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Renaud Camus et nos "invisibles défaites"

Envoyé par Pascal Mavrakis 
SOUFFRONS-NOUS DE NOS INVISIBLES DÉFAITES ? LA REMARQUE DE RENAUD CAMUS FAIT RÉFLÉCHIR
P. Bilger, sur Bd.Voltaire

Je ne sais pas si j’ai bien compris Renaud Camus mais en tout cas il a ouvert la porte à la réflexion.



Renaud Camus s’est interrogé ainsi : "Peut-être souffrons-nous cette fois de ne pas avoir connu de visible défaite ?"

Je ne sais pas si je vais interpréter cette pensée dans le sens souhaité par son auteur mais il me semble que j’ai le droit de l’analyser comme immédiatement j’ai été tenté de le faire.

Nous n’avons connu que trop de visibles défaites qui ne nous permettaient pas de nous leurrer, les désastres étant apparents, monstrueux, terrifiants, douloureux, tragiques. La Première et la Seconde Guerre mondiale, la collaboration, Vichy, les guerres coloniales, Điện Biên Phủ, l’Algérie, les massacres terroristes, autant de combats perdus, autant de millions de morts ou de victimes de proximité, autant d’ostensibles déroutes auxquelles même les indifférents par vocation ou par confort ne pouvaient échapper, tant elles bouchaient l’horizon, l’avenir.

Comme ces défaites étaient visibles, l’alternative était simple en pleine conscience : on se relevait pour un autre futur ou on les pressentait comme la manifestation d’un déclin fatal.

Mais que faire quand elles sont invisibles et que, même si on a la lucidité de les deviner dangereuses, silencieuses, incorporées à notre quotidienneté, grignotant subtilement notre savoir-vivre collectif, la douceur de l’appartenance, le réconfort de la familiarité, on est frappé d’impuissance ?

Parce que l’adversaire est partout et nulle part, le poison insidieux, les démissions naturelles, la lâcheté évidente et la chute irrésistible.

Parce que l’humanisme nous persuade qu’il convient de tout supporter et que nous serions de mauvais Français si nous nous rebellions contre ce qui nous est sans cesse présenté comme inéluctable.

Parce qu’on a le droit de pleurer les victimes du terrorisme et de pleurer sur elles mais le devoir de moins s’émouvoir sur toutes les autres, les criminels et les délinquants ordinaires faisant, eux, après tout, partie de notre monde.



Parce que les quartiers où la police n’entre plus ou est molestée ne nous concernent pas directement. Ce sont d’invisibles défaites qui nous offrent l’excuse facile d’une action qui serait, prétend-on, plus néfaste que le mal lui-même.

Parce que ne plus se sentir chez soi, dans une France qu’on ne reconnaît plus – une autre France, selon la belle expression de Georges Bensoussan -, trop composite, multiculturelle au goût de Mediapart, se percevoir comme dépossédé, sur le bord de la route, abandonné, contraint de renier sa propre histoire, ses racines chrétiennes, constitue d’invisibles délitements et des reculs si diffus, si intimes pour chacun qu’il serait vain de se croire assez audacieux pour leur résister, pour les réduire.

Parce que les maîtres que les élèves ne respectent plus, l’éducation qui se préoccupe plus des préjugés du genre à détruire que des fondamentaux à enseigner sont les signes impalpables d’une société qui ne se sent pas mourir – la bonne conscience fait de tout progressisme pervers, de toute libération abusive une chance ! – et, les défaites étant invisibles, l’absence de toute victoire est à peine remarquée !

Parce que la cigarette à l’écran est scandaleuse mais que la nudité obsessionnelle y a forcément droit de cité ! Mais j’oubliais : c’est de l’art !

Parce que la liberté d’expression, dans l’indifférence générale, prend l’eau mais qu’on se convainc que des polémiques absurdes et des indignations ridicules peuvent en tenir lieu.

Les invisibles défaites sont les pires qui, éloignées de nos yeux, ne nous agitent pas l’âme ni ne nous secouent l’esprit.

Ou qui nous crèvent les yeux mais, ne nous faisant pas de mal immédiatement, douloureusement, nous permettent de faire comme si elles n’existaient pas.

Je ne sais pas si j’ai bien compris Renaud Camus mais, en tout cas, il a ouvert la porte à la réflexion
.
......

(Je crois qu'il a tout compris).
Ce type est extraordinaire. On dirait qu'il fait le concours de celui qui mettra le plus de temps à comprendre ce qui arrive. S'intéresser à lui revient à s'intéresser à un escargot qui parcourt dix centimètres en quatre heures, en se traînant à reculons.
Il est vrai qu'il n'y a vraiment pas de quoi s'affoler. Nous avons le temps : pour comprendre, pour réfléchir, pour analyser plus en profondeur, pour prendre de la distance, pour se poser les bonnes questions, pour ne pas céder aux fantasmes, aux amalgames... Pendant ce temps-là l'Algérie nous envoie ses pépites :

…...
"Débarquement massif d’Algériens sur les côtes espagnoles : une « attaque coordonnée », selon un responsable 21/11/2017

[…] En 24 heures, au moins 44 bateaux avec environ cinq cents immigrés illégaux sont arrivés hier [18 novembre] sur les côtes de la région de Murcie, de jeunes hommes arabes dans leur immense majorité. Ils venaient d’Algérie
, une donnée très particulière qu’il faut prendre en compte. Car c’est sans doute le pays d’origine qui suscite le plus de craintes à moyen terme chez ceux qui observent la situation de la sécurité en Méditerranée et aux frontières de l’Europe. L’Algérie a quadruplé sa population en un demi-siècle et c’est, avec plus de 40 millions d’habitants, le pays le plus peuplé et le plus jeune du Maghreb.


Le début d’une pression migratoire algérienne, tolérée ou non réprimée par les autorités du pays, est l’un des plus grands cauchemars des responsables de la sécurité des frontières méridionales de l’Europe. La côte méditerranéenne espagnole pourrait se transformer rapidement en un scénario dantesque, tel qu’on l’a connu dans les villes portuaires italiennes l’an passé. Les écrans de surveillance de la côte à Carthagène ont commencé vendredi à détecter soudain des mouvements de ce qui a bientôt ressemblé à une invasion, manifestement organisée et synchronisée, de petites embarcations. Des bateaux du service de sauvetage en mer sont sortis pour les intercepter et tous les immigrants illégaux ont été amenés sur le sol espagnol. Le seul qui semblait hier avoir réellement conscience de l’extrême gravité de la situation était le délégué du gouvernement à Murcie, Francisco Bernabé. Il a qualifié sans ambages cette vague d’embarcations « d’attaque coordonnée contre nos frontières et, par conséquent, contre les frontières de l’UE« . Et il a souligné la nécessité de l’expulsion de ces migrants. Il ne l’a pas dit aussi clairement, car sinon il ne serait pas délégué de ce gouvernement. Il a dit qu’il fallait d’abord procéder à des contrôles, sous-entendu pour savoir si tel ou tel pourrait être accepté comme réfugié politique. Le plus probable est qu’il n’y en a pas. Ce qui est pratiquement certain, c’est que finalement on va tous les retrouver déambulant à travers l’Espagne ou poursuivant leur route vers le nord de l’Europe."

[…]

Hermann Tertsch

[www.abc.es]
Il était ici question de lui récemment, or je crois bien que c'est Lacan qui, dans un de ses séminaires, s'écrie comme un vieux fou : " Bon, il y a le temps de comprendre et surtout celui de conclure, hein !" Camus est au stade des conclusions depuis plus de 10 ans, pendant ce temps-là d'autres rament sévère les sourcils froncés. Ils s'interrogent ces cons !

Combien de fois, sur Facebook, après un attentat islamiste, ai-je lu, en sus des injonctions moutonnières du Dernier Homme à continuer de festoyer, cette citation de Spinoza : “Ne pas railler, ne pas déplorer, ne pas maudire, mais comprendre”?...

Lacan again : "Gardez-vous de comprendre!"
Depuis plus de 10 ans dites-vous, Pierre-Jean. Souvenez-vous de Soljenitsyne, dont l'Archipel du Goulag était paru en France en 1973. Vingt-ans, ou presque, il fallut à notre intelligentsia germano-pratine que le monde entier nous envie pour reconnaître la vérité couchée dans ce livre. Vingt-ans pour que le soupçon des précurseurs de Mediapart en France se dissipe un peu à l'encontre de ceux qu'ils étaient prompts à caractériser comme "fachos" pour avoir pris la défense de ce livre.

Avec ses ouvrages, le Grand Remplacement et la Décivilisation, Renaud Camus est voué aujourd'hui, et n'en doutons pas, encore pour un certains temps, par le complexe politico-médiatique aux mêmes gémonies que le fut Soljenitsyne en son temps pour son Archipel du Goulag. La vérité, dans ce pays, avant d'être reconnue comme telle parce qu'on ne peut plus faire autrement, est attaquée comme "fasciste", pendant deux décennies au moins, et toujours par les mêmes, et de la même invariable façon. Dans le cas de Camus, il n'y manque pas même les procès judicidiaires intentés par la très soviétique XVIIe chambre.
C'est absolument dans cet examen-là des lenteurs françaises que je sens, que j'éprouve pleinement le propos désabusé de Céline sur la lourdeur des Français. Une lourdeur qui cache, bien entendu, les plus odieuses lâchetés et perfidies. Une lourdeur, une absence de réaction aux conséquences désastreuses que vous rappelez... Dans l'histoire française récente, le bergsonisme politique de De Gaulle apparaît de plus en plus nettement comme une glorieuse exception, une sorte de miracle.
"Toute vérité franchit trois étapes. D'abord, elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition. Puis, elle est considérée comme ayant été une évidence."

Arthur Schopenhauer
Oui, Bilger est lent, mais au moins il est honnête, et il avance un peu.

En revanche, je ne comprends pas pourquoi il met la Première Guerre mondiale au rang de nos défaites (déroutes, même). Victoire dramatique au coût démesuré en hommes, en moyens financiers et surtout en énergie vitale mais victoire tout de même et absolument pas déroute. J'admets volontiers que l'on dise que c'est une victoire qui nous a tués mais encore faut-il s'expliquer.
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