique" .

Citation

: les "boîtes à hommes" de Tokyo sont l'expression d'une même vision du monde, même rapport au réel, façon de ne le considérer que comme matière à profit et rendement optimisé, ce qui procède donc d'une technicisation du réel dans le sens évoqué plus haut, bien qu'Auschwitz en constitue un cas de figure extrême ;

Il y a une différence profonde entre un système tayloro-fordiste qui se sert "rationnellement" de l'homme comme d'un moyen de production et de consommation dans un but de profit, et cherche à préserver les hommes pour cette raison, et un système que vous appelez "production de la mort" qui est en fait un système de destruction d'une catégorie particulière d'hommes, contre toute rationalité économique de type tayloro-fordiste, dans ses buts (aucun profit) comme dans ses méthodes (malgré l'utilisation de procédés "industriels" : plusieurs intervenants ont déjà rappelé le caractère faussement rationnel de ces procédés et le fait que l'accomplissement de la Shoah a pu nuire à l'effort militaire nazi).

Le choix d'une immigration de masse pour faire tourner les usines des pays occidentaux est "rationnel économiquement", selon une logique productiviste tayloro-fordiste, et s'il aboutit à la mort de l'identité de ces pays (le "génocide culturel") ce n'est pas son but. En cela, cette politique est comparable aux politiques coloniales que l'Europe a pu mener en Afrique, plutôt qu'à la Shoah (en détruisant les juifs, les nazis se privaient d'un "stock").

Vous dites que "la technique considère tout l'étant, donc également tous les hommes, comme possiblement utilisables à volonté comme stock" : n'est-ce pas une façon de dire que tout procédé peut être utilisé à des fins d'instrumentalisation de l'homme ? Bien avant la révolution industrielle et Taylor-Ford, les esclaves étaient considérés comme un "stock" et tous les hommes pouvaient devenir esclaves, dès lors qu'ils étaient capturés.

Et si les "boîtes à hommes" de Tokyo n'ont pas été conçues comme une technique de stockage d'hommes utilisables à volonté, il n'y a pas de raison de les comparer aux châlits d'Auschwitz au motif que "la technique" pourrait les utiliser comme tels, car tout procédé, depuis la nuit des temps (ce n'est pas le propre d'une époque particulière), peut être détourné aux dépens de l'homme.
Le choix d'une immigration de masse pour faire tourner les usines des pays occidentaux est "rationnel économiquement", selon une logique productiviste tayloro-fordiste, et s'il aboutit à la mort de l'identité de ces pays (le "génocide culturel") ce n'est pas son but.


Ce n'est pas son but ?

Ah bon ? Qu'en savez-vous ? Personnellement je suis persuadé du contraire (disons que c'est l'un de ses buts).

C'est bien connu, les gouvernements des Etats jouent sur les facteurs conflictuels internes et externes à leurs sociétés pour asseoir davantage leur pouvoir et leur légitimité, laissant se perdurer les antagonismes, les éléments d’instabilité et de disparité existants, et mêmes en les suscitant (inégalités sociales et culturelles, immigration, situations de non droit dans les zones urbaines, "justice" favorable aux remplaçants, menaces et sanctions pénales pour les remplaçés - bref, tout ce qui peut diminuer les défenses immunitaires des sociétés en sapant leur stabilité).
Les politiques remplacistes, via l'immigration de masse, attisent donc les facteurs de guerre civile, répendent l'apathie, éradiquant au passage les anciennes cultures nationales "xénophobes et racistes".
Personnellement je suis persuadé du contraire (disons que c'est l'un de ses buts).

Il ne s'agit pas de croyance personnelle mais de faits.

1./ Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale le patronat ne voulait pas d'immigrés algériens car il les trouvait insuffisamment productifs par rapport aux immigrés européens, Portugais, Italiens et Espagnols, notamment

2./ Ce sont les gouvernements de la IVè République qui ont privilégié l'immigration algérienne pour contribuer au développement de ce département, dans l'espoir d'éviter l'indépendance

3./ Quand VGE au début de son mandat voulut organiser le retour dans leurs pays des immigrés maghrébins (employés, pas chômeurs), toutes les églises chrétiennes, avec les partis de gauche et toute la haute administration, s'y opposèrent et contribuèrent de surcroît à faire reconnaître le droit au regroupement familial au nom du principe du "droit à une vie familiale normale", lequel fut consacré dans sa définition la plus large possible par la Cour européenne des droits de l'Homme

4./ Mitterrand ne vit que des avantages à régulariser des immigrés supplémentaires ce qui permettait d'attiser les divisions de la droite, concurrencée par le FN, et, accessoirement, de donner quelques électeurs de plus à la gauche.

5./ La glorification du multiculturalisme est venue ensuite lorsque l'immigration familiale non européenne est devenue massive.

Conclusion : il n'y a pas eu de plan concerté pour organiser le "génocide culturel" des pays européens. Ce n'était pas le but mais un effet secondaire de l'application d'un principe "chrétien" utilisé parfois avec cynisme par les responsables politiques.

AJOUT pour faire le lien entre les deux conversations :

La principale "condition de possibilité" (cf. supra) du génocide juif fut l'anti-judaïsme chrétien, qui servit de terreau à l'anti-sémitisme athée nazi.

La principale "condition de possibilité" du "génocide culturel" des nations européennes fut la conception chrétienne de la famille et de la démographie ("Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l'assujettissez" ; "Il n'est de richesse que d'hommes", etc.).
Conclusion : il n'y a pas eu de plan concerté pour organiser le "génocide culturel" des pays européens
//)

Pas de plan ni de complot, ouf... Nous sommes sauvés. C'est pourquoi (je reprends mon message supra) les "Führer remplacistes" apparaîssent tout au plus comme des sortes d'agents d'exécution d'un événement qu'ils dirigent et font avancer, mais aux présupposés et aux implications nihilistes duquel ils restent aveugles.
» Dans le système de "production de la mort", l'homme n'est pas traité "comme matière à profit et rendement optimisé", alors que vous faisiez de ce trait la caractéristique du monde de la "technique" .

Eh bien cher Rémi, il l'est, dans ce sens : dans les "usines de cadavres" qu'étaient les camps, l'homme est traité comme matière à profit et rendement optimisé dans la production de sa propre mort.
Ce n'est pas une pirouette, encore moins en fait une métaphore, mais une description adéquate de la réalité des camps : Primo Levi avait je crois noté que dans la Buna, camp satellite d'Auschwitz où il était détenu, on ne voyait en réalité que très rarement les SS, lesquels étaient des sortes de dieux dont on ne pouvait même affronter le regard, et qu'à leur passage il fallait baisser la tête et ôter son calot, sous peine de mort ; les SS déléguaient autant que possible le travail de l'extermination aux exterminés eux-mêmes, et ce jusqu'à des fonctions assez importantes de comptabilité et d'encadrement, sans parler du gazage et de l'enfournement : ce qui veut dire, littéralement, que la masse constituant les détenus, contremaîtres et cadres inclus, étaient les ouvriers de leur mort.

Je le rappelle pour la énième (et j'espère, dernière) fois : ce qui dans l'optique de la technique, au sens où Heidegger l'entend, relie le taylorisme aux camps, c'est que ces deux phénomènes réalisent une mainmise brutale, planifiée et organisée du réel, comme on pénètre par effraction dans une maison pour, d'une part, en révéler le contenu et dresser méthodiquement l'inventaire (c'est là l'essence de la technique, ce qui relève du "dévoilement"), et d'autre part disposer de ce qui est ainsi mis au jour dans le seul horizon de l'utilité.
Vous me dites qu'il n'y avait aucune "rationalité économique" dans cette production de mort : d'abord il y en avait aussi, puisque les détenus étaient également employés comme force de travail dont on pouvait disposer absolument, jusqu'à la mort ; mais de toute façon cela ne veut pas dire que cette entreprise était inutile, loin s'en faut, justement, pour les nazis, et qu'elle ne servait pas une utilité supérieure, nécessaire, vitale : la préservation du Volk, érigé en valeur absolue, de tout ce qui est considéré comme potentiellement nuisible, délétère, dangereux, et à terme létal même.

Qu'était cet "inventaire" dressé dans les camps ? absolument tout ce que les arrivants possédaient, des pieds à la tête, vêtements, argent, diamants, puis une fois le produit (la mort) achevé, dents, cheveux, etc.
Qu'était ce dévoilement ultime que chaque homme dépossédé par violence de sa vie n'a plus qu'à "offrir" ? sa propre mort (il faut rappeler que pour Heidegger, la mort réalise une sorte d'absolu de la vie de l'homme : il n'y a pas seulement "l'être pour la mort", il y a surtout que "la mort est la possibilité de la radicale impossibilité").
À quelle fin supérieurement utilitaire était dévolue cette violence méthodiquement organisée à l'encontre de l'humain ainsi mis à nu et à disposition ? à celle de la préservation de soi et pratiquement de la légitime défense : même un Ohlendorf estimait qu'il fallait "régler" d'une façon ou d'une autre le "problème" que constituaient les Juifs.
Aussi, je ne sais pas ce qu'il vous faut : c'est comme si Heidegger avait réellement élaboré son discours sur la technique pour que le système concentrationnaire nazi pût lui en servir d'illustration parfaite et exemplaire, bien plus encore que le taylorisme en fait.
@Alain

il faut rappeler que pour Heidegger, la mort réalise une sorte d'absolu de la vie de l'homme : il n'y a pas seulement "l'être pour la mort"



Attention cher Alain. Das "Sein zum Tode", concept clef d'Être et Temps, se traduit par "être-vers-la-mort" (traduction de François Vezin reprise par François Fédier). "Être-pour-la mort" est une (vieille) traduction d'Emmanuel Martineau, rejetée par la majorité des heideggériens.
Merci Pascal, pour avoir lu La Mort de Dastur, dans quoi il est question de cette méprise, j'étais au courant... En l'occurrence "pour" ou "vers" ne changent je crois pas le caractère "absolu" de cette butée, qui réalise le possible de tous les possibles, puisque c'est la possibilité de l'impossible : or, à partir du moment où la vie mème est considérée comme ouverture sur les possibles...
En son principe, qu'est-ce qui différencie une fabrique de mort où dans différents locaux on trouvera entassés valises et sacs à main ici, là cheveux, plus loin alliances et dents en or etc., d'une filière de transformation d'un produit de base comme le bois (scierie industrielle), la laine (filature industrielle) ou, de manière plus évidente encore, abattoir industriel? Même rationalisation massique de la 'chaine de la valeur'. Plus le taylorisme est pur, plus il parle fort et plus certains se bouchent les oreilles et les yeux pour tenter de nous parler d'autre chose.
Cher Alain, bien sûr, je connaissais la description du fonctionnement des camps.

Je me permettais seulement de faire observer que les nazis avaient pour objectif de supprimer le "stock" des juifs ce qui ne correspond pas du tout à l'objectif de valorisation durable du "stock des salariés" dans le système industriel tayloro-fordiste et à la gestion des "stocks de population" dans les sociétés développées (Japon notamment).

Vous savez cela aussi bien que moi bien sûr mais vous, vous considérez, si j'ai (enfin) bien compris, que ces "modes de production" réalisent une même "mainmise brutale, planifiée et organisée du réel".

Ce niveau "abstrait" d'équivalence me semble trompeur en tant qu'il fait perdre leurs singularités aux évènements historiques dont nous parlons, la Shoah, "le génocide culturel" (selon l'expression abusive de Césaire) et la croissance démographique démentielle que le monde connaît depuis les années soixante (à la louche, et ça s'aggrave encore : [www.lemonde.fr]).

Je crois que nous avons affaire à des phénomènes radicalement différents, irréductibles les uns aux autres, et même si l'on retrouve certains mêmes procédés "rationnels" dans les différents systèmes.

En conclusion pratique, au concept heidegerrien de "technique", à mon sens trompeur, je préfère, pour décrire le "Grand Remplacement", les catégories qui trouvent des assises historiques bien claires, telles que celle de "colonisation de peuplement".

Mais je reconnais que j'ai développé une allergie peut-être excessive aux concepts philosophiques, pour avoir eu souvent le sentiment d'être grugé par les virevoltes académiques (vous êtes, bien sûr, nullement visé par le propos) et, surtout, les amalgames aberrants et prétentieux de la prétendue "science politique" (du moins dans sa forme lecourgrandmaisonesque : cf. la critique que j'avais mise en ligne sur le livre "Coloniser, exterminer")
Valorisation est un terme interchangeable avec 'transformation' de la matiere indifférenciée (processing dans l'anglais de Taylor). Rappelons qu'en anglais, le bétail valorisé dans les sites d'abattoirs industriels se dit livestock , terme dans lequel se décele le Stücke des exterminateurs nazis.

Déshumanisation de la 'matiere humaine' indifférenciée promise à la transformation-valorisation (processing tayloriste) et déshumanisation aussi des ouvriers des camps employés à ce processing font un phénomène unique et totalisant, bien symétrique, entre parenthèses à celui qui fut pensé par le génie fordien qui valorisait l'existence des ouvriers valorisateurs en leur faisant acheter leur propre production.
L'esclave du monde pré-industriel (Rome, Etats du Sud en Amérique, etc.) était un bien appartenant à un propriétaire : son intégrité physique était la condition sine que non de sa valeur. Il portait, concrètement ou métaphoriquement, le nom de son propriétaire marqué sur la peau. Il n'était pas matière indifférenciée vouée à la transformation-valorisation (entendre nullement voué à la destruction comme l'est une matière première ou un produit de base tel le bois ou la laine brute). L'esclave était un outil au service de son maître.

Le détenu d'un camp d'extermination nazi, lui, subissait un tatouage sur le bras qui n'était pas un nom, signe d'appartenance à un maître, mais un numéro, comme sont numérotées d'un numéro de traçabilité les billes de bois entrant dans la chaîne de transformation d'une scierie où est valorisée une matière, ou comme sont numérotées des balles de laine entrant dans la chaine de transformation d'une filature (cette laine devant être lavée, puis cardée, avant d'être filée, etc.), ou encore comme le sont les pièces d'équarissage ou les animaux eux-mêmes entrant dans un abattoir industriel.

Les déchets de scierie sont appelés chutes et rebuts, et sciure, bien sûr. Ces termes désignent les restes de la valorisation de la matière. Dans une filature, ce sont les freintes ; dans les abattoirs, les abats, ou les os broyés, etc.

Dans le camp d'extermination, en bout de chaîne, les corps jetés dans des fosses, les fours où on les mettait à brûler, sont l'équivalent MHI des rebuts, freintes, sciure, et autres déchets industriels des sites d'implantation des scieries, filatures et abattoirs. La perversité, et ce qui faisait le paradoxe industriel du camp d'extermination, tient au fait que la production de ce déchet faisait la finalité de l'industrie, son produit principal, cependant que les savonnettes et autre abats-jours en peau humaine, n'étaient que des sous-produits de cette transformation de la matière. Le produit final de la filière n'était autre que le déchet lui-même, qu'on s'évertuait à produire en masse.

Les scieries, les filatures et les abattoirs ont leur laboratoire où l'on se livre à des expériences sur la matière, où est testée sa résistance, ses réponses au stress, où le bois est analysé, défibré, la laine itou, etc. Les camps d'extermination eux aussi, comme j'ai honte de le rappeler, dirait Pellet, possédaient de ces laboratoires où des "ingénieurs/docteurs" opéraient et sévissaient.

La filière de l'extermination de la "matière humaine" dans ces camps était un modèle d'industrie, une industrie modèle dans sa conception, en même temps qu'une anti-industrie par sa finalité (production systématique et optimalement abondante de déchets, valorisation de la matière pour en produire du déchet). La production de mort quant à elle, était toute conforme à l'extermination de la matière brute dans et par le processing : tout produit manufacturé ne s'obtient que par mise à mort de la matière originelle – transformer c'est détruire. Ce modèle industriel détournait la finalité industrielle ordinaire mais en tant que modèle était intact, pure industrie. Sa philosophie demeurait tayloriste de part en part. Elle en exaltait le principe, et celui-ci était bien antinomique au modèle esclavagiste. Cette philosophie des opérations était bien fille revendiquée de la révolution industrielle, celle de la taule où doit s'opérer la tuerie systématique d'une matière.

Tout ça est-il donc si difficile à comprendre ? Si ce ne l'est pas, comment expliquer que certains s'acharnent ici à confondre outil et matière et à nous répéter à l'envi les mêmes sornettes selon lesquelles, par exemple, l'esclave des âges pré-industriels était déjà matière humaine indifférenciée ?
Ah, je ne sais plus ce qu'ont écrit les autres imbéciles dans mon genre qui ont tellement de mal à comprendre des évidences, mais pour ma part je n'ai jamais assimilé le statut des esclaves grecs et romains, celui des salariés des entreprises japonaises et celui des victimes de la Shoah. J'ai au contraire contesté les "concepts" trans-historiques ("la MHI") et insisté sur la spécificité de chacun de ces statuts et du processus du génocide juif malgré l'usage dans les camps nazis de techniques héritées de la révolution industrielle (et d'autres époques).

Cependant, vous pouvez continuer à croire que les boîtes à hommes de Tokyo sont les héritières des châlits d'Auschwitz ou, aussi bien, que l'Union européenne est héritière du projet européen nazi, ça ne me dérange pas du tout et je suis même intéressé par les conclusions politiques pratiques que vous en tirerez.

Pour fermer les boites à hommes de ses métropoles, le Japon, qui a toujours évité l'immigration de masse et dont le taux de natalité est en berne (le plus faible au monde), un modèle d'In-nocence donc, doit-il envahir la Chine, pour étendre son espace et loger dignement les salariés de Sony ?

À ma connaissance, les responsables japonais, malgré Heidegger, font plutôt confiance aux progrès de la "technique" pour tenter d'organiser la prise en charge des personnes très âgées dont le nombre est devenu considérable (les plus de 75 ans sont désormais plus nombreux que les moins de 15 ans).

Cependant, si vous avez une autre solution, autre que "finale" de préférence, faites-le savoir urgemment aux intéressés, je suis certain qu'ils vous feront le meilleur accueil, d'autant que vous parlez leur langue ai-je cru comprendre.
Rémi Pellet le 29 octobre, ironisant:
Ah oui, bien sûr, alors qu'avec l'esclavage c'était pas du tout le genre "matière humaine indifférenciée".

"L'historique" de l'esclave "sur son lieu d'embauche" avait beaucoup d'importance, "le risque d'annihilation" de l'esclave était beaucoup plus réduit que pour le salarié de Taylor-Ford, c'est sûr...


Rémi Pellet le 14 novembre, niant farouchement les implications de ses exclamations ironisantes émises 2 semaines auparavant:

Ah, je ne sais plus ce qu'ont écrit les autres imbéciles dans mon genre qui ont tellement de mal à comprendre des évidences, mais pour ma part je n'ai jamais assimilé le statut des esclaves grecs et romains, celui des salariés des entreprises japonaises et celui des victimes de la Shoah.

Le sujet de cette discussion réclamerait un peu de sérieux, moins de pirouettes et de contorsions ironiques, et de manières de bal masqué.
Je voudrais rebondir sur cette notion de similarité de ce que Francis a appelé "la filière de transformation d'un produit de base", cher Rémi : soit une même méthode de transformation de ce "produit", ce qui implique bien sûr que la valeur attribuée à celui-ci n'est évaluée qu'en fonction de l'utilité de sa mise à disposition : différents produits peuvent ainsi être semblablement traités, une pièce de bois, une vache, un homme : la méthode sera donc essentiellement la même, seule différera la matière première y transformée.
La question qui se pose en l'occurrence est, me semble-t-il, celle qui consiste à savoir ce qui pourrait distinguer ces transformations selon la matière traitée, et ce qui vaudra à la chaîne transformant des hommes sa valeur de "singularité irréductible", irréductible aux deux autres (encore qu'on puisse nourrir une réelle sympathie pour les vaches) : la réponse est simple je crois, car la seule façon de distinguer ces filières selon les matériaux employés n'est autre que ce qui résulte de nos catégories morales et des jugements qu'elles impliquent.
On ne pourra donc pas comparer l’abattage industriel des hommes à celui de quelques bestiaux, car ce serait passer outre ce qui nous paraît être le sens moral le plus élémentaire, et constituer aussi en règle générale le socle axiologique de la plupart des sociétés.

Or c'est là que réside le hic principal, et c'est une sérieuse difficulté, à partir du moment où l'on voudra rendre compte de ces phénomènes, les expliquer et tenter de percer à jour les modes opératoires et de pensée qui les ont permis et rendus possibles : il me paraît extrêmement compliqué de vouloir les décrire en prenant en compte ce qui les distinguerait radicalement, à savoir donc nos catégories morales, parce que les prenant en considération, dans toute tentative de description et d'intelligence, le phénomène de l'abattage industriel des hommes, l'objet même de la comparaison, ne se serait tout simplement pas produit.
Cela paraît trivial, mais il semble bien qu'il faille laisser de côté la morale, la décence et l'humanité, si l'on veut rendre compte de la Shoah, car ses perpétrateurs n'avaient en l'occurrence rien de cela, du moins pas au sens qui vous fait dire que nous avons affaire là à des phénomènes radicalement différents.

Dans cette hypothèse, l'analyse factuelle sur laquelle vous prétendez vous appuyer n'est en fait qu'un jugement de valeur, jugement que l'interprétation par l'entremise de la "technique" veut autant que possible laisser de côté : je me demande réellement si cette dernière ne serait pas plus pertinente, parce que beaucoup plus adéquate à l'état d'esprit de ceux qui, dans les faits, n'ont pas fait de différence entre une filière de transformation de bois, de bétail ou d'hommes.
Le sujet de cette discussion réclamerait un peu de sérieux, moins de pirouettes et de contorsions ironiques, et de manières de bal masqué.



C'est que M. Pellet semble se prendre pour Socrate... Après tout, si ça l'amuse.

Etymologiquement parlant, le terme d’ironie, qui provient du grec eironeia, veut tout simplement dire interrogation, lexème qui se reporte à la méthode par laquelle Socrate, interrogeant, assumait une ignorance docte pour faire apparaître l’ignorance réelle de ses interlocuteurs.
Oui, j'ai critiqué le concept de MHI en tant qu'il me paraît trop général et qu'il pourrait s'appliquer à de très nombreuses formes d'exploitation bien antérieures à celle que subissent les salariés de chez Sony, notamment à la traite négrière.

Je comprends que mes réserves irritent au plus au point le Lecour Grandmaison de ce forum, producteur infatigable d'"effets Poubelle" : [www.revue-lebanquet.com]

Et M. Mavrakis le prend sur le même ton maintenant. Eh bien alors, je vais faire comme M. Bruno Chaouat. Je me disais que le fairplay ne durerait pas longtemps...

Salutations amicales et navrées à Alain Eytan
(c'est bête, j'avais une objection à votre objection -))
Salutations tout aussi amicales à vous, mon cher Pellet : c'est dommage, à ce train nous pouvions continuer encore longtemps, le sujet paraît inépuisable...
Quelques remarques sur le Japon après avoir été invité à m'exprimer à son sujet par le sieur Pellet. Je précise que je ne suis pas plus (ou pas moins, après tout), spécialiste du Japon qu'Alain Eytan n'est spécialiste de Heidegger.

Les ouvriers japonais n'ont a vrai dire jamais été traités, ni considérés comme MHI par leurs employeurs. La raison, dite simplement, en est historique : l'ouvrier ou l'employé japonais est lié par un fort sentiment d'appartenance à la firme qui l'emploie : traditionnellement on est Sony, Mitsubishi ou Toshiba, à vie. On n'est pas ouvrier chez Mitsubishi, mais on est un Mitsubishi. Quelle raison historique ? Je n'en vois qu'une possible : le Japon fut le seul pays d'Asie orientale à avoir connu une industrialisation poussée, techniciste, sans passer par la case communisme, cela à la différence de son grand voisin la Chine et de ses petits voisins (Vietnam, etc.). La Corée du Sud est sensiblement dans le même cas : un certain rapport féodal à l'être, la féodalité du nom, du blason et de l'appartenance, fût-elle celle d'esclaves à un maître, persistent comme fantôme, dans le monde industriel japonais. Ailleurs en Asie orientale, et singulièrement en Chine communiste, l'ouvrier est bien MHI, remplaçable, comme pouvait l'être la main-d'oeuvre noire affranchie abordant les fabriques du nord des Etats-Unis il y a 150 ans. Le communisme dans sa totalité, hors Cuba, ne fut jamais autre chose que cela, sa destination ne fut autre que celle-ci : préparer l'Asie au capitalisme industriel, extirper de ce sol tout lien d'appartenance des hommes à leur histoire, à leur famille et à leurs pays pour en faire les zombies remplaçables dont l'industrie mondiale et tayloriste a besoin. Ce thème a été plusieurs fois traité dans ce forum.

La question de la transhistoricité : oui, la transhistoricité existe de manière opérante, elle n'est pas une idée follâtre et irresponsable, "poétique", et oui la transformation de la matière, la technè, sont des phénomènes transhistoriques qui prennent le pouvoir quand l'histoire débraye, quand les hommes débrayent de leur histoire propre et de leur morale propre, ce qu'a fait ressortir Alain Eytan dans sa dernière intervention : que la morale s'effondre et les trains, les chaînes de transformation industrielle de la matière, les châlits, la guillotine, les gaz asphixiants et l'arme à feu prennent le pouvoir politique, l'ascendant sur les hommes, et la technique conduit l'histoire, ce qui, me semble-t-il, est au coeur du message heideggerien sur le sujet qui nous occupe.
C'est en effet ainsi que l'on explique la particularité du capitalisme japonais. Le Japon est passé directement d'une forme de féodalité, c'est-à-dire d'une société structurée par le lien d'homme à homme, à une capitalisme féodal — imposé par la Restauration ou Révolution de Meiji — lui aussi structuré par le lien d'homme à homme. C'est-à-dire qu'au sein de l'entreprise, chacun est intégré à une relation sempaï-kōhai. Le sempai (先輩) est le protecteur, le tuteur, l'aîné, le chef du kōhai (後輩), le protégé, le cadet, qui lui doit en échange respect et obéissance. Comme dans la société féodale européenne où l'on est vassal d'un suzerain tout en ayant des “gens” dont vous êtes responsables et que vous protégez, une pyramide est formée, très solidaire et cohérente.
Au fond, quelle meilleure preuve historique apporter à nos contradicteurs pour argumenter que l'industrie fait de la politique que le cas de la Chine et de ses pays satellites au terme de quarante années de mutation ? comme l'avait bien perçu Heidegger, ce petit demi-siècle d'histoire orientale contemporaine nous montre que communisme industriel et capitalisme industriel étaient appelés à se conjoindre politiquement dans et par la soudure de l'industrie. On peut considérer que celui-là avait pour tâche de terrassier consistant à déblayer la scène de l'histoire de la féodalité qui l'encombrait et ainsi préparer le terrain pour l'installation de celui-ci, mais on peut aussi à cette image appliquer le rasoir d'Ockham et dire qu'ils sont un même être politique, et que cet être dominant, disposant de l'histoire, n'est autre que ce faux outil, vrai maître que constitue le protocole industriel et managérial, qui commence par un découpage artificiel du temps (travail et repos réglés par la pendule d'atelier), acte par lequel fut d'abord désossée la féodalité dans la douleur (politiques maoïstes des années 50, etc.).

L'artificialisation du temps, qui est un concept heideggerien par excellence, me semble-t-il, fut la clé du déclenchement de ce processus transhistorique et transcivilisationnel. Le maître politique universel est celui que fondent les protocoles managériaux de la technique et de l'industrie. Ce colosse politique enjambe trois siècles : il a un pied dans le XIXe, l'autre dans le XXIe.
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