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Passions françaises

Envoyé par Thomas Rothomago 
01 février 2020, 23:31   Passions françaises
En France, il semble qu'on préfère la victoire de l'étranger plutôt que la victoire d'un Français, si on ne l'aime pas. Ou bien, en d'autres termes, il semble qu'en France, un Français ne puisse vraiment haïr qu'un autre Français :

"En 1855, avant la chute de Sébastopol, Laurent Pichat, qui fut un poète médiocre et un sénateur silencieux, rêvait l’anéantissement de notre armée de Crimée ; Edmond Texier, rédacteur au journal Le Siècle espérait que la Russie, appuyée sur la Prusse, traverserait le Rhin et envahirait la France. En 1859, Léon Laya, qui obtint quelques succès dramatiques à la Comédie-Française, me disait : « Plaise à Dieu que les Autrichiens viennent mettre le feu aux Tuileries ! » Deux ans auparavant, au mois de février 1857, j’étais en Hollande et j’allais remettre au colonel Charras, qui habitait La Haye, une lettre dont j’avais été chargé pour lui ; au cours de la visite, il me dit : « A la prochaine révolution, nous enlèverons la carcasse qui est aux Invalides et nous la jetterons à la fosse commune, pour enseigner l’égalité aux Bonaparte ; quant à Eugénie, nous la livrerons au peuple ! »
[…]
En 1870, lorsque la guerre éclata et que la France se trouva en face de l’Allemagne, on put croire que le patriotisme ferait taire les ressentiments et que tous les cœurs battaient à l’unisson pour le salut du pays.
[…]
Entre la parade de Sarrebruck et la défaite de Woerth, je rencontrai Jules Simon et Eugène Pelletan, sur la place de la Concorde ; ils étaient anxieux ; croyaient-ils donc à l’infériorité française et redoutaient-ils les armées de la Prusse ? Non pas : ils étaient persuadés que nous marcherions triomphalement jusqu’à Berlin. De sa voix douce et avec son regard mourant, Jules Simon me disait : « Nous sommes perdus, et c’en est fait de la France, si on ne nous débarrasse pas de l’Empereur et de l’Empire.
[…]
Le 4 septembre, lorsque le Corps législatif avait été envahi, lorsque l’Impératrice avait quitté les Tuileries, un vieillard, un homme sage et de raison froide, vint au Journal des Débats ; il nous dit : « Notre armée est anéantie, mais nous n’en sommes pas moins délivrés des Bonaparte. » Le soir même, chez moi, le petit-fils d’un général de la Révolution disait : « J’aime mieux voir les Prussiens à Paris et l’Empereur prisonnier que de savoir les Français victorieux et l’Empereur sur le trône. ».
[…]
Aux environs du 18 mars 1871, lorsque Paris ressemblait déjà à une caserne de janissaires révoltés, je fus accosté, sur le Boulevard de la Madeleine, par un haut fonctionnaire de la Marine. Naturellement, nous parlâmes des désastres sous lesquels le pays fléchissait et il me dit : « Ca nous coûte dix milliards, cent cinquante mille hommes, deux provinces ; mais ce n’est pas trop cher payer l’effondrement des Bonaparte ! » Tous ces propos, que je viens de rapporter, je les ai entendus, et, malgré le long temps écoulé, ce n’est pas sans émotion que je les répète. La haine, l’envie extravasée, les ambitions fraudées n’oubliaient qu’une chose, bien petite en vérité, la France qui râlait ; elle fut si bien oubliée qu’elle en faillit mourir.

Maxime Du Camp – Souvenirs d’un demi-siècle (1889)
03 février 2020, 06:22   Re : Passions françaises
Je crois que c'est dans tous les pays, ou presque, qui sont touchés par une agression : les mécontents, les laissés-pour-compte, les parias, les perdants en général (du jeu politique, du jeu de la vie, donc généralement les anciens taulards et réprouvés, reconvertis dans la torture et l'extermination des opposants en sous-sol sous Pétain-Laval) embrassent l'ennemi sur la bouche, voient dans ses victoires une occasion de se refaire ("divine surprise", etc.), de reprendre la main, de parvenir enfin à leurs fins, etc.

Aujourd'hui, c'est "la gauche de la gauche", qui n'a aucune chance de parvenir à quoi que ce soit dans le jeu politique français, et les néo-féministes désespérées, qui manifestent à Paris avec les islamistes. Toutes les clémentine-autains qui emboîtent le pas avec les Frères musulmans sont dans ce cas. Il y faut une certaine trempe, ambition, un vrai mordant, un tempérament de joueur revanchard. Un beau ressentiment jusqu'au-boutiste. Toutes qualités et vertus dont notre beau pays n'est nullement dépourvu.
03 février 2020, 08:50   Re : Passions françaises
Francis@
Aujourd'hui, c'est "la gauche de la gauche", qui n'a aucune chance de parvenir à quoi que ce soit dans le jeu politique français, et les néo-féministes désespérées, qui manifestent à Paris avec les islamistes

De cette leucémie du politique l'épisode macronien est certainement la plus belle illustration. La volonté politique étant tombée en friche et la pole position du pouvoir virtuellement vacante (depuis 68 peut-être?), l'extrême gauche se précipite pour ramasser les restes, au risque de se désintégrer dans le vide (ce qui ne freine en rien sa capacité de nuisance). De la même façon, la pole position masculine étant virtuellement inoccupée le privilège de l'homme ayant disparu, le féminisme n'a rien de plus pressé que de l'investir et, bien sûr, il tombe dans le piège qu'est le vide du pouvoir lui-même.
03 février 2020, 16:56   Re : Passions françaises
À l'instant, une image saisissante : Mélenchon et la Autain, pas peu fiers de justifier la soumission de...19 000 amendements à la loi sur les retraites. Bien sûr qu'on fait de l'obstruction parlementaire, disent-ils dans un beau sourire de terroristes politiques.
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