Le site du parti de l'In-nocence
Après avoir de nouveau beaucoup sillonné la France (surtout le Sud et la région parisienne) je rentre au bercail dans un état, je l'espère passager, d'intense confusion. J'affectionne les classements, or là, je ne sais plus... Marseille est-elle finalement moins dégueulasse que Toulouse ? Existe-t-il une grande capitale occidentale plus sale et, par endroits, plus effrayante que Paris (New York, à côté de Paris, c'est Vienne) ?

D'autre part, les communes françaises dont la population dépasse les 20 000 habitants ont-elles déjà toutes étaient remplacées sans que l’événement ait été signalé publiquement – cet achèvement "remarquable" ne fait pas l'ouverture des journaux télé, alors que la seule question qu'on se pose en traversant ces villes est : "Comment peut-il y avoir autant de Noirs et d'Arabes en France ?" Nos villes sont devenues les leurs, ils y ont tout renversé, à commencer par les normes du bien-vivre le plus élémentaire puisque maintenant de partout on crache, on se mouche avec les doigts, on met les pieds sur les sièges des transports en commun, on beugle en patois dans le micro de son smartphone, etc. Puis, on en parle ailleurs sur ce forum, ça surine à tout-va. Cette intifada des couteaux a d'ailleurs de quoi surprendre puisqu'elle est menée par les forces d'occupation !

Mais enfin, si du jour au lendemain les rues étaient envahies de tuk-tuk thaïlandais ou d'Indiennes en sari, ça ferait causer quand même... Là, ce sont des hordes qui prennent et contrôlent nos villes, et rien, pas un mot...
Nos villes sont devenues les leurs, ils y ont tout renversé,

Nos villes sont devenues des leurres, ne subsiste que les campagnes.
 
Et dans ces campagnes il n'y aura bientôt plus que des refuges, des poches, mieux, des niches pour nous autres souchiens.
19 août 2018, 16:57   Avis aux réalisateurs
» Comment peut-il y avoir autant de Noirs et d'Arabes en France ?

Le moyen le plus efficace de rendre le remplacement de population manifeste autant que possible serait de produire un documentaire dressant un état des lieux des villes : sillonner la France comme l'a fait Pierre Jean caméra à l'épaule, et montrer, non pas la Goutte-d'Or, Barbés ou certains quartiers notables de ce point de vue, mais des lieux hors ghettos supposément neutres à cet égard, des centres-villes, des lieux de loisir et de sortie, des plages, des stations de métro centrales etc., cela rendu par un vidéaste ou cinéaste compétent, non point trop tendancieux ou dogmatique, exposant seulement ce qu'il voit, en le plus de lieux possibles et en multipliant les points de vue ; cela frapperait plus les esprits que toutes les théories.
Il manque cruellement semble-t-il à la thèse du Grand Remplacement, qui prétend rendre au regard son caractère d'évidence, des images à grande échelle...
Il faudrait, dans un tel cadre, donner la parole aux Arabes et Noirs africains les plus clairement assimilés : on prendrait alors la mesure de leur insondable déprime : "Mes parents et nous-mêmes aurions fait des années d'études supérieures, prouvé à la moindre occasion sociale notre amour pour la France pour finalement devoir coexister ici avec ces plaies ?..."
Mais donner ainsi la parole aux Arabes et Africains intégrés irait trop contre la doxa. On ne donne déjà pas la parole aux Français de souche sans filtrer leurs commentaires et réactions, sans les "corriger" alors vous pensez bien, les autres...

On découvrirait sinon que ces Arabes et Africains installés et intégrés de longue date en France se trouvent confrontés, en l'espèce de ces parasites invasifs, aux mêmes difficultés que les citoyens des pays d'Afrique sédentarisés et attachés à leur pays : à vrai dire, les problèmes de l'immigration semi-sauvage, sauvage-organisée entre les mains d'ingénieurs sociaux qui carburent à l'idéologie dans nos pays d'Europe, sont ceux-là mêmes auxquels l'Afrique est déjà confrontée (le Cameroun, par exemple, est envahi, sur certains pans de son territoire, par des éléments sans-frontières venus d'Angola, mais il y a mille exemples sur ce continent, et aussi en Asie, comme en l'a vu l'an dernier en Birmanie, qui viendraient illustrer ce fait, cette thèse).

La thèse est simple pour un phénomène composite: l'africanisation de la France apporte en Europe des difficultés propres à l'Afrique, en ce sens que les maux que charrie cette immigration d'Afrique ne se limitent pas à l'africanisation de l'Europe, ils se doublent de difficultés répandues et familières sur le continent africain, que crée l'immigration sauvage intra-africaine (maux qui sont présents aussi, dans leur version asiatique, sur le sous-continent indien); ces difficultés sont généralement cause de conflits armés.

L'africanisation est donc aussi l'africanisation particulière de difficultés ou de défis migratoires qui ont pu exister à un degré moindre et sous d'autres formes en Europe; elle se manifeste par un chaos migratoire aux couleurs, tonalités, formes et problématiques elles-mêmes importées.
(Pour ulcerer sur place un Camerounais, parlez-lui des immigrés nigérians et de ce qu'ils apportent avec eux d'agressivité, de violences religieuses et d'incivilites !)
Bien comprendre que si une guerre civile se déclenche un jour en France, elle l'aura été par des facteurs rigoureusement identiques à ceux qui déclenchèrent la guerre en Côte d'Ivoire dans les années 2000. La France est en phase déjà avancée de "côte-d'ivoirisation", non point parce qu'une frange mélanotypée de sa population est en croissance exponentielle mais parce que l'infiltration illégale d'un territoire national par des populations hostiles, qui bénéficient de l'aide de complices organisés ayant un pied ou les deux dans les sphères du pouvoir, est un puissant facteur de guerre civile.

Mais allez faire comprendre ça à Martine Aubry ou Olivier Besancenot. Il vous jetteront à la face que vous êtes raciste et vous feront taire ainsi.

Cette absence de débat possible sur le sujet est lui-même un adjuvant puissant à la couvaison d'une guerre civile ou "de libération" (généralement, c'est la même guerre).
Parfaite image que celle d'une France infiltrée.
Je vous prie de bien vouloir m'en excuser, je ne sais où placer ce qui suit. Les responsables du site pourront choisir l'endroit plus adéquat.


Beaucoup ici connaissent les Trois Sœurs de Provence, sublimes abbayes cisterciennes. Si l’on veut toucher la réalité du patrimoine et des racines chrétiennes de la France, c’est là qu’il faut aller. Or, Sénanque est menacée d’effondrement imminent. Après la destruction d’une chapelle servant de contrefort, c’est désormais l’ensemble de l’abbaye qui menace ruine. Un échafaudage retarde l’écroulement du dôme. Les moines n’ont trouvé d’autre perspective que de faire appel à la notoriété d’Élie Simoun, familier des lieux — que cela soit porté à son crédit — pour lancer un appel aux dons.
Encore un symbole de ce que nous fûmes et de ce que nous devenons.
08 novembre 2018, 15:35   Tous les moyens
Les inclinations cénobitiques d'Elie Semoun laissent pantois... mais grand bien fasse aux moines si cela peut sauver l'abbaye...

Cela m'a remis en mémoire, dans un ordre d'idées un peu bancal et antipathique, cette remarque orgueilleuse de Thoreau :

« Le froid et la faim me semblent préférables aux moyens qu'ont inventés les hommes pour s'en préserver. »
« Le froid et la faim me semblent préférables aux moyens qu'ont inventés les hommes pour s'en préserver. »

Et leurs moyens pour se déplacer ? Depuis Heidegger, on sait où nous a conduit la machine à vapeur... (j'essaie de faire plaisir)
Vous savez, mon cher Rémi, inutile d'aller jusqu’à la machine à vapeur : Thoreau, homme bucolique qui nous a appris à penser à la dure, aurait pu aussi bien se passer de lit, d'un simple lit douillet. Car du lit au châlit, avez-vous oublié les châlits ?...
Non, en effet, je n'ai pas oublié les châlits cher Alain et si vous me permettez d'y revenir de façon sérieuse, je soumets à votre sagacité deux remarques tirées de la préface de Pierre Vidal-Naquet à la version française du livre d'Arno Mayer, La solution finale dans l'histoire (La Découverte, 2002, pp. I-X) :

1° "Ce qu'introduisaient les gazages et qui est à mes yeux capital, ce ne sont pas non plus des techniques industrielles pour donner la mort car ces techniques sont très pauvres. Ce que les gazages apportaient de neuf, c'est l'anonymat des bourreaux face à l'anonymat des victimes et, en dernière analyse, leur innocence. Car, dans le système du gazage, personne n'est directement tué"
2° "(...) le système concentrationnaire nazi, avec ses insolubles contradictions entre la logique du meurtre et la logique de la production (...)"

Ces deux remarques me semblent justifier la remise en cause de la thèse heideggerienne sur le lien qui existerait nécessairement entre la machine à vapeur, les châlits d'Auschwitz et ceux des mégapoles japonaises.

Dans sa post-face Mayer souligne que le camp d'Auschwitz "était un bastion de la production de guerre pseudo-rationnelle et urgente" (p. 511)
Cher Rémi, il me semble tout de même que ce qui constitue en premier lieu le caractère "industriel" d'une méthode de production, quelle qu'elle soit, est la très grande quantité de ce qui est ainsi produit, ce qu'il est convenu de nommer "production de masse", et non la sophistication en soi des méthodes de production, laquelle sophistication n'est jamais en fait que le moyen du meilleur rendement.
Or vous conviendrez que rien n'est plus anonyme que cette production de masse, ouvriers, méthodes et produits confondus, et que dans ces filières de transformation à très grande échelle, nothing is personal.

On peut du reste avancer que la logique du meurtre et celle de la production cessent d'être contradictoires à partir du moment où ce qui est "industriellement" produit, dans les chaînes d'abattage industriel des hommes, est la mort, qui est justement tout l'objet du meurtre.

L'interprétation des méthodes d'extermination dans les camps nazis par l'entremise de la technique — au sens plus particulier où Heidegger utilise ce terme et que j'avais essayé de clarifier ici — ne me paraît pas être en l'occurrence remise en cause...
Cher Alain, personne ne nie bien sûr que les entreprises industrielles utilisent les ouvriers comme de simples rouages de machines (avec le travail à la chaîne) et le fait que des techniques industrielles aient été employées dans le processus d'extermination des juifs d'Europe.

Le débat porte sur la thèse heideggerienne selon laquelle la shoah serait en quelque sorte une manifestation de l'essence même de l'industrie, de sorte qu'il y aurait un lien nécessaire entre le taylorisme et la Shoah, avec l'antisémitisme de Ford comme "chaînon manquant."

En réalité, le système industriel se caractérise par le fait qu'il permet une production de masse parce qu'il donne aux ouvriers les moyens d'acheter les produits qu'ils produisent, Ford vendant à ses ouvriers les voitures qu'ils fabriquent.

Autrement dit, si l'on cherche "l'essence du système industriel" on trouve la nécessité pour lui de faire vivre une masse toujours croissante de consommateurs, à proportion de la croissance de la production, de faire naître constamment de nouveaux besoins par le système de persuasion qui s'appelle la publicité.

De ce point de vue, le système nazi utilisait bien des moyens industriels - rudimentaires- mais dans un sens contraire à "l'essence du système industriel" : en supprimant l'esclave, il se privait du producteur et du consommateur, d'où son caractère "contradictoire" (P. Vidal-Naquet), "pseudo-rationnel" (A. Mayer).

Quant au processus "rationnel" de transformation de l'homme en moyen de production, il n'est pas le propre du système industriel car il caractérisait aussi bien les systèmes esclavagistes qui cherchaient à préserver la vie des esclaves et n'en sacrifiaient certains que pour terroriser la masse.

Ajout après avoir relu les échanges sur le fil pour lequel vous donnez le lien :

Bien sûr, vous pourrez répondre que pour les nazis la production de cadavres juifs permettait de libérer "la force productive" allemande mais en quoi ce "délire" était-il une forme de réalisation de l'essence de la technique ? Est-ce que tout procédé utile ne peut pas être détourné de ses fins pour être employé de façon néfaste ("la langue d'Esope") ?
» Le débat porte sur la thèse heideggerienne selon laquelle la shoah serait en quelque sorte une manifestation de l'essence même de l'industrie

Je crois qu'il s'agit de l'essence de la technique, et non de celle de l'industrie au sens strictement économique où elle serait, selon vous, un instrument d'un système de l'équilibre à la Walras entre offre et demande, celle-ci fût-elle artificiellement créée : or cette essence de la technique, pour Heidegger, ne procède certainement pas d'une quelconque nécessité économique, mais lui est bien antérieure et constitue une disposition humaine et existentielle fondamentale, comme cela a été maintes fois souligné dans le fil précité, avec plus ou moins de clarté peut-être : elle se manifeste comme processus de dévoilement brutal de l'étant à des fins utilitaires.
Permettez-moi donc de me citer :

« Birkenau comme "usine à cadavres", c'est l'humain contraint au dévoilement ultime de son être, en produisant ce qu'il a de plus absolu : sa propre mort. C'est en ce sens une expression paroxystique de l'essence de la technique comme processus de dévoilement brutal de l'étant.
Or aussi inimaginable que cela paraisse, à Birkenau on produisait en effet de la mort, avec grand souci d'efficacité et de rendement. »

Encore une fois, on n'est pas obligé d'accepter les présupposés de Heidegger concernant la technique et ses diverses manifestations, c'est une thèse philosophique qui veut rendre compte du réel et de l'histoire humaine de façon très particulière ; je pense toujours néanmoins qu'on peut difficilement contester l'intérêt et la pertinence de telles analyses, dans le cadre de pensée propre où elles ont été formulées.
Cher Alain, merci de votre patience et de votre indulgence.

Je vous avais relu mais ce que je ne comprends toujours pas c'est le fait que l'hypothèse heideggerienne soit, en quelque sorte, à prendre ou à laisser sans qu'il soit logique / légitime de vérifier qu'elle résiste à l'épreuve de la "falsification".

Sur le sujet, je soumets à votre expertise la note ci-jointe : [www.appep.net]
Le fait est que je crois que l'interprétation de Heidegger concernant l'essence de la technique moderne, dans son principe, résiste assez bien à la falsification, cela pourrait être résumé ainsi, et je ne garantis absolument pas l'orthodoxie heideggerienne de la formulation, mais tant pis : plus les moyens proprement technologiques de la technique s'accroissent, plus puissants deviennent les moyens de maîtriser le réel en le soumettant à l'impératif de la production démultipliée utilitaire, plus brutal en est le dévoilement de ce réel comme nature sommée de rendre gorge littéralement, et plus altéré et défiguré est ce qui est ainsi dévoilé, et la nature et l'étant en général, jusqu'à en perdre ce qui en constitue la singularité par le fait de cette contrainte et de cette brutalité qui déforment ce qu'elles pressurent.
La mort des exterminés des camps n'est plus la mort de l'être-vers-la-mort qu'est le Dasein, le fleuve est complètement accaparé, souillé, éventuellement détourné de son cours et en tout cas tout le site défiguré par la centrale, la terre et les paysages ruinés par l'exploitation forcenée des ressources, etc.

Je reviendrai probablement sur ce texte que je n'ai fait que parcourir, mais cette remarque rapide : je ne vois pas du tout pourquoi il serait "monstrueux" de comparer la production de mort des camps d'extermination à la production agro-alimentaire de masse, ni en quoi cela — ce "non-mourir" — reviendrait à nier purement et simplement le caractère criminel au superlatif de l'entreprise nazie, voire conduirait carrément au négationnisme, comme le prétend Faye, qui se méprend à mon sens du tout au tout : Le fait d'avoir dépouillé les hommes de leur mort en les abattant comme des bestiaux constitue pour Heidegger le pire crime contre l'homme qui puisse être commis, puisque c'est le déposséder de son être, c'est-à-dire le déshumaniser totalement, le ravaler au rang de non-être et l'anéantir doublement.
Le non-spécialiste de Heidegger que je suis ne comprend pas comment Faye peut commettre un tel contresens, c'est invraisemblable, cela ressemble beaucoup à de la mauvaise foi...
L'interprétation de Heidegger résiste très bien à la falsification parce qu'elle est à tel niveau d'abstraction que tout la confirme : l'agriculture motorisée et la Shoah, la production industrielle de la mort et la croissance démographique, le changement climatique, Mac Donald, Disney World, l'IVG, le blocus de Berlin et Auschwitz, ... tout cela et le reste c'est le déploiement de la Technique, la transformation de l'Etre-vers-la-mort en déchet.

Cette façon de penser ne fait pas que criminaliser Mac Donald, elle macdonalise Auschwitz (pour reprendre une formule de F. Ratier). Je ne peux m'empêcher d'y voir une façon pour Heidegger de relativiser sa culpabilité, tout en la faisant peser en partie sur ses victimes.

À part ça, je suis d'accord (pour autant que je peux en juger) avec ce que vous dites de Faye mais, puisqu'elle est citée dans le texte, c'est la position de Finkielkrault qui me surprend : d'un côté, il semble adhérer à la thèse d'Heidegger, de l'autre il tient au caractère unique, incomparable, de la Shoah.
Cher Rémi, il s'agit d'une lecture philosophique prenant place dans le cadre plus général d'une histoire de la métaphysique, dont l’un des points culminants est constitué par l’avènement de la technique moderne : une telle "systématisation" (que me pardonnent les heideggeriens pur jus) idéelle et conceptuelle du monde et de l’histoire est forcément abstraite et ne peut être vérifiée comme un modèle fonctionnel visant à expliquer et reproduire un phénomène observable.
Et il faut accepter, en théorie, certains présupposés de cette histoire de la métaphysique, lesquels ne sont pas non plus expérimentalement réfutables, pour que ce qui en découle comme conséquence d’un même rapport au réel ait du sens.
Ne mélangeons tout de même pas les genres : une idée "philosophique" peut vous paraître juste, ou possiblement riche dans la compréhension qu’on a du réel, même à un certain niveau d’abstraction, sans pour autant pouvoir être démontrée dans un sens strictement factuel.

Pour ce qui est de la "macdonaldisation" d’Auschwitz, je vous renvoie à l’objection que je vous avais faite, et qui considère malgré tout le "modèle" heideggerien plus idoine à expliquer la perpétration d’un phénomène aussi apparemment incompréhensible que la Shoah, parce qu’il est très vraisemblable que pour ses instigateurs et perpétrateurs, un tel rapprochement éventuel entre McDonald's et Auschwitz, une telle banalisation du mal, pour tout dire, n’aurait en soi rien eu de choquant, d’inacceptable ou d'impossible, et qu'ils étaient même plutôt conformes à leur état d'esprit.
Cher Alain, dire que les nazis ont utilisé des procédés industriels d'abattage contre les juifs, qu'ils "banalisaient le mal" au point de ne pas faire de différence entre McDonald's et Auschwitz, c'est une chose sur laquelle tout le monde s'accorde et je souscris donc entièrement au message que vous aviez écrit.

En revanche, je ne vois pas pourquoi il faudrait admettre le point de vue nazi qui fait d'Auschwitz la "vérité" du McDonald's

Ce que je n'arrive pas bien à expliquer c'est ce qui me paraît "pervers" dans le propos d'Heidegger, lorsqu'il fait de la "fabrication de cadavres dans les chambres à gaz et les camps d’extermination, la même chose que le blocus de régions afin de les affamer, la même chose que la fabrication de bombes à hydrogène"

Comme l'écrit Rastier, avec Heidegger "L’extermination nazie devient essentiellement la même chose que la politique russe et américaine"

[journals.openedition.org]

Vous vous souvenez sans doute du rapprochement qui avait été fait ici entre le combat de Simone Weil pour le droit à l'IVG et... la Shoah. D'un point de vue heidegerrien, ça se tenait...

Encore merci pour votre patience.
Ce "la même chose" me paraît en réalité très réducteur : on peut très bien considérer que certains phénomènes ou événements procèdent d'une même vision du monde, d'un même type de rapport au réel et d'une façon semblable d'en disposer méthodiquement, sans pour autant estimer nécessairement que ces événements soient identiques et moralement équivalents : pourquoi voulez-vous absolument qu'une description qu'on voudrait objective et globale qui permettrait de rendre compte de divers faits historiques annule, par le fait même qu'il s'agit d'une même grille de lecture appliquée, notre capacité de juger différemment ce qui est ainsi décrit, et qu'on en estime similairement la gravité ?
Il y a là un raccourci saisissant, que je trouve franchement spécieux et qui n'est pas sans évoquer le procès d'intention, si dès lors qu'on compare les méthodes d'assassinat des personnes à l'abattage industriel des bœufs consommés dans une chaîne de restauration, on en induirait forcément que les responsables des assassinats ne sont pas plus coupables et condamnables que les directeurs et employés de McDonald's.
C'est la raison pour laquelle le rapprochement très hasardeux entre Simone Veil et Himmler ne tient pas, d'un point de vue heideggerien, ou du moins pas nécessairement...
@ Ce "la même chose" me paraît en réalité très réducteur :

Mais ce "la même chose" / "das Selbe" est d'Heidegger :

« L’agriculture est à présent une industrie alimentaire motorisée, dans son essence c’est la même chose que la fabrication de cadavres dans les chambres à gaz et les camps d’extermination, la même chose que le blocus de régions afin de les affamer, la même chose que la fabrication de bombes à hydrogène »

« Ackerbau ist jetzt motorisierte Ernährungsindustrie, im Wesen das Selbe wie die Fabrikation von Leichen in Gaskammern und Vernichtungslagern, das Selbe wie die Blockade und Aushungerung von Ländern, das Selbe wie die Fabrikation von Wasserstoffbomben. » (« Das Ge-Stell », GA, vol. 79, p. 27).

Si, "dans son essence, c'est la même chose", on ne voit pas pourquoi ça serait la même chose dans un sens et pas dans l'autre, non ?
Il faudrait peut-être lire les auteurs parfois un peu plus finement que ce que pourrait laisser croire une expression ambiguë trop prise au pied de la lettre, du moins faire l'effort de se poser cette question : croyez-vous réellement que Heidegger pensait que l'assassinat de masse était en soi la même chose, équivalait moralement, avait le même poids et la même valeur que l'élevage industriel des poules ? qu'il était incapable de faire l'élémentaire différence entre tuer un homme et couper du blé ?
Ce serait étonnant, quand même...
À quoi se réfère cette "essence" semblable ? à la façon de disposer du réel, de le traiter sous le seul angle du bien accaparé exploité au maximum, ou à ce qui résulte de l'application de cette même méthode de traitement du réel, ce qui ferait que le cadavre en train de se consumer dans le four auschwizien aurait, selon nos catégories morales, la même signification qu'un hamburger grillant sur les plaques d'une chaîne de restauration ?

J'avancerais pour ma part que c'est précisément cette similarité de méthode qui prend acte du crime commis contre l'humain, et que c'est l'identité du procédé qui entérine la culpabilité des nazis, en disposant des hommes comme du bétail.
c'est l'identité du procédé qui entérine la culpabilité des nazis, en disposant des hommes comme du bétail.

Vous m'accorderez quand même qu'il n'est pas besoin d'être heideggerien pour juger les nazis coupables parce qu'ils ont disposé des hommes comme du bétail.

Assurément, je ne suis pas assez cultivé pour comprendre ce qu'Heidegger pensait vraiment mais je ne suis pas non plus tout à fait assez bête ou mal informé pour ne pas entrevoir ce à quoi lui sert son "dans son essence, c'est la même chose" (et sert aujourd'hui à quelques autres)
Cher Rémi, à quoi cela lui sert-il, sinon à contredire ce qui fait la ligne de force de sa pensée, et au demeurant à desservir sa propre cause personnelle, sa réputation, qui est déjà suffisamment entachée comme ça ?

Ce dans son essence c'est la même chose constitue en réalité, et je ne vois pas comment on pourrait l'envisager autrement, une terrible condamnation de ceux qui sont responsables que cela ait été la même chose, c'est-à-dire de ceux qui ont traité des hommes comme des bêtes : l'homme, selon Heidegger, a le privilège insigne d'abriter en son sein, pratiquement comme un indice de transcendance, le souci de l'être ; ce privilège le consacre pleinement comme homme, comme Dasein, et le distingue absolument du reste des étants — de façon qui n'est pas sans rappeler la consécration kantienne de l'homme par sa capacité de s'abstraire de la nature, règne du conditionné, et d'accéder à l'inconditionné et au divin.
Or ce que dit Heidegger, par ce das selbe, c'est qu'on s'est permis de disposer des hommes comme on le fait de n'importe quel autre étant, ressources matérielles, bétail, jusqu'à lui faire perdre sa singularité et sa dignité ontologiques et le ravaler au rang de commodité jetable après usage : c'est cela que veut dire ce la même chose.
Une même méthode de traitement dévolue aux choses et aux hommes, dans le plus total oubli de l'être dont l'homme est en quelque sorte le sanctuaire.

Comment alors ce dans son essence c'est la même chose pourrait-il constituer une quelconque approbation à l'égard de ceux qui ont été les responsables que ç’ait été la même chose pour les hommes anéantis dans les camps ?
Comment Heidegger, chantre par excellence de la singularité humaine, tout de même, aurait-il pu cautionner de quelque façon le rabaissement de l'ontologique que porte en lui tout homme à du vulgaire ontique disposable comme stock ?
Cher Alain, il me semble que je comprends enfin le malentendu sur lequel repose une partie de nos échanges.

Certains philosophes font grief en effet à Heidegger de cautionner ce qu'il feignait, selon eux, de dénoncer, et vous avez sans doute raison de trouver qu'il s'agit d'un procès absurde, mais tel n'était pas le point de vue que je soutenais.

Pour ma part, je voulais seulement dire qu'il est légitime d'envisager que les rares propos publics d'Heidegger sur la Shoah avaient pour but de dissimuler sa responsabilité personnelle en diluant celle des nazis, tout en culpabilisant ceux qui les ont vaincus, dans le grand tout du mouvement de "déréliction du Dasein" (les termes adéquats me manquent mais vous traduirez).

Si l'agriculture motorisée, c'est, "dans son essence, la même chose" que l'industrie génocidaire nazie, alors on ne voit pas pour quelle raison les industriels américains, juifs pour nombre d'entre eux, seraient moins responsables de cette "déréliction"... qu'un doyen d'une faculté allemande de philosophie, lequel n'a jamais fait que son métier en vaticinant dans les vapeurs ontologiques.

À l'époque où Heidegger s'exprimait, certains moments de sa biographie et certains de ses textes (les fameux "Cahiers noirs") étaient encore dissimulés. D'autre part, ses propos pouvaient être lus prosaïquement et politiquement comme une mise en cause du "capitalisme", ce qui ne pouvait que séduire alors beaucoup, beaucoup de monde.

Et, aujourd'hui que les doutes sont levés sur la réalité de l'engagement nazi d'Heidegger, certains y voient la preuve du bien-fondé des thèses du Maître... Fun...
Cher Rémi, il est pour ma part parfaitement légitime d'accuser Heidegger de ce qu'on voudra, il ne manquerait plus qu'on ne le puisse pas crainte de crime de lèse-majesté envers le plus grand pontife, il se peut, dispensateur de ces capiteuses vapeurs ontologiques, comme vous dites si respectueusement...

Encore faut-il que les accusations tiennent la route et mènent quelque part, ce dont je n'ai jamais été convaincu, faute d'un dossier très probant, surtout pour quelqu'un qui nourrissait probablement, ainsi que ces Cahiers noirs l'ont montré, certains préjugés antijuifs, voire légèrement plus : je reste plutôt d'avis que le flirt du Pr Heidegger avec les distingués, et si intellectuels, caciques du régime nazi fut assez pathétique, une pantalonnade de très courte durée, de quoi le principal intéressé avait peut-être honte : je crois me souvenir qu'il fut très vite mis à l'écart, raillé (notamment par l'excellent Krieck), et pratiquement interdit de publication : peut-être aurait-il pu se rendre compte plus tôt à qui et à quoi il avait affaire, bien sûr, mais ne demandons pas la lune... Enfin, cela reste mon impression, et cela, jusqu'à plus ample informé, suffit à l'exonérer d'avoir été le fervent autant qu'indéboulonnable nazi pur jus que vous soupçonnez peut-être...

Ce que je voulais surtout dire, c'est que ce dans son essence c'est la même chose n'est certainement pas opportuniste ou circonstanciel, comme si un tel discours voulait sauver les meubles, et le disculper de je ne sais quoi : que cela est parfaitement cohérent avec la pensée de cet auteur, avec ses ou même son thème de prédilection, et que point alors n'est besoin d'une explication surajoutée pour fausser si manifestement, à mes yeux, le sens de ce discours, si on le replace dans son élément naturel, qui reste après tout la propre pensée de ce philosophe.
Cher Alain, mon impression est certainement faussée par le fait que je ne suis pas compétent en matière de philosophie (j'aurais dû (me) le répéter avant de mettre votre patience à dure épreuve), que les papiers de François Rastier me semblent assez intelligents et honnêtes (en tout cas ils donnent plus confiance qu'en Faye, même si l'un soutient l'autre) et, enfin, que je juge d'Heidegger à partir de "dans son essence, c'est la même chose" de bien d'autres que lui. Alors forcément... Mais bon, je vais essayer de me persuader que votre mansuétude à l'égard du personnage est bien fondée. Encore merci pour cet échange enrichissant pour moi (j'espère que nous n'avons réveillé personne).
Mon cher Rémi, tout le plaisir est pour moi : ce sujet, qui semble inépuisable et auquel on revient périodiquement ici, m'intéresse toujours autant, et c'est en plus une occasion supplémentaire de colmater des brèches, de croiser des conjectures et d'affermir de bien imparfaites connaissances après tout, es vapeurs ontologiques, car je n'ai jamais cessé de soupçonner le bonhomme, malgré parfois une façon de s'exprimer en dépit du bon sens qui me donne l'impression de mâcher du mâchefer (moi qui ai toujours privilégié les pensées concises, ramassées, voire aériennes), soupçonner le bonhomme donc d'avoir quand même, aussi incroyable que cela paraisse, un peu dévoilé, c'est le mot, ou décrit très adéquatement, en s'asseyant aussi lourdement que possible sur son affaire, ce que c'est qu'exister, ce qui en définitive est toujours aussi intriguant...
Je n'ai pas vraiment eu le temps, mais je vais tâcher de lire à tête plus reposée ce Rastier...
Encore deux remarques sur l'interprétation pour le moins partiale d'Emmanuel Faye : au début de l'article de Leroux, celui-ci cite le commentaire de Faye concernant le passage de Heidegger relatif au "non-mourir" des détenus des camps :

« C’est intentionnellement qu’au début de son texte il n’emploie jamais le mot « homme »
à propos des victimes des camps d’anéantissement. Heidegger prétend en effet que ne « peut » mourir que celui auquel « l’être » en a donné le « pouvoir » : celui qui est dans
« l’abri » de l’« essence » de l’être. Ceux qui ont disparu dans les camps d’anéantissement
ne pouvaient pas être ainsi « sauvés » par l’« être ». Ils n’étaient pas des « mortels », ils
ne sont donc pas des hommes. »

Toute la question est alors de savoir pourquoi "ils ne sont pas des hommes" : est-ce parce qu'ils ne l'ont jamais été, par essence, comme Juifs, pense-t-on que pense Faye, donc ? ou bien du fait de ce qu'il ont subi dans les camps, de la méthode même de l'extermination, d'avoir été traités en effet comme des poules ou du bétail, voire du colza, comme des choses et non des hommes ?
Il est curieux que Faye ne relève même pas que dans ce passage Heidegger ne dénie pas la dignité du "mourir", et donc d'être des hommes, aux seuls exterminés des camps nazis, mais réserve la même condition aux Chinois, qui ne font que "périr" : « sans cela – des millions périssent aujourd’hui en Chine. »

On ne peut alors que se poser la question : Heidegger considérait-il également les Chinois comme des moins que des hommes, des sous-hommes pour tout dire, par nature ?

Ce qui m'amène à la seconde remarque et à l'article de Rastier, à propos de quoi il sera notamment question de l'"élément asiatique" justement, article qui pour ma part commence très mal : Rastier prend d'emblée pour argent comptant et considère comme acquise la lecture de Faye, ce qui est rédhibitoire pour la suite :

« Cependant, la publication en 2001 du volume qui contient les tomes 36/37 des Œuvres complètes (Gesammelte Ausgabe, désormais GA), rend désormais impossible cette dissociation : Heidegger y formule par exemple dans Sein und Wahrheit (Être et Vérité) le programme de « l’extermination totale » de l’ennemi intérieur [« mit dem Ziel der völligen Vernichtung », p. 91], tout en donnant une définition raciale de la vérité. Cette publication, programmée par le Maître lui-même, intègre pleinement à son œuvre philosophique ce genre de programme »

Ainsi formulé, sans plus de précisions, on se dit en effet que c'est foutu, si dès 1934, avant même que les nazis eux-mêmes n'eussent clairement conçu la chose, Heidegger annonce la couleur...
Gérard Guest remet tout de même cela dans son contexte, enfin, dans un contexte :

« Mais pour peu que l’on s’y rapporte pour en juger par soi-même, on ne manque pas de s’apercevoir : qu’il s’agit là d’une interprétation du célèbre fragment d’Héraclite sur le « polémos », donc de la « guerre » — « der Krieg » — ou du « combat » — « der Kampf » —, conçus comme le rapport de fond (« ontologique ») de l’homme « au monde », à « l’étant dans son ensemble » et « à l’Être » ; et qu’il s’y agit plus particulièrement du « peuple grec » dans son rapport immémorial d’intime « confrontation » avec l’élément «asiatique» : « das Asiatische » ; que la « souche originairement germanique », dont il est effectivement question dans le Cours, n’est donc autre que celle du « fonds » historique et culturel (et non pas « racial ») «indoeuropéen» à l’égard dudit « élément asiatique » ; enfin : qu’il s’agit là, en dernière instance, de l’intense, féconde et inépuisable opposition discernée par Nietzsche au coeur même du classicisme grec, dans son Origine de la tragédie, entre l’élément « apollinien » et l’élément « dionysiaque »… Ce dont Emmanuel Faye se garde bien de rendre compte, préférant visiblement orienter son lecteur en direction de tout autres associations d’idées… »

Bref, là encore, à mes yeux tout du moins, rien de probant, de définitif, et reste quand même ce qui constitue pour moi l'objection majeure : si Heidegger avait été si évidemment le nazi convaincu, enthousiaste et antisémite que certains prétendent, au plus total diapason de la doxa national-socialiste relative à l'absolue primauté du Volk défini bio-racialement, pourquoi diable ne s'était-il pas épanoui et n'avait-il prospéré, dans un milieu si propice, surtout s'il est établi que Heidegger avait en effet certains préjugés au moins antijudaïques ? Pourquoi ce divorce si rapide, et si tôt — et la méfiance qui s'ensuivit, la surveillance et la sorte d'ostracisme dont il fut l'objet, quand d'autre part, un personnage comme Heidegger jouissait déjà d'une grande renommée, et aurait pu être choyé par les (vrais) nazis comme un atout et une caution intellectuelle, voire morale ?
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