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Avis aux romanciers

Envoyé par Thomas Rothomago 
06 janvier 2019, 19:59   Avis aux romanciers
Un des joueurs de l'équipe de football d'Andrézieux-Bouthéon qui vient d'éliminer l'OM en Coupe de France s'appelle : Bryan-Clovis Ngwabije. Quel romancier aurait osé ?
07 janvier 2019, 10:18   Re : Avis aux romanciers
Bryan-Clovis a du potentiel : on croirait un prénom inventé par Frédéric Dard.
07 janvier 2019, 13:08   Re : Avis aux romanciers
A propos de prénoms, j'ai recherché à la lecture du nouveau Houellebecq (il fallait bien que quelqu'un se dévoue pour en parler ici) j'ai recherché, donc, les éventuels points de contact avec l'œuvre littéraire de Renaud Camus.

Ils ne manquent pas. Par exemple, dès la page 11 (le narrateur est affublé d'un double prénom qu'il n'aime pas) : L'opération [de changement de prénom] aurait dans mon cas été d'autant plus simple que mon second prénom, Pierre, correspondait parfaitement à l'image de fermeté et de virilité que j'aurais souhaité communiquer au monde.

Cet amour du prénom Pierre, j'ai déjà lu ça quelque part.

Cela dit, ce roman de Houellebecq, contrairement au tintamarre général élogieux, me semble un peu inférieur aux précédents, quoiqu'encore excellent et bien sûr très au-dessus de la moyenne. L'exécution pêche un peu parfois, certains passages paraissent hâtifs, non relus. Je serais curieux d'avoir l'avis du grand spécialiste en ces parages, M. Goux, qui a dû maintenant recevoir l'objet de son libraire virtuel préféré.
07 janvier 2019, 15:45   Re : Avis aux romanciers
Je ne suis spécialiste de rien, et surtout pas en littérature (à la rigueur en chablis premiers crus, et encore…). Mais enfin, je suis d'accord avec ce que vous dites de Sérotonine : au sein du corpus houellebecquien, comme jargonnent les universitaires responsables d'éditions chez Gallimard, je doute qu'il puisse faire figure de pièce maîtresse.

Cela dit, je ne sais ce que vous en pensez, mais je trouve curieux que les journalistes se soient précipités sur cette mini-polémique à propos de Niort, alors que Houellebecq avait pris la peine de leur servir tout chaud un vibrant éloge du général Franco, quelques pages avant. Mais peut-être, là, ont-ils cru percevoir un rien d'ironie qui aura freiné leur élan vengeur ? Ça m'étonnerait, de la part de mes ex-confrères, mais enfin on n'est jamais à l'abri d'une bonne surprise.
07 janvier 2019, 16:24   Re : Avis aux romanciers
Et quelle serait alors la pièce maîtresse de ce corpus, d'après vous, spécialistes ou pas ?
07 janvier 2019, 17:17   Re : Avis aux romanciers
Incontestablement Les particules élémentaires, c'est le chef d'oeuvre au sens artisanal du terme.

Même si les connaisseurs gardent une tendresse particulière pour Extension du domaine de la lutte,
c'était le premier, plus grêle, moins abouti, mais il a apporté le "frisson nouveau".

La Carte et le territoire pourrait bien s'affirmer de plus en plus avec le temps. C'est en tout cas le seul
qui à ce jour ait bénéficié d'une édition "classique" (collection Garnier-Flammarion). C'est peut-être un
signe.

Les autres romans (nous ne parlons que des romans), plusieurs tons au-dessous.

Et La Possibilité d'une île, complètement à part, comme un OVNI au sein du corpus houellebecquien,
difficile à évaluer, en tout cas peu de plaisir de lecture de mon côté. Cependant le titre est devenu quasi-
proverbial, comme extension du domaine de..., ce qui est déjà pas mal.
07 janvier 2019, 21:58   Avis d'un amateur
A mes risques et périls, j'oserais avancer qu'il y a quelque chose dans l'aventure houellebecquienne au sein de la "grande littérature", Houlllebecq ayant été sacré dorénavant "grand écrivain" presque officiel, qui m'évoque la geste du personnage Eric Drouet frayant avec les plus hautes figures du romantisme révolutionnaire, l'étendard de la subversion claquant au vent de l'époque... Mais là où Houellebecq se démarquerait quand même, c'est qu'il aura réussi à tricoter romanesquement cet étiage, alors que l'autre n'aurait jamais dû quitter son camion...
08 janvier 2019, 07:37   Re : Avis d'un amateur
Citation
Alain Eytan
A mes risques et périls, j'oserais avancer qu'il y a quelque chose dans l'aventure houellebecquienne au sein de la "grande littérature", Houlllebecq ayant été sacré dorénavant "grand écrivain" presque officiel, qui m'évoque la geste du personnage Eric Drouet frayant avec les plus hautes figures du romantisme révolutionnaire, l'étendard de la subversion claquant au vent de l'époque... Mais là où Houellebecq se démarquerait quand même, c'est qu'il aura réussi à tricoter romanesquement cet étiage, alors que l'autre n'aurait jamais dû quitter son camion...

Certes... Mais qui l’a fait sortir de son camion ? Tous ces commentaires plus ou moins condescendants ou malveillants sur les gilets jaunes (bêtise, orthographe, nullité politique etc.) ne sont pas révoltants parce que faux (en effet Drouet ne sait pas écrire, ne « sait » sans doute pas faire de la politique etc.) mais parce qu’ils sont terriblement injustes. Si le pouvoir n’avait pas été confisqué, si le peuple avait été consulté (sur le changement de population par exemple), si les hommes politiques avaient fait leur travail (en ne créant pas une dette hallucinante par exemple, en luttant réellement contre le terrorisme et l’insécurité etc.), si le parlement avait réellement représenté le peuple politiquement (proportionnelle par exemple), si les journalistes avaient vraiment joué leur rôle (d’enquête, de libre débat etc.) – bref, si « ils » avaient fait leur travail, ne serait-ce que correctement, aucun camionneur, aucun Drouet n’aurait quitté son camion.

Si on ne veut pas qu’un Drouet sorte de sa boîte, il ne faut pas lui lancer « Qu’il vienne me chercher ».
08 janvier 2019, 09:18   Re : Avis aux romanciers
Et si l'éducation nationale avait fait son travail... Pour ma part, je trouve que la plupart des gilets jaunes ne parlent ni mieux ni moins bien que la moyenne des journalistes, des acteurs et des hommes politiques. Au moins ont-ils le langage de la sincérité. Quant à leur orthographe elle n'est pas pire que la moyenne petite-bourgeoise. Il suffit de lire les sous-titres de films ou certains titres de journaux ou certaines notes administratives.
08 janvier 2019, 10:37   Re : Avis aux romanciers
À propos de Houellebecq, je souscris à peu près à ce que dit M. Noroit ci-avant. Mon “à peu près” vient du fait que je ne pense pas qu'on puisse désigner une “pièce maîtresse”, pas plus qu'il n'en existe une dans un puzzle ; or, c'est bien à un puzzle que me fait penser l'œuvre de Houellebecq. Dans ce cadre, disons que la dernière pièce ayant pris place ne m'a pas paru être la plus resplendissante, la plus indispensable. Mais je me suis aperçu, avec ses romans précédents, qu'une seconde lecture, quelques mois plus tard, avait presque toujours tendance à me faire réévaluer le livre en question. (Je dis “presque” car cela n'a pas fonctionné pour La Possibilité d'une île, que beaucoup tiennent pour le chef-d'œuvre de Michel Houellebecq (ce qui est absurde puisque chacun sait bien que, le chef-d'œuvre de Michel Houellebecq, c'est à moi qu'on le doit…) et que je persiste à trouver plutôt manqué.
08 janvier 2019, 13:31   Re : Avis aux romanciers
Un puzzle ? Pourquoi pas ? A ses débuts, Houellebecq se présentait à son éditeur (Maurice Nadeau) comme le nouveau Perec, et quand on sait l'importance du puzzle chez Perec... Mais je n'irai pas jusque là. On voit bien que les livres de Houellebecq sont de la même main, qu'ils ont un air de famille prononcé, qu'ils se font écho, parfois, souvent, mais de là à y voir un ensemble concerté, cela me semble excessif. - Mais on ne prête qu'aux riches.

J'ai lu et même relu (je peux le dire sans forfanterie car il ne s'agit pas de Joyce ou Musil) récemment Les célibataires de Montherlant, livre excellent, avec quelques longueurs, de 1935. Eh bien, je trouve qu'il y a de sensibles analogies avec Sérotonine. Je conseille à de fins limiers d'approfondir ce parallèle (à moins que je me fasse des idées ?) car Montherlant précurseur de Houellebecq, voilà qui serait explosif.

A propos du Chef d'œuvre de Michel Houellebecq, une question m'intrigue : Faut-il prendre contact avec le "vrai" quand on intitule ainsi un de ses livres, un accord est-il nécessaire pour en faire un personnage ?
08 janvier 2019, 15:50   Re : Avis aux romanciers
Monsieur Noroit : il s'agissait, dans mon esprit, d'un puzzle in progress, si je puis dire ; que Houellebecq découvrirait lui-même à mesure, chacun de ses romans semblant presque toujours jaillir du précédent ou de l'un de ses précédents. Pour ce qui est du livre de Montherlant, lu pour la première fois il y a deux ou trois ans, le rapprochement ne m'a pas sauté aux yeux, mais vous me donnez envie d'y retourner !

Quant à votre question plus personnelle, non, aucun contact n'a été pris préalablement, aucun accord sollicité. Simplement, avant publication, le roman a été relu par l'avocat des Belles Lettres ; lequel a estimé que l'on pouvait publier, dans la mesure où il n'y avait pas “arnaque” dans le titre, Michel Houellebecq étant bel et bien au centre de l'histoire, où il était par ailleurs question de son chef-d'œuvre à venir. (Et comme personne ne l'a lu, on est resté parfaitement à l'abri du procès a posteriori…)
08 janvier 2019, 16:06   Re : Avis aux romanciers
» Si le pouvoir n’avait pas été confisqué, si le peuple avait été consulté

Je ne vois pas que le pouvoir ait été "confisqué" : ses détenteurs rendront leur mandat au peuple, qui est en l'occurrence l'ensemble des citoyens ayant le droit de vote, dans les délais prévus, lequel peuple a d'ailleurs été consulté à deux reprises il y a peu et s'est clairement exprimé, donnant lieu à un résultat qui est aussi légitime qu'il peut l'être, parce que conforme à ce qu'est le système politique français tel qu'il est défini par la Constitution : je suis désolé, mais c'est aussi simple que ça.
"Confisquer" le pouvoir, cela veut dire se l'approprier de façon qui est contraire aux lois en vigueur le définissant et en énonçant les modalités d'application : quand un GJ, un pignouf, un frelon enquiquinant exige que ses réclamations les plus extravagantes soient remplies sous peine de semer le désordre et le chaos, c'est lui qui veut confisquer le pouvoir.
La question de savoir si ce pouvoir "fait son travail" ou non est un tout autre problème, sur quoi le peuple, le vrai, pas "la minorité vociférante qui prétend représenter le tout" pourra se prononcer lors de prochaines élections.

Il est du reste admirable de naïveté, à mes yeux tout du moins, que des gens pensent encore que le "travail" devant être accompli par un exécutif politique puisse l'être de façon optimale, compte tenu de ce que sont devenues les sociétés modernes et leur niveau de complexité : cela relèverait du même type d'illusion qui voudrait faire accroire que la science détient la vérité, et l'accuse donc de ne pas "faire son travail" parce qu'elle est faillible et doit assez souvent réviser ses modèles théoriques.
Il faudrait vraiment que les gens intériorisent enfin le fait, de moins en moins contestable, qu'en matière de vie politique, de chose publique et de modes de régulation des systèmes infiniment complexes que sont les sociétés, il faut impérativement réviser ses expectations à la baisse et raisonner, et donc juger, en termes de moindre mal, jamais de perfection réalisée, et encore moins de plénitude individuelle atteinte.

Franchement, les raisons qui ont poussé le Drouet à quitter son camion m'indiffèrent aussi totalement que le personnage, et cela est aussi injuste et méprisant que vous voudrez : mais ne s'improvise pas Kholhaas qui veut, lequel avait d'ailleurs de bien meilleures raisons de s’insurger que le premier ; au demeurant, les derniers livres de Houellebecq dont j'ai pu prendre connaissance m'ont assez rapidement ennuyé, au point d'avoir la flemme de lire Soumission, par exemple, alors que Kleist n'a jamais cessé de me passionner.
08 janvier 2019, 18:24   Re : Avis aux romanciers
Citation
Alain Eytan
» Si le pouvoir n’avait pas été confisqué, si le peuple avait été consulté

Je ne vois pas que le pouvoir ait été "confisqué" : ses détenteurs rendront leur mandat au peuple, qui est en l'occurrence l'ensemble des citoyens ayant le droit de vote, dans les délais prévus, lequel peuple a d'ailleurs été consulté à deux reprises il y a peu et s'est clairement exprimé, donnant lieu à un résultat qui est aussi légitime qu'il peut l'être, parce que conforme à ce qu'est le système politique français tel qu'il est défini par la constitution : je suis désolé, mais c'est aussi simple que ça.
"Confisquer" le pouvoir, cela veut dire se l'approprier de façon qui est contraire aux lois en vigueur le définissant et en énonçant les modalités d'application : quand un GJ, un pignouf, un frelon enquiquinant exige que ses réclamations les plus extravagantes soient remplies sous peine de semer le désordre et le chaos, c'est lui qui veut confisquer le pouvoir.
La question de savoir si ce pouvoir "fait son travail" ou non est un tout autre problème, sur quoi le peuple, le vrai, pas "la minorité vociférante qui prétend représenter le tout" pourra se prononcer lors de prochaines élections.

Il est du reste admirable de naïveté, à mes yeux tout du moins, que des gens pensent encore que le "travail" devant être accompli par un exécutif politique puisse l'être de façon optimale, compte tenu de ce que sont devenues les sociétés modernes et leur niveau de complexité : cela relèverait du même type d'illusion qui voudrait faire accroire que la science détient la vérité, et l'accuse donc de ne pas "faire son travail" parce qu'elle est faillible et doit assez souvent réviser ses modèles théoriques.
Il faudrait vraiment que les gens intériorisent enfin le fait, de moins en moins contestable, qu'en matière de vie politique, de chose publique et de modes de régulation des systèmes infiniment complexes que sont les sociétés, il faut impérativement réviser ses expectations à la baisse et raisonner, et donc juger, en termes de moindre mal, jamais de perfection réalisée, et encore moins de plénitude individuelle atteinte.

Attendre de son pays et de ses dirigeants qu’ils n’endettent pas le pays dans des proportions hallucinantes, qu’ils protègent au mieux les citoyens de l’insécurité en général et du terrorisme en particulier, qu’ils ne provoquent pas l’appauvrissement de classes sociales entières, enfin qu’ils n’organisent pas sa disparition par l’invasion migratoire : appelez cela naïveté admirable si ça vous chante, mais ne prétendez pas que c’est, de ma part, une exigence de perfection. Dans tous ces domaines, et vous pouvez invoquer le traditionnel « it’s more complicated » que tous les mauvais dialoguistes du monde ressortent quand ils ne savent plus quoi faire dire à leurs personnages, il est possible de faire mieux, mille fois mieux, que la France. La preuve ? D’autres pays le font.

Pour le reste, merci de ce petit rappel merveilleux sur le droit de vote, les citoyens qui expriment clairement leur volonté éclairée dans un système merveilleusement parfait : bizarrement, ici, ce n’est pas « more complicated », tout roule, il n’y a pas de distorsion, de captation, de confiscation possible : le système démocratique français, ses institutions, ses contre-pouvoirs, tout cela marche parfaitement, et quand le peuple vote par référendum contre le traité de Lisbonne, son vote est respecté, quand ils sont 11 millions à voter pour le FN, ce poids politique est parfaitement représenté par 7 députés, quand ils votent pour le karsher, on nettoie effectivement les « quartiers » au karsher, les débats qui les passionnent, comme l’immigration, sont tenus librement, sainement, clairement, sans XVIIème chambre, et avec toute la neutralité de médias détenus à 90% par des milliardaires amoureux de la presse, du pluralisme et du débat démocratique serein... Non vraiment, avec un système aussi parfait, une mécanique aussi belle, je ne vois vraiment pas ce qui peut pousser tous ces gens à passer des nuits sur des ronds-points pour réclamer des référendums.

Rentrez chez vous : Tout va bien.

On ne peut pas faire mieux : It’s more complicated.
09 janvier 2019, 14:27   Couteaux ou le généralissime
» le système démocratique français, ses institutions, ses contre-pouvoirs, tout cela marche parfaitement

Mais non, je n'ai jamais dit cela, au contraire : le système démocratique français est ce qu'il est, et il est hors de question d'affirmer qu'il soit le meilleur possible, notamment dans des circonstances où une bande d'hurluberlus ne cessent de brailler bille en tête qu'il est le pire absolument, le plus abject en soi, que tout autre et n'importe quoi lui serait préférable, et ont l'air de vouloir faire tout ce qu'ils peuvent pour le jeter bas.
Mais ce système a fonctionné relativement bien, fonctionne encore, est somme toute viable, et donne encore au peuple le moyen d'accepter ou de rejeter des options politiques et des projets de société sensiblement différents par le seul moyen fiable de déterminer la représentativité réelle des acteurs politiques au moyen du suffrage universel ; c'est tout.
Hors ce cadre, je ne vois aucun moyen de savoir ce que représentent lesdits brailleurs en jaune, quoi qu'ils en aient, et aux dernières nouvelles, une offre politique notablement divergente de l'ordre des choses actuel, appelons cela comme ça, a été massivement rejetée il y a un an et demi.
Cela ne veut certes pas dire que tout soit "merveilleusement parfait", oh non, mais souffrez qu'on se permette de douter si Drouet ou fly rider, l'hypnotiseuse médiumnique ou n'importe quelle Ghisslaine ou Brandon de service, et après tout, on peut inclure dans le lot Couteaux et sa probable proposition d'un généralissime sauveur des meubles et des immarcescibles valeurs, seront des inspirateurs mieux avisés, plus fiables et plus compétents en matière de vie publique, économique et démocratique, mais allez savoir...
09 janvier 2019, 15:28   Re : Avis aux romanciers
Citation
Alain Eytan
Mais non, je n'ai jamais dit cela, au contraire : le système démocratique français est ce qu'il est, et il est hors de question d'affirmer qu'il soit le meilleur possible, notamment dans des circonstances où une bande d'hurluberlus ne cessent de brailler bille en tête qu'il est le pire absolument, le plus abject en soi, que tout autre et n'importe quoi lui serait préférable, et ont l'air de vouloir faire tout ce qu'ils peuvent pour le jeter bas.
Mais ce système a fonctionné relativement bien, fonctionne encore, est somme toute viable, et donne encore au peuple le moyen d'accepter ou de rejeter des options politiques et des projets de société sensiblement différents par le seul moyen fiable de déterminer la représentativité réelle des acteurs politiques au moyen du suffrage universel ; c'est tout.
Hors ce cadre, je ne vois aucun moyen de savoir ce que représentent lesdits brailleurs en jaune, quoi qu'ils en aient, et aux dernières nouvelles, une offre politique notablement divergente de l'ordre des choses actuel, appelons cela comme ça, a été massivement rejetée il y a un an et demi.
Cela ne veut certes pas dire que tout soit "merveilleusement parfait", oh non, mais souffrez qu'on se permette de douter si Drouet ou fly rider, l'hypnotiseuse médiumnique ou n'importe quelle Ghisslaine ou Brandon de service, et après tout, on peut inclure dans le lot Couteaux et sa probable proposition d'un généralissime sauveur des meubles et des immarcescibles valeurs, seront des inspirateurs mieux avisés, plus fiables et plus compétents en matière de vie publique, économique et démocratique, mais allez savoir...

Hurluberlus, hypnotiseuse, Ghisslaine, Brandon... : je ne vous reprocherai pas ici votre condescendance, votre mépris ni votre « racisme de classe », mais simplement de ne pas voir que LREM est constituée précisément et essentiellement de Ghisslaine, Brandon et hurluberlus : Schiappa, apprentie écrivain dans le domaine du roman érotique pro « grosses », Bruno Lemaire, ministre de l’économie (auparavant de l’agriculture) qui ne sait pas ce que représente un hectare, Claire-O Petit, quintessentielle Ghissssslaine de sous-préfecture, Benalla, racaille qui fait du bizness, Griveaux, qui confond Maurras et Bloch, Castaner, ami à moumoute et plastron des mafieux de Toulon entre 18 et 21 ans, Aurore Bergé, parfaite Jennyfer de salon de coiffure, Nyssen, la seule ministre de l’histoire qui n’a pas été capable de prononcer une seule phrase correcte de sa vie de ministre, et que la moindre des Ghisslaine de ronds-points dépasse largement dans le domaine syntaxique, Sibeth Ndiaye, conseillère communication de Macron qui annonce la mort de Simone Veil en ces jolis termes : « Yes la meuf est dead »...

Sur le fond, vous ne comprenez pas ou faites semblant de ne pas comprendre : vous dites que les gilets jaunes veulent « jeter bas » le système démocratique français... alors qu’ils demandent seulement, après 40 ans de confiscation, ou de graves dysfonctionnements si vous préférez, des changements qui lui permettraient de redevenir réellement un système démocratique. Demander l’arrêt de la taxe diesel et le référendum d’initiative populaire, ce n’est pas vouloir sortir du « cadre » de la démocratie, c’est vouloir y retourner. Car ce cadre, aujourd’hui, est pratiquement détruit. Sur le papier il est vivant, tout comme sur le papier, M. Kouachi était un Français commevouszémoi. Dans la réalité, il n’en reste que peu de choses : l’UE, les Gafa, les intérêts privés, la création de la dette (loi de 1973 etc.), les médias et la nullité hallucinante des hommes politiques ont vidé le vote de sa substance, et nos petits rituels démocratiques (une visite au bureau de vote comme au médecin de « la sécu », tous les deux ans pour... rien) ne permettent plus au peuple de conduire la politique du pays qu’il entend choisir. C’est bien pour cela, je le redis, que des dizaines de milliers de gilets jaunes, d’hurluberlus, d’illettrés, de Ghisslaine, de cracheurs de feu, de tout ce que que vous voulez, sacrifient leurs vacances, leur argent, leurs soirées The Voice, leurs nuits d’amour, parfois leur vie ou leur oeil ou leur main : si la démocratie française marchait ne serait-ce que correctement, si les gouvernements et parlementaires faisaient leur travail ne serait-ce que correctement, eh bien un certain Monsieur Drouet, camionneur, n’aurait pas eu l’outrecuidance de déranger Monsieur Eytan, In-nocent forumeur.
09 janvier 2019, 17:18   Re : Avis aux romanciers
» vous dites que les gilets jaunes veulent « jeter bas » le système démocratique français

Précisément, le système démocratique français tel qu'il est, qui n'est pas nécessairement le meilleur possible, mais qui est pour l'instant le seul qui garantisse que ce qui en est le produit, à savoir le pouvoir actuel, soit le fruit d'un choix démocratique légitime.
Et quand quelques excités insatisfaits ou frustrés, qu'ils le soient à tort ou à raison, semblent vouloir à toute force nier et contredire la politique annoncée et (dans une certaine mesure, tout de même) menée par ce pouvoir élu aussi démocratiquement que possible, dans le cadre institutionnel de ce qu'est l'actuelle démocratie française, alors qu'eux-mêmes ne jouissent d'aucune sorte de légitimité démocratique quelle qu'elle soit, et que personne ne sait au juste ce que représente leur poids électoral réel au sein de l’ensemble de la population, alors force est de constater qu'ils veulent jeter bas le système démocratique français, c'est en effet ce que je dis : est-ce si difficile à comprendre ?

Pour le reste, écoutez, vous êtes au moins aussi caricatural dans votre description des éminents membres de notre gouvernement que je le serais envers mes pignoufs de prédilection, sauf que, je vous l'accorde, vous êtes plus sérieux et semblez prendre la chose bien plus à cœur, ce qui n'est certes pas une critique : non, dans ma place forte dans la Jérusalem céleste, Drouet et consorts ne me dérangent nullement, mais il m'amuse plutôt, et parfois me sidère, qu'on leur donne tant d'importance et de prestige, je l'avoue...
09 janvier 2019, 18:13   Re : Avis aux romanciers
Merci à Drouet, à Ghisslaine, à Brandon d'avoir permis ce débat passionnant entre Chouard et Mathieu :

[www.youtube.com]

Les deux s'opposent sur beaucoup de points, et d'ailleurs je ne souscris pas forcément à toutes les vues du premier, loin de là, mais ils s'entendent sur ce que vous ne voulez pas voir : la démocratie représentative française ne marche plus, elle est une coquille vide, un papier. Et là ce n'est pas le camionneur ni l'hypnotiseuse qui l'affirment, c'est un professeur de droit constitutionnel à la Sorbonne, rédacteur de la réforme de la constitution Balladur de 2008. Ce pedigree-là sera-t-il suffisant pour que l'un des gardes de votre place forte le considère sans ricanement, mépris, exaspération ni impatience ? Je l'espère. Quoi qu'il en soit, je rentre dans mon camion : comme l'autre, je n'aurais sans doute jamais dû le quitter.
Je me souviens d'un plaidoyer poignant de Renaud Camus pour la "médiateté", le mode indirect et les intermédiaires, contre l'immédiateté et l'envahissement du direct : étaient célébrés entre autres la courtoisie, la civilité, les bonnes manières et le style, la loi, l'Etat de droit, la Constitution et la démocratie représentative, comme remparts vitaux protégeant un tant soit peu de la brutalité, de l'effraction, du droit du plus fort et de la violence, du peuple gougnafier, des odeurs imposées de clémentine, des crachats par terre, des sans-culottes (quand on ne les désire pas), de la démocratie directe et participative, et des Etienne Chouard en tout genre...

Ce dernier, hybride mélencho-soralien assez fébrile qui voudrait, semble-t-il, faire récrire la Constitution dans des "ateliers constituants" par des rédacteurs tirés au sort, me fait paraître Edouard Philippe bien rassurant ; je vous souhaite bonne chance, cher Jean Rivière, dans l'entreprise de réintroduction de la vraie démocratie dans nos institutions moribondes, avec ce genre de zozo.
Face à lui, dans ce débat ma foi assez confus et brouillon, l'expert en droit constitutionnel faisait valoir, avec raison probablement, que tout cela était parfaitement irréaliste et inapplicable, en plus d'être dangereux et forcément noyauté par n'importe qui et n'importe quoi, mais de surcroît avait asséné sans trop s'y appesantir, que de toute façon la démocratie représentative était "en crise" non à cause du mode de représentativité lui-même, mais parce que les représentants étaient dorénavant dénués de pouvoir réel.
Que ce pouvoir était disséminé un peu partout, dans le "capital", "chez les riches", comme disait Chouard, dans l'UE, etc., ce qui fait que pour le récupérer, nous voilà quand même bien avancés.

Quoi qu'il en soit, je ne laisse d'être frappé par une sorte de paradoxe qui se rencontre assez souvent : comment peut-on à la fois critiquer et dénoncer les conséquences de la politique particulière menée par le pouvoir actuel, et affirmer que celui-ci n'en a en réalité aucun ? N'en a-t-il vraiment aucun ? Qu'est-ce qui distingue si fondamentalement le mode de fonctionnement de la démocratie italienne, par exemple, qui a réussi à mener avec efficacité une politique anti-migratoire volontaire, de celui de la France ? A supposer qu'une Marine Le Pen plus habile eût remporté les élections, n'aurait-elle pu conduire la politique qu'elle souhaitait dans ce sens, par défaut intrinsèque et fatal de pouvoir de tout exécutif français ? Je ne vois pas pourquoi et en réalité j'en doute...
Preuve en est que ce n'est pas qu'une démocratie de papier, si l'offre qu'elle proposait a été si massivement rejetée, alors que son application aurait très vraisemblablement conduit à la mise en œuvre d'une politique notablement différente : en définitive, on ne peut qu'en conclure que ce que vous appelez la "coquille démocratique vide" ne l'est que parce que le choix effectif qui y a été opéré ne vous convient pas, c'est tout.
10 janvier 2019, 19:19   Re : Avis aux romanciers
Qu'est-ce qui distingue si fondamentalement le mode de fonctionnement de la démocratie italienne, par exemple, qui a réussi à mener avec efficacité une politique anti-migratoire volontaire, de celui de la France ? A supposer qu'une Marine Le Pen plus habile eût remporté les élections, n'aurait-elle pu conduire la politique qu'elle souhaitait dans ce sens, par défaut intrinsèque et fatal de pouvoir de tout exécutif français ? Je ne vois pas pourquoi et en réalité j'en doute...

Ne doutez plus Alain, j'arrive.

La France de Macron a abdiqué sa souveraineté, ce qui nest pas le cas de l'Italie actuelle. Cette abdication est le fait d'un choix politique qui est celui de se soumettre à la sainte-alliance franco-germanique, bien seule, désormais sur ce continent conceptuel qu'est l'Europe, alliance qui a donné les fruits vénéneux que l'on connaît depuis juin 1940.

Alain vous parlez-depuis un pays qui est Israël, étalon or des nations indépendantes. Les choix politiques de ce petit pays sont chimiquement purs : ils sont indépendants des pressions qui pèsent lui. Ce n'est plus le cas de nombreux pays parmi les 193 enregistrés comme nations à l'ONU. Pour tout dire, il ne reste aujourd'hui guère que quatre pays aux politiques intérieures et extérieures non assujetties, non liées, même très indirectement, à une entité nationale ou supranationale qui les domine:

1. Les Etats-Unis d'Amérique
2. La Russie
3. La Chine
4. Israël.

les deux derniers (est-ce le fruit du hasard ? je n'en sais rien) sont les deux entités nationales représentants les deux plus vieilles civilisations continues de l'humanité.

La France, à la différence de l'Autriche, de la Hongrie, de la Slovaquie, de la Tchéquie, de la Pologne et d'autres en Europe de l'Est, est assujettie, a abdiqué sa souverainté à un corps institué qui parle pour elle, décide pour elle, fixe pour elle ce que ses gouvernants doivent faire, y compris de leur peuple (qui envoient contre lui des chars, sur la plus emblématique des avenues françaises, marqués comme des taureaux ou des vaches des douze étoiles sur fond bleu symbolisant l'entité supranationale à laquelle la France doit obéissance).

Israël n'obéit à personne. Il y a de par le monde des nations fières, mais toutes ont leur fierté entâchée de doute, c'est le cas des nations rebelles au sein de l'UE (l'Autriche, notamment), c'est le cas du Japon, qui ne fait rien, ne décide rien de tranchant ou de définitif sans un regard vers Washington. Israël est dans un cas si particulier que cette nation vôtre vous place dans une position pour parler de la mienne qui est fort délicate, en ce sens que les colonisés que nous sommes n'ont pas de leçon à entendre des affranchis qui leur intimeraient d'aimer leur sujétion. Vous appartenez à une nation qui figure dans le club très fermé des affranchies, Alain, tandis que nous sommes les sujets d'une nation assujettie.

La France, même macronienne, possède encore la puissance d'être une nation indépendante, qui choisit son destin non moins qu'Israël choisit le sien. Si elle se montre impuissante et soumise, cela est le fruit d'un choix politique délibéré, pensé, planifié. Ce qui constitue une excellente nouvelle : lorsqu'il y a choix, il y a liberté d'inversion du choix. Macron, phénomène absolu, prototypique jusqu'au comique, présente l'avantage d'être réversible.

Laissez-nous encore un peu de temps, et, comme le disaient les dominés du XXe siècle, nous vous rattraperons.
10 janvier 2019, 20:08   Re : Avis aux romanciers
Vous ne m’avez pas bien lu, et vous oubliez pourquoi je me suis adressé à vous in the first place : vous vous plaigniez que Drouet soit sorti de son camion, je vous répondais simplement que si on ne voulait pas que « la populace » ou les Chouard sortent de leurs camions et classes de lycée, eh bien il fallait, pour un gouvernement, faire au moins son travail correctement. C’est pourquoi votre rappel de l’amour de Camus pour la médiation est inutile : je suis moi aussi pour la médiation, je ne suis pas un adepte de la démocratie directe, je ne suis même pas certain d’être un vrai démocrate tout court... Simplement, ces intermédiaires et de représentants doivent faire leur travail, au moins correctement, sinon... C’est comme mon homme de ménage : il n’est pas très bon, mais il fait le travail à peu près correctement, ce qui me permet de l’oublier, d’oublier le concept même de « ménage » et de ne pas avoir à sortir de mon camion pour le faire à sa place.

Si je vous ai répondu, c’est que je trouvais particulièrement injuste et mesquin de votre part de reprocher à un camionneur d’avoir laissé tomber son camion pour se lancer dans une activité qu’il ne connaissait pas, ni ne maîtrisait, alors même que c’est la nullité et la folie de nos « gouvernants » depuis plus de 40 ans qui l’avaient précisément poussé à sortir du camion.

Vous trouvez que Drouet, l’hypnotiseuse et Chouard sentent mauvais ? Pas de problème. Faites votre travail à peu près correctement, et ils resteront dans leurs coins respectifs. Mais si après leur avoir confisqué ou détruit ou massacré leurs paysages, leurs traditions, leur histoire, leurs richesses, leurs comptes en banque etc., vous n’avez pas pensé à leur laisser un peu d’argent de poche pour acheter un burger en fin de mois, alors il ne faut pas venir pleurnicher que Drouet sorte de son camion. Pas si intelligent Edouard Philippe, finalement. Même Ford avait compris, lui qui disait que ses salariés devaient quand même avoir un peu de menue monnaie pour acheter ses voitures.

Donc je me moque de Chouard (et je trouve, soit dit en passant, votre disqualification « mélancho-soralienne » stupide). Je ne sais pas si pour réintroduire un peu de vie dans cette démocratie de papier il faut simplement instituer la proportionnelle, ou supprimer toutes les aides publiques à la presse, ou tout raser pour écrire une nouvelle constitution, ou... Ce que je sais en revanche, c’est que vous répétez « Il y a une offre, un bulletin, un choix, un résultat démocratique, tout cela est très simple » sans jamais essayer de répondre à la moindre des objections formulées par moi ici ou Chouard ou Mathieu dans le débat. Selon vous, Drouet est dans la rue, la France vit son mouvement populaire le plus remarquable depuis 1968, des mères de familles n’ayant jamais fait de politique de leur vie, n’ayant jamais participé à aucune manifestation de leur vie, passent leur réveillon sur un rond-point, non pas parce que, entre mille autres raisons,
– la première ou deuxième force politique du pays a 7 députés
– de l’aveu même du constitutionnaliste qui l’a rédigé, le référendun d’initiative populaire a été formulé précisément de manière à ce qu’il ne soit jamais utilisé par le peuple
– alors que De Gaulle avait mis en oeuvre 4 référendums en une dizaine d’années, il n’y en pas eu un seul depuis 2005... celui qui a été annulé par le Parlement
– tout débat sur l’immigration a été interdit, diabolisé, criminalisé pendant des décennies
– 90% de la presse est entre les mains de quelques milliardaires
mais seulement parce que tous ces braves gens sont des électeurs du FN déçus et mauvais joueurs qui avaient envie d’un peu d’action... Ça me semble un peu court, comme explication, pour un phénomène d’une telle ampleur et d’une telle durée, mais à votre aise. Je m’interroge néanmoins, au passage : pourquoi un si raisonnable Philippe, une si voluptueuse Schiappa, un si rigoureux Castaner, un si précis Lemaire, une si efficace Beloubet, un si calme Darmanin, mettent-ils autant de temps à venir à bout de ces mauvais perdants, hurluberlus analphabètes qui plus est ? Bizarre.
10 janvier 2019, 20:32   Re : Avis aux romanciers
Merci Jean Rivière pour cette intervention. Je me demande souvent pourquoi je reviens ici, je comprends en vous lisant que c'est parce que j'espère confusément y lire un de ces billets que vous venez de signer.

Le mouvement des Gilets jaunes, ce janvier 2019 est un monde. Il est très difficile d'en parler, d'évoquer les raisons qui nous font l'aimer et y adhérer. Elles sont nombreuses, changeantes, fuyantes et en même temps permanentes et profondes. Rares sont les personnes et les billets qui peuvent les saisir. Le vôtre y contribue.
10 janvier 2019, 20:34   Re : Avis aux romanciers
"pourquoi un si raisonnable Philippe, une si voluptueuse Schiappa, un si rigoureux Castaner, un si précis Lemaire, une si efficace Beloubet, un si calme Darmanin, mettent-ils autant de temps à venir à bout de ces mauvais perdants, hurluberlus analphabètes qui plus est ?"

C'est parce qu'ils sont trop subtils.
Cher Jean Rivière; je vous remercie aussi.

Au fond le mouvement GJ est une révolte, justifiée, contre l'esprit terranovien (même si bien sûr ils ne connaissent pas ce ''think tank'') qui imprègne toutes les ''élites'' mondialistes au pouvoir.
Je remercie moi aussi Jean Rivière. Le paradoxe est que l'on peut être d'accord avec chacune des phrases d'Alain Eytan prises isolément, les unes après les autres, il n'empêche, au bout du compte reste l'impression qu'il passe complètement à côté de l'essentiel.

J'ai assisté mardi soir à une réunion de Gilets Jaunes. La mairie de Paimpol avait prêté la salle des fêtes. Il y avait entre trois cents et trois cent cinquante participants. Il y a eu beaucoup d'interventions, la réunion, présidée par cinq gilets jaunes chevronnés inconnus et assez peu directifs, a duré plus de deux heures. Pour l'essentiel, comme partout, les aspirations tournent autour de deux axes, la redistribution des contributions en vue d'une plus grande justice sociale et la nécessaire revitalisation de la démocratie au moyen du référendum d'initiative citoyenne. D'autre part, LA question a été à peine effleurée, essentiellement pour dire qu'elle ne serait pas posée.

J'en retire surtout l'impression que le principal danger qui guette ce mouvement est d'être noyauté, récupéré, canalisé par les diverses sensibilités d'extrême-gauche (CGT, communistes plus ou moins dissidents, cathos militants d'associations, etc.) : cela a représenté trois ou quatre interventions, une sur une dizaine à peu près, les mieux bâties, les plus claires — et les plus fermement “la-question-ne-sera-pas-poséeistes”. Dans un petit coin de France à la fois viscéralement rouge et catho, et, quoique depuis toujours ouvert sur le grand large, pour le moment à peu près totalement épargné par l'invasion migratoire, si l'on excepte un bon nombre de retraités britanniques et un nombre grandissant de réfugiés dans mon genre, ils avaient partie gagnée d'avance. C'est ainsi qu'un de ces trois ou quatre intervenants trotsko-catho-associatifs a reproché au “Bureau” d'avoir, dans le tract appelant à la réunion et listant les revendication, demandé « que nos cotisations servent aux français via les hôpitaux, les forces de l'ordre, l'éducation... » : « Les Français, vraiment ? Alors là j'ai eu honte... » a-t-il dit. Et une dame dudit Bureau de se précipiter : « C'était écrit sans panser à mal et d'ailleurs nous avons remplacé “Français” par “citoyens” ».

Sauf que tout le monde revendique haut et fort le RIC-carl (référendum d'initiative citoyenne constituant, abrogatoire, révocatoire, législatif) avec un pourcentage de citoyens nécessaire très inférieur à ce qui a été institué et qui constitue aujourd'hui un barrage rédhibitoire. Chacun sait bien que ce serait le moyen de poser les questions que l'on veut nous interdire de poser. J'en suis venu à penser que c'est là notre seul espoir désormais de sortir de la dictature remplaciste et de sauver ce qui peut encore l'être.
11 janvier 2019, 17:54   Re : Avis aux romanciers
Marcel Meyer est bien optimiste, pour une fois. Dans la mesure où LA question ne peut pas être posée (admirable, à ce propos, la réaction du catho associatif : Les Français, vraiment ? Alors là j'ai eu honte..., c'est tellement ça) donc dans la mesure où elle ne peut pas être posée, elle ne le sera pas davantage par le biais d'un RIC-carl, ou alors elle échouera lamentablement, tandis que des mesures dont nous ne voulons à aucun prix, par exemple le rétablissement symbolique de l'impôt sur la fortune, passeront haut la main. Quant à un référendum révocatoire, non, mais réalisez-vous vraiment ce que cela signifie, n'importe quel élu qui poserait LA question, celle-là ou d'autres d'ailleurs, risquerait d'être cloué au pilori sans recours, dans la bonne conscience générale. Attention, les gilets jaunes, c'est quelques centaines de milliers de personnes, mais les autres sont là, silencieux pour le moment, tapis dans l'ombre, mais beaucoup plus nombreux et florissants : ils tireront les marrons du feu. Malgré notre sympathie pour certains aspects du mouvement, il faut comprendre et admettre les réserves de Alain Eytan envers une révolte qui n'est pas du tout in-nocente et que les in-nocents réprouveraient certainement s'il n'y avait pas le changement de peuple, qui fausse le jugement.
» Ce que je sais en revanche, c’est que vous répétez « Il y a une offre, un bulletin, un choix, un résultat démocratique, tout cela est très simple » sans jamais essayer de répondre à la moindre des objections formulées par moi ici ou Chouard ou Mathieu dans le débat

Ah bon ? Vous commencez par dire qu'un beau jour Drouet, Nicolle & Mouraud sont sortis de leur trou parce que le pouvoir avait été confisqué, et qu'ils ont donc décidé de s'en aller le reconquérir, voulant entraîner dans leur mouvement plutôt violent, c'est tout naturel, tous leurs concitoyens, desquels on n’avait pas demandé l’avis. A quoi je vous avais répondu, pardon de me répéter, je mets cela entre parenthèses, que :

(« Je ne vois pas que le pouvoir ait été "confisqué" : ses détenteurs rendront leur mandat au peuple, qui est en l'occurrence l'ensemble des citoyens ayant le droit de vote, dans les délais prévus, lequel peuple a d'ailleurs été consulté à deux reprises il y a peu et s'est clairement exprimé, donnant lieu à un résultat qui est aussi légitime qu'il peut l'être, parce que conforme à ce qu'est le système politique français tel qu'il est défini par la Constitution : je suis désolé, mais c'est aussi simple que ça.
"Confisquer" le pouvoir, cela veut dire se l'approprier de façon qui est contraire aux lois en vigueur le définissant et en énonçant les modalités d'application : quand un GJ, un pignouf, un frelon enquiquinant exige que ses réclamations les plus extravagantes soient remplies sous peine de semer le désordre et le chaos, c'est lui qui veut confisquer le pouvoir.
La question de savoir si ce pouvoir "fait son travail" ou non est un tout autre problème, sur quoi le peuple, le vrai, pas "la minorité vociférante qui prétend représenter le tout" pourra se prononcer lors de prochaines élections. »)

A quoi vous avez rétorqué que tout ça, ces histoires de vote, d'élections, de suffrage universel etc, ce n'était pas pour de vrai, que c'était du vent, rien que du papier qui ne voulait rien dire et n'engageait à rien, en me renvoyant à un super débat où il aurait été démontré une fois pour toutes que la démocratie française, c'était la farce à dindons que vous dites.
Bien, regardant donc consciencieusement cette émission, sait-on jamais, je vous avais fait part de mes doutes quant à une résolution aussi définitive du problème : Chouard ne m'ayant convaincu en rien — au fait, je trouve que vouloir disqualifier un homme politique parce qu'il aurait "confondu Maurras et Bloch" (?) est encore plus bête que de refuser absolument de suivre les conseils d'un mélencho-soralien qui voudrait que la nouvelle constitution soit rédigée dans des "ateliers constituants" par des Tartempions tirés au sort, ce qu'a bel et bien proposé le Chouard en question —, et donc Mathieu à peine plus, et j’avais avancé qu'il y a avait bien eu un choix, et que celui-ci n'était pas si insignifiant, si l'option alternative était si différente et aurait conduit à mener une autre politique, ce qui tendrait à montrer que la coquille n'était pas si vide :

(« Face à lui, dans ce débat ma foi assez confus et brouillon, l'expert en droit constitutionnel faisait valoir, avec raison probablement, que tout cela était parfaitement irréaliste et inapplicable, en plus d'être dangereux et forcément noyauté par n'importe qui et n'importe quoi, mais de surcroît avait asséné sans trop s'y appesantir, que de toute façon la démocratie représentative était "en crise" non à cause du mode de représentativité lui-même, mais parce que les représentants étaient dorénavant dénués de pouvoir réel.
Que ce pouvoir était disséminé un peu partout, dans le "capital", "chez les riches", comme disait Chouard, dans l'UE, etc., ce qui fait que pour le récupérer, nous voilà quand même bien avancés.
Quoi qu'il en soit, je ne laisse d'être frappé par une sorte de paradoxe qui se rencontre assez souvent : comment peut-on à la fois critiquer et dénoncer les conséquences de la politique particulière menée par le pouvoir actuel, et affirmer que celui-ci n'en a en réalité aucun ? N'en a-t-il vraiment aucun ? Qu'est-ce qui distingue si fondamentalement le mode de fonctionnement de la démocratie italienne, par exemple, qui a réussi à mener avec efficacité une politique anti-migratoire volontaire, de celui de la France ? A supposer qu'une Marine Le Pen plus habile eût remporté les élections, n'aurait-elle pu conduire la politique qu'elle souhaitait dans ce sens, par défaut intrinsèque et fatal de pouvoir de tout exécutif français ? Je ne vois pas pourquoi et en réalité j'en doute...
Preuve en est que ce n'est pas qu'une démocratie de papier, si l'offre qu'elle proposait a été si massivement rejetée, alors que son application aurait très vraisemblablement conduit à la mise en œuvre d'une politique notablement différente : en définitive, on ne peut qu'en conclure que ce que vous appelez la "coquille démocratique vide" ne l'est que parce que le choix effectif qui y a été opéré ne vous convient pas, c'est tout. »)

A quoi vous ne trouvez rien d'autre à répondre que ne réponds pas à vos question, en ignorant totalement les miennes ; si c'est pas tourner en rond...


Bref, je ne sais où vous avez lu que j'avais tenté d'"expliquer" le mouvement GJ, ce n'était pas mon propos ; ce n’est pas parce qu’on peut avoir des difficultés à cerner précisément un phénomène social si hétéroclite, l’analyser exhaustivement et en percer à jour les motivations les plus profondes que ce phénomène est bon et justifié en soi : je me demande d’ailleurs si certains ne voient dans cette apparente inintelligibilité l’indice d’une vérité d’ordre quasiment transcendant, d'un droit pratiquement divin, l’"inexplicable" conférant valeur de sacrement, les voies d’Internet et des réseaux sociaux étant décidément impénétrables.
Plus terre à terre, il s'agissait pour ma part de faire valoir qu'on n'avait absolument aucun moyen de savoir si ce mouvement était réellement représentatif d'une majorité de Français, dans ce qui semble bien être une volonté de plus en plus avérée de faire tomber le pouvoir actuel et de le remplacer par on ne sait quoi — question dont vous avez l'air de vous contreficher tout en réclamant à corps et à cris plus de démocratie, ce qui est un comble —, et de se demander si cet on ne sait quoi, avec l'inévitable désordre, voire chaos, institutionnel, politique, économique et social qu'impliquera nécessairement un tel chambardement était si évidemment préférable au pouvoir actuel.

Si le but est bien de faire tomber le pouvoir, le mouvement durera tant que le pouvoir ne tombera pas, ça tombe sous le sens ; les moyens d’en venir à bout sont en principe contraires à ce que se permet de faire une démocratie envers ses citoyens : le gouvernement fait en l’occurrence son travail correctement, en laissant ceux qui se réclament si véhémentement du peuple ressuscité s’exprimer ; espérons que ce soit jusqu’à une certaine limite.
Merci à vous, Francis Marche, Cassandre et Marcel Meyer, pour toutes ces années de lecture du forum, pour vos commentaires, pour vos longs dialogues... Merci aussi à Alain Eytan, d’ailleurs, en particulier d’avoir su jouer le rôle du contradicteur avec un humour et une élégance dont je l’ai (vous ai) trouvé un peu chiche à l’égard de Drouet et de « l’hynotiseuse »... d’où ma réaction sans doute brutale.

Je retourne dans mon refuge, cette fois pour de bon, et me prépare, à Paris, à un nouveau samedi de rage, de tristesse et de quelque chose d’autre qu’il est difficile de nommer.
Mais, cher Jean Rivière, merci aussi à vous, de m'avoir mis parfois un peu dans l'embarras, parce que ce n'est pas si facile, de se colleter avec un problème contre quoi les observateurs les plus sagaces semblent également se casser les dents : raison de plus pour revenir aussi souvent que possible...
Non, cher Thierry Noirot, je ne suis pas subitement devenu optimiste, seulement résigné à voir dans RIC-CARL le seul et très ténu espoir d'un salut très partiel et très éventuel.

Il n'y a pas contradiction entre le fait de constater que les autorités françaises n'exercent plus de vrai pouvoir et l'idée que si elles le voulaient et le décidaient, un tournant fondamental pourrait être pris. Les deux propositions sont vraies : le Parlement est, comme chacun sait, une chambre d'enregistrement et d'application locale des décisions de Bruxelles, sans même un véritable droit de remontrance, et il est tout à fait représentatif de l'ensemble, à la nuance près que Macron fait partie de la Clique et participe activement aux prises de décisions de celle-ci (la “davocratie directe”), mais c'est parce qu'il le veut bien. Ce que démontre le caractère avéré de la seconde proposition (voir l'Italie et les pays du pacte de Visegrad).
12 janvier 2019, 13:22   Re : Avis aux romanciers
Et pourtant ...

video: [twitter.com]

Il faut conjecturer que c'est parce que cette préoccupation est la première dans l'esprit des Français et des Européens que, justement, il n'est pas question d'en débattre, ou seulement d'en parler, voire de la nommer. Un peu comme la mort dans les conversations polies.
12 janvier 2019, 13:31   Re : Avis aux romanciers
La soumission : ne pas évoquer une question, un sujet, un problème parce qu'on croit savoir, consuellement, qu'on n'y peut rien.

Toujours la même fatalité qui veut qu'on ne parle pas du volcan quand on vit à ses pieds, ou de corde dans la maison du pendu. L'immigration incontrôlée ressortit à l'inévitable, à la même inéluctabilité que les tremblements de terre, les frimats si l'on est en Sibérie, le Sirocco dans le Sud algérien, l'épidémie de peste en Europe au Moyen-Age. Elle est sortie du politique pour devenir, dans l'esprit des Français, une sorte de fléau naturel. Au fond, comme le terrorisme (cf. les consignes à suivre en cas d'attaque terroriste, diffusées par le gouvernement Hollande, sur le modèle des consignes à suivre en cas de séisme, ou toute catastrophe naturelle – se carapater, attendre, fuir à toutes jambes, etc.) qu'elle alimente, il n'y a contre l'invasion néo-coloniale, rien d'autre à faire que le dos rond, paradoxalement assorti d'un sourire accueillant.
12 janvier 2019, 15:24   Re : Avis aux romanciers
Il est des paradoxes sociaux qui sont des symptômes d'aliénation au sens clinique: si, parce qu'on la croit aussi fatale qu'un phénomène naturel, il ne saurait être question de changer de politique migratoire, en revanche les régimes climatiques planétaires, phénomènes naturels s'il en est, sont désormais perçus comme modifiables au gré des politiques publiques. Les fins de mois difficiles, l'insécurité, la dette abyssale et les egorgements quasi quotidiens commis par des clandestins sont sans alternative possible, tandis que la fin du monde, eh bien oui, elle est évitable, il suffit de s'en donner les moyens.

Stupéfiante époque.
12 janvier 2019, 18:54   Re : Avis aux romanciers
» à la nuance près que Macron fait partie de la Clique et participe activement aux prises de décisions de celle-ci (la “davocratie directe”), mais c'est parce qu'il le veut bien

Cher Marcel, Macron, qui a des lettres (tout le monde en conviendra), a certainement déjà entendu parler de la servitude volontaire...
12 janvier 2019, 19:17   Re : Avis aux romanciers
Citation
Alain Eytan
Macron, qui a des lettres (tout le monde en conviendra)

Oh ! Comme vous y allez, cher Alain ! Rien n'est moins avéré.... Qu'il ait des chiffres, ah, ça, pour sûr !
13 janvier 2019, 14:56   Re : Avis aux romanciers
Cher Eric, savez-vous que vous dites cela d'un intime de Paul Ricoeur ? Vous charriez, quand même...
13 janvier 2019, 16:09   Re : Avis aux romanciers
Intime, vraiment ? Il ne semble pas en rester grand chose... Intime d'Alexandre Benalla, ah, ça, pour sûr !
13 janvier 2019, 16:53   Les aventuriers
Quand j'ai vu cette photo en tête de l'article, cela m'a curieusement fait pensé que Macron était devenu président de la République un peu comme Carla Bruni avait jeté son dévolu sur Sarkozy et sera devenue Première dame, par sorte de goût de l'aventure...
Humainement, du moins, sinon politiquement, ce n'est pas forcément dépréciatif...
10 mars 2019, 21:38   Les corrections en douce
Recherchant quelque chose que j'avais bien pu raconter, je m'avise que j'ai pu commettre plus haut un « à corps et à cris »... oh là là...
Comme il n'y a personne, j'en profite pour rectifier ni vu ni connu, en ne dérangeant personne : « à cor et à cri » ; voilà voilà...
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