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Le phallus dans la langue

Envoyé par Pascal Mavrakis 
12 novembre 2017, 11:13   Le phallus dans la langue
Ecriture inclusive : "En français, la langue reste attachée au phallus" Chloé Delaume : "L'égalité n'est pas concevable, c'est ce que nous renvoie, en kidnappant la langue, chaque jour, l'Académie". (JOEL SAGET / AFP)
Alors que le débat s'enflamme sur l'écriture inclusive, "l'Obs" a demandé à plusieurs écrivain·e·s ce qu'ils en pensent. Chloé Delaume, romancière exigeante et audacieuse, s'exprime sur le sujet.


Publié le 12 novembre 2017 à 08h01

Cette tribune est un extrait du dossier
«Ecriture inclusive: que disent les écrivain·e·s?»



"Ce qui n'est pas nommé n'existe pas: l'invisibilisation des femmes passe d'abord par la langue. Or depuis quelque temps, les leurs, partout, se délient. Souvent, en se libérant, leur parole éclabousse les consciences de gras de porc, un haut-le-cœur collectif. La possibilité que le réel se modifie, que les comportements cessent de tremper dans l'huile. Pour décrire ces violences, leurs formes et leurs manifestations implicites comme explicites, il existe tout un tas de mots dans le dictionnaire. Ils circulaient depuis longtemps, jusqu'ici en privé, pas dans l'espace public.



L'espace public, en France, le bon esprit de la gaudriole, la possession par droit de cuissage, l'invocation de l'œuvre de Rabelais et de la truculence nationale pour palper tranquillou la chatte de la voisine: en marche pour l'exorcisme. En cela, réjouissons-nous. Et profitons, surtout, de ce moment propice pour imposer dans la foulée une réforme de la langue française, et l'annexion de l'Académie française par le secrétariat d'Etat chargé de l'Egalité femmes-hommes.



Depuis 1634, la grammaire et le Dictionnaire, l'évolution de la langue, sont sous la protection de l'Académie française, qui seule a le pouvoir de trancher. Quarante sièges, première femme Marguerite Yourcenar, 1980. Bientôt cinq siècles, 729 membres, 8 femmes. Alors évidemment. La langue française vivante, mais les bouches qui la parlent, les lèvres qui la font, elles restent muettes, invisibles, jamais représentées. Nicolas Beauzée, grammairien, 1767: «Le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle.» La langue est un organe composé de dix-sept muscles, quand la tienne est française et que tu es une femme, ils sont anesthésiés. En médecine chinoise, le cœur est relié à la langue. En français dans le texte la langue reste pour sa part attachée à la bite.

La règle de proximité peut changer les mentalités, la syntaxe sociale s'écrit au fond des crânes, les gestes verbalisent et conjuguent autrement, s'accorder est possible. Faudra juste insister auprès de l'Académie. La modification du réel, l'obsolescence de la supériorité du genre masculin, dont la réputation s'est notablement ternie depuis 1767, n'y est pas prise en compte. La féminisation des noms de métiers, des grades, des titres et des fonctions n'est toujours pas reconnue par les gardiens de l'usage, le phallocentrisme pour eux: un trésor national. Simone Veil, un confrère. Le masculin n'est pas neutre, il auréole de grâce, offert comme un cadeau, le masculin répare chez les femmes qui le méritent leur envie de phallus. L'influence du freudisme sur les personnes âgées fait encore des ravages.

Le 23, quai de Conti, les séances à huis clos de l'Académie française. Au centre, pas un lutrin mais une table en acier, dessus le Dictionnaire maintenu sous la Coupole, examen préalable au rituel de pureté; en cercle les habits verts, le bicorne et l'épée. Sous les lentilles de verre, le Dictionnaire palpite, du réel suinte des pages, la féminisation, des «e», des «trices», des «esses», qui éclosent à outrance, si étrange à l'oreille, des fréquences inédites qui grillent les Sonotone, un peu de sang dans la pièce et quelques immortels aussitôt évacués. A ne pouvoir se nommer, le réel se perd de vue. L'égalité n'existe pas, l'égalité n'est pas concevable, c'est ce que nous renvoie, en kidnappant la langue, chaque jour, l'Académie.

Non, le masculin ne l'a pas toujours emporté sur le féminin

Le point médian est un stigmate: à ne pas avoir laissé la langue se féminiser naturellement, à l'avoir maintenue hors de portée et du réel, les revendications explosent et les mesures graphiques sont radicales. Le point médian est adapté et praticable dans de nombreux lieux et registres, mais difficile pour moi en terrain littéraire. C'est compliqué de jongler avec. «Je» contre la génuflexion par la double flexion, «celles et ceux qui»; privilégie les épicènes; applique dans mes courriers la règle selon laquelle en cas de supériorité de nombre, le féminin l'emporte sur le masculin. Le point médian est un symptôme, la manifestation d'un manque. Le débat autour de l'écriture inclusive pourrait être l'occasion d'organiser un putsch au 23, quai de Conti."



Chloé Delaume est écrivaine, éditrice, performeuse et musicienne. Elle a écrit de nombreux ouvrages, dont «le Cri du sablier», prix Décembre 2001. Dernier ouvrage paru: «les Sorcières de la République» (Seuil)
12 novembre 2017, 11:59   Re : Le phallus dans la langue
la langue reste pour sa part attachée à la bite


Il faudrait, pour juger de ce qui les ronge, connaître la vie privée de ces femmes, histoire de voir si, par hasard, leur incessante logorrhée victimiste ne serait pas un peu "attachée à la chatte".
12 novembre 2017, 13:36   Re : Le phallus dans la langue
(Fô dire qu'avec une tronche pareille...)

[i.ytimg.com]
12 novembre 2017, 14:19   Re : Le phallus dans la langue
Sexe, crimes et botanique (ta mère).

Toutes des petites Agrippine qui se préparent à la fabrication de petits Néron.
 
Citation
Pascal Mavrakis
(Fô dire qu'avec une tronche pareille...)

[i.ytimg.com]

J'allais, Pascal, vous inviter à prendre connaissance du physique parfaitement révélateur de dame Deleaume. Impressionnant, hein? Avec ces gens-là, c'est le règne des beautés assuré ! La langue, le visage, la silhouette...

Une 'sœur' de Deleaume, probablement : [actu.orange.fr]
12 novembre 2017, 17:15   Re : Le phallus dans la langue
La bobo S. Forestier a, "en tant que femme", "une responsabilité", et "un problème avec l'injonction"...
12 novembre 2017, 17:15   Re : Le phallus dans la langue
Hmm, plus jeune, elle a pu être mignonne ; au reste, c'est tout de même une femme qui déclare que pratiquant la "prostitution en bar", elle se sentait plus libre que si elle avait été caissière à Carrefour ; le texte en lui-même n'est pas si déplaisant à lire, et j'ai honte d'avouer que j'ignorais le sens précis d'"épicène".
Enfin, les choses ne sont jamais si tranchées...




12 novembre 2017, 17:20   Re : Le phallus dans la langue
"Hmm, plus jeune, elle a pu être mignonne"

Alors il faudrait m'expliquer pourquoi elles vieillissent (et s'enlaidissent) si vite... ?
C'est comme si un certain mode de pensée, on va dire une certaine "culture", produisait presque naturellement de la laideur physique.

Admirez ces beaux, ces nobles visages de femmes d'âge mur, dans nombre de sociétés traditionnelles...
12 novembre 2017, 17:28   Re : Le phallus dans la langue
j'ai honte d'avouer que j'ignorais le sens précis d'"épicène"
///))

Merci Alain. Grâce à vous j'ai moins honte de l'avouer, moi aussi.
12 novembre 2017, 18:22   Re : Le phallus dans la langue
Alors il faudrait m'expliquer pourquoi elles vieillissent (et s'enlaidissent) si vite... ?

Bah on vous dira que c'est le traumatisme retardé provoqué par l'esclavage sexuel qu'elle a subi.

Je lis ça à propos de campagnes de propagande féministe menées dans les écoles :

J'étais en robe et un garçon m'a soulevé ma robe", témoigne une adolescente. "À la piscine, quand on s'habillait ou on se déshabillait, [les garçons] étaient tous en train de nous regarder", confie une autre. Une troisième fille parle de "garçons qui étaient de vrais obsédés" et de "mecs qui touchent les fesses".
Ces comportements "ne sont pas des jeux. Ce sont des violences sexuelles", prévient Muriel Salmona, psychiatre et psycho-traumatologue. "Ces actes sexuels" peuvent avoir "des conséquences très graves. Cinquante ans après, il y a des études qui l'ont démontré, cela peut être un facteur de risque de suicide, de dépressions à répétition, de troubles anxio-dépressifs, de troubles psycho-traumatiques avec des souffrances", poursuit la spécialiste.
12 novembre 2017, 18:58   Re : Le phallus dans la langue
(...) poursuit la spécialiste.

///

"Laisse-moi t'expliquer.
Tous savent qui je suis
mais voilà, ce Je Suis
est de surcroît un homme
pour toi."


"Les blessures", P. Neruda.
La demoiselle, avant de rabougrir (aujourd'hui elle ressemble à Françoise Héritier), a été la compagne d'un philosophe un rien azimuté, l'attachant Mehdi Belhaj Kacem. Celui-ci a livré quelques réflexions intéressantes sur l'ironie pathologique des rejetons de la génération Canal+, soit des millions de mâles cradingues à voix de fausset dont les existences entières furent consacrées à déconner, se moquer, se poiler, se marrer. In-la-ssa-ble-ment. (Je n'oublierai jamais l'hommage du fils de Claude Chabrol à son père tout juste décédé : "Qu'est-ce qu'on s'est bien marrés, quand même.")
Citation
Alain Eytan
Hmm, plus jeune, elle a pu être mignonne ; au reste, c'est tout de même une femme qui déclare que pratiquant la "prostitution en bar", elle se sentait plus libre que si elle avait été caissière à Carrefour ; le texte en lui-même n'est pas si déplaisant à lire, et j'ai honte d'avouer que j'ignorais le sens précis d'"épicène".
Enfin, les choses ne sont jamais si tranchées...




Entre nous, je préfère son reflet dans le miroir.
13 novembre 2017, 16:33   Re : Le phallus dans la langue
Le reflet n'est qu'un floutage, donc un filoutage ; cette jeune femme a un beau regard, très attirant, et c'est toujours bouleversant, un beau regard, le reste importe vraiment peu...
13 novembre 2017, 17:03   Re : Le phallus dans la langue
Cette toute nouvelle dinde de chez Médiapart n'est pas mal non plus.

A voir :

[www.fdesouche.com]
14 novembre 2017, 17:08   Re : Le phallus dans la langue
"En ce sens on peut dire que l’hystérique femme, s’il y a beaucoup plus d’hystériques femmes que d’hystériques hommes, c’est un fait d’expérience clinique, c’est parce que le chemin de la réalisation symbolique de la femme comme telle est plus compliqué. Inversement pour ce qui est d’en poser le problème, c’est-à-dire en quelque sorte de s’arrêter à mi-chemin. Car devenir femme et s’interroger sur ce qu’est être une femme sont deux choses essentiellement différentes. Je dirais même plus, que c’est parce qu’on ne le devient pas qu’on s’interroge, et jusqu’à un certain point, s’interroger est le contraire de le devenir. La métaphysique de sa position est le détour imposé à la réalisation subjective chez la femme. C’est parce que sa position est essentiellement problématique, et jusqu’à un certain point inassimilable qu’elle fera plus facilement une hystérique qu’un sujet du sexe opposé. Mais d’un autre côté, une hystérie sera précisément aussi une solution plus adéquate, quand la question prend forme sous cet aspect de l’hystérie. Et elle prend cette forme par la voie la plus courte, c’est-à-dire qu’il lui est très facile de poser la question simplement par l’identification au père. C’est ce qui fait la particulière clarté de la position féminine à l’intérieur de l’hystérie." (Lacan, S. XIII, p. 200 ; 21 mars 1956).
14 novembre 2017, 20:52   Question
Est-ce que Lacan précise pourquoi la position de la femme est essentiellement problématique, et jusqu’à un certain point inassimilable ?
14 novembre 2017, 22:33   Re : Question
Non Alain, à ma connaissance Lacan ne ne donne aucune précision supplémentaire. On va dire qu'en bon "ésotériste" il ne nous dit "pas tout"

Si j'ai bien compris (mais comprendre Lacan...) une femme, contrairement à un homme, "n’est pas toute" dans la fonction phallique, puisqu'à supporter le poids de "La femme" – cette "La femme" (qui) n’existe pas" – elle a aussi affaire à autre chose.
La femme "n'est pas toute" dira Lacan mais ce n'est pas pour indiquer un moins ou un manque côté femme. Cela veut dire que la femme a une étendue du côté de la jouissance. Elle n'est pas toute... pas toute phallique. Dès lors la logique phallique ne peut suffire à dire toute la femme (raison pour laquelle elle est "problématique" ?, et jusqu’à un certain point "inassimilable" ?). Car le pas-tout implique de situer ce que l’on désigne du terme de "féminin" non pas dans un en deçà du langage, mais là où le phallique rencontre sa limite, faisant place à une jouissance Autre que la jouissance phallique, et qui lui est hétérogène en cela qu’elle est hors langage. C’est pourquoi Lacan accorde à la femme une "jouissance supplémentaire".

Beaucoup de difficultés à expliquer ce qui, au premier abord, m'avait paru si clair...
15 novembre 2017, 16:31   Du côté de la jouissance
Je suis d'accord avec Lacan pour dire que "la femme a une étendue du côté de la jouissance" : l'imagerie du cerveau a mis en évidence, me souviens-je, que l'aire cérébrale mobilisée lors de l'orgasme est bien plus étendue chez elle que ce qui peut se voir chez nous, qui apparaît ma foi assez ridicule, en regard. Pour ne rien dire de la capacité extraordinaire de jouir à répétition.
Mais ce qui m'a toujours stupéfié chez Lacan, c'est cette assurance, confinant à la bêtise, avec quoi il érige la "fonction phallique" en alpha et oméga de la condition humaine sexuée en soi, pôle magnétique absolu de la détermination des comportements : biologiquement, ça ne tient pas : XX est bien plus entier, plus "soi", plus identitaire, plus homogène, allons, que le déparié XY, un pied toujours dans l'Autre.
De manière générale, sans donc ne parler que de la femme, le phallus, chez Lacan, a un statut symbolique (ce qui a fait bondir Vernant) et une fonction, laquelle est d'organisation et de gestion de la structure. Il occupe la même place, centrale elle aussi, que le complexe de castration chez Freud, pour qui l'Œdipe et ses ratés expliquent tout de la personne. Si Lacan a entrepris un retour à Freud, c'est bien pour le dézinguer en jouant le signifiant et ses réseaux contre le théâtre et les représentations d'Œdipe [et de Shakespeare] (c'est la conclusion amusée de Marion). En tout cas, les deux sont restés absolument personnologues. Lacan, ancien compagnon de route des surréalistes, demeura également "spiritualiste" jusqu'au bout (sa confrontation formaliste avec les logiciens est tellement insaisissable qu'elle constitue nécessairement un échec), tandis que Freud resta lamarckien toute sa vie. Je dis cela pour signifier qu'a priori une lecture biologisante ou naturaliste de Freud est possible (voir plutôt les travaux de Gérard Pommier sur ce point que ceux, très tendance, de Lionel Naccache – quoique, c'est vous qui voyez...). Une telle lecture de Lacan ou, disons, Lacan confirmé ou infirmé par la biologie, en revanche, j'ai quelque peine à y croire. Mais il faut dire que j'ai du mal avec les IRM.
16 novembre 2017, 12:19   Re : Le phallus dans la langue
@Alain
Mais ce qui m'a toujours stupéfié chez Lacan, c'est cette assurance, confinant à la bêtise
////

Bêtise ? Oui peut-être... Je parlerai plutôt de séduction, celle qui consiste à détourner l'autre vers soi, ou de fascination, si l'on regarde le nombre impressionnant de suiveurs et d'imitateurs qui lui collaient aux fesses.
Lacan, un grand séducteur comme ont su l'être les grands seigneurs libertins du 18ème siècle.
26 novembre 2017, 11:32   Re : Le phallus dans la langue
jeudi 23 novembre - par Orélien Péréol
L’écriture est déjà inclusive


Il n’y a pas de débat contradictoire sur ce qui s’appelle à tort l’écriture inclusive. L’écriture du français est déjà inclusive, le masculin étant aussi le neutre et si cette coïncidence gène ceux qui y voient du sexisme, il serait plus juste du point de vue de l’analyse grammaticale d’appeler le masculin masculin-neutre. Dans il pleut, ou il faut faire ceci, le il n’est pas une​ masculin, il ne montre pas plus un homme qu’il ne cache une femme (ni le contraire cacher l’homme, montrer la femme), comme les seuls discours publiés le répètent à foison (foison nom féminin sans e).

Le bâti de cette « nécessité », appelée abusivement écriture inclusive, passe une série de points prétendument analytiques, qui ne résistent pas à un examen juste ordinaire. Les deux points principaux sont : le e n’est pas vraiment la marque du féminin, en français ; la grammaire est dans la dimension du symbolique, le sexe dans celui du réel. Mots féminins sans e : maison, raison, nation… les grandes valeurs : liberté, égalité, fraternité… Vous en trouverez d’autres. Mots masculins avec e : homme, lycée, sable, âge… on ne peut pas, en voyant un e final à un mot, dire : c’est un nom féminin. L’autre point : Le genre n’est pas le sexe. Les choses n’ont pas de sexe et les mots qui les disent ont un genre. C’est arbitraire. Une bicyclette, un vélo. La pomme est un fruit. Un homme est une personne. Une femme est un individu. Une girafe peut être un mâle. Une victime peut être un homme… le mannequin aima la sentinelle (sexe et genre sont inversés).

Il y a longtemps qu’on n’apprend pas dans les écoles que le masculin l’emporte sur le féminin. Les enseignants sont des femmes à 80% en primaire, (il faudrait étudier les raisons qui font que personne ne prend en compte ce fait ni ne demande la parité) ; elles enseignent l’arbitraire de cette règle qui va avec l’arbitraire de la langue, d’une manière générale (il n’y a aucune raison pour qu’on dise le raisin et la banane) : il fallait bien faire quelque chose, on accorde au masculin. La pomme et le raisin sont mûrs : comment peut-on nous raconter que ce mode d’accord signifierait l’apprentissage que le masculin a une valeur supérieure au féminin, dans la vie entière des humains, dans la vie sociale ? Comment peut-on proposer comme solution des inégalités sociales entre les sexes d’écrire Le raisin et la pomme sont mûres ? Par la répétition des mêmes exemples bien choisis, par leur répétition insistante et insensible à l’argumentation.



L’orthographe est en perdition. L’idée de l’orthographe s’est largement éventée, car elle demande une concentration sur la forme des phrases, inutile, parasitaire. On passe des milliers d’heures dans les classes à demander d’accorder le verbe et le sujet, d’accorder les adjectifs dans les groupes nominaux et on voudrait créer une nouvelle règle qui nécessite une attention encore plus grande à la forme du discours ? Jamais on ne dira Les hommes et les femmes sont belles par proximité du nom femme avec l’adjectif. Cette proximité n’est pas sensible quand on parle, ou alors, il faut s’écouter parler, s’écouter parler intensément.

Le mode opératoire de celles qui défendent cette idée est fortement marqué par une tonalité farouche qui fait ressentir qu’elles ne cèderont jamais. Partant, pas de débat. Elles répondent à ceux qui sont contre comme s’ils avaient défendu la domination masculine, des horreurs, quoi. (Je suis une horreur, n f qui ne porte de e et je reste un homme dans mon corps). C’est la caractéristique, presqu’une définition de l’idéologie : un discours cohérent en interne, sans lien avec le réel, avec ce qui se passe vraiment, et qui inclut l’impossibilité « morale » d’une opposition et donc, d’opposants. Les contradict(rice)eurs (je m’amuse) sont exclu(e)s avant même d’avoir dit quoi que ce soit. Du point de vue de la logique, c’est un sophisme de grande taille.

Il reste nécessaire de croiser les arguments. Le e est-il la marque du féminin ? Le sexe et le genre sont-ils incommensurables ou dépendants ? L’orthographe peut-elle résoudre des problèmes sociaux (avec tous les problèmes qu’elle a déjà) ? Les relations entre les hommes et les femmes dans les pays dont la langue est genrée autrement, pas genrée du tout… etc. sont-elles différentes de ce qu’elles sont dans les pays francophones ? Non. Celles qui veulent cette « réforme » savent que non. Bref, échanger des idées, résoudre les difficultés par le débat, c’est-à-dire par le langage et le respect de la contradiction et du contradicteur. Nommer le masculin masculin-neutre, ce qu’il est, plutôt que d’imposer par l’inertie, la ténacité et l’absence de doute, une écriture alambiquée et impraticable
.

[mobile.agoravox.fr]
26 novembre 2017, 15:22   Re : Le phallus dans la langue
Je trouve ce billet d'Orélien Péréo tout à fait salutaire. L'essentiel est bien ceci : que la langue française est déjà inclusive, et que l'écriture dite "inclusive" fait exactement le contraire de ce qu'elle prétend, en séparant les femmes des hommes, en extrayant celles-ci de l'inclusion grammaticale des accords du français. Elle fait ce que font les autorités municipales désormais pour pallier la disparition des frontières nationales protectrices : elle dispose des plots de sécurité (les petits points dans les terminaisons des mots) et quadrille l'espace public, qu'elle fait sillonner de patrouilles de gendarmes.
26 novembre 2017, 16:17   Re : Le phallus dans la langue
Citation
Pierre Jean Comolli
De manière générale, sans donc ne parler que de la femme, le phallus, chez Lacan, a un statut symbolique (ce qui a fait bondir Vernant) et une fonction, laquelle est d'organisation et de gestion de la structure. Il occupe la même place, centrale elle aussi, que le complexe de castration chez Freud, pour qui l'Œdipe et ses ratés expliquent tout de la personne. Si Lacan a entrepris un retour à Freud, c'est bien pour le dézinguer en jouant le signifiant et ses réseaux contre le théâtre et les représentations d'Œdipe [et de Shakespeare] (c'est la conclusion amusée de Marion). En tout cas, les deux sont restés absolument personnologues. Lacan, ancien compagnon de route des surréalistes, demeura également "spiritualiste" jusqu'au bout (sa confrontation formaliste avec les logiciens est tellement insaisissable qu'elle constitue nécessairement un échec), tandis que Freud resta lamarckien toute sa vie. Je dis cela pour signifier qu'a priori une lecture biologisante ou naturaliste de Freud est possible (voir plutôt les travaux de Gérard Pommier sur ce point que ceux, très tendance, de Lionel Naccache – quoique, c'est vous qui voyez...). Une telle lecture de Lacan ou, disons, Lacan confirmé ou infirmé par la biologie, en revanche, j'ai quelque peine à y croire. Mais il faut dire que j'ai du mal avec les IRM.

Il paraît, ai-je lu quelque part (dans un livre de Marthe Robert probablement) que lorsque Breton visita Freud et entreprit de l'"initier" au surréalisme, qui fait tout de même fond sur la libération de l'inconscient, Freud manifesta une telle incompréhension et même une animosité à l'égard de cet énergumène et de ses idées d'artiste déjanté que la rencontre tourna au pur malentendu et à la plus totale incompatibilité d'humeur : Freud était un "classique" et un conservateur, dans ses goûts, un esprit méthodique, rigoureux, voulant toujours s'exprimer le plus clairement possible, et à ses propres yeux un chercheur avant tout, ne recherchant surtout pas l'originalité ni l’esbroufe intellectuelle, mais la vérité sur le mode d'action du psychisme : dans Ma vie et la psychanalyse il pronostique même que ses propres théories pourraient très bien être dépassées et rendues caduques en tant que modèles par les avancées de ce qui n'était pas encore la neurobiologie.
Comme il me semble évident que Lacan n'a pas tout du moins le talent littéraire de Breton ni sa force d'innovation (il est beaucoup plus à l'aise dans le charabia fumeux et mal articulé qui n'a rien à voir avec la prose limpide de Breton), et que d'autre part ses qualités de chercheur voué à la quête de la vérité ne sont pas absolument convaincantes (du moins à mes yeux), il ne lui reste en effet, vis-à-vis de Freud, que la position plus modeste, encore que possiblement enviable, du séducteur dont parle Pascal, de celui qui ne peut qu'exercer un charme, son fascinum, pour être précis, c'est-à-dire je crois justement son phallus, et cela tombe à pic.

Les IRM montrent ce qui est.
26 novembre 2017, 17:18   Langue de bois
Les charmes inclusifs de l'écriture "tout à trac" (extrait du site web d'un promoteur immobilier) :


[avignon.maison-natilia.fr]

Sur la commune de CABRIERES, charmant village entre AVIGNON. NIMES et BEAUCAIRE. NATILIA à sélectionner pour vous avec son partenaire foncier se magnifique terrain plat avec une vue dégager d’une surface de 651m² entièrement viabiliser. Oser la différence avec une maison ossature bois.
Citation
Alain Eytan
Citation
Pierre Jean Comolli
De manière générale, sans donc ne parler que de la femme, le phallus, chez Lacan, a un statut symbolique (ce qui a fait bondir Vernant) et une fonction, laquelle est d'organisation et de gestion de la structure. Il occupe la même place, centrale elle aussi, que le complexe de castration chez Freud, pour qui l'Œdipe et ses ratés expliquent tout de la personne. Si Lacan a entrepris un retour à Freud, c'est bien pour le dézinguer en jouant le signifiant et ses réseaux contre le théâtre et les représentations d'Œdipe [et de Shakespeare] (c'est la conclusion amusée de Marion). En tout cas, les deux sont restés absolument personnologues. Lacan, ancien compagnon de route des surréalistes, demeura également "spiritualiste" jusqu'au bout (sa confrontation formaliste avec les logiciens est tellement insaisissable qu'elle constitue nécessairement un échec), tandis que Freud resta lamarckien toute sa vie. Je dis cela pour signifier qu'a priori une lecture biologisante ou naturaliste de Freud est possible (voir plutôt les travaux de Gérard Pommier sur ce point que ceux, très tendance, de Lionel Naccache – quoique, c'est vous qui voyez...). Une telle lecture de Lacan ou, disons, Lacan confirmé ou infirmé par la biologie, en revanche, j'ai quelque peine à y croire. Mais il faut dire que j'ai du mal avec les IRM.

Il paraît, ai-je lu quelque part (dans un livre de Marthe Robert probablement) que lorsque Breton visita Freud et entreprit de l'"initier" au surréalisme, qui fait tout de même fond sur la libération de l'inconscient, Freud manifesta une telle incompréhension et même une animosité à l'égard de cet énergumène et de ses idées d'artiste déjanté que la rencontre tourna au pur malentendu et à la plus totale incompatibilité d'humeur : Freud était un "classique" et un conservateur, dans ses goûts, un esprit méthodique, rigoureux, voulant toujours s'exprimer le plus clairement possible, et à ses propres yeux un chercheur avant tout, ne recherchant surtout pas l'originalité ni l’esbroufe intellectuelle, mais la vérité sur le mode d'action du psychisme : dans Ma vie et la psychanalyse il pronostique même que ses propres théories pourraient très bien être dépassées et rendues caduques en tant que modèles par les avancées de ce qui n'était pas encore la neurobiologie.
Comme il me semble évident que Lacan n'a pas tout du moins le talent littéraire de Breton ni sa force d'innovation (il est beaucoup plus à l'aise dans le charabia fumeux et mal articulé qui n'a rien à voir avec la prose limpide de Breton), et que d'autre part ses qualités de chercheur voué à la quête de la vérité ne sont pas absolument convaincantes (du moins à mes yeux), il ne lui reste en effet, vis-à-vis de Freud, que la position plus modeste, encore que possiblement enviable, du séducteur dont parle Pascal, de celui qui ne peut qu'exercer un charme, son fascinum, pour être précis, c'est-à-dire je crois justement son phallus, et cela tombe à pic.

Les IRM montrent ce qui est.

Certains ont dépeint Lacan en moraliste qui annonçait la couleur : "Je dis la vérité, pas toute, parce que toute la dire, on y arrive pas" (cette citation rappelle par là même qu'il ne fut jamais un écrivain mais un sophiste obsédé par le bien-dire; il répugna à rédiger ses Écrits).

Du coup, je suis tenté de dire ceci des IRM : elles montrent ce qui est, mais jamais entièrement. Ni les rêves (Éros), ni les cellules souches de gliomes (Thanatos) qui vous détruisent un cerveau en quelques mois et qu'aucun œil assisté électroniquement, celui des neurochirurgiens, ne peut encore voir.
Ajout : Alain, très beau livre de Ferdinand Alquié sur le surréalisme (je trouve, qu'ensemble, Alquié et Jean Wahl ont dit bcp plus de choses intéressantes et assimilables sur le rapport philosophie-poésie qu'Heidegger sur le même sujet) : [www.amazon.fr]
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