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Gilets jaunes

Envoyé par Didier Goux 
28 décembre 2018, 17:07   Vautrinator
A nous deux, Mars !
28 décembre 2018, 19:30   Re : Gilets jaunes
Vouloir une économie circulaire, ou circulariser l’économie, autrement dit la fermer comme une orbite c’est tout à la fois vouloir imiter la nature, se conformer aux normes de la cyclicité qui la règlent et l’animent (orbite terrestre, qui si elle n’est pas circulaire est bien fermée, cyclicité des saisons et des éléments, cycle de l’eau, etc.) mais c’est aussi, parce que cette économie est celle de l’espèce humaine, distincte des économies du monde naturel par le déport et le départ artificiel des besoins qui distinguent cette espèce, vouloir la quadrature du cercle.

La raison en est si simple et si banale qu’elle semble encore échapper à certains, comme Luc Ferry pourtant philosophe très averti : tant que la question du passage humain dans l’élément fini, sphérique et les systèmes fermés de la nature (laquelle, dit Ferry « est sans poubelles ni décharges ») trace un trait borné et non courbe close, la déchirante contradiction persistera : nous entrons dans le monde sublunaire en un point par lequel nous ne repasserons pas (la naissance) et nous quittons ce monde dans un trépas qui lui non plus est sans réédition. L’existence humaine est par conséquent à la fois trajectoire ouverte (l’inconnu règne en amont et à l’aval de cette existence) et bornée par des portes d’entrée et de sortie qui n’admettent pas d’être empruntées plus d’une fois, et elle n’a rien de cyclique car à la différence des animaux – chez lesquels on voit l’araignée engendrer une araignée dénuée de toute volonté de s’extraire de la condition d’araignée, et de même l’ours et son ourson qui n’évoluent pas vers une créature autre qu’ursine, à telle enseigne que la cyclicité de l’existence des animaux, qui comme nous ne naissent et ne meurent qu’une fois, peut cependant se concevoir dans cette permanence et naturalité stable de l’espèce : l’ourson, comportementalement, répète et répètera l’ours à la perfection ,sans perte, jeu ni échappement – l’horreur humaine et la damnation de son économie face au monde naturel sont à la mesure de l’évolution (celles des êtres et des sociétés) qui porte cette espèce : l’impermanence artificielle, intégralement artificielle, du goût (alimentaire, meursal, sociétal, comportemental) rendent la transmission et la répétition, et la permanence des traits de l’espèce, problématiques et excluent toute hypothèse d’une cyclicité dans son économie. Nous ne sommes pas des animaux parce que nous savons, par expérience et intuitivement, que nos progénitures sont autres que nous, nous savons que sortant de nous elles le font doublement, issues de nos chairs qu’elles quittent pour exister, voilà la lignée spécifique, qui en eux, s’échappe, dérive, fuit, nous déserte, nous méconnaît comme à dessein ou par plaisir. A chaque nouvelle génération, l’humanité fuit l’humanité. L’espèce humaine est en fluence, et les déchets anti-naturels qu’elle laisse et qu’elle produit en sont le signe et la condition, comme la trainée de gaz toxiques s’échappant de la fusée qui s’élève est la condition habilitante du mouvement et du départ de l’objet.

Il y a croissance parce qu’il y a spirale sortante, cyclicité tridimensionnelle (le trait de la spirale figure la tridimensionnalité pyramidale, hors le plan simple du cercle ou de l’ellipse où évoluent les corps célestes) et la trajectoire humaine, très logiquement conduit cette espèce si particulière à s’échapper de la sphère planétaire, corps et espace enclos, autant que du plan de son elliptique, et c’est la « conquête spatiale », formidable usine à déchets qui transforme tout aussi logiquement l’espace interplanétaire en décharge, en dépôt d’ordures, signe et trace de la condition artificielle qui met cette espèce dans l’incapacité de se tenir quiète dans un espace fermé, abouti, constant et animé de cyclicité pure.

Y a-t-il fatum ? Cette espèce est-elle condamnée à dégrader et souiller tout le donné naturel où elle surgit par effet de sa « croissance économique » avant que de périr fatalement dans son déchet. ? Peut-être ou peut-être pas, mais dès lors que l’on sait (et les philosophes comme Ferry, à n’en pas douter, savent) qu’elle est soumise au régime de l’artificialité et qu’elle demeurera telle tant que sa connaissance de quelque méta-cycle naturel hypothétique auquel elle est peut-être partie restera aussi faible et incertaine, son insertion par consensus dans un cycle économique où facticement écologique qu’elle s’imposerait par choix politique, demeurera une impossibilité, une utopie naïve et grossière.

L’option « capitalisme » à cet égard, est le dernier des paris qu’elle tente aujourd’hui (le marché, affirme Ferry, est l’avenir de l’écologie) : d’une plaie l’autre (de l’économie dirigée au libéralisme), l’espèce tourne en rond dans sa cage en s’occupant de lécher ces deux plaies économiques, alternativement, pendant que la forêt brûle et que les fleuves sortent de leur lit.
29 décembre 2018, 15:22   Re : Gilets jaunes
Pourquoi traiter ce sujet dans un fil de discussion sur les Gilets jaunes ? Parce qu'à l'origine de ce mouvement, il y a la concurrence entre urgence sociale et urgence écologique, et c'est bien le conflit entre ces deux urgences qui est en train de tailler en pièces Macron et le macronisme, et par voie de conséquence la Cinquième république en France.

Il n'y a pas d'"en même temps" entre ces deux urgences.

Homo Recyclus lit-on sur les gros cubes vert fluo où le citoyen de ma ville est intimé à déposer ses déchets après les avoir triés. Ce nom latin dit tout de la prétention anthropologique de cette politique économique nouvelle du "recyclage" – l'idéal d'une cyclicité économique qui forcerait l'existence humaine dans un moule fermé.

Parce que l'existence humaine est sans retour, parce que nos petits enfants ne répèteront pas l'humanité comme l'ourson répète l'ursité, il n'est pas d'homo recyclus qui tienne.

Il y a bien sûr quelque chose de terrifiant dans ce constat : l'humanité va sans retour possible, comme Voyager, objet dé-satellisé, artificialisé jusqu'à rendre sa trajectoire autonome des orbites. Le tragique de cette condition n'est pas à masquer, et quand on prétend à la philosophie, il ne saurait être question de le travestir par une déshumanisation censée nous faire entrer dans une noblesse animale illusoire, elle-même, bathmologiquement, devenue toc.
29 décembre 2018, 16:40   Re : Gilets jaunes
Mais il me semble que le besoin d'appartenance, de repères identitaires stables, est aussi constitutif de l'humain que le besoin de nouveau et d'inconnu. Les animaux, eux, vivent au jour le jour, insouciants du passé comme de l'avenir.Ils ne se connaissent pas d'Histoire.
29 décembre 2018, 17:08   Re : Gilets jaunes
Eh bien justement Cassandre, justement, l'histoire montre-t-elle une cyclicitee qui soit autre que problématique et contestée ?
29 décembre 2018, 17:21   Re : Gilets jaunes
Nous savons peu de la meta-histoire humaine, pour résumer, deux choses :
A- l'incontestable impermanence des sociétés humaines ;
B- la contestable cyclicitee de cette impermanence.

Ces deux éléments, données fondamentales du connu, nous conduisent avec prudence à la conclusion logique que l'humanité va sans retour, propulsée dans et par ses déjections, comme va la fusée.
30 décembre 2018, 16:31   L'argument hégélien
» Parce que l'existence humaine est sans retour, parce que nos petits enfants ne répèteront pas l'humanité comme l'ourson répète l'ursité, il n'est pas d'homo recyclus qui tienne

Sauf si le recyclage opère une sorte de synthèse entre répétition et transformation qualitative notable : qui niera que le passage de l'excrément au poopburger parfaitement comestible (et goûteux, nous l'espérons) participe à la fois du changement saisissant de la nature des choses et de leur cyclicité obligée ?

Mais je doute si la nature vivante est si répétitive que cela, ou uniquement répétitive : il y a d'abord que les espèces évoluent, que la nature organique va se complexifiant, et que l'homme lui-même, et par conséquent son cerveau si ridiculement hypertrophié et artificialisant à donf, en est après tout le produit.
31 décembre 2018, 18:09   Re : Gilets jaunes
Merci Alain. Mais non. Pour le coup, vous doutez mal.

Un mot sur Voyager. L'évoquant ici, j'avais presque oublié que l'objet lancé dans l'espace était porteur de messages identificatoires de l'humanité, jusqu'à la spatio-localisation terrestre, et qu'il transporte encore, s'il n'a pas fait de mauvaise rencontre depuis, une sorte de carte de visite de l'humanité : des sons, dont J.S Bach et des chants de tribus papoues, des images de l'humanité en acte, sa présentation ontologique brute à attention de toute intelligence extra-terrestre. L'entreprise est aussi grossière et naïve que l'on pouvait être sur ces questions dans les années 70. Mais en regardant de plus près, le message pouvait se passer de message. Le message physique de Voyager est d'une pureté cristalline et absolue. Son statut physique, son mouvement, signait suffisamment l'humanité : Voyageur va vers l'inconnu en droite ligne, hors-orbites (si ce n'est en les caressant au passage, en les frôlant pour se donner de l'impetus, comme un homme autrefois les jupons des femmes).

Voyager, même sans charge embarquée, signait le fait humain : la fuite, le départ sans retour, droit comme un "i" vers l'inconnu : borné deux fois, par son départ et par son explosion future au contact d'un autre corps en mouvement qui lui règlera définitivement le solde de son fatum.

Si le but de Voyager était de faire connaître l'humanité à des intelligences extra-terrestes n'eût-il pas été plus judicieux de faire comme toute bonne prostituée qui se respecte sait faire : s'installer à un carrefour connu, par exemple, en orbite autour de Jupiter, plus gros corps céleste du système solaire, au lieu de filer à travers champ, le champ des étoiles, en droite ligne et furtivement comme un voleur ?

Non. Le but de Voyager n'était pas de se faire remarquer ou adopter par quoi que ce soit, ou recueillir, ou stopper aimablement, mais il était de signer et de signifier objectivement (par l'objet attestant) l'humanité dans sa course fatale. Ce fut fait, et ce fut bien fait. Voyager, en allant sans rien dire, en filant droit sans savoir vers où, dit tout de l'humanité.
01 janvier 2019, 16:24   L'ordre des grandeurs
Francis, je doutais s'il n'était pas un peu artificiel de déganguer l'homme de la matrice naturelle de laquelle il est issu, et me demandais si, étant lui-même après tout un produit tout à fait naturel, certaines de ses prérogatives supposément "anti-naturelles" et artéfactuelles ne rejaillissaient en retour sur la nature tout entière, considérée comme un tout, laquelle s'avérerait donc bien moins répétitive et bornée que vous dites, si elle était ainsi capable de se dépasser dans et par son œuvre le plus complexe : en quoi est-ce mal ?

Pour ce qui est des sondes Voyager, vous savez, d'abord je ne suis pas si sûr que dans les années 70 on était forcément plus bête et naïf qu'on ne l'est aujourd'hui, cela valant surtout pour les scientifiques de haut vol qui avaient conçu le projet Voyager ; mais c'est une autre question... Toujours est-il que l’objectif initial des sondes était de collecter le plus d'informations sur les planètes externes, justement, Jupiter, Neptune, Saturne et Uranus, les engins ayant été construits pour durer 5 ans ; mais homo faber et l'excellence des scientifiques sus-cités étant ce qu'ils sont, les sondes ont continué de fonctionner bien après, ce qui fait qu'on pût envisager une seconde mission et aller au-delà en chatouillant l'espace interstellaire : dans ce contexte, l'histoire du disque informatif, que je trouve au demeurant pas mal du tout, embarqué dans les sondes, c’était juste au cas où, me semble-t-il, car ma foi, sait-on jamais, qui va là-bas...

Maintenant, concernant votre prostituée jupitérienne, écoutez : l'ordre des grandeurs dans l'univers étant tel, si la putain de l'espace s'était contentée de faire le trottoir aux alentours de Jupiter pour rencontrer du monde, c'eût vraiment été comme si elle avait étiré le pied hors de son lit pour appâter le badaud, qui pourrait se trouver un peu partout sur toute la planète, plutôt que dans son minuscule appartement, non ?
Soit dit en passant, même si on considère la "nature" indépendamment de l'homme, comme tout ce qui relève, pour reprendre une distinction philosophique, de "l'en soi" plutôt que du "pour-soi" caractéristique de la réflexivité humaine, il serait erroné je crois de ne vouloir rendre compte de cette nature plain vanilla qu'en termes de régularité, de cyclicité et de trivial déterminisme, car ce serait négliger tous les systèmes naturels chaotiques dont l’évolution est de fait totalement imprévisible, même si on continue de les qualifier encore, pour la forme, de "déterministes" : aussi l'extravagant privilège humain du départ, de la rupture et de la fuite toujours asymptotique est loin en réalité d'être notre apanage exclusif.
Rappelez-vous, Francis, le folâtre et tors clinamen, qui est selon certains à l'origine des choses : il a fallu que quelque chose, dans la belle régularité parfaitement rectiligne des trajectoires se détraque, dévie et se heurte, il a fallu de l'aléatoire, un incident fâcheux, a fuck up, pour que de la matière s’agrégeât et que se constituât une nature ; il a fallu du mal, aurait dit Leopardi.
Oh, et cela depuis n'a cessé de continuer ainsi...
10 janvier 2019, 19:48   Re : Gilets jaunes
C'est vrai : la nature est ordonnée, cyclique et en même temps chaotique, folle, dérangeante de ses cycles. Il y a tout à la fois une volonté de puissance cycliciste et une volonté de chaos dans ce bain qu'est la nature (bien un bain, et non une chose).

Et l'humain l'imite (cette humanité qui dans ses actes et son histoire est faussement cyclique et faussement chaotique), mais la singularité humaine est telle que cette imitation est bien cela : une imitation, savoir une extériorité foncière à la chose imitée.

L'homme imite la nature, ne sait faire que cela et ne sait que mal le faire ! telle est sa sotte et navrante condition.
11 janvier 2019, 18:40   Unamuno
Allons, allons, Francis, ne désespérez pas tant, du nerf, et mettez-vous un peu de jaune sur les pommettes pour vous requinquer, té, les nouvelles couleurs de la guerre...
De toute façon, Valéry avait déjà magistralement résumé la situation :

« L"homme n'est pas une solution au problème de vivre. »
13 janvier 2019, 17:08   Re : Unamuno
Ecouté hier Répliques sur les GJ : si la première partie de l'émission brossait un tableau clair de la situation "socio-économique" de ces "petits Blancs", négligés de la République, la seconde partie m'a paru un peu brouillonne, peinant à rendre compte du caractère plus proprement séditieux du mouvement...

Quelques remarques de Dominique Reynié :
- "objectivement", la France est l'un des pays "les mieux lotis du monde", du point de vue du niveau de vie par habitant, de l'évolution de ce niveau dans les vingt dernières années, et de l'écart entre riches et pauvres ;
- la relative précarisation au cours des dernières années (à opposer à son amélioration globale sur une période plus longue de 20 ans ?) de ce niveau de vie dans la tranche inférieure de cette classe moyenne, surtout par rapport à son amélioration dans les couches plus aisées bénéficiaires de la libéralisation, toucherait quelque 20 pourcents de la population ;
- paradoxalement, Macron est le seul président qui dernièrement ait au moins manifesté de l'intérêt et de la "compréhension" pour ces classes moyennes, et pris des mesures en leur faveur (travail, taxe d'habitation) ;

a priori, rien là, de ce point de vue, qui justifie de faire la révolution et d'embringuer tout le pays, dont une assez large majorité semble n'avoir pas trop à se plaindre de son sort, dans un inévitable et coûteux bordel généralisé dont l'issue est totalement incertaine.
Evidemment, comme dit Thierry Noroit, la question de l'intégrité nationale, disons, Grand Remplacement et immigration, fausse le jugement...
13 janvier 2019, 21:44   Re : Unamuno
Ce qui montre bien que la question essentielle n'est pas là mais dans le fait que les Français ont conscience de ce que la Clique qui les dirige n'en a strictement rien, mais alors absolument rien à cirer de ce qu'ils pensent et ressentent, notamment sur le fameux non-dit — sans parler de l'Union Européenne (le peuple a gardé une tenace rancune à cause du non respect de sa volonté exprimée lors du référendum sur la constitution européenne).

Cela dit, ce n'est pas tout à fait exact : le niveau de vie des retraités, par exemple, baisse réellement depuis plusieurs années et, bien que jouissant d'un niveau de vie dans l'ensemble plutôt confortable, les gens commencent à craindre, non sans quelques bonnes raisons, de le voir bientôt baisser sensiblement. Et ne parlons même pas du niveau de vie collectif (qualité des services publics, saleté des villes, violence, etc.).
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