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Le bois ou l'Inde

Envoyé par Thomas Rothomago 
30 septembre 2018, 21:45   Le bois ou l'Inde
Soit une femme seule d’à peu près 65 ans, aux origines modestes, et qui n’a jamais roulé sur l’or. Elle possède une vieille voiture, touche une petite retraite aux trimestres insuffisants et doit faire des choix. Elle est propriétaire d’une maisonnette dans la montagne. On y accède après plusieurs kilomètres de route étroite, sinueuse et pentue qui, pour finir, se change en piste forestière plutôt chaotique. Elle est perchée là-haut et vit de peu, sans aigreur ni plaintes. Une vie rustique. Elle ne renonce pas à descendre régulièrement au village pour y entretenir ses relations amicales. Mais il faut traverser l’hiver, assez long dans les parages, gel et neige. Il faut se préparer, rentrer du bois. Alors elle s’est livrée à un calcul que seule notre époque a rendu possible : elle s’est aperçue que la somme qu’elle devra dépenser pour se chauffer est à quelque chose près équivalente au prix d’un séjour de quelques mois en Inde. Elle est ainsi tentée de fuir les rigueurs du climat, comme elle l’a déjà essayé l’année précédente, un voyage qui l’a convaincue que son système n’est pas mauvais. Elle délocalise l’hiver en Inde. C’est une hivernante, comme on le disait des privilégiés du début du XXe siècle qui se précipitaient sur la Riviera aux premiers frimas. La nouveauté, c’est qu’elle puisse l’être.
01 octobre 2018, 10:15   Re : Le bois ou l'Inde
Un exemple de plus démontrant que le transport aérien est devenu trop bon marché.
Les compagnies aériennes bénéficiant de taxes sur les carburants très réduites, voire inexistantes, sans compter d'autres privilèges politiques, la concurrence avec la route et le rail est biaisée.
Cette situation accélère l'explosion du trafic aérien mondial et par conséquent, l'augmentation des gaz à effet de serre.
Incohérence politique et beau programme pour le réchauffement du climat…
01 octobre 2018, 12:38   Re : Le bois ou l'Inde
Ne pas négliger aussi la psychose collective créée par les gaz à effet de serre, et le réchauffement des cerveaux que cela a engendré.
Pas un seul phénomène ne trouve son explication dans autre chose que le réchauffement climatique.
Comme dans les sectes où le gourou a réponse à tout. Rien ne lui échappe. Tout s'expliquerait par la même cause.
Tels Zidane, Bruel, Jouzel ou n'importe quel journaliste ou politique, communions tous ensemble à cette nouvelle religion.
01 octobre 2018, 16:10   Les temps modernes
Ce n'est pas un des moindres bienfaits des temps modernes que de permettre de surclasser des gens humbles qui le méritent assurément.
Utilisateur anonyme
01 octobre 2018, 16:20   Re : Le bois ou l'Inde
En montagne, l'aigle à effet de serre est une réalité, mais à son retour de ce pays miasmatique (polio, choléra...) et idéalisé qu'est l'Inde, la retraitée pourra facilement bénéficier de l'aigle à domicile.
L'un dans l'autre.

(Roger Simka actuellement en vacances.)
01 octobre 2018, 19:01   Re : Le bois ou l'Inde
Ce n'est pas un des moindres bienfaits des temps modernes que de permettre de surclasser des gens humbles qui le méritent assurément.

Curieuse amphibologie : surclasser des gens humbles qui le méritent peut signifier les dominer à juste titre (il a surclassé son adversaire) ou bien leur permettre de voyager plus confortablement (il n'y avait plus de place en seconde classe, le contrôleur m'a installé en première sans supplément).

Laquelle est la bonne ?

Thierry Noroit (contrairement à Roger Simka je ne suis pas en vacances, il en reste toujours un pour pinailler).
01 octobre 2018, 22:18   Re : Le bois ou l'Inde
Vous ne mentionnez pas le sens qui m'était d'abord venu tout naturellement à l'esprit en écrivant cela, sans plus y penser : vérification faite, c'est bien ce que j'ai voulu dire : "établir dans une classe sociale supérieure" (CNRTL).

Venons-en maintenant à l'explication de texte : il s'agit donc d'une personne modeste qui, grâce aux progrès techniques et au formidable abaissement du coût des voyages, même vers de lointaines destinations, peut désormais s'offrir ce qui était l'apanage des classes privilégiées de jadis, ce en quoi elle est "surclassée". Et je ne vois pour ma part absolument aucune raison pour laquelle cette dame, que la description succincte mais parlante de Thomas nous représente comme une bien brave personne, du moins est-on en droit de le supposer, ne mériterait pas de se la couler douce et chaude en hiver dans son Inde rêvée, plutôt que de se les geler dans son perchoir, même en s’acquittant de la tâche ingrate de faire provision suffisante de bois.

Qu'en dites-vous ?
02 octobre 2018, 14:47   Re : Le bois ou l'Inde
Je crois que la petite histoire proposée par M. Rothomago tient du conte ou de la fable. Il m'étonnerait qu'à budget égal on puisse réellement vivre de la même façon dans un perchoir de moyenne montagne bien d'chez nous ou aux Indes pendant plusieurs mois. Le bois de chauffage se vendrait-il désormais au prix de l'or ? La sociabilité serait-elle plus grande auprès d'orientaux dont on ne parle pas la langue, dont toutes les traditions nous sont étrangères ? Quel effroi, rien que d'y penser ! Fuir les rigueurs du climat (qu'on affronte cependant depuis 65 ans, puisque c'est l'âge de notre héroïne) pour se retrouver seule, isolée, coupée de tout, et pas dans un palace mondialisé je le crains ! Je suppose que M. Rothomago veut nous faire comprendre que sa "petite patrie" ne s'achète pas, que les voyages faciles et pas chers sont une des pires calamités d'aujourd'hui dans la mesure où ils favorisent la pollution irréversible, les migrations incontrôlées, le déracinement généralisé, le devenir-poubelle de l'univers, l'interchangeabilité des êtres et des lieux. Bref, le désastre.
02 octobre 2018, 15:11   Re : Le bois ou l'Inde
Certes, on ne voit aucune raison de trouver mauvais que cette personne ait désormais la liberté d’affecter à ceci plutôt qu'à cela une certaine somme que, dans tous les cas, elle devra débourser. On peut tout de même observer qu’elle ne choisit pour résidence hivernale ni le Japon ni Miami, ni même la Côte d'Azur et que son calcul n'est rendu possible que parce qu'elle trouve en Inde une population plus humble qu'elle, un pays où elle pourra se loger et se nourrir pour trois fois rien, d’autant mieux qu’elle est accoutumée à une vie spartiate. En somme, une alternative à laquelle je n’aurais jamais songé – passer l'hiver en Inde plutôt que d'acheter du bois – se révèle finalement comme qui dirait « naturelle », logique et soutenable, rien de la lubie qu’elle m’avait semblé de prime abord (ce n'est pas non plus une fable, ces personnes ne partent pas seules et sont, comme les "migrants", équipées en téléphones intelligents dont les "applications" leur permettent d'organiser au mieux leurs déplacements dans le pays, de faire le tri dans les "guests houses", de retrouver des compatriotes etc)
Quelle différence, cependant, entre les bonnes raisons sur lesquelles s’appuie cette personne (qui n’est pas seule dans son cas) et celles des groupes industriels qui « délocalisent » leur production ? La logique à l’œuvre est de même nature. On ne voit pas pourquoi ils s’en priveraient. Moyennant quoi, il n’est guère étonnant que la modeste retraitée à qui est offerte la possibilité de fuir l’hiver, pas plus que les richissimes dirigeants des grandes entreprises qui peuvent déplacer à leur gré leurs unités de production, ne trouvent rien à redire aux énormes flux migratoires quand, sur une multitude d’autres questions, tout les oppose.
02 octobre 2018, 17:36   Question de point de vue
La morale de cette petite histoire, s'il en est une, reste que vu du petit bout de la lorgnette — le point de vue de la « nouvelle hivernante » —, il se trouvera encore des individus, point trop privilégiés au départ, au contraire même, qui pourront tirer leur épingle du jeu et y gagner au change, aussi implacables et détestables que soient les logiques à l'œuvre.
C'est après tout une bonne nouvelle.
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