Le site du parti de l'In-nocence
11 juillet 2019, 12:30   A vos claviers
Libération 10 juillet 2019
Laurent Joffrin
La lettre politique
de Laurent Joffrin
«Grand remplacement» ou grand enfumage ?

Bien sûr on criera une nouvelle fois à la bien-pensance, à la démographie Bisounours, à la déconnexion des «sachants», etc. Ritournelle bien connue. Pourtant il s’agit de chiffres, et les chiffres, pour paraphraser Lénine, sont têtus. L’Institut national de la démographie publie une étude qui vient – encore – de réfuter une idée reçue : les «mères immigrées» (nées en dehors de France) contribuent somme toute assez peu au taux de fécondité français, dont on sait qu’il est supérieur à la moyenne européenne. Etude factuelle, documentée, vérifiée, mais étude néanmoins politique : elle démontre aussi, si besoin était, qu’il n’y a pas plus de «grand remplacement» (de la population native par une population «musulmane», selon les catégories orientées des obsédés de l’identité nationale) que de beurre en broche.

Le taux de fécondité des femmes immigrées est supérieur à celui des femmes «natives», c’est entendu (3 contre 2, grossièrement). Mais comme les premières représentent à peine plus de 10 % du total, elles n’accroissent que faiblement la fécondité moyenne. Tel est le résultat de l’étude. Bien sûr cette différence de fécondité accroîtra à terme le pourcentage des enfants d’origine immigrée dans la population. Mais peut-on parler de «grand remplacement», comme le fait une bruyante escouade de publicistes ? Plutôt de «grand enfumage».

1. Le mot «remplacement» est impropre et de mauvaise foi. Il s’agit d’un ajout (les enfants de femmes immigrées s’ajoutent aux enfants de «natives», ils ne les remplacent pas). Pour qu’il y ait remplacement, il faudra que les immigrés expulsent les Français de France. On ne sache pas que ce processus soit à l’œuvre.

2. L’adjectif «grand» est purement polémique. L’arithmétique la plus élémentaire montre que si 10 % environ des femmes font trois enfants quand 90 % en font deux, il faut attendre plusieurs générations avant que la descendance de la minorité approche la majorité. Si un tel processus était en cours, on aurait le temps de voir venir…

3. Est-il en cours ? Cela supposerait que la fécondité des femmes d’origine étrangère reste fixe. Tel n’est pas le cas. Chacun sait qu’au fur et à mesure de l’intégration à une société plus riche, la fécondité des femmes diminue pour se rapprocher de la moyenne des pays développés (moins de 2 %).

4. Cela supposerait surtout que les enfants d’étrangers restent étrangers (sur le plan culturel : ils sont juridiquement français par leur naissance). Là encore, toute l’expérience mondiale de l’immigration montre l’inverse. Au bout d’une ou deux générations, la descendance des immigrés tend à se fondre dans la population, plus ou moins vite, avec plus ou moins de difficultés, mais irrésistiblement. Si tel n’était pas le cas, la France serait peuplée d’étrangers, puisque la grande majorité des Français d’aujourd’hui ont au moins un ascendant étranger plus ou moins lointain. Platini, Zidane, Mbappé sont-ils étrangers ? Sarkozy, Dati, Filippetti, Schiappa, Mahjoubi seraient-ils de faux Français ou de fausses Françaises ?

5. Cela ne signifie pas que l’immigration soit un processus indolore. Mais les difficultés proviennent d’abord de la concentration des populations d’origine étrangère dans certains quartiers, et non d’un horrifique «grand remplacement» soi-disant en cours. Dans la société fracturée qui est la nôtre, cette concentration et ce délaissement sont le lot général des classes défavorisées. Le mouvement des gilets jaunes, au demeurant, démontre que les problèmes d’intégration sociale ne sont pas le monopole des immigrés et de leurs enfants. Les différences de culture existent, elles doivent être affrontées. Mais c’est la question sociale qui domine.
12 juillet 2019, 20:21   Re : A vos claviers
Serge Diot sur le fil Journal

La lecture d’un article du Figaro me laisse sans voix.
D’après une publication de l’ined, sur 100 naissances en France, 18 proviennent de femmes immigrés (nées hors de France) et sur 100 nouvelles mères, 12 sont immigrées. Je vous laisse imaginer les chiffres si ces statistiques officielles incluaient, mais c’est interdit, la part des femmes françaises musulmanes, noires ou arabes.
Et bien ce constat réjouit les journalistes qui trouvent que ces naissances et ces mères immigrées sont peu, qu’elles n’affectent le chiffre de fécondité (1,88) que d’un dixième de point et que voilà un joli pied de nez aux adeptes de la théorie du Grand Remplacement, chère à Renaud Camus. (Si, si, ils citent son nom, allez-y voir...).
12 juillet 2019, 21:15   Re : A vos claviers
Des personnes nées en France, de parents nés à l'étranger mais devenus français, feront elles aussi des enfants et en nombre identique aux "Français de souche", comme l'Ined nous le dit, et ces enfants de la 3è génération ne seront pas comptés comme d'"origine étrangère" (leurs parents seront des Français nés en France, leurs grands-parents seront Français bien que nés à l'étranger), mais ça n'empêchera pas que cette 3è génération puisse devenir profondément hostile au pays dont elle a la nationalité, surtout si elle s'identifie à la culture de ses ascendants et que ceux-ci ont un compte à régler avec la France.

Il n'en demeure pas moins que l'expression "Grand Remplacement" laisse supposer qu'est en cours le remplacement d'une majorité par une autre, ce qui est faux. Ce que n'exprime pas cette formule c'est le fait qu'une minorité vindicative et violente peut foutre en l'air la vie d'une majorité irénique, culpabilisée et tétanisée, surtout si cette minorité "nationale" a le sentiment d'être la représentante d'une majorité "mondiale" plus légitime ("les damnés de l'Occident judéo-chrétien").
13 juillet 2019, 19:09   Re : A vos claviers
L’expression GR n’est pas excellente et nous gagnerions à en proposer une autre...
13 juillet 2019, 20:34   Re : A vos claviers
Mais si, dans de larges parties du territoire, des populations constituées d'immigrés et de leur descendance sont en passe de devenir majoritaires, ou le sont déjà, alors que las natifs vont habiter ailleurs, je ne vois pas pourquoi ce phénomène à grande échelle démographique — qui consiste bien en un remplacement de certaines populations auparavant majoritaires par d'autres — ne pourrait être qualifié de "Grand Remplacement", du moins sur le plan, disons, "intra-national", ni pourquoi l'expression dans ce sens serait sémantiquement fautive...
13 juillet 2019, 21:08   Re : A vos claviers
J’avais suggéré précédemment « la modification ».
13 juillet 2019, 22:53   Re : A vos claviers
D'accord sur l'objection d'Alain Eytan mais tous les Joffrin de la Terre rétorqueront que "les difficultés proviennent d’abord de la concentration des populations d’origine étrangère dans certains quartiers" et, effectivement, si la population des "quartiers" était disséminée il n'y aurait pas "remplacement de certaines populations auparavant majoritaires par d'autres" sur ces "territoires".

Or, tout le problème vient du fait que la "dissémination" n'est pas possible parce que cette population minoritaire fout en l'air la vie de la majorité, ce qui est une des causes de la concentration parce que les "majoritaires" qui le peuvent se déplacent, de sorte que les "minoritaires" restés seuls maîtres du terrain ont ensuite beau jeu d'expliquer qu'il n'y a pas de mixité et qu'ils sont victimes d'exclusion, d'un apartheid territorial.

Donc, le problème principal me semble venir de cet "effet de levier" de la minorité. C'est ce à côté de quoi passe l'expression GR, laquelle s'avère facilement critiquable pour la raison que j'ai dite.

Comment exprimer en deux mots ce que Braudel décrivait lucidement il y a 30 ans déjà : "pour la première fois, je crois, sur un plan national, l’immigration pose à la France une sorte de problème “colonial”, cette fois planté à l’intérieur d’elle-même" ?

L'expression "colonisation intérieure" ne correspond pas à cela. voir Wiky

Des propositions alternatives ?...

D'autre part, il faut répondre à la question posée par l'entrée du Journal du 13 juillet :

"Debout sur le seuil de la vérité, il refuse d’entrer. J’ai du mal à mettre en cause sa bonne foi. Je répugne à incriminer son courage. Alors quoi ? Tout me semble pourtant tellement évident ! Qu’est-ce qui retient notre peuple, et les meilleurs en son sein, de voir ce qui lui arrive, de l’admettre comme réalité, et de s’en révolter horrifiés ? Ce n’est pas l’école qui est détruite, c’est l’homme."

La réponse que je propose : la peur de passer pour un "facho", parce que de vrais "fachos" ont compromis la cause qu'ils prétendaient défendre en servant de faire valoir à ses ennemis. Tout simplement. De ce point de vue, la responsabilité des Jean-Marie Le Pen de tous poils est écrasante.
14 juillet 2019, 07:09   Re : A vos claviers
Michèle Tribalat dans Causeur

Natalité des femmes immigrées: Laurent Joffrin, pas un aigle de la statistique!

À Libération, quand on veut absolument démontrer que les immigrées ne font pas plus de mioches que les Français de plus longue date, les approximations sont au rendez-vous
14 juillet 2019, 09:48   Re : A vos claviers
Même Tribalat semble passer à côté d'une partie du sujet lorsqu'elle choisit l’expression "natifs au carré" pour désigner la population née dans le pays de deux parents qui y sont également nés", pour démontrer que ces "natifs au carré pourraient devenir minoritaires avant 40 ans [il s’agit de l’âge], d’ici 2060." voir l'article sur Causeur

Or, les problèmes que nous connaissons tiennent beaucoup à 3è génération qui est incluse dans cette catégorie de "natifs au carré" censée décrire la population des "autochtones".
14 juillet 2019, 17:42   Re : A vos claviers
Si le concept de "Grand Remplacement" a été forgé pour tenter de décrire une réalité, je vois mal comment on pourrait le critiquer en lui reprochant de ne pas tenir compte de ce qui n'est pas mais aurait pu être, à savoir la "dissémination" des populations remplaçantes : si l'on veut s'en tenir aux faits, il me paraît donc remplir son office d'outil suffisamment précis pour rendre compte de ce qui se passe, pour autant qu'il y ait effectivement remplacement de populations données par d'autres devenant localement majoritaires.

Le fait est que je crois que le GR rend de surcroît compte de la non-dissémination des Remplaçants, précisément, si l'on veut exprimer aussi par ce concept la thèse du remplacement de ce qui constitue un "peuple" par un autre, et non simplement la dispersion d'individus parmi d'autres : car en général un des traits caractéristiques d'une population formant un peuple et la dotant de sa force cohésive est également la concentration géographique de ses membres, et c'est l'unité dans l'espace, en plus de l'union, qui fait la force.

Non, finalement, je trouve que le "Grand Remplacement" convient bien à ce qu'il veut dire...
15 juillet 2019, 01:33   Re : A vos claviers
Hum... je comprends bien mais un "Grand Remplacement"... localisé... c'est quand même bizarre.

Je persiste à penser que l'expérience que nous vivons n'est pas celle du remplacement d'une majorité par une autre mais celle de la destruction d'une majorité sous l'effet de minorités, dont l'une au moins veut imposer sa loi à l'ensemble.
15 juillet 2019, 17:07   Re : A vos claviers
Dans la mesure où les remplacements localisés ne sont pas isolés, loin s'en faut, et concernent tout de même au bas mot une dizaine de millions de personnes, quand des projections qui ne sont pas farfelues évoquent même à des échéances pas si lointaines des chiffres encore plus considérables, le 'Remplacement" considéré peut difficilement être qualifié de "petit", me semble-t-il, ce même à une échelle nationale...

Evidemment, me direz-vous peut-être, ce concept a aussi quelque chose de littéraire, pour ainsi dire, de métaphorique, et participe également d'un regard sur le réel qui n'est pas de part en part déterminé par la statistique sèche : mais c'est tant mieux, probablement, parce qu'il est ainsi sémantiquement plus souple et peut mieux s'adapter à une réalité dont il est toujours extrêmement difficile de rendre compte objectivement avec la précision optimale, en l'occurrence, et l'on peut ainsi se focaliser aussi sur ce qui est apparemment le plus frappant, quand de toute façon les statistiques disponibles ne démentent pas la pertinence du concept dans le sens que j'ai avancé.
Vous disiez, cher Rémi, que le "Grand Remplacement" était facilement critiquable, mais je trouve que la critique de Joffrin est encore beaucoup plus facilement critiquable que son objet, pour le coup, et qu'on peut sans grands efforts la contredire, rationnellement et pratiquement...
15 juillet 2019, 23:47   Re : A vos claviers
Evidemment, me direz-vous peut-être, ce concept a aussi quelque chose de littéraire,

Non, je n'ai jamais utilisé ce type d'argument.

Sinon, en effet, je crois toujours que sur un ensemble de 67 millions de personnes on ne peut pas dire que 10 millions "remplacent" les 57 millions autres (ce n'est pas de la statistique mais de l'arithmétique de classe primaire)

Que la minorité pourrisse la vie de la majorité ou, a minima, bouleverse l'équilibre de l'ensemble de la société, assurément oui. C'est ce que j'ai appelé, faute de mieux, "l'effet de levier" de la minorité.

Si le terme GR désigne le remplacement d'une société par une autre, oui.

Mais il faut choisir si l'on fait référence à la démographie ou à la "culture"

Pour moi le GR, c'est l'avènement d'un multi-culturalisme invivable par l'effet de la pression d'une ou plusieurs minorités (dont l'une franchement hostile) sur une majorité tétanisée et culpabilisée : il y a bien "Grand Remplacement" d'une culture par une autre mais pas par effet d'un changement de majorité "ethnique".
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