Le site du parti de l'In-nocence

De l'équivalence qui unit logique et puissance (Hans Blumenberg)

Envoyé par Francis Marche 
Ce qui suit est à aborder à la suite du débat amorcé dans le fil de discussion Moraline humanitaire, maladie sénile de l'Occident à partir de ceci : [www.in-nocence.org]

Sur la logique (science du vrai) et la vis veri, qui, métaphore sur la force de la vérité qui « se prend au mot » produit l’équivalence logique=puissance, le philosophe allemand Hans Blumenberg (1920-96) dans ses Paradigmes pour une métaphorologie – je donne une traduction libre de l’anglais car je n’ai pas accès au texte français ni allemand, ceux-ci n’étant pas encore produits en version électronique ; je souligne les passages qui illustrent et sous-tendent mon propos dans ce fil s’agissant de la logique et de sa patronne la Raison, et j’insère mes commentaires en bleu entre crochets) :

La métaphore de la puissance auto-activante de la vérité se prolonge loin dans l’âge moderne. Dans son introduction au livre V de son « Harmonie du Monde », Kepler dit son étonnement après avoir constaté que Ptolémée avait déjà réalisé dans son « Harmonie » ce sur quoi Kepler était tombé au terme d’un cheminement indépendant et suivant un itinéraire intellectuel différent : « la nature véritable des choses s’était elle-même disposée pour se révéler aux hommes, par des interprètes que séparaient les siècles. Cette identité de conception, relative à la conformation du monde, dans l’esprit des deux hommes qui s’étaient donné entièrement à l’étude de la nature, était le doigt de Dieu, pour reprendre l’expression hébraïque, car aucun des deux n’avait guidé les pas de l’autre dans cette voie. » Passons outre le fait que la « nature » a pris ici la place de la « vérité » hypostasiée, nous voyons que l’ingrédient subjectif , soit l’étude laborieuse et appliquée de la nature, complète, voire conditionne l’obligeante auto-révélation de la nature. Il est remarquable que dans Vico, la métaphore de la puissance de la vérité (vis veri) soit édifiée sur une théorie de l’erreur.
L’esprit humain est frappé en plein cœur par la puissance de la vérité, « car l’esprit est incessamment soumis à l’attraction du vrai », mais la volonté s’oppose à cette force et la neutralise par le moyen d’une langue évidée de son sens, inaccomplie et embourbée dans la simple ‘opinion’ : « mais les mots, très souvent par la volonté de celui qui ment, fuient la force de la vérité et désertent l’esprit ». Le ‘sort’ de la vérité est de plus en plus livré au jeu immanent des facultés subjectives, même si le « Dictionnaire de l’Académie » de 1694 parle encore, selon la bonne vieille formule ‘médiévale’ de puissance de la vérité, soit la puissance qu’exerce la vérité sur l’esprit des hommes ». Bien que « la force invincible de la vérité » joue encore un rôle dans le vocabulaire des Lumières, il s’agit là davantage d’une formule de fausse modestie servant à cacher la certitude que l’esprit illumine le monde de sa propre lumière.

Il est intéressant de noter que le lien entre ‘la vérité’ et la ‘force/puissance’ [les termes « force » et « puissance » sont interchangeables dans ce développement de Blumenberg, comme il vient de nous l’indiquer au paragraphe précédent] se transforme, voire se pervertit, sous la plume d’un sceptique comme David Hume. Lors même que la version traditionnelle de la métaphore représente ‘la force’ comme attribut légitime de la vérité, mettant en exergue l’assertion d’un vrai métaphysique primordial, pour Hume, la force est devenue l’unique ‘substance’ de la vérité. La ‘vérité’ est simplement le nom que donnons au fait que des représentations particulières prennent le dessus sur d’autres dans la conscience humaine, et accèdent de la sorte au statut de ‘croyance’, du fait de la seule quantité d’énergie dont disposent leur camp ; le critère permettant de distinguer les idées justes des fausses est ainsi « la force supérieure » qui est celle des idées justes ou, mieux encore : de cette catégorie d’idées qui sont par la même déclarées ‘justes’ [la logique supérieure, comme je le proposais pour mon compte, est donc bien aussi pour Blumenberg la logique intrinsèque de tout puissance supérieure] . « Quand je suis convaincu de la validité d’un principe, il ne s’agit que d’une idée qui me frappe plus fortement que d’autres ». Dès lors [chez Hume, donc] la vérité est non plus investie d’une puissance, c’est nous qui conférons une légitimité théorique à tout ce qui exerce un pouvoir sur nous. On admettra que ce n’est pas là une affirmation aussi positiviste qu’il y paraît, sachant que gît en elle une implication téléologique qui vaut clause restrictive, en effet dans la puissance qui nous domine et que nous interprétons comme ‘vérité’, la ‘nature’ elle-même se révèle comme agent qui aurait à cœur nos intérêts, soit un acteur dont le souci pratique est ‘théoriquement ‘ reconceptualisé par nous sous l’intitulé de vérité. La métaphore a ainsi cessé d’être métaphore ; elle a été « prise au mot », naturalisée et devenue indistinctement proposition d’ordre physique. [cf ce que nous disions de la physique nucléaire qui, couplée au génie théorique de la relativité d’Einstein nomma et norma « relativité » cette science dans le moment historique où devenait relatif l’ordre du monde en 1905, avant que, quarante ans plus tard, n’explosassent deux bombes nucléaires (lesquelles sanctionnèrent l’instauration de cet ordre relatif, composé de relata diplomatiques, dit « équilibre de la terreur ») sur le Japon, puissance régionale coupable d’avoir introduit la relativité dans l’ordre du monde occidental par sa victoire de 1905 sur une puissance issue de la Chrétienté – la Russie tsariste. L’ordre du monde exprimé par les relations internationales entre puissances politiques et militaires et l’ordre du monde physique ont de la sorte changé de paradigme théorique simultanément et dans le même sens, soit dans les représentations de l’ordre physique : abandon de la représentation newtonienne et adoption de la relativité ; dans celles de l’ordre politique international : abandon de la domination absolue des puissances issues de la Chrétienté et adoption d’une domination relative dans un monde multipolaire, ce qui ne sonna pas « le glas de l’Occident » mais bien plutôt la fin de l’Occident universel et absolu et annonça l’apparition d’un monde où toute puissance en possession de la bombe nucléaire pourra revendiquer sa place dans l’équilibre de la terreur. Donc oui : vérité scientifique, celle de la science physique tout particulièrement, et puissance politique sont un même être composite, jumeaux soudés par la nature comme frères siamois, leurs agencements se faisant miroir ; puissance de la vérité (et de la science du vrai, la logique) et puissance physique ne font qu’un et la métaphore vis veri est bien, comme l’avance Hans Blumenberg, maçonnée dans le Réel, et caduque en tant que métaphore]
D'accord. Mais le Japon, justement, n'est-il pas considéré comme faisant partie du camp occidental ?
Historiquement non, chère Cassandre. Le Japon moderne n'est en rien issu de la Chrétienté, celle de saint Thomas d'Aquin, saint Ambroise, Joachim de Flore et l'Apocalypse de Jean. Le Japon, à partir du tournant du siècle dernier – la date de 1905 étant date phare dans cette histoire – et jusqu'en 1945, mena une extraordinaire aventure dans l'Extrême-Orient qui fut un "challenge" pour l'Occident, une gigantesque sarabande au terme de laquelle, en deux décennies à peine, il se tailla un empire qui, de la Birmanie aux portes de l'Australie (tout l'archipel malais étant avalé), à la Manchourie, la Chine et la Corée dans le nord de cet espace, vit près du tiers du continent eurasien passer sous sa domination. C'est l'unique puissance non issue de la chrétienté (comme en sont issues les puissances européennes, l'Amérique de Benjamin Franklin ou la Russie tsariste), qui, forte d'une armée moderne, bien équipée et entrainée, infligea de terribles revers et déboires au camp occidental en général et à ce qui était alors le plus grand et le plus puissant empire de l'histoire – l'empire britannique, dont les forces durent se rendre les mains sur la tête à Singapour et à Hong-Kong, et bien sûr aussi aux Américains (aux Philippines et dans l'âpre et amère guerre du Pacifique), pour ne rien dire des Hollandais et des Français qui durent rendre les armes presque sans combattre.

Depuis 1689, quand l'islam jeta l'éponge devant Vienne, il semble bien que jamais, une civilisation étrangère à la chrétienté – il y a une histoire du christianisme au Japon bien sûr, dans le sud du pays en particulier, qui est resté aussi chrétien que peut l'être aujourd'hui le Portugal, mais jamais le christianisme ne fut partie au pouvoir politique dans ce pays – n'avait damé le pion à l'Occident dans de si grandes largeurs. Comme je vous le disais, celui-ci n'avait eu à affronter pendant trois siècles que des empires vestigiaux, sans force, ou des peuplades (il faut dire "nations") indiennes, dans ce que l'on peut regrouper sous le terme "guerres indiennes". Contre la Chine occupée par la dynastie manchoue des Qing depuis la chute des Ming en 1642, ce ne fut jamais que des "expéditions punitives". Bien prendre la mesure du fait que la Chine, à partir de la fin des Ming et jusqu'à la révolution républicaine de 1911, avait été, pendant près de trois siècles, en régime d'occupation étrangère (les lois étaient traduites en manchou), que la Chine fut gouvernée par Vichy pendant deux cent cinquante-ans !

Jusqu'à Pearl Harbour, un pays comme les Etats-Unis d'Amérique n'avaient jamais eu à affronter que des armées mexicaines, puis bien sûr la machine de guerre hitlérienne qui toutes, étaient de pays historiquement englobés dans la chrétienté. Leurs autres guerres (celle que les E.-U. menèrent contre la régence d'Alger par exemple, avant l'expédition française de Charles X), entrent dans le cadre des "expéditions punitives" mâtinées de "guerres indiennes".

Du reste, quand les forces de ce pays eurent à affronter le Viet-Nam dans les années 60/70 de ce siècle, le Viet-Nam pays de civilisation affirmée, sous influence chinoise, et donc non issu de la chrétienté lui non plus, de grosses difficultés apparurent, et la guerre se termina pour les Américains en débandade.

Bien se pénétrer de l'idée, un peu gênante et même douloureuse, que l'omnipotence occidentale est une illusion née d'une conjoncture particulière qui vit l'islam et la Chine s'effacer de la scène internationale en tant que puissances au moins égale à l'Occident pendant près de trois siècles et le faire de manière simultanée. Toute la philosophie des Lumières, et la puissance de la raison qu'elle revendique, risquent bien de n'être que le fruit de cette conjoncture/conjonction historique qui pourrait n'être qu'accidentelle.

La Raison n'est puissante que des gros bataillons capables d'arraisonner le monde, et pour donner à cette assertion tout son relief, bien se dire, que, par exemple, les bâtisseurs des Temples d'Angkor ne possédaient pas la géométrie euclidienne dans leur bagage culturel ou intellectuel.
On va dire, en allant très vite, que le point commun entre le Japon, la Chine et le Viet-Nam, c'est que ces 3 "puissances non issues de la chrétienté" ne possèdent pas, et c'est logique, de transcendance extérieure (contrairement à nous avec notre Dieu biblique et/ou nos idées platoniciennes). Ceci pourrait peut-être expliquer les raisons de leurs choix stratégiques, parfois aux antipodes des nôtres.
Dans l'art de la guerre, oui probablement. Mais surtout il y a cette conjonction d'éclipses des grandes puissances non chrétiennes (la Sublime Porte, la Chine) que je vous disais, et qui devrait nous rendre très humbles devant l'histoire.

Kant, Voltaire et notre cher Descartes, et Rousseau et même le grand Newton, n'auront probablement été que le fruit d'un accident de l'histoire. Et ça, très peu de penseurs occidentaux sont prêts à l'entendre.

Mais l'Occident reste partie à l'histoire universelle, encore dans tout le XXe siècle. On a vu comment dans ce siècle il a imposé la relativité (en physique et en politique stratégique) comme régime de vérité absolu !

Les deux bombes larguées sur le Japon en 1945 étaient porteuses de ce message : lui seul, l'Occident se montrait à même de poser le régime nouveau d'une vérité universelle et absolue qui s'énonce dans le relatif.
A propos du Japon, rappelons tout de même qu'il a très largement bénéficié des rivalités inter-impérialistes... ce qui n'enlève rien au prestige de son "extraordinaire aventure dans l'Extrême-Orient qui fut un "challenge" pour l'Occident".
Ainsi "c’est l’Angleterre qui, au 19ème, décida de se servir du Japon pour contrer les appétits russes au nord de la Chine, du côté de la Mandchourie et de la Corée voisine.
C’est l’Angleterre qui aida le Japon à constituer sa marine de guerre.
Ce sont des ingénieurs anglais qui aidèrent à la construction des voies ferrées, des filatures de coton, des usines métallurgiques.
C’est avec l’Angleterre que s’effectuait le tiers du commerce extérieur japonais.
Et c’est l’Angleterre qui, la première, accepta en 1894 d’abroger les traités inégaux."
[wikirouge.net]
Ce que je voulais dire, cher Francis, c'est que si le Japon, aujourd'hui, est considéré comme faisant partie de la famille occidentale, c'est bien qu'on lui voit des affinités avec l'occident. Sur quoi seraient donc fondées ces affinités : la démocratie ? le rapport à la science et, donc, à la logique ?
Essayons d'être logiques mes amis. La locution latine glosée par Vico et commentée ici par Blumenberg est:
Vi Veri universum vivus vici, soit "par la force de la vérité j'ai, de mon vivant, conquis l'univers". Ce qui pourrait faire la devise guidant l'aventure des Lumières dans ce moment de l'histoire où la puissance de l'Occident devenait universelle, son savoir encyclopédique, valide pour le Barbare autant que pour le Chrétien.

On vient de voir que cette subjugation du monde par la cannonière, le sextant, et les petits bricolages de laboratoire que diffusaient les Jésuites (au Japon notamment, et en Chine, pour impressionner le natif comme par des tours de magie) avait bénéficié d'un extraordinaire concours de circonstances géopolitique (éclipse des grandes civilisations concurrentes de la chrétienté).

Si la locution latine est à prendre au pied de la lettre, si elle n'est pas à prendre à l'envers du réel, si elle n'est pas à lire la tête en bas, comme une forme de poïétique ou d'apologétique menteuse se vouant à la gloire du fort et du puissant, c'est bien la "vérité", la logique, la science du vrai, qui a entraîné ces conquêtes de l'univers n'est-ce pas ? et non la puissance utile à la conquête qui a imposé sa vérité, sa logique, sa science, aux conquis. Qui dit conquête dit inégalité entre le conquérant et le conquis, et qui dit diffusion de la science du vrai, dit aussi réduction de l'inégalité que suppose et que renforce la conquête. Voilà alors que cette notion d'universalité, d'encyclopédisme de la vérité, forme de nouveau catholicisme (au sens étymologique d'universalité) valide chez le Barbare comme chez le Chrétien civilisé, sappe, mine et ruine le diamant conquérant de la vérité en le roulant dans la boue du sauvage qui s'en empare. Et l'on voit alors la puissance de la vérité en pleine hémorragie, celle-ci devenant bonne pour tous, étale, égale à chacun et, dans ce mouvement regressif et entropique qui touche le vrai, remettant les compteurs à zéro pour toute l'humanité, on voit celle-ci qui désormais se fait la guerre partout avec les mêmes moyens. Et la conquête, bien entendu de s'inverser, "l'indien" (en 1941 les Japonais), guerrier en rien moins valeureux que le Blanc, en vient non seulement à mettre en déroute les troupes d'élite de l'homme blanc (à Singapour, les ANZAC, régiments australiens et néo-zélandais qui s'étaient illustrés sur les théâtres de la première guerre mondiale) mais, affront suprême, aller jusqu'à regrouper des populations blanches (à Shanghaï) dans des camps de concentration !

Quel est donc le bilan historique de cette "Raison conquérante" : il est nul au sens comptable du terme. Le piège de l'universel s'est refermé sur l'homme blanc, dont il n'a pu se défaire, comme je vous l'ai dit, qu'en instaurant le paradigme de la relativité du monde physique, du savoir et des relations stratégiques entre civilisations. Cette instauration eut bien lieu au Japon dans la première semaine d'août 1945.

Oui le chemin de fer et le whisky parvinrent d'Ecosse au Japon par Nagasaki, et si l'Angleterre a "aidé" le Japon, on peut en dire autant de la France les Ottomans à la même époque ; et l'Angleterre avait apporté ses méthodes et technologies mêmement en Chine, à Hong Kong, et la France en Indochine, etc. Toutes les puissances occidentales ont apporté de leur sang et de leur savoir à tous les peuples de la terre, comme chacun sait. Seulement cette fière et généreuse diffusion encyclopédique de son âme a abouti à un monde déchiqueté, relatif, invivable. Et nous devons voir en cela la preuve, car nos sommes logiques n'est-ce pas, que cette science du vrai chargée d'une immense prétention à l'universalité lumineuse n'avait rien d'extraordinairement nouveau ni salvateur puisqu'elle n'a apporté aucun "progrès" à l'humanité dans le sens de la concorde ou même l'équivalent moderne d'une Pax Romana et se solde par une terrible régression s'agissant de l'éminence de l'Occident.

L'humanisme des Lumières escortant les conquêtes de l'Occident s'avère avoir non seulement ruiné et inversé ces conquêtes, mais aussi instillé dans toute l'humanité le poison de l'hybris, du mimétisme qu'alimente l'ordre relativiste qui a dû lui succéder, et la guerre de tous contre tous dans les sociétés multiculturelles et multiconflictuelles qui ont hérité de ses effets (ses hardes) et ses tares.
Donc, et pour clore notre argument logique, soit

1. Blumenberg et moi nous fourvoyons et la métaphore vis veri dit bien ce qui est et comble le Réel :
- que la science du vrai engendre la puissance conquérante;
- que par son caractère universel la science du vrai étend sur le monde la domination de la puissance qu'elle a engendrée
- mais que, comme nous venons de le décrire, l'universalité de cette science du vrai née en Occident est telle que sa diffusion et auto-diffusion conduisent à sa désappartenance de l'Occident qui l'a fondée et que cette désappartenance engendre par retournement sa négation qui est la relativité (dans le monde physique comme dans l'univers des puissances) et que cette négation conduit à l'aporétique absolue relativité (dite relativité générale)
- et que le monde humain retombe dans le chaos et l'étalement de la Barbarie, qui sont contraires à l'idéal humaniste de concorde universelle exaltée qui présida et fit écrin à l'élaboration première de la science du vrai;

soit,

2. Blumbenberg et moi disons le vrai, et la métaphore vis veri dit le contraire de ce qui est, et elle comble le Réel par antiphrase poétique, et

- aucune discussion n'a lieu d'être dès lors que la poule Puissance engendre l'oeuf logique et que
- l'oeuf logique est stérile, ne pouvant seul bousculer les Puissances pour engendrer de puissance supérieure;
- que la science du vrai, missionnée par sa mère la Puissance pour sa valeur décorative et l'effet subjuguant qu'elle produit sur les inférieurs et les dominés, n'est autre que le tambour-major des gros bataillons; et
- que cette science du vrai est, de temps en temps, au gré du vent de l'histoire, balayée de la face du monde par une Poule nouvelle, de puissance supérieure à sa mère qui piétine ses oeufs logiques et les fait oublier.

Dans les deux branches de cette alternative, l'universelle science du vrai est soit néfaste (1.), soit dénuée de tout pouvoir d'entraîner l'histoire dans une direction désirable et irrévocable (2.), et par conséquent rien de plus que la dérisoire escorte d'une Puissance transciente, contingente et éphémère.
« pour Hume, la force est devenue l’unique ‘substance’ de la vérité. La ‘vérité’ est simplement le nom que donnons au fait que des représentations particulières prennent le dessus sur d’autres dans la conscience humaine, et accèdent de la sorte au statut de ‘croyance’ »

En l'occurrence je ne crois pas, ou c'est imprécisément formulé : à mon souvenir, Hume n'a jamais remis en cause la vérité nécessaire et formelle que constitue le raisonnement déductif, bien au contraire : c'est précisément parce que les relations causales observées ne peuvent relever de la seule logique qui soit irréfragable, la logique déductive, qu'elles ne seraient selon lui qu'objets de croyance, car aucune conclusion par induction n'a valeur apodictique.
En ce sens la vérité logique demeure donc toujours aussi (supposément) universelle, et rien de sa force d'évidence n'a été révoqué en doute par Hume ; soit dit en passant, Popper a trouver un moyen, simple, de transformer une conclusion inductive, donc non nécessairement valide, en une vérité indubitable, donc à "soutirer" de la vérité à partir de jugements inductifs problématiques.

Sinon, à supposer que la faculté rationnelle et le vrai aient été de quelque façon néfastes à ceux qui les ont promus et diffusés, en sont-ils nécessairement moins vrais, universellement vrais pour autant ?
Car d'après vos propres dires, ce semble être plutôt le contraire : s'ils sont potentiellement néfastes, c'est parce que valables et efficaces par quiconque en ferait usage.
Il me semble pourtant que c'est peut-être, au contraire, parce que l'occident a tourné le dos à la logique et à la raison qu'il prône le multiculturalisme débridé.
Enfin, pour Francis, si j'ai bien compris, ce sont la logique et la raison, armées de leur prétention à une universelle validité, qui sont the culprit.
Quoi qu'il en soit, ni la logique ni la raison, dans leur sens strict, ne peuvent vous dire ce qu'il faut faire, comment vivre et quel mode de vie il faut prôner, multiculturel ou isolationniste au point de ne tolérer au dîner que ses propres chromosomes : cela n'est pas de leur ressort.
Reparcourant le fil de cette réflexion, enrichie des apports théoriques d'Alain, me vient à l'esprit cette boucle syllogique qui empoisonne toute la sphère idéologique de la pensée humaniste universaliste, poison qu'illuste abondamment l'actualité politique et sociale dont nous sommes les témoins en Europe depuis 2015 en particulier, et que distille comme un flux radioactif la friction interne entre égalité et progrès.

Très simplement : si, selon l'apodictique socle de cette pensée, les civilisations sont égales et par-delà les différences de cultures sont une (la civilisation) quel sens donner au concept de progrès ? Si les "migrants" clandestins qui aujourd'hui envahissent l'Europe étaient issus d'états de civilisation par principe égaux aux nôtres comme notre oligarchie s'emploie à nous le faire accroire, et si ces états de civilisation sont également et indifféremment désirables chez ceux qui y baignent depuis leur naissance, leurs différences n'étant que de forme et de couleurs, jamais de valeur, comment concilier cette égalité avec la vieille notion moderne de progrès dans les états de civilisation? Et quel est donc le facteur qui pousse ces étrangers à l'Europe à vouloir s'installer et construire leur vie dans l'espace européen, théoriquement en tous point égal et tout aussi désirable que celui d'où ils sont issus ?

Si les civilisations sont toutes d'égale valeur et si seuls différent des états de civilisation qui leur sont internes, comment concevoir un progrès universel des états de civilisation ? Une seule réponse à cette question : abolir les civilisations pour n'en concevoir plus qu'une, la civilisation, engendrement conceptuel qui fut le fait du siècle de Voltaire et de Kant, et qui permet, à l'intérieur de ces nouveaux murs, repoussés à l'infini, de rendre le progrès universel et uniforme dans le loft civilisationnel.

Mais il ne s’agit en rien d’un progrès dans le temps, ce progrès de la civilisation s'étant accompli au XIXe par un étalement dans l’espace, avec des conséquences et un prolongement qui se donnent à mesurer aujourd'hui.

Il faut en effet aujourd’hui un coupable à dénoncer et une culpabilité à amender, un dédommagement auquel consentir, comme il fallait autrefois coloniser pour égaliser et lisser les états de civilisation entre l’Afrique, les Amérique et l’Europe; seules ces modalités historiales (et non apodictiques ou principielles) de l’inégalité peuvent justifier des mouvements de population entre deux espaces de civilisation apodictiquement égaux. Il fallait au XIXe siècle que l’un voulut sur les autres appliquer ses recettes pour un «rattrapage de leur retard » comme il faut aujourd’hui que l'un ait été détruit et dévalorisé par l'autre, que ce dernier ait indûment introduit dans l'équilibre des mondes et des civilisations une criminelle et artificielle inégalité; la colonisation est donc le péché originel, le Caïn de l’histoire moderne : il faut que la "colonisation", impulsée précisément par la pensée universaliste au XIXe siècle, ait subverti l'ordre égalitaire originel entre les espaces de civilisation pour comprendre, justifier, et absoudre l’actuelle invasion de l’Europe par les populations étrangères qui se présentent en complète disharmonie civilisationnelle avec les sociétés européennes qu'elles abordent. C'est cette justification qu'articule une certaine gauche remplaciste en Occident, laquelle trébuche aveuglément dans le piège syllogique que nous venons d'examiner puisque dans le même élan qui fonde son chant d’amour à l’égalité des civilisations, il en est une (la leur !) qui enclencha le processeur colonial occidentaliste destructeur et déstabilisateur de l'ordre du monde civilisé anciennement régi par l’égalité et la diversité et qui fit cela sous la bannière de sa même chère universalité. Ces hommes et femmes politiques prétendent défendre des "valeurs" égalitaristes (qu'ils disent "républicaines" mais qui sont humanistes universalistes) et dans le même temps prônent le progrès, ce qui rend logique et nécessaire l’hypothèse d’une chute initiale hors de l'ordre originel du monde, seule à même d’expliquer et de faire tolérer des mouvements de populations mues par un désir de fuir leur civilisation pour s'introduire dans l'espace d'une autre. Ils disent l’égalité, mais en prônant le progrès de manière simultanée, sous-entendent l’inégalité des civilisations et des états de civilisation internes à chacune, inégalité sous-jacente qu'ils contre-entendent nier en abolissant les frontières entre espaces de civilisation ; sachant que le progrès est inconcevable dans l’égalité apodictique et principielle des états, les voilà donc qui définissent l’alpha et l’oméga du progrès comme précisément rien d’autre que cette abolition. Ils s’extraient de l’enfermement dans la clôture grillagée de l’aporie en déchirant les grillages, les périmètres et les membranes qui circonscrivent les espaces de civilisation. Dans ce mouvement hors les murs, et sans objet civilisateur digne de ce nom avancé autrement que comme farce ("ils sont une chance pour la France" devenant au fil du temps "ils paieront nos retraites", etc.), gît le seul « progrès » possible, muré dans la contradiction qu'il entretient avec l’égalité.

En résumé : l'humanisme pose la civilisation comme unique et universellement désirable et il trace le schéma de propagation d’une "science bonne pour tous", et sa logique se veut transcivilisationnelle, et à l'aune de cette transversalité la civilisation qui fut le berceau de cette science perd ses privilèges par hémorragie mondiale. Mais cette perte de privilège par diffusion de soi a causé une dénaturation et une dévalorisation des autres civilisations dont les plus éminents représentants tiennent à se voir dédommagés par :

1. des destructions et déprédations rétributives à commettre sur le sol Européen et dans les sociétés européennes (se venger des méfaits de la colonisation en commettant des méfaits équivalents sur le sol de colonisateurs séminaux des siècles passés), avec l’appui de collaborateurs européens recrutés dans et par l’oligarchie qui y voit le seul « progrès possible » ;

2. une jouissance et une consumation sans limites des bienfaits restants dans l'espace de civilisation européenne et chrétienne qui fut le berceau d'où issirent au XIXe siecle les forces universalistes de disruption de l'ordre du monde originel.

Les moyens 1. et 2. étant évidemment cumulables.

Le progrès n’est plus qu’horizontal– il est une évasion hors les murs de la contradiction. Et cette évasion prend la forme historique d’une invasion. Il est une opération de transvasement compensatoire qui consiste, comme la colonisation d’antan, en une diffusion des bienfaits d'une civilisation auprès d’éléments qui lui sont étrangers, mais s’appliquant dans un cadre mental égalitariste, il engendre une aporie paralysante de la pensée et de l'action, et cette paralysie, et l'impuissance qui caractérise celui qui en est affecté, se donnent à mesurer dans la passivité des sociétés européennes égalitaristes confrontées à l'agression qu'elles subissent depuis plusieurs années, le pays de Kant et le pays de Voltaire étant les deux patients les plus gravement touchés, ce qui ne saurait être non plus le fruit d'un hasard. Et la morbidité de ce syndrome leur est fatale.
"Très simplement : si, selon l'apodictique socle de cette pensée, les civilisations sont égales et par-delà les différences de cultures sont une (la civilisation) quel sens donner au concept de progrès ? Si les "migrants" clandestins qui aujourd'hui envahissent l'Europe étaient issus d'états de civilisation par principe égaux aux nôtres comme notre oligarchie s'emploie à nous le faire accroire, et si ces états de civilisation sont également et indifféremment désirables chez ceux qui y baignent depuis leur naissance, leurs différences n'étant que de forme et de couleurs, jamais de valeur, comment concilier cette égalité avec la vieille notion moderne de progrès dans les états de civilisation? Et quel est donc le facteur qui pousse ces étrangers à l'Europe à vouloir s'installer et construire leur vie dans l'espace européen, théoriquement en tous point égal et tout aussi désirable que celui d'où ils sont issus ?"

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Là , je suis bien d'accord : le relativisme et l'idée que toutes les civilisations se valent ruine complètement l'idée de ''progrès''. C'est pourquoi,entre autres contradictions que relève Francis, j'ai toujours été perplexe devant une civilisation, la nôtre, qui prétend exporter son modèle partout, y compris par la guerre, tout en se crachant dessus en permanence.
Je suis en train de relire "La lettre sur l'humanisme" de Heidegger et je découvre que (j'étais passé à côté (j'avais pourtant souligné certains passages) mais à force de lire Francis...) : la vérité n'est pas le fruit de la logique.
La Lettre (p. 31) considère la Logique, qui dérive d'une interprétation technique de la pensée, mise au service du faire et du produire, et ceci à partir de Platon et d'Aristote, comme une mesure inappropriée à la pensée. Il ne faut voir dans la logique qu'une invention de maîtres d'école qui signe le déclin de la pensée, ce qui se voit confirmé par les définitions traditionnelles de la logique comme organon ou canon.
On oppose traditionnellement vérité formelle et vérité matérielle, ou factuelle : la première résulte de la forme du raisonnement seulement, qui restera valide, donc vrai dans ce sens, même si on évidera les propositions de tout contenu et le remplacera par des variables indéterminées : cette vérité formelle est bien entendu le fruit de la logique, et cette dernière peut bien dériver de tout ce que Heidegger et vous-même voudront, ça ne changera absolument rien au caractère vrai et nécessaire de la chose ; la seconde, la vérité factuelle, qu'on appelle aussi "vérité-correspondance", résulte de l'adéquation du contenu de la proposition, d'une description quelconque, à l'objet de cette description.
Alfred Tarski, génial logicien polonais et grand théoricien de la vérité, a magitralement et limpidement résumé la chose : "P" est vrai si et seulement si p.

Avez-vous quelque autre définition de la vérité à nous proposer, Pascal ?
Avez-vous quelque autre définition de la vérité à nous proposer, Pascal ?
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Une "définition de la vérité" ? Ah non mais quelle horreur !...
Si nous continuons de jouer à être heideggeriens tenons-nous en à la vérité au sens d'une mise à découvert, qui n'est que la condition de sa possibilité, ce qui n'est déjà pas si mal - non ? Vérite et liberté s'originent ensemble dans le laisser-être auquel s'entend le Dasein, raison pour laquelle l'exact (l'exactitude d'une "définition (trop exacte) de la vérité", par ex.) n'est pas le vrai, voire même empêche d'y accéder : il est l'invrai (Unwhahr).

"Retenir sans tenir", suggérait Matisse.

Mais bon, vous savez comme moi que ces histoires d'ouverture sans, ou avec retrait, et ces histoires de voilement-dévoilement, ça finit toujours par vous casser la tête, et les dents.
» Si les civilisations sont toutes d'égale valeur

Vous jouez sur les nombreux sens que peuvent avoir ces notions d'"humanisme" et d'"universalité", lesquelles, bien comprises (à mes yeux bien sûr), et tant qu'on n'en use pas immodérément, comme d'un spiritueux capiteux, n'impliquent certainement pas que toutes les civilisations soient de fait d'égale valeur.
Pourquoi diable voulez-vous que le fait de supposer que les affaires humaines devraient être considérées et réglées dans une perspective proprement humaine et conforme aux intérêts humains, d'une part, et l'attribution à tous les hommes, pour autant qu'ils appartiennent à une même espèce, d'un même jeu de droits fondamentaux et de potentielles facultés rationnelles et éventuellement morales, cela pour résumer de façon éhontément sommaire ce qu'est l'humanisme moderne, en y incluant la dimension de finitude et de faillibilité caractéristique de cette perspective intrinsèquement humaine du regard porté sur le monde, pourquoi voulez-vous que cela implique que toutes les civilisations auxquelles appartiennent ces hommes aient de fait atteint le même degré de maturité ou d'excellence et soient nécessairement d'égale valeur ??
Pourquoi entacher des notions, qui exigent un maniement plus fin et lucide et sont infiniment complexes, ce conformément à leur objet d'ailleurs, par ce que peuvent en penser des imbéciles ?

(Cela va sans dire, mais je précise quand même que les "imbéciles" en question sont ces "humanistes" à la manque qui tiennent que tout est pareil et se vaut, et sont aussi dogmatiques dans leur angélisme, leur aveuglement et leur bêtise que les pires "inhumanistes", voire davantage...)

(message modifié)
J'ai bien conscience de ne pas être à la hauteur des brillantes analyses et des commentaires développés sur ce fil, et je vous prie de m'excuser pour insister avec mes gros sabots, mais tout de même ... pourquoi les Coréens, les Chinois, les Japonais, sans parler des Israéliens, se développent-ils ? Il me semble bien que c'est parce qu'ils ont fait leur une certaine manière de penser et d'agir à l'occidentale ? Et si les musulmans n'arrivent pas à développer leurs pays respectifs, n'est-ce pas parce qu'ils sont incapables de cette démarche, même, de surcroît, quand ils sont installés dans des pays occidentaux puisqu'ils y reconstituent à l'identique ce qui leur a fait fuir leur pays d'origine ?
Quelle est selon vous la raison de cette incapacité ?
"les nombreux sens que peut peuvent avoir ces notions d'"humanisme" et..."

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D'accord avec vous si "l'humanisme consiste en ceci : réfléchir à veiller à ce que l'homme soit humain et non-inhumain, "barbare", c.a.d. hors de son essence. Or en quoi consiste l'humanité de l'homme ? Elle repose dans son essence."

"Quelle est l'orientation du "souci", sinon de réinstaurer l'homme dans son essence ?"

Lettre sur l'humanisme, trad. R. Munier, p. 45.

"Mais comment et à partir de quoi déterminer l'essence de l'homme ?"... That's the question.
@Alain,

Parce que plus personne, depuis au moins deux générations sinon plus, parmi nos penseurs qui ont voix au chapitre éditorial, ne pense ni n'écrit qu'il y ait une hiérarchie des civilisations. Parce que nos manuels scolaires, pour n'en rester qu'au cas français, nous donnent à admirer les civilisations qui ont occupé l'actuel Mali comme équivalentes sinon meilleures que celle qui occupe le bassin Parisien depuis 12 siècles. Le "cela implique" de votre articulation logique loge tout entier dans ce constat d'une post-modernité qui a opéré l'équation infinie et monstrueuse suivante : l'espèce humaine est une, les droits sont pour tous, ergo les civilisations sont de l'Un et toutes se valent, et tout est relatif. Cette relativité circulaire, infernale est l'enfant de cet humanisme bien pensé. Elle règne et elle s'étale comme enfant roi.
@Cassandre,

Vous faites erreur de supposer que les non-musulmans ne visent pas à reproduire hors leurs territoires historiques leurs modes de vie et leurs coutumes : il y a des Chinatown dans toutes les grandes villes du monde où une proportion notable des habitants ne parle que chinois et vit en vase clos ; à l'Américain au Cambodge ou au Viet-Nam il faut son hamburger et son soda familier ; au Français son camembert, etc.

C'est un signe de santé et de force d'une civilisation. Les arabo-musulmans sont simplement aussi "coloniaux" que les autres, sinon plus, évidemment.

Ce ne sera toujours qu'en pensant et en agissant contre soi, autant dire en bel hypocrites contrit que le Français se détournera du camembert, l'Américain du hamburger, etc.

L'islam est un outil de conquête. Une fois la conquête acquise, que voulez-vous qu'ils foutent à part tenir les murs, fumer, dealer et fustiger l'hérétique à leur religion ? La poésie, le retour sur soi, le doute créatif ne viennent aux hommes que dans l'échec.
@Cassandre,

Vous faites erreur de supposer que les non-musulmans ne visent pas à reproduire hors leurs territoires historiques leurs modes de vie et leurs coutumes : il y a des Chinatown dans toutes les grandes villes du monde où une proportion notable des habitants ne parle que chinois et vit en vase clos ; à l'Américain au Cambodge ou au Viet-Nam il faut son hamburger et son soda familier ; au Français son camembert, etc.

C'est un signe de santé et de force d'une civilisation. Les arabo-musulmans sont simplement aussi "coloniaux" que les autres, sinon plus, évidemment.

Ce ne sera toujours qu'en pensant et en agissant contre soi, autant dire en bel hypocrite contrit que le Français se détournera du camembert, l'Américain du hamburger, etc.

L'islam est un instrument de conquête. Une fois la conquête acquise, que voulez-vous qu'ils foutent à part tenir les murs, fumer, dealer et fustiger l'hérétique à leur religion ? La poésie, le retour sur soi, le doute créatif ne viennent aux hommes que dans l'échec.
"La poésie, le retour sur soi, le doute créatif ne viennent aux hommes que dans l'échec"

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Mais c'est du Cioran tout craché ça mon cher Francis !


Après ce doute, et pour se libérer de ce mépris de soi qui lui va comme un gant, il ne nous (je parle pour les "derniers hommes") reste plus qu'à satisfaire notre égo en nous forgeant un "style", une "conscience humaniste", lesquels nous assureront une position imprenable dans l'univers médiatico-politique.

D'autre part on remarquera qu'une religion déclinante, c.a.d. laïcisée à l'extrême, devient forcément "tolérante", "ouverte à l'Autre" (suivez mon regard...). Ultime recours quand toutes les autres tentatives de fuir (l'angoisse, l'épuisement des corps, l'hébétude de l'esprit, l'assèchement de la foi) ont échoué.
''Vous faites erreur de supposer que les non-musulmans ne visent pas à reproduire hors leurs territoires historiques leurs modes de vie et leurs coutumes''

Mais non, Francis, vous avez mal lu, je dis exactement le contraire et je me demande pourquoi eux et eux seuls font preuve de cet autisme qui, selon moi explique leur sous-développement. En revanche, L'existence de ''chinatowns'' dans les capitales d'occident n'empêchent pas les Chinois de s'ouvrir suffisamment à la mentalité occidentale pour pouvoir se développer. Leurs religions et particulièrement le bouddhisme ne semblent pas un frein. C'est d'ailleurs ce qu'avait observé et prédit un livre qui avait fait grand bruit il y a une quarantaine d'années et dont l'auteur, un scientifique, avait vécu longtemps en Asie. Sans parler du livre d'A. Peyrefitte ni même de l'analyse de Levy Strauss dans ''Tristes tropiques''.

''Une fois la conquête acquise, que voulez-vous qu'ils foutent à part tenir les murs, fumer, dealer et fustiger l'hérétique à leur religion ?''
Justement,c'est bien ce que je dis : ils sont incapables, contrairement à d'autres, de développer, si peu que ce soit, leurs pays. Leur logique est mafieuse : ce qui compte pour eux c'est seulement le pouvoir et, pour citer Renan, ''dès l'age de 12 ans, la sotte fierté d'être musulman''.

''La poésie, le retour sur soi, le doute créatif ne viennent aux hommes que dans l'échec.''
Hé bien, je crois qu'une des caractéristiques de la civilisations occidentale, c'est, au contraire, que même au plus fort de sa puissance, elle est capable de doute et d'autocritique, corollaires de la vertu chrétienne d'humilité qui manque si cruellement aux musulmans. C'est ce manque, cette inaptitude à l'autocritique qui explique pour beaucoup l'incapacité des pays musulmans à se développer.
Le post-moderne, en Occident, a opéré un glissement de folie, de ouf (!) : partant du beau principe inscrit en frise au plafond des salles de prière au culte de l'Homme selon lequel l'espèce humaine est composée d'hommes biologiquement égaux, la valeur philosophique et sociale suprême en devient celle de l'universalité étale des droits humains, sans limitations. Le Droit au logement devient un droit de déloger quiconque de chez lui pour y mettre à sa place un tiers ayant besoin d'un toit. Cette loi a été votée par l'Assemblée nationale de la République française en mai 2015, elle confère aux squatteurs un droit de jouissance illimité et exclusif sur les biens qu'ils occupent depuis 48 heures au moins. Pas 48 mois ou 48 ans, bien 48 heures, le temps de se faire livrer une pizza. Le droit à s'installer chez autrui sans sa permission est devenu non opposable. La permission de migrer chez autrui est devenue facultative. Et l'on voit des migrants s'installer sur le pavé parisien sous un écriteau Etre humain, ce qui leur vaut déjà un ticket prioritaire dans l'octroi des logements. Le glissement de l'égalité de nature à l'égalité de droit consacre le retour à l'état sauvage, soit l'ordre qui règne dans la savane entre animaux regroupés autour d'un point d'eau : le plus sans-gêne étanche sa soif au détriment des autres, c'est son droit. C'est un droit humain. La post-modernité est remplie d'idées humanistes devenues folles.
Vous avez dit GLISSEMENT ? Ouais bah ça glisse un max à tous les niveaux, on dirait...

« Demain, je peux partir à l’étranger sans aucun regret, je ne ressens aucun attachement à la France » Pauline, 26 ans, auditeur financier.

« En vrai, je ne me sens pas du tout attachée à mon pays, c’est peut-être parce qu’on a grandi dans la mondialisation. On appartient plus à un grand pays qui est formé par toute la Terre. » Anne, 20 ans, étudiante dans les métiers du livre.

Dans l'émission « En voiture, citoyens », dimanche 25 février.

[www.lcp.fr]
Citation
Pascal Mavrakis
Avez-vous quelque autre définition de la vérité à nous proposer, Pascal ?
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Une "définition de la vérité" ? Ah non mais quelle horreur !...
Si nous continuons de jouer à être heideggeriens tenons-nous en à la vérité au sens d'une mise à découvert, qui n'est que la condition de sa possibilité, ce qui n'est déjà pas si mal - non ? Vérite et liberté s'originent ensemble dans le laisser-être auquel s'entend le Dasein, raison pour laquelle l'exact (l'exactitude d'une "définition (trop exacte) de la vérité", par ex.) n'est pas le vrai, voire même empêche d'y accéder : il est l'invrai (Unwhahr).

"Retenir sans tenir", suggérait Matisse.

Mais bon, vous savez comme moi que ces histoires d'ouverture sans, ou avec retrait, et ces histoires de voilement-dévoilement, ça finit toujours par vous casser la tête, et les dents.

Continuons donc d'être un peu logiciens : "mise à découvert", c'est une action : la vérité dans ce sens serait donc une action, relèverait-elle d'une catégorie verbale, serait-elle un faire ? Il y a là toutefois quelque chose qui ne colle pas avec notre compréhension intuitive, presque implicite, de la vérité : comment une action pourrait-elle être vraie, ou fausse d'ailleurs ? ce n'est pas clair...
Ou alors, vous l'entendez par métonymie, vérité serait ce qui est ainsi découvert, le résultat de cette action de mise au jour : oui mais Pascal, en effet, qu'est-ce qui est dévoilé ? le fait que cela soit voilé, nous y revoilà, c'est très casse-tête. Ou autre chose, au fait ?
Je vous le demande par sincère curiosité : est-ce qu'au bout du compte quelque chose est-il véritablement su, connu, qui serait du vrai (the real thing), ou éventuellement éprouvé, la vérité serait du vrai "ressenti", comme on dit maintenant ? en fait ce n'est pas très satisfaisant non plus, parce qu'on ne voit pas très bien comment une sensation pourrait être plus vraie qu'une autre...
Plus on y pense, à la façon tatillonne et un peu procédurière du logicien s'entend, plus on se dit que les critiques de Carnap ou de Wittgenstein ne manquent pas de pertinence : tout cela reste vague, et on se demande si on ne frôle pas la confusion de sens, ou de niveaux de langage, et même l'abus de langage, purement et simplement : "vérité" est d'abord ce qui résulte d'un rapport d'adéquation entre une description et son objet, ça c'est du solide, cela cadre bien avec nos façons d'employer ce mot, on n'est pas gêné aux entournures : mais une vérité si élusive qu'elle ne pourrait s'éprouver comme telle que dans la mesure où l'on saisirait à pleines mains le moment où elle nous échapperait, c'est quand même un sacré tour d'escamotage, de la poudre aux yeux, à la limite se fout-on de notre gueule ?
Qu'en pensez-vous ?
@Alain

La vérité prise en un sens "originaire", et donc étrangère à toute "logique" (Heidegger l’appelle aussi "vérité ontologique"), n’est pas un discours vrai, mais ce qui rend possible tout discours vrai. De même que dire "il fait nuit" ou "il fait jour" suppose de n’être pas aveugle, mais ouvert à la dimension du visible, de même dire vrai sur tel ou tel étant suppose d’être ouvert à la dimension de l’être en général. Cette ouverture de l’être à lui-même dans le Dasein Heidegger l’appelle, nous le savons, alèthéia (vérité en grec, traduit littéralement par "dévoilement"). La vérité originaire n’est rien d’autre que le dévoilement des choses, l’apparition de l’être...

"Dévoilement", "voilement", "apparition", "retrait", "éclaircie"... Où quand la pensée philosophique rejoint l'intuition mystique (pensée, intuition mystique... raison pour laquelle cette vérité vous semble "si élusive, qu'elle ne pourrait s'éprouver comme telle que dans la mesure où l'on saisirait à pleines mains le moment où elle nous échapperait").
Je ne sais plus qui a écrit, très justement selon moi, qu'"Heidegger appartient à la tradition de Maître Eckhart".
@Alain
"Continuons donc d'être un peu logiciens : "mise à découvert", c'est une action : la vérité dans ce sens serait donc une action, relèverait-elle d'une catégorie verbale, serait-elle un faire ?"
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Heidegger s'est efforcé de penser "l'essence de l'agir", aussi je ne pense pas que la vérité soit une "action"..., enfin pas au sens d'un "faire", ou d'un "fabriquer", elle a plutôt affaire avec la Gelassenheit.
Mais je suis un peu court, c'est vrai, et il est tard...
En quoi l''intuition mystique", quelle qu'elle soit et quelque type de "connaissance" qu'elle permette, rend-elle caduque ou invalide-t-elle la légitimité et la pertinence des modes de connaissance traditionnels mis en œuvre dans la recherche de la vérité au sens usuel du terme, lesquels modes demeurant toujours, dans le domaine d'application qui leur est propre, parfaitement opératoires et valables, et donc en un sens "universels" ?
On a l'impression avec Heidegger que les conditions de possibilité d'une chose (ce qui est tel selon lui), annulent carrément l'intérêt et même la valeur de ce qui existe, du fait de la prééminence absolue décrétée de la condition elle-même, au détriment de ce qui est rendu possible par elle.
Cela rejoint cette remarque de la préface de la Structure du comportement, déjà citée ici :
«On n'a jamais fini de traquer les évidences du sens commun et le lecteur de Heidegger s'aperçoit trop tard que l'acuité minutieuse déployée par l'auteur dans la description du monde que nous projetons [mais cela vaut pour les "conditions de possibilité des choses"] a eu pour contrepartie une totale négligence du monde qui pour nous est "toujours-déjà-là". »

Bref, pourquoi ne pourrait-on être à la fois rigoureusement logique, et se laisser aller de temps en temps à quelque petite Erlebnis de type plus effusionnel, mystique, ou "englobant", comme disait Jaspers, cela peut-être pas aux mêmes moment de la journée ?...
Heidegger et la logique bien comprise et appliquée ne s'excluent pas forcément.
Mais enfin Alain, avec Heidegger il s'est bien passé quelque chose d'absolument exceptionnel ???, non ? Quelque chose qui fait qu'on ne pensera plus jamais "comme avant" (ou "comme après" les pré-socratiques), je veux parler de l'abandon de la langue de la métaphysique, et par conséquent de la figure traditionnelle de la philosophie comme pensée de surplomb, comme possession intellectuelle du monde.
Heidegger n'a-t-il pas montré que la philosophie demeure aveugle à ce qui la rend possible ?, à savoir cet événement du paraître à partir duquel seulement il y a pour nous de l'être.
C'est cet événement de l'ouverture (à partir d'une fermeture plus originelle) qui demeure encore à penser dans cette époque qui est la nôtre et qui est, pour notre penseur, celle de la fin de la philosophie. Pour le dire autrement : la tâche est de s'ouvrir à ce qui advient en essayant de dire l'apparaître qui se dérobe sans cesse à nos concepts (oui Alain : qui se dérobe sans cesse à nos concepts !).

Question : que faites-vous de l'appauvrissement que la détermination conceptuelle fait subir à l'expérience du divin ? Appauvrissement qui, par ailleurs, peut-être envisagé comme la contrepartie de l'avancée ou de la percée du concept ?

Le problème, me semble-t-il, c'est que le discours conceptuel ou "logique" a toujours souvent la prétention de réduire, au moyen d'une opération d'Aufhebung, tout autre langage que le sien et, partant, tout langage d'adresse à Dieu, ou proféré à partir de Lui, à son langage sur Dieu - pour le dire sans détours : de tout tenir dans les limites de la simple raison.


NB : je précise, mais vous le savez certainement, que pour H. l'Etre n'est pas Dieu !
On a un peu l'impression, à vous lire, Pascal, qu'après Heidegger on en sait un peu plus sur la vie et sur la mort, et ce que c'est qu'être au monde, éventuellement même sur ce qu'il faut y faire : cela n'engage que moi évidemment et mes faibles lumières, et fort imparfaites connaissances en général du reste, mais je n'ai pas été frappé par de nouvelles révélations, définitivement acquises et aveuglantes comme l'évidence, concernant ces grandes questions : m'est avis en réalité qu'on n'en sait toujours foutrement rien, avec ou sans Heidegger.
Le réel demeure toujours aussi indéchiffrable et opaque, dans sa présence comme dans ses raisons et façons d'apparaître : Heidegger n'aura au mieux fait que tenter de reformuler les questions en exigeant de réorienter le regard, espérant qu'un décalage plus avant pourrait faire sourdre quelque chose comme le pressentiment d'un réponse, du temps où le questionnement était plus vierge, pour ainsi dire ; espérons toujours.

Je crois par exemple qu'un Wittgenstein était plus réaliste sur ces sujets : le logicien ne peut que buter contre la clôture hermétique de ce qu'il s'autorise à admettre comme savoir, réduit à la fatale limitation qu'imposent les règles du penser vrai ; ce qui est hors de ce domaine de compétence de la raison semble être hors d'accès, du moins, jusqu'à preuve du contraire, par le langage sensé. À partir de là est l'indicible, c'est-à-dire le mystique.
Aussi celui qui veut discourir en s'affranchissant de ces règles risque de dire, littéralement, n'importe quoi : de cela il ressort d'ailleurs que la logique et la raison freinent et veulent restreindre la volonté de puissance, laquelle n'a que faire de ces entraves : Nietzsche l'avait parfaitement résumé : si la valeur supérieure réside dans l'affirmation de sa puissance, ce qui a besoin d'être démontré ne vaut pas grand-chose.
La folle prétention de tenir le monde sous sa botte est donc du côté de l'illogique, ou de l'alogique, qui veut tout se permettre.
La folle prétention de tenir le monde sous sa botte est donc du côté de l'illogique, ou de l'alogique, qui veut tout se permettre.


Il me semble que la fausse opposition entre rationalisme et irrationalisme, entre Raison et anti-Raison dans l'histoire intellectuelle de l'Europe, induit complètement en erreur... Elle continue d'obstruer l'accès à la nécessaire auto-critique qui devrait mettre en question, à partir de ses soubassements, la position de la Raison instrumentale à l'époque moderne.
Aussi contrairement à vous je crois que ça n'est pas l'"illogique", ou l'"allogique", mais plutôt la penseé "logique" (ou pensée "rationnelle", ou pensée "calculante", ou pensée "moderne"), qui parvient, sous la forme de la TECHNIQUE, à une DOMINATION non philosophique, c.a.d. renonçant à toute philosophie explicite. C'est donc bien la pensée "logique" qui peut tout se permettre, justement parce qu'elle se prétend, parce qu'elle se veut "logique" - "logique" voulant dire ici : objectivisation de la totalité de l'étant, du "monde", par le sujet moderne ("logique", "rationnel"). Un monde "représentable" et ainsi calculable, utilisable et exploitable, conséquence de ce qu'à l'époque moderne le monde a pris la forme d'une conception, d'une représentation objectivisée.

Qui (quelle pensée ?) est responsable de cette gigantesque mise en calcul, quantification de la nature et de l'homme par l'homme, selon vous ? Qui détruit et exploite la Terre de façon agressive, d'une agressivité jamais vue jusqu'ici (!), d'après vous ?


m'est avis en réalité qu'on n'en sait toujours foutrement rien, avec ou sans Heidegger.

On n'en sait toujours foutrement rien..., sinon que la rationalisation totale, le calcul et la mise en calcul de tous les domaines de la vie, gagne chaque jour un peu plus de terrain.
La "raison instrumentale" est l'instrument d'autre chose que la raison, et c'est bien pourquoi l'opposition entre le rationnel et l'irrationnel continue de prévaloir : la raison en elle-même ne peut fournir les motifs et les buts de ce à quoi ou à qui elle pourra servir comme instrument, c'est-à-dire en réalité comme seule source de connaissance réelle, donc d'action efficace sur le réel : le rationnel, ce sont les modalités et la méthode de cette connaissance, l'irrationnel, c'est l'usage qui est fait de ce que cette connaissance permet.
Aussi bien le projet de "domination du monde", que sa critique, sont dans ce sens irrationnels, car se fondant sur ce qu'il faut faire, impératif axiologique qui n'est tout simplement pas du ressort de la raison, laquelle n'est en effet que la méthode du calcul juste.
Alors la chose est simple : je trouve aberrant (et en soi sophiste) de vouloir révoquer en doute la justesse du calcul au nom de la critique de ses divers usages.
N'est-ce pas précisément ce que Heidegger fait ?
Le calcul seul n'a jamais existé hors le mobile et le projet. Personne dans l'histoire de l'humanité n'a jamais calculé pour rien. Si le calcul ludique existe bien, il demeure entaché d'un but de victoire au jeu. Si le calcul est un instrument, il n'est point d'instrument qui se conçoive ou seulement se façonne ou se perfectionne libre et dégagé de toute finalité qui le transcende. Or ce qui n'existe pas dépourvu d'objet, ce qui, isolé, n'est point, n'accède à aucun statut par lequel un jugement de vérité pourrait lui être appliqué. Aucun calcul n'est juste en soi car aucun calcul n'existe dissocié de tout objet ou motif de puissance, instigatrice en amont, projetée en aval.
Le seul fait que la justesse rationnelle du calcul ne dépende pas de la "justesse" (axiologique) de la multitude des projets les plus divers et contraires à quoi il pourrait être employé suffit à garantir une justesse computationnelle en soi, et donc à pouvoir distinguer de fait ce qui ressortit au calcul de tout projet.
De plus, la volonté d'adhérer au vrai, de dire le vrai, n'est pas rien, c'est même un projet en soi, à partir du moment où la faculté rationnelle est devenue suffisamment développée et performante pour pouvoir être normativement définie.

Autrement dit, on pourrait résumer la chose en des termes tout à fait camusiens : on ne peut plus écraser de la vérité (ou même la vérité tout court) par ce qu'on estime être le Bien ; la vérité résiste, et elle a bien raison.
@Francis
"Le calcul seul n'a jamais existé hors le mobile et le projet. Personne dans l'histoire de l'humanité n'a jamais calculé pour rien"

@Alain
"et donc à pouvoir distinguer de fait ce qui ressortit au calcul de tout projet"
....

Plutôt d'accord avec Francis... La pensée calculante et planificatrice, dont la domination s'exerce à travers la technique, la science et l'économie, s'articule toujours en tant que projet.

Heidegger a d'ailleurs clairement mis en évidence que ce "projet" (pensée de la domination) constitue déjà l'horizon de l'histoire de la pensée occidentale depuis ses débuts, depuis l'Antiquité. Mais il n'est entré dans sa phase active, virulente, que dans et par la philosophie moderne du Sujet. Un Sujet qui dirige ce processus - ou ce projet - d'extension totale de la catégorie du calcul et de la calculabilité.
Plutôt d'accord avec Pascal (le nôtre, pas celui du Triangle).

Un point d'histoire, celui du partage des eaux logiques en philosophie après 1945 : les tenants de la logique formelle, les Carnap et la myriade des petits amis de Wittgenstein ont tous migré aux Etats-Unis où leur école a fait florès. Toute la "philosophie analytique", celle de la logique formelle a suivi la superpuissance arraisonnante qui avait parlé par l'Ultima Ratio à Nagasaki le matin du 9 août 1945. Ultima Ratio : ce terme dit tout ce qu'il y a à dire dans ce débat: que la rationalité est un autre nom donné à la Puissance, celle qui arraisonna en lui donnant une fin, la murant, et donc en lui conférant une relativité, jusqu'à la plus grande des guerres jamais vécues par l'humanité.

L'homme n'est pas, n'a jamais été et a donné dans son histoire mille preuves qu'il ne peut être un animal doué de raison comme voudraient nous le faire accroire les amis des Puissants. Il est en revanche très probablement un animal qui vient à l'humanité par la parole, comme semble avoir voulu le dire Heidegger. Devenir soi, et autre que tous, par la vertu de la parole aux autres, est déjà miraculeux.

Le commentaire philosophique le plus précieux sur le sujet de la ratio émane d'un citoyen de Fukushima désignant la centrale infâme dont les réacteurs donnèrent tant de fil à retordre aux techniciens et amoureux de la rationalité technologique il y a sept ans pour avoir été installée dans une zone exposée aux tsunamis : il faut conserver cette centrale à tout jamais, comme monument à la bêtise humaine universelle.

La raison est une illusion, un fantôme, un habit, un sceptre de la Puissance, une gigantesque tromperie, une vanité et un effet de miroir dans lequel s'abîme l'humanité ivre de puissance et aveuglée par les effets que produit celle-ci sur la vision qu'elle entretient d'elle-même.

Je suis en train de parcourir deux ouvrages fort pertinents à notre débat :

A Parting of the Ways – Carnap, Cassirer and Heidegger par Michael Friedman, 2000 (M. Friedman est un philosophe américain né en 1947) qui nous narre et nous explicite comment ce partage des eaux logiques (entre philosophie analytique et "philosophie continentale") trouve son origine dans une disputatio qui eut lieu en 1929 entre Ernst Cassirer et Heidegger à Davos (!) comme si ce bourg, commune la plus haute d'Europe, aujourd'hui Olympe de l'oligarchie mondiale, était naturellement destiné à être le partage des eaux où devrait s'instituer le sens à donner à toutes omnis potentas.

et Speaking Against Number : Heidegger, Language and the Politics of Calculation, par Stuart Elden (1981).

Je tâcherai dans les jours prochains de vous proposer une traduction de fragments de ces ouvrages ou une synthèse de leurs points saillants les plus utiles à notre débat.
04 mars 2018, 16:14   erreur
erreur
04 mars 2018, 16:29   Re : erreur
À Davos la confrontation (l'équivalent, à un autre niveau, du match M. Ali vs G. Foreman) tourna largement en faveur de Heidegger. Cassirer en eu conscience et en fut profondément affecté. Emmanuel Lévinas, qui assista au débat, confiera avoir été littéralement subjugué par Heidegger...
» La pensée calculante et planificatrice, dont la domination s'exerce à travers la technique, la science et l'économie, s'articule toujours en tant que projet

Pourquoi le projet de dire le vrai n'existerait pas en tant que tel ? La pensée qui délimite son domaine de compétence selon ce qu'elle s'impose comme règles définissant le savoir valide, cette pensée-là ne peut s'exercer sans l'irrésistible soif de dominer et de posséder ? N'y a-t-il donc pas des chercheurs animés par la volonté de savoir, de percer à jour, de découvrir ce qui est, c'est-à-dire le vrai, et de l'exposer de la façon la plus exacte possible ? Quelles que soient d'ailleurs ces supposées "motivations profondes" qui poussent les gens à savoir, en quoi et pourquoi celles-ci invalident-elles la valeur et la vérité de ce savoir, en fait ?
Car enfin, nous resservir à satiété la doxa heidegerrienne sur la technique etc., c'est très bien, on la connaît déjà un peu, mais concrètement, la capacité de raisonner correctement et de distinguer le vrai du faux, cela n'existe pas en réalité, n'a jamais été qu'une illusion formaliste dont se pare le dominateur fascisant par excellence, le logicien, et n'importe quelle billevesée un peu ronflante et joliment coloriée vaudra toujours au moins autant qu'un discours cohérent et soucieux d'adéquation au faits ?
Mais franchement, qu'est-ce que c'est que ces histoires, et vous gobez tout ça sans réserves, les amis ?
Pas moi, en tout cas, désolé...
"Mais franchement, qu'est-ce que c'est que ces histoires, et vous gobez tout ça sans réserves, les amis ?
Pas moi, en tout cas, désolé..."
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Bein c'est not' p'tit côté Lévinas : nous sommes littéralement "subjugués".
Un de ses étudiants, à propos de ses conférences : « C’était comme si un éclair gigantesque fendait le ciel sombre (…) Les choses du monde étaient là, ouvertes, dans une clarté presque douloureuse. (…) Il n’était pas question d’un « système », mais de l’existence. Lorsque je quittais l’amphithéâtre, j’étais muet de stupeur. Il me semblait avoir entrevu le fondement du monde »

Cité par R. Safranski
Pardon, Pascal, mais le sujet subjectant subjugué, c'est un drôle de coco.
Merci à Pierre-Jean de nous conduire à cet entretien de Steiner.

En attendant la suite, je vous livre ce petit exercice de pensée logique-stratégique par un certain "philosophe", le père John A. Siemes, professeur de philosophie moderne à l'université catholique de Tokyo sur le bombardement d'Hiroshima du 6 août 1945 :

We have discussed among ourselves the ethics of the use of the bomb. Some consider it in the same category as poison gas and were against its use on a civil population. Others were of the view that in total war, as carried on in Japan, there was no difference between civilians and soldiers, and that the bomb itself was an effective force tending to end the bloodshed, warning Japan to surrender and thus to avoid total destruction. It seems logical to me that he who supports total war in principle cannot complain of war against civilians.

Traduction : Nous avons discuté de l'éthique qui sous-tend l'usage de la bombe. Certains rangent cet usage dans la même catégorie que celui des gaz toxiques et ont déclaré s'y opposer sur une population civile. D'autres estiment que dans une guerre totale, comme celle menée par le Japon, il n'y avait pas de différence entre les civils et les soldats et que la bombe en tant que telle était une force efficace visant à mettre un terme aux effusions de sang, à avertir le Japon de devoir se rendre et ainsi éviter la destruction totale. Il me semble logique que celui qui se prononce en faveur de la guerre totale par principe ne peut se plaindre de la guerre contre des civils.

Voilà donc la logique invoquée. Or il est patent que cette invocation est possible ici dans le seul cadre du story-telling que met en place la force dominante. Il est logique de massacrer des civils puisque nous le pouvons et qu'en outre nous y sommes provoqués, invités par "la logique". C'est le discours rationnel du lion à l'agneau qui se déclare "contraint par la logique" de le dévorer.

Mon hypothèse personnelle : que le saut hors de la logique est le seul susceptible de désarmer les puissances, mais aussi qu'il est l'unique recours du dominé. Le pardon, le "baiser sur l'autre joue" des premiers chrétiens, entièrement désarmés, constituaient un saut hors de la logique. Pardonner est illogique, est désarmant. Seuls sont à même de fonder une puissance nouvelle, celle des règnes futurs, des sauts quantiques hors le cercle logique qu'entretient la puissance mondaine. Le puissant a toujours raison, et pour cause....

Résister contre toute logique est la seule voie possible vers la création d'une histoire nouvelle. Résister contre toute logique veut dire aussi résiter à toute logique. L'anomie dissipée, la logique, qui est logos et qui porte le sens, se récréera naturellement pour escorter et constituer la puissance successive de celle qui aura été subvertie. La logique renaîtra autre, comme le sens dans le désordre inchoatif du langage malmené, comme les chats jetés en l'air : elle retombera toujours sur ses pieds.

Penser à l'impossible illogisme des dogmes chrétiens, truffés de "mystères", constitutifs d'une théo-logie aberrante, qui finirent, grâce au croisement de mille story-telling (la Trinité, etc.), polis de conciles en conciles par dix milles arguties, par dominer le monde au fur et à mesure que les gros bataillons et les flottes des souverains trouvaient commodes et opportuns d'en adopter la bannière.

(message modifié)
» Voilà donc la logique invoquée. Or il est patent que cette invocation est possible ici dans le seul cadre du story-telling que met en place la force dominante

Allons donc, Francis : la logique est ici invoquée parce qu'il s'agit d'un raisonnement déroulant les implications de ce qu'on entend par "guerre totale" ; il est correct ou pas ; remplacez les termes employés par "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil", et "lâcher de papillons", vous aurez le même résultat : vrai ou faux. Pas de morts, d'adorables hippies aux cheveux fleuris, et une même logique invoquée, car même les pacifistes les plus convaincus peuvent raisonner.
Sur la "pensée calculante" et la "pensée méditante" :

« Lorsque nous dressons un plan, participons à une recherche, organisons une entreprise, nous comptons toujours avec des circonstances données. Nous les faisons entrer en ligne de compte dans un calcul qui vise des buts déterminés. Nous escomptons d’avance des résultats définis. Ce calcul caractérise toute pensée planifiante et toute rechercne. Une pareille pensée ou recherche demeure un calcul, là même où elle n’opère pas sur des nombres et n’utilise ni simples machines à calculer ni calculatrices électroniques. La pensée qui compte calcule. Elle soumet au calcul des possibilités toujours nouvelles, de plus en plus riches en perspectives et en même temps plus économiques. La pensée qui calcule ne nous laisse aucun répit et nous pousse d’une chance à la suivante. La pensée qui calcule ne s’arrête jamais, ne rentre pas en elle même. Elle n’est pas une pensée méditante, une pensée à la poursuite du sens qui domine dans tout ce qui est.
Il y a ainsi deux sortes de pensée, dont chacune est à la fois légitime et nécessaire : la pensée qui calcule et la pensée qui médite.
Or c"est cette seconde pensée que nous avons en vue lorsque nous disons que l’homme est en fuite devant la pensée. Malheureusement, objectera-t-on, la pure méditation ne s’aperçoit pas qu’elle flotte au-dessus de la réalité, qu’elle n’a plus de contact avec le sol. Elle ne sert à rien dans l’expédition des affaires courantes. Elle n’aide en rien aux réalisations d’ordre pratique.
Et l’on ajoute, pour terminer, que la pure et simple méditation, que la pensée lente et patiente est trop "haute" pour l’entendement ordinaire. De cette excuse il n’y a qu’une chose à retenir, c’est qu’une pensée méditante est, aussi peu que la pensée calculante, un phénomène spontané. La pensée qui médite exige parfois un grand effort et requiert toujours un long entraînement. Elle réclame des soins encore plus délicats que tout autre authentique métier. Elle doit aussi, comme le paysan, savoir attendre que le grain germe et que l’épi mûrisse. »

Martin HEIDEGGER, Sérénité, in Qestions III, édit. Galimard, p. 163
» l'équivalent, à un autre niveau, du match M. Ali vs G. Foreman

Je tiens quand même à préciser, comme je l'ai d'ailleurs laissé entendre auparavant, que je ne crois pas qu'il s'agisse, ou qu'il doive nécessairement s'agir d'un "match" : très rapidement, Heidegger et les logiciens ne s'excluent pas, si leur pensée opère à des niveaux de sens différents, obéissant en cela à des conceptions distinctes quant à la tâche dévolue à la philosophie, et même à la pensée tout court : encore une fois, logique et mystique n'ont rien de contradictoire en réalité, et l'une commence quand l'autre admet ses limites. Cela ne faisait aucun doute pour Wittgenstein, l'essentiel résidant dans ce qui ne pouvait être dit.
Pardon de résumer la chose de façon aussi triviale, mas je ne vois pas pourquoi on ne pourrait être a la fois capable de fort bien penser et raisonner, et s'offrir d'autre part d’authentiques et ineffables extases, où l'on subodore, après coup et une fois redescendu, avoir côtoyé Dieu, entraperçu quelque chose comme le fondement du monde, ou s'être fondu et déversé dans les choses, mêlé des mains à la facilité du jour...
Pas de morts, d'adorables hippies aux cheveux fleuris, et une même logique invoquée, car même les pacifistes les plus convaincus peuvent raisonner.

Non. C'est historiquement inexact. Les pacifistes des années 60 étaient incapables de raisonner. John Lennon et Yoko manifestant pour la paix tentaient de convaincre par des images (de leur couple ne quittant pas leur lit, etc.) jamais par une quelconque forme de raisonnement. Le pacifisme est toujours déraisonnable. C'est tout à la fois sa faiblesse et sa vertu.

La logique est toujours une arme. Elle n'est pas la seule, mais à la différence des autres armes (la poésie, etc.) elle n'est jamais que cela : une machine à arraisonner et à soumettre.

Quel argument pacifiste opposer à celui du Rev. John A. Siemes cité ci-dessus ? Aucun. Strictement aucun. Ce monsieur a parfaitement raison. Il faut massacrer des civils, c'est logique. Le pacifiste face à ce discours est dépourvu d'argument logique. Comme pouvaient en être dépourvus les civils et Résistants français que les officiers allemands alignaient devant un mur en leur cornant aux oreilles que s'ils allaient mourir c'était parce qu'ils étaient trop cons pour comprendre la logique de la guerre (qui ne doit pas se faire sans uniforme) et trop cons aussi pour opérer les déductions logiques qui auraient dû leur dicter un comportement sans risque pour leur vie. Les Nazis avaient parfaitement raison.
Oui Francis, comme peuvent en être dépourvus les Remplacés que Remplacistes et Remplaçants aligneront devant un mur en leur cornant aux oreilles que s'ils vont crever c'est parce qu'ils sont trop cons pour comprendre la logique (et la beauté) du GR !
Je le pense aussi Pascal. Mais je suis moi-même trop faible intellectuellement pour énoncer cela dans un cadre rationnel acceptable. Donc je le tais. La logique qui pourrait me le faire énoncer n'est pas née, elle est encore oeuf non éclos car aucune poule assez puissance ne s'est encore présentée pour la couver. Victor Orban est trop seul encore, et trop jeune, pour étendre ses ailes, pour l'heure trop courtes, sur cet oeuf.

Ce qu'il faut, nonobstant, à présent retenir :

- que les cercles de la logique et ceux de la puissance sont toujours, absolument toujours, superposables, la puissance couve la logique, – on parle de pouponnière au sujet des start-up de l'intelligence artificielle, mon image est par conséquent banale et sa métaphore pétrifiée dans le réel –, et la logique le lui rend bien en mettant la puissance en gloire, en super-puissance ;

- que, historiquement, ce que nous disons de ce cercle puissance-logique (logique de la puissance et puissance de la logique s'entrainant l'un l'autre vers la super-puissance) se trouve vérifié par la migration des techniciens du vrai qu'étaient les logiciens de la Mittleuropa au milieu du siècle dernier (les bataillons du positivisme logique constitués des Carnap et consorts) qui rejoignirent en masse la superpuissance nucléaire laquelle devait en août 1945 fonder la "relativité stratégique absolue" ; comme il est logique, ces techniciens du vrai fondèrent la "philosophie analytique" chez les forts, les Américains, car cette forme de philosophie du vrai chimiquement pur ne se trouve bien que dans les plis du drapeau du surpuissant militaire comme le pou dans les doublures du pantalon du zouave. Et comme il est encore très-logique, cette migration des techniciens du vrai de Mittleuropa à l'Amérique s'accompagna, se doubla, afin de parfaire le cercle que nous disons, d'une migration des cerveaux de la technologie atomique et de la relativité absolue, dûment recrutés par le projet Manhattan et ses suites (cas de John Von Neuman, véritable génie des mathématiques, devenant collaborateur actif du complexe militaro-industriel américain, consultant pour la CIA et la RAND Corporation, et pour la suite, bien sûr, ce cher Wernher von Braun et ses suppositoires volants).
Le 9 octobre 1941, au cours d'une réunion à laquelle participaient Vannevar Bush, le vice-président Henry Wallace et le président Roosevelt, ce dernier approuva le lancement du programme atomique. Pour le contrôler, il créa un comité stratégique composé de lui-même — même s'il n'assista à aucune réunion, de Wallace, de Bush, de Conant, du secrétaire à la Guerre Henry Lewis Stimson et du chef d'état-major de l'armée, le général George Marshall. Roosevelt confia le projet à l'armée de terre plutôt qu'à la marine car la première avait une plus grande expérience dans la gestion de programmes importants. Il donna également son accord pour que les efforts de recherche soient coordonnés avec ceux des Britanniques et, le 11 octobre, il envoya un message au premier ministre Winston Churchill, suggérant qu'ils s'informent mutuellement des questions atomiques. (Wiki)

C'est aussi en 1941 que Carnap fut naturalisé américain, Il s'installa alors à Chicago pour y enseigner, ville d'où il ne bougea pas jusqu'en 1952.

N'est-il pas fascinant que "la construction du premier réacteur nucléaire dans l'été 1942 se fit sous les gradins du Stagg Field de l'université de Chicago. Le 2 décembre 1942, une équipe menée par Enrico Fermi initia la première réaction en chaîne nucléaire artificielle dans un réacteur expérimental appelé « Chicago Pile-1 »" comme nous l'apprend Wiki ?

Quand je vous parlais de poux dans les plis du pantalon du zouave, j'ignorais que Carnap conduisit sa petite école de logique acéphale le derrière confortablement posé sur la première pile atomique construite dans l'histoire ! Il y a un tropisme inconscient (ou conscient ?) du logicien et de l'arme qu'il entend servir. Et ce tropisme est tel que certaines coïncidences n'en sont plus. Elles sont coïncidences si logiques, si pleinement allégoriques que seule demeure d'elles la prédication logique. Leur nature de coïncidence, par la puissance du sens, s'évapore. Et demeure l'hydrolat logique qui clame la vérité de toute la pureté de son cristal.
Je le pense aussi Pascal. Mais je suis moi-même trop faible intellectuellement pour énoncer cela dans un cadre rationnel acceptable. Donc je le tais. La logique qui pourrait me le faire énoncer n'est pas née, elle est encore oeuf non éclos car aucune poule assez puissance ne s'est encore présentée pour la couver. Victor Orban est trop seul encore, et trop jeune, pour étendre ses ailes, pour l'heure trop courtes, sur cet oeuf.

La caste mondialiste a élevé le GR (cette guerre soft contre les peuples européens) au dessus du politique en invoquant pour sa justification des raisons morales et humanitaires. Dès lors, et la conclusion est sans le vouloir sinistrement prémonitoire, le GR s'inscrit dans une LOGIQUE qui n'est plus celle de la grande politique classique des puissances, mais qui conduit à déclarer l'ennemi (l'anti-remplaciste) hors l'humanité et à justifier son extermination.

La seule voie qui nous reste est de récuser la perspective humanitaire et mondialiste, sorte de visée d'hégémonie mondiale criminalisant toute opposition, que la philosophie des Lumières (pas seulement elle bien sûr mais elle reste un marqueur (Alain va se ruer sur moi...)) a voulu conférer à la politique. Facile à dire...
» La logique est toujours une arme. Elle n'est pas la seule, mais à la différence des autres armes (la poésie, etc.) elle n'est jamais que cela : une machine à arraisonner et à soumettre

Pour la dernière fois, non : il me semble de plus en plus que vous ignorez le sens du mot "logique", ou feignez de le faire : la logique n'est que l'ensemble des règles implicatives menant à des conclusions "vraies" à partir de certaines prémisses, n'importe quelles prémisses, qu'elles soient d'inspiration belliqueuse, ou la plus pacifiste du monde.
C'est tout. Pour le reste, vous pouvez vous servir de cet art du raisonnement juste comme vous voulez, à toute fin utile ou inutile, pour asservir, séduire, tourner autour du pot ou même délirer justement, à partir de prémisses manifestement fausses ou parfaitement insensées.

Quant à Carnap, il était professeur d'université allemande dans l'entre-deux-guerres : il n'a pas choisi, comme nombre de ses collègues, dont Heidegger, de servir ou d'adorer le régime nazi montant, mais d'émigrer, comme d'ailleurs presque tous les membres du Cercle de Vienne, pépinière du positivisme logique.
Eh bien voilà, Francis : les logiciens purs et durs ont donc tous fui comme la peste la peste brune, parfaite illustration de la mise en œuvre du politique comme incarnation de la puissance pure, alors que le tenant de l'anti-logique prêtait serment d'allégeance au Führer.
Bel exemple de "tropisme inconscient".
Heidegger n'a jamais collaboré à l'Holocauste. Comme le rappelle Steiner, les Nazis qui enquêtèrent sur ses potentialités politiques le considérèrent comme un privat Nazi, tout à fait inutilisable (c'est le terme que rapporte Steiner) par eux.

En revanche, les amis de Carnap mathématiciens allemands ou austro-hongrois, frères en positivisme logique, ont activement collaboré à l'extermination de centaines de milliers de civils, au Japon (projet Manhattan), et en Allemagne même par leur enrôlement dans la machine de guerre de leurs nouveaux maîtres.

Carnap enseignait aux Etats-Unis depuis des années mais ne fit l'acquisition de la nationalité américaine que lorsqu'il fut sûr de se trouver sur la terre des vainqueurs, soit au lancement du projet Manhattan en 1941, en somme lorsqu'il fut certain que le vent de l'histoire ne tournerait pas de nouveau. En poste à Chicago, il était bien situé pour se fixer les idées sur la question (cf. l'histoire de la première pile atomique ci-dessus).
@Alain

"alors que le tenant de l'anti-logique prêtait serment d'allégeance au Führer"
/////

Bein voyons... Il est intéressant de rappeler, à ce propos, que la résistance politique de Stauffenberg, l'auteur de l'attentat contre Hitler, se nourrissait d'idées... on va dire "conservatrices" (ou "anti-logiques", si vous préférez). Staffenberg vénérait Gneisenau ainsi que Stefan George...
Dire que Carnap a "activement collaboré à l'extermination de centaines de milliers de civils, au Japon (projet Manhattan), et en Allemagne même par leur enrôlement dans la machine de guerre de leurs nouveaux maîtres" parce qu'il s'est installé à Chicago est de la pure et simple foutaise, pardonnez-moi.

Le projet nazi était de notoriété publique tout entier fondé, axé sur la force, l'utilisation de la force, et l'affirmation brute et dénuée de tout scrupule de la puissance, de sa puissance ; donc, résumons : Heidegger savait cela, et a feint de ne rien voir, ou de se méprendre, ou de s'en foutre, par souci tout prioritaire de combattre les tenants de la logique, suppôts supposés du pire projet de domination du monde qui soit, lesquels ont tous pris leurs jambes à leur cou pour rallier la seule puissance capable de faire pièce au nazisme, laquelle se voit même maintenant, semble-t-il, reprocher ni plus ni moins d'être entrée en guerre.
Alors écoutez, rarement l'expression voir la paille dans l’œil du voisin et ne pas voir la poutre dans le sien n'aura aussi pleinement pris tout son sens.
la logique n'est que l'ensemble des règles implicatives menant à des conclusions "vraies" à partir de certaines prémisses, n'importe quelles prémisses, qu'elles soient d'inspiration belliqueuse, ou la plus pacifiste du monde

Si la logique se résume à cette petite recette qu'est-ce donc qui motiva certains à fonder sur elle une philosophie ("analytique", etc.), Alain ? N'y a-t-il pas là pour commencer un avilissement de la notion même de philosophie ?

J'ai pris grand soin de ne pas écrire que "Carnap avait collaboré à l'extermination, etc." mais vous passez outre et en venez à me jeter des serpillères mouillées dans la figure en traitant de foutaises et de "délire" ce que je propose ici. Soit. Ce festival de mauvaise foi a assez duré dans notre dialogue. Je vous invite à passer au fil de discussion suivant où je traduis le livre de Stuart Elden, ce qui devrait vous apaiser, du moins je l'espère.
Francis, j'aurais juré que vous avez d'abord écrit : "Carnap et ses amis ont activement collaboré etc.".
Quoi qu'il en soit, accuser les intellectuels, logiciens ou non, fuyant l'Allemagne nazie des pires crimes parce qu'ils ont trouvé refuge dans un pays qui entreprit de combattre les forces de l'Axe, je trouve ça, comme on aime à dire maintenant, assez énorme.

La "philo analytique" se proposait avant tout de restreindre les ambitions de la philosophie en voulant dénoncer les erreurs de raisonnement, contresens et confusions sémantiques que commettaient selon eux à tire-larigot les "métaphysiciens" traditionnels, et donc de "nettoyer" les allées des problèmes philosophiques coutumiers en faisant quelques rappels de ce qu'était une saine pensée dûment conduite par des raisonnements irréprochables, faisant donc fond sur cette "logique" au sens plus restrictif que j'ai proposé.
À voir la qualité et la puissance de pensée (de pensée seulement) des travaux des représentants les plus éminents de ce courant (Frege, Russel, Wiitgenstein, Carnap, Popper, Quine, etc.), je ne pense sincèrement pas qu'on puisse le qualifier d'"avilissant" pour la philosophie ; c'en est une partie, non négligeable, constituant du reste une excellente école de rigueur de pensée en général ; cela ne veut pas dire qu'on doive nécessairement s'y confiner...
Ce qui m'intéressait d'examiner (et non de juger comme dans un prétoire les comportements des uns et des autres dans cette période de l'histoire) : que le partage des eaux de la philosophie a "comme par hasard" regroupé les tenants de la rigueur logique et a-sémantique (pour faire court) dans le camp des vainqueurs du conflit mondial. Le peigne de la puissance est passé par là : d'un côté les armées d'Alexandre qui emportent avec elles le flambeau de la Raison propre sur elle ("allées bien nettoyées" dites-vous, ce qui est joli et parlant), de l'autre les armées défaites, les ratés du train de l'histoire refondée, les poètes (Heidegger était dans le camp des poètes purs, celui de Parménide), bref les sombres cohortes des populations civiles bombardées "back to stone age" pour reprendre l'expression propre aux Américains, et qui cherchent, hébétées, la tête sonnée par les bombes, dans les décombres de leurs villes anéanties de quoi manger pour la journée. Images des villes japonaises et allemandes en 1945.

Ce que je voudrais bien faire sentir à tous est que la "logique" dans cette affaire s'est comportée exactement comme une petite femme de Paris qui s'en est allée embrasser les vainqueurs sur la bouche sur les boulevards fin août 44 en les entourant de ses bras frais et propres, après avoir hésité quatre ans sur la conduite à tenir dans les événements.

Je ne peux applaudir Rudolf Carnap de s'être barré. Bien évidemment pas question de condamner sa fuite non plus. On ne peut qu'être content pour lui et se féliciter qu'il ait eu la vie sauve. Mais rien dans l'irréprochabilité de ses choix ne m'ôtera de l'esprit que la logique, fort logiquement, s'est retrouvée au bon moment du côté du manche, en excluant du club des penseurs présents sur le sol nord-américain tout ce qui n'était pas elle et qui puait la poésie et la défaite.
Il est utile de rappeler, une fois encore..., que durant la période hitlérienne ni les Allemands ni le reste des Européens n’étaient précisément informés de ce qui se passait réellement dans les camps – ce qui, bien évidemment, n’excuse rien. L’horreur de ce secret a été bien gardé jusqu’à la Libération.

Comme l'impression que la "logique", finalement, s'en sort toujours plutôt bien. Habile et rusée comme pas deux la donzelle.
Pour restituer cet argument dans sa perspective historique et en laissant la singularité Carnap de côté, ce simple constat :

- que, en Europe en 1945, toutes les nations qui avaient été parties au conflit avaient essuyé une terrible défaite ; celles qui avaient été victorieuses (l'Axe) en 1940 étaient laminées et exsangues en 1945 ; et les victorieux de 1945 avaient été laminés et exsangues en 1940, y compris l'Angleterre de Churchill qui avait vu son armée mise en déroute à Dunkerque et qui avait essuyé des bombardements pendant toute la guerre. Plus personne n'était vierge de défaite et d'humiliation sur le continent Européen. A la notable exception du Portugal, l'affront de la défaite n'avait été épargné à personne.

- que les nations vierges de toute défaite et qui seulent avaient collectionné les victoires dans ce cauchemar qui avait duré six ans en tout, se concentraient en Amérique du Nord (Pearl Harbour n'avait été qu'un revers momentané, imputable officiellement à l'effet de surprise obtenu par le Japon).

- qu'au sortir de ce conflit, on vit une branche de la philosophie se détacher de ce continent maudit de losers qui désormais appellerait toute pensée qui n'était pas elle "philosophie continentale" et que cette branche se composait de rhéteurs (les logiciens positivistes du Cercle de Vienne étaient des rhéteurs, rien d'autre, de petits jardiniers balayant les allées du château de leur maître, pour filer la métaphore d'Alain), lesquels parurent s'entendre pour faire carrière sur le sol des grands vierges de toute défaite.

- que, dans le droit fil de ces constatations, force est d'admettre que la thèse que j'avance en prolongement de celle de Blumenberg se trouve ici encore vérifiée, savoir

a) que le rhéteur en Occident, comme il le fut dans la Chine classique et me semble-t-il aussi dans le monde islamique, est le meilleur ami du puissant, à qui il sert de jardinier fidèle et, à l'occasion de tambour-major pour ses troupes, et de mauvais barde pour sa gloire nouvelle ;

b) que la logique ressemble à s'y méprendre à l'actrice française Arletty et à la chanteuse Pauline Carton laquelle avouait un faible pour les forts.


Le chant du logicien :

[www.youtube.com]
Citation
Francis Marche
Ce qui m'intéressait d'examiner (et non de juger comme dans un prétoire les comportements des uns et des autres dans cette période de l'histoire) : que le partage des eaux de la philosophie a "comme par hasard" regroupé les tenants de la rigueur logique et a-sémantique (pour faire court) dans le camp des vainqueurs du conflit mondial. Le peigne de la puissance est passé par là : d'un côté les armées d'Alexandre qui emportent avec elles le flambeau de la Raison propre sur elle ("allées bien nettoyées" dites-vous, ce qui est joli et parlant), de l'autre les armées défaites, les ratés du train de l'histoire refondée, les poètes (Heidegger était dans le camp des poètes purs, celui de Parménide), bref les sombres cohortes des populations civiles bombardées "back to stone age" pour reprendre l'expression propre aux Américains, et qui cherchent, hébétées, la tête sonnée par les bombes, dans les décombres de leurs villes anéanties de quoi manger pour la journée. Images des villes japonaises et allemandes en 1945.

Ce que je voudrais bien faire sentir à tous est que la "logique" dans cette affaire s'est comportée exactement comme une petite femme de Paris qui s'en est allée embrasser les vainqueurs sur la bouche sur les boulevards fin août 44 en les entourant de ses bras frais et propres, après avoir hésité quatre ans sur la conduite à tenir dans les événements.

Je ne peux applaudir Rudolf Carnap de s'être barré. Bien évidemment pas question de condamner sa fuite non plus. On ne peut qu'être content pour lui et se féliciter qu'il ait eu la vie sauve. Mais rien dans l'irréprochabilité de ses choix ne m'ôtera de l'esprit que la logique, fort logiquement, s'est retrouvée au bon moment du côté du manche, en excluant du club des penseurs présents sur le sol nord-américain tout ce qui n'était pas elle et qui puait la poésie et la défaite.

Les logiciens du Cercle de Vienne, en rejetant, comme le rappelle Alain Eytan, la métaphysique traditionnelle ont aussi rejeté la vie et donc la poésie et la théologie. En France, Cavaillès, logicien fameux, resta spinoziste toute sa courte existence : il devint résistant et mourut fusillé en 44. Il y aurait encore beaucoup à dire sur le rejet par quelqu'un comme Bouveresse (après Vuillemin, l'un des plus éminents introducteurs en France de l'oeuvre de Wittgenstein) de l'épistémologie française, incurablement vitaliste selon lui, ou encore au sujet du lien entre métaphysique, engagement et poésie (à travers l'examen des biographies de Jean Wahl, René Char, etc., et, pour ce qui concerne la Première Guerre mondiale, d'Emile Bréhier, Martial Guéroult ou encore Péguy, blessés et mort au front). Pour aller vite, j'ai l'impression qu'un philosophe français patriote ça n'hésitait pas à aller au combat, à mourir pour son pays, à finir en beauté.
Petite dérive à la sauce girardienne :

En réalité aucun n'a réellement besoin de cette "logique" (pour vivre), pas plus que de ce pot de Nutella que tous s'arrachent lors d'une méga-promo. Pourtant, tous les philosophes se battent pour se l'approprier...Telle est l’implacable loi du désir mimétique lorsqu’elle s’applique à grande échelle : son escalade conduira à la destruction généralisée (de la pensée).
Pour aller vite, j'ai l'impression qu'un philosophe français patriote ça n'hésitait pas à aller au combat, à mourir pour son pays, à finir en beauté.

Oui. Nous qui n'avons de leçon à donner à personne sur la conduite qu'il eût fallu tenir dans une époque antérieure à notre naissance, ne devons pas nous interdire ces impressions, ces sentiments. Quel que soit le mérite, évidemment très considérable, des beaux binage et nettoyage des allées de la pensée opérés par le jardinier Carnap à l'ombre de la pile atomique de Chicago, ne nous interdisons pas de lui préférer "les morts en beauté", bref, les héros qui réunissaient dans leurs nombreuses mains pensée, poésie et fusil-mitrailleur.
René Girard, sur KTO, rappelait à quel point la culture est liée au rapport que les hommes entretiennent avec la nature, et plus particulièrement, avec le vivants (catal huyuk). Pour lui, la culture, à la source, est le rapport qu'entretient l'homme au vivant (Jean Soler désigne le dieu des juifs sous le qualificatif 'le dieu vivant", c'est-à-dire le dieu détenteur du vivant).
Mais la férocité dont l'homme peut faire preuve est absolument sans limite. Et elle se pratique à l'égard du vivant de façon collective, massive et indifférentiée (par exemple, les hecatombes).
S'imaginer que le vernis civilisationnel, philologique ou philosophique, permettrait de se sortir de cette violente nécessité est juste un peu naïf.
Évidemment, René Girard appelle ça 'désir mimétique', une façon de neutraliser la question et de considérer qu'une solution religieuse se présente à nous. Comme, en plus, elle se situe dans le champ du religieux, tout devrait bien se finir par 'dieu'.
Ce qu'il ne dit pas, c'est que 1) la nature est morte, 2) la solution consiste désormais à couper l'humanité en trois parties distinctes, la plus forte des trois demandant aux deux autres, les plus faibles, de se battre en sacrifice.
Aux vainqueurs alors de faire l'histoire.
"S'imaginer que le vernis civilisationnel, philologique ou philosophique, permettrait de se sortir de cette violente nécessité est juste un peu naïf.
Évidemment, René Girard appelle ça 'désir mimétique', une façon de neutraliser la question et de considérer qu'une solution religieuse se présente à nous."

///

Ah bon ? Où Girard propose-t-il une "solution religieuse"... ? Jamais rien lu de lui allant dans ce sens. Jamais remarqué chez lui non plus le désir, mimétique ou pas, de "neutraliser" quoi que ce soit.
la solution religieuse:

la solution religieuse, c'est le rite sacrificiel:

Dieu donne son seul fils en sacrifice pour sauver l'humanité de la violence mimétique qui l'assaille, comme Abraham mis à l'épreuve de dieu, s'apprêta à sacrifier son seul fils.
A la dernière minute Abraham obtient de remplacer son fils par un mouton. Et le chrétien obtient de se détourner de la violence en se tournant vers Jésus, c'est à dire, vers le sacrifié (bouc-émissaire).
» Ce que je voudrais bien faire sentir à tous est que la "logique" dans cette affaire s'est comportée exactement comme une petite femme de Paris qui s'en est allée embrasser les vainqueurs sur la bouche sur les boulevards fin août 44 en les entourant de ses bras frais et propres, après avoir hésité quatre ans sur la conduite à tenir dans les événements.


Je ne crois pas que ce soit vrai, en l'occurrence : les logiciens du Cercle ont choisi leur camp presque une décennie avant que la guerre n'éclate ; le plus réputé et prestigieux philosophe-logicien français de l'époque, Jean Cavaillès, n'a pu accueillir comme il se devait les vainqueurs, allez savoir pourquoi.
(Enfin, Francis, avouez que ce que vous avancez là est quand même contradictoire : si la "logique" a tant hésité et tardé à servir un camp, elle ne serait donc pour rien dans la victoire ? mais alors...)

Toujours est-il que je tiens à rappeler que les doctrinaires de la puissance pour la puissance, de la puissance comme valeur absolue, dans cette affaire, furent les perdants.
Là où votre argumentation m'apparaît extrêmement malaisée, c'est qu'on peut difficilement s'empêcher de s'exclamer, face à cette défaite : "tant mieux" ; pas "tant vrai", mais tant mieux : car enfin l’Allemagne nazie était un mal, pas le mal dans un sens abstrait, platonique, qui ne veut rien dire de concret, mais le mal très incarné, activement ressenti comme tel, le mal dans toute sa possible manifestation terrestre.
Aussi est-il peu contestable que ç’ait été un bien que le nazisme fût ainsi écrasé, que le bien ait été victorieux ; pas le vrai, pas la logique, mais tout simplement le bien ; allez-vous
aussi lui chercher des poux, à ce bien apparemment évident, de s'être si douteusement commis avec les vainqueurs de l'histoire ?


» de l'autre les armées défaites, les ratés du train de l'histoire refondée, les poètes

Je ne suis pas tout à fait d'accord avec l’assertion de Pierre Jean selon laquelle les logiciens du Cercle auraient rejeté en bloc la vie et la poésie : le contre-exemple qui me vient en premier à l'esprit est Wittgenstein, dont le Tractatus était quand même une sorte de bible dans ce milieu : Waismann raconte qu'en plein milieu de discussions désespérément sérieuses entre certains membres sur le sens du sens, par exemple, il n'était pas rare que Wittgenstein se mît tout à coup à réciter des poèmes de Tagore, à la stupéfaction générale, mais amusée ou approbatrice de quelques-uns ; enfin, les choses ne sont jamais si tranchées, même chez des logiciens, et ni Neurath, ni Schlick, a fortiori Wittgenstein, ne croyaient vraiment qu'il fallait rejeter purement et simplement "hors de l'existence" ce qui ne pouvait être décrit de façon sensée, donc vérifiable.
Mais cette phrase de Francis résonne toutefois de façon curieuse, en creux, à mes oreilles : "les ratés du train de l'histoire", en l’occurrence les vaincus, étaient les nazis ; c'est le système du régime nazi qui a été défait ; aussi je ne sais quel sens donner à l'idée selon laquelle la poésie aurait été du côté du système nazi, du système concentrationnaire ; la poésie du côté d'Auschwitz. Il faudrait demander à Celan. Ou à Char, à Desnos, à Max Jacob, enfin, la liste serait interminable...
Ce que j'entendais faire résoner (et non raisonner), Alain est que sur le Continent européen, tout le monde (sauf les Suisses et les Portugais) avait connu l'amère défaite, par alternance, sur six ans. Absolument tout monde : cette guerre, sur ce continent n'avait laissé que des défaits. Seul l'Américain était le vainqueur vierge de toute bataille perdue. L'épreuve de la défaite, celle de la mélancolie qui doit défiler la queue entre les jambes et les mains sur la tête, avait été le sort européen, jusqu'aux plaines qui s'arrêtent à Stalingrad. Personne n'y avait échappé. Tout le continent puait la défaite, l'humiliation (et l'humiliation suprême à mes yeux consiste à voir pleuvoir sur soi les bombes de ses libérateurs, comme en Normandie).

Aussitôt la pensée efficace, technologique et propre, rebondit de la Mittleuropa en Amérique. C'est son métier. Son métier consiste à se rendre utilisable par les vainqueurs et les forts. (Cependant que Heidegger, lui, avait été jugé inutilisable par les forts du moment historique qui précéda la défaite de son camp. La poésie, quand elle est véritablement poésie, reste inutilisable, et de même la philosophie quand elle est véritablement et supérieurement philosophie, tandis que la technique, la logique mécanique et acéphale est toujours au service du puissant). Que Carnap ait émigré aux E.-U. avant la guerre n'y change rien : la "philosophie" des forts et des efficaces élut naturellement domicile loin du continent de la Défaite. C'est mon observation : qu'une école d'exercice de la pensée qui se fit connaître comme branche de la philosophie en contraste avec la philosophie qui se pratiquait encore et toujours sur le continent perdu, s'autorisa du fort et du surpuissant, et du vainqueur vierge d'humiliation pour éclore, se développer et se nommer. Cette observation est objective, elle n'est pas partie à un discours. Et sa résonance est profonde.

Quant à "demander à Char" je ne sais quoi, je vous invite à vous rappeler qu'il invita Heidegger par trois fois après la guerre dans des séminaires organisés au village vauclusien du Thor.

Ici le souvenir qu'en garda Barbara Cassin :
[bibliobs.nouvelobs.com]
» S'imaginer que le vernis civilisationnel, philologique ou philosophique, permettrait de se sortir de cette violente nécessité est juste un peu naïf.

Le vernis tient quand même assez bien, jusqu'à une certaine limite, peut-être la plupart du temps ; là je vais prendre une douche, me laver les cheveux, sortir tout bichonné, je n'escompte pas me battre à mort dans la rue, à coups de couteau, ou de dents ; vous non plus, j'imagine, à moins que vous ne rencontriez un ours malintentionné échappé d'un zoo.
Le vernis tient pas mal, aussi incroyable que cela paraisse...
» Ce que j'entendais faire résoner (et non raisonner)

C'est l'pompon, vous m'emplissez d'un doute affreux : mais non, c'est bien "résonner", quand bien même s'ensuit une résonance...
Je ne suis pas tout à fait d'accord avec l’assertion de Pierre Jean selon laquelle les logiciens du Cercle auraient rejeté en bloc la vie et la poésie : le contre-exemple qui me vient en premier à l'esprit est Wittgenstein, dont le Tractatus était quand même une sorte de bible dans ce milieu : Waismann raconte qu'en plein milieu de discussions désespérément sérieuses entre certains membres sur le sens du sens, par exemple, il n'était pas rare que Wittgenstein se mît tout à coup à réciter des poèmes de Tagore, à la stupéfaction générale, mais amusée ou approbatrice de quelques-uns ; enfin, les choses ne sont jamais si tranchées, même chez des logiciens, et ni Neurath, ni Schlick, a fortiori Wittgenstein, ne croyaient vraiment qu'il fallait rejeter purement et simplement "hors de l'existence" ce qui ne pouvait être décrit de façon sensée, donc vérifiable.

Wittgenstein était, semble-t-il, un personnage haut en couleur, un marginal et un grand caractériel capable d’emplâtrer un écolier n'entendant rien au plus élémentaire des théorèmes mathématiques. En cela, il fut peut-être l'exception qui confirme la règle, car, jusqu'à nos jours, il faut quand même s'accrocher lorsqu'on se lance dans la lecture des wittgensteiniens... Bouveresse, qui assume (ironiquement j'espère) une certaine fadeur, considère que Quine est un grand styliste ! Carnap, pour ce que j'en sais, en optant pour le pluralisme logique, a renoué avec une métaphysique vraiment luxuriante (mais la Construction logique du monde n'était-elle pas, déjà, un immense traité de métaphysique?), cette métaphysique qu'il avait pourtant tenté d'enterrer. Enfin, pour tout un chacun il y a à boire et à manger dans l'histoire des idées. Toutefois, quand on parle des hommes, impossible selon moi de n'être pas d'accord avec ce que Francis Marche avance dans votre discussion.
vous non plus, j'imagine, à moins que vous ne rencontriez un ours malintentionné échappé d'un zoo.

Justement.
J'ai un problème. Avec les ours. Ils ne sont pas rayés, comme les zèbres.
Je suis donc passé à l'administration du zoo pour obtenir une photo de chacun des zèbres du zoo, recto-verso.

J'ai quand même expliqué aux bonnes femmes de l'administration pourquoi il me fallait une photo recto-verso des zèbres du zoo. Et pourquoi une seule photo ne suffisait pas. Histoire qu'elles me comprennent. Finalement, elles n'ont pas compris du tout.
Pourtant, c'était simple.

Quand on marche, de gauche à droite, devant la Joconde, celle-ci nous suit du regard. C'est dû au fait que notre cerveau reptilien calcule la surface du blanc de l’œil de la Joconde, et donc, comme la surface ne change pas, le cerveau est trompé.

Pareil pour le zèbre.
La maman zèbre.
Quand le zébrion nait, la maman zèbre mémorise instantanément la zébrure de son petit pour le reconnaitre parmi tous les zébrions du troupeau. C'est le cerveau reptilien du zèbre qui fait le travail.
Jusque-là, ça va.
Mais que se passe-t-il quand le zébrion est tourné de l'autre côté, celui que la maman zèbre n'a pas mémorisé ?
Hein ?
Moi, ce que je crois, c'est qu'il y a une loi mathématique qui permet à la maman zèbre de déduire l'autre côté.
Ou alors (ce que je ne crois pas), les deux côtés sont identiques.
Ce serait trop simple.

Finalement, avec les ours, c'était quand même plus facile. Sauf que ces cons-là, il ne sont pas zébrés.

[Demain, je me mets à la recherche d'un zoo plus conciliant.]
 
» En cela, il fut peut-être l'exception qui confirme la règle

D'un point de vue de l'histoire des idées, j'aurais plutôt tendance à dire qu'il est la règle, et que ce sont les autres et leur chasse aux sorcières contre les "énoncés dénués de sens" qui apparaissent maintenant, au sein même de ce courant qui s'est fort diversifié, puérils et subalternes : c'est en ce sens que cette histoire de Tagore récité en plein milieu de doctes discussions sur la conception scientifique du monde n'est absolument pas anecdotique : l'auteur probablement le plus marquant de la philosophie analytique n'aura à aucun moment voulu éliminer la valeur essentielle de l'objet de tout discours non scientifique, donc "rejeter la vie", puisque non seulement l'esthétique et l’éthique sont dites transcendentales, mais également le fondement de ce qui constitue le dicible : la logique elle-même ne peut se dire, il n'y a pas de discours sensé sur la logique selon Wittgenstein, elle ne peut seulement que se manifester dans le langage et la pensée (et le réel), elle est censément hors du monde.
On oublie un peu trop souvent, quand on veut rapidement caricaturer les choses, que chez ce penseur extrêmement original et profond, ce n'est pas la métaphysique qui est rejetée comme poudre de perlimpinpin par l'action antiseptique de la logique, mais c'est la logique qui devient métaphysique, littéralement (6.13 — La logique n'est pas une théorie, mais une image réfléchie du monde. La logique est transcendantale.).

On pourrait provisoirement conclure par ce raisonnement admirable que propose Bouveresse, justement, dans Prodiges et vertiges de l'analogie, et dont on pourra d'ailleurs trouver quelques échos dans les interventions supra :
« Chacun sait aujourd'hui que le rationalisme a été un des moyens, un des trous d'aiguilles par quoi s'est faufilée la tentative totalitaire. Le fascisme n'est pas issu de l'obscurité, mais de la lumière. Les hommes de l'ombre, ce sont les résistants... C'est la Gestapo qui brandit la torche. La raison, c'est le totalitarisme. »

La raison, c'est le totalitarisme ; parfaitement, débrouillez-vous avec ça.
Bouveresse vous aurait-il, in extremis amené à changer votre fusil d'épaule Alain? Je ne suis pas sûr de vous suivre encore.
Je trouve plus logique (!) d'apprendre d'un Steiner par exemple (cf. ses Dans le Château de Barbe Bleu et Ce qui me hante) qu'en effet barbarie organisée et totalitarisme peuvent découler des esprits les plus abruptes et sophistiqués, que de Bouveresse ! (Et sans faire vraiment partie du jeu, j'attends avec impatience la réponse d'Alain à la question de Francis.)
M'enfin, vous êtes sérieux comme des papes ! Bouveresse ironise, bien sûr, se foutant copieusement de la gueule de l'auteur de cette perle, qui est, je vous le donne en mille, un philosophe prestigieux des années 70, qui continue d'ailleurs de sévir...
Mais non, non, la raison n'est pas totalitaire, pas plus en tout cas que la syntaxe, les règles de grammaire, l'orthographe, et les caprices du bon usage ; moins plutôt même, car tant elle va de soi qu'elle n'impose en réalité rien, alors que le bon usage tient absolument à ce qu'on dise "meur" ou même "our", té, alors qu'après tout, il y a moyen de faire autrement sans véritablement culbuter le réel...
Le paradigme est unique et l'orthodoxie est sans ombre ni concurrence. Alors oui, ils sont totalitaires, et c'est bien ce qui fait leur charme et leur force de séduction. Le totalitarisme et l'empirisme logique qui s'emploie à balayer sa demeure ne sont pas le mal en soi. Ils ne sont que dérisoires dans leur prétention à dire les chaînes causales du vrai tout en chantant des hymnes à leur puissance. L'Orient, qui s'en sort plutôt bien en ce moment, possède des traditions de maîtrise, d'intelligence et de discours sur le monde et l'ordre humain qui théorisent l'expérience sensible à l'aide d'outils et de concepts que les penseurs grecs presocratique qui inspirerent Heidegger eussent pu revendiquer leurs (géomancie, sciences du faste, diététique et médecine, etc.), radicalement étrangers à tout ce qui est si cher à Alain. Cette intelligence s'articule et travaille spontanément et très efficacement dans la polycausalite a-hierarchique. Elle oeuvre dans des parenchymes logiques intuitifs à mille lieux du paradigme totemique à monocausalite souveraine qui obsède le savant occidental depuis trois siècles.

La politesse et les bonnes manières me retiennent d'écrire ici ce que je pense de l'ironie de Bouveresse sur le sujet qui nous occupe.
Ah, Bouveresse faisait son ironiste, son Karl Krauss. Un auteur qu'il connaît très bien et, qu'au lieu d'imiter inefficacement (sur un sujet pareil, en plus...) il ferait peut-être mieux de continuer à commenter.

De manière plus générale, Bouveresse en aura consacré du temps à détester ceux qui firent entrer la folie dans la philosophie... Il était persuadé que, ce faisant, ils cherchaient à en finir avec toute forme de rationalisme ! Quelle connerie quand on y pense. (Même Descombes considère finalement Deleuze comme un pur post-kantien.) Mais récemment, Bouveresse a confié qu'il commençait à trouver intéressants certains textes d'Heidegger et qu'à y regarder de plus près l'utilisation de Frege par Lacan était loin d'être débile. En revanche, son livre contre Foucault lecteur de Nietzsche montre bien qu'il n'a toujours rien compris...à Nietzsche.
Il y aurait mille pages (au moins) à écrire sur l'échec patent de la logique formelle appliquée à l'industrie (au sens large, dix-huitiémiste de ce terme) et la sociologie qui ne veut connaître que les surfaces et des nombres sociométriques. Le cas de la médecine me vient ici à l'esprit, après les considérations d'Alain sur l'heuristique médicale (et les miennes sur la "logique anatomique du genou"). Là ou l'obsession monocausale des "causes efficientes" sévit, s'ensuit la ruine de la santé et des budgets de santé. L'histoire des pratiques thérapeutiques et de la recherche médicale (étendue au champ sociologique) en matière du Syndrome immunodéficitaire acquis est édifiante à tous égards. L'obsession heuristique consistant à isoler un agent monocausal de ce syndrome a coûté des millions de vies humaines et des milliards d'euros à la collectivité (la communauté internationale) pendant 40 ans ou presque sans que puisse être jamais obtenue la moindre guérison de ce mal, au point que la polémique sur l'agent monocausal incriminé (le "virus VIH"), sa réalité et le statut monocausal que lui prêtent les scientifiques n'est pas même encore éteinte. C'est que la démarche (celle d'une heuristique articulée sur une extension monocausale des phénomènes) est fausse, archi-fausse. Le patient du sida qui suspend sa trithérapie, meurt. Il y a donc échec à guérir et même à soigner puisque les effets secondaires de cette thérapie restent incapacitants et la thérapie elle-même terriblement contraignante.

Il n'y a pas de monocause directe à cette pathologie. La coprésence de l'agent pathogène incriminé et du syndrome chez le patient donne lieu chez les scientifiques à une induction "logique" fausse qui consiste à poser entre ces deux-là un lien de causalité directe parfaitement imaginaire, diafoirique et purgonniel, duquel personne n'a envie de sortir (si ce n'est peut-être encore le prof. Montagnier lui-même, qui pourrait nous montrer la voie de sortie, une fois de plus). Ce virus nous visite tous, mais il se fixe et entraîne des ravages chez certains seulement. Il y a donc polycausalité non hiérarchique, et une prévention véritablement intelligente devrait s'organiser qui apporte une réponse adaptée à cette polycausalité, ce "nuage de causes".

Mais c'est peine perdue de vouloir le faire entendre, et puis l'industrie pharmaceutique à mieux à faire que de prêter l'oreille à ces sornettes n'est-ce pas. On est "rationnel" dans les labos. On fait pas de la poésie. Bouveresse si vous voulez mais Heidegger faut pas déconner non plus.
Je crains qu'il ne faille revenir à Sun-Tzu et à l'exemple de l'inférence aussi bien valable pour les Chinois que les Occidentaux : Francis, je repose la question à laquelle je n'ai pas reçu de réponse en fait : les Orientaux ne raisonnent-ils pas, ou raisonnent-ils de façon différente, selon l'acception stricte donnée auparavant de la logique comme "ensemble des règles implicatives menant à des conclusions "vraies" à partir de certaines prémisses, n'importe quelles prémisses" ?
Une conclusion jugée "vraie" (correcte, valide) par un occidental sera-t-elle jugée fausse par un Oriental, ou proposera-t-il une autre conclusion, à partir des mêmes prémisses ?
L'oriental ne reconnaîtra-t-il pas la vérité d'un syllogisme ? Si non, donnez-nous des exemples...
Parce que le reste, à mon sens, est un peu de la décoration, et n'a pas vraiment valeur d'argument, s'il s'agit de révoquer en doute le dispositif cognitif occidental faisant fond sur l'articulation des énoncés empiriques tenus pour vrais (vérité factuelle) et des énoncés analytiques (vérité logique) "traitant" les premiers.

Ce que vous appelez la "monocausalité" n'a rien à voir avec la logique formelle : l'énoncé :
"tout phénomène a une seule cause" n'est pas une vérité logique, ne peut pas l'être : diable, même le principe de raison suffisante (tout phénomène ou fait a une cause qui le fait être, et de la façon particulière dont il est) n'est pas un énoncé analytique, mais bel et bien un postulat "métaphysique" supposant, espérant que tout ce qui existe peut être expliqué par rapport univoque de causalité.
N'oubliez pas, Francis, que ce sont bien des Occidentaux qui ont conçu les principes d'une physique fondamentalement indéterministe, où le principe de causalité nécessaire lui-même est très fortement secoué, voire ébranlé : la physique quantique.

Pierre Jean, je ne peux résister au plaisir taquin de vous poser la question : y a-t-il donc une "bonne" façon de comprendre Nietzsche, par opposition à celle de Bouveresse, par exemple ?
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