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LA question

Envoyé par Pascal Mavrakis 
06 décembre 2020, 11:39   LA question
Pourquoi a-t-on ont-ils saccagé cette France-là ? [t.co]
06 décembre 2020, 14:28   Craquant
Parce que cette France-là ne disait pas non à ce saccage, que personne ne voyait d'ailleurs. Parmi les enfants de ce reportage de 1972, combien d'entre eux ont-ils voté Mitterrand neuf ans plus tard ?

Mais à propos de lectures d'enfants, il se trouve que, depuis le premier confinement, j'aide à l'occasion les enfants d'un couple d'amis à réviser leurs "cours" ou faire leurs devoirs. Classe de CE2, entre 8 et 9 ans. Cela m'a permis de découvrir le contenu des manuels d'apprentissage du français. Ce matin nous avons lu ceci :

"Pour son petit déjeuner, Monsieur A craque pour des céréales croustillantes. Après avoir mangé, Monsieur A se brosse les dents. Oh ! Des escargots ont envahi le lavabo. Monsieur A sort les escargots et arrose ses fleurs.
Un peu de sport maintenant. Pour faire trembler le sac de sable, Monsieur A enfile ses gants de boxe. Et termine son entraînement avec ses haltères. Ha ! Que c’est lourd. Monsieur A quitte son immeuble en grande forme, c’est l’heure d’aller au parc. Monsieur A s’installe sur un banc et lit son journal.
Ça alors ! Un koala ! Mais qu’est-ce qu’il fait là ? Monsieur A s’accroche aux lianes pour attraper le koala ! Mais le koala est bien plus malin, il ne se laisse pas attraper ! Au revoir koala.
La foire s’est installée dans le parc. Toujours en mouvement, Monsieur A s’offre un tour de montagnes russe. A la pêche aux canards, Monsieur A gagne un nounours.
Toutes ces aventures lui ont donné faim. A midi, Monsieur A mange une omelette."

S. Muzard Monsieur A s’amuse avec l’alphabet Editions Frimousse (sd)

Comment en est-on arrivé à proposer à des enfants d'aussi absurdes niaiseries qui ne les amusent pas du tout , contrairement à ce que continuent à croire ces imbéciles de fabricants de méthodes ? Et je n'entre pas dans les détails des explications grammaticales proposées par cet ouvrage. Tout est confus, rien n'est clair, idéal pour égarer les jeunes esprits et les saturer d'ennui.
06 décembre 2020, 15:23   Re : Craquant
Parmi les enfants de ce reportage de 1972, combien d'entre eux ont-ils voté Mitterrand neuf ans plus tard ?

C'est marrant. Je me suis posé exactement la même question... Et combien dans les manifs anti-Fhaine et "Touche pas à mon pote" ?

Pour paraphraser Churchill : vous avez voulu l’égalité en sacrifiant le niveau scolaire ? Vous aurez un niveau scolaire de plus en plus bas... Et vous aurez, en prime, encore plus d’inégalité !
06 décembre 2020, 16:10   Re : LA question
L'année 1972 fut l'apogée d'un courant intellectuel qu'on a appelé structuralisme, qui fit florès en France. Et dans ce courant, l'étude des structures du langage occupait une place privilégiée, avec notamment ce qui se faisait appeler grammaire générative, inspirée des travaux, véritablement originaux et novateurs, de Noam Chomsky. Il y avait toute une école de pensée axée sur ces approches.

Or que constatons-nous par la suite? une déstructuration, déconstruction et démolition du langage articulé, de la grammaire tout particulièrement.

Dans les années 60, nos professeurs nous enseignaient encore l'analyse logique des phrases, soit leur décorticage analytique en propositions jointes et articulées entre elles par des marqueurs logiques. C'était encore de la rhétorique. Le structuralisme est venu assassiner cette vieille méthode analytique qui servait magnifiquement l'expression orale et écrite.

C'est ainsi : si l'on parle partout d'un concept, c'est que la chose qui s'y rattache se meurt: structure du langage, vivre-ensemble, égalité, il se saurait être si fortement question de ces choses si, souterrainement, il n'était question partout que de leur fin et leur anéantissement.
06 décembre 2020, 16:12   Re : LA question
L'objectivisation d'un phénomène, sa nomination même ("structures du langage") n'apparaissent dans leur vérité qu'à l'article de leur mort, naturelle ou provoquée. Même problématique que celle de l'être (abordée dans un fil voisin), qui n'affleure à la conscience que dans le moment de son évanouissement, ou de l'extinction de la conscience de son témoin.
07 décembre 2020, 05:14   Re : LA question
L'année 1972 fut l'apogée d'un courant intellectuel qu'on a appelé structuralisme, qui fit florès en France.


Et cependant un courant intellectuel aux implications politiques diverses, voire contradictoires.
Ainsi peut-on voir une chaîne de significations associant Chomsky, Marx, Mai 68, la créativité, la révolution, l’avant-garde, et, inversement, textualisme, structuralisme fixiste et classificatoire, dogmatisme, orthodoxie contre-révolutionnaire en Mai 68, arrière-garde.
07 décembre 2020, 16:29   Re : LA question
Oui c'est exact.

La question de la ruine de cette langue, le français, en à peine un demi-siècle n'admet d'autre explication que la déchéance de la société elle-même, son délitement. Il n'est pas possible que le délitement de la langue n'ait point pour cause celui de la société. La brutalité et l'incertitude des lendemains, ou de l'heure à venir, ont commencé, je crois, deux à trois ans plus tard avec le choc pétrolier, le chômage de masse, l'inflation monétaire et l'invasion institutionnalisée qui eut nom "regroupement familial".

La société française avait connu d'autres péripéties, à commencer par le cauchemar du milieu du siècle, mais son avenir ne fut jamais irrévocablement compromis comme il l'a été à partir de ce moment (milieu des années 70). Le régime de Vichy, l'Occupation allemande n'avait jamais cessé d'être des états provisoires dans l'esprit d'une forte minorité de Français, point aujourd'hui l'Occupation à laquelle est livrée le pays par ses gouvernants. Ce cours irréversible explique, par parallèle, l'irréversibilité de la déchéance des moeurs linguistiques à laquelle on assiste, et des moeurs elles-mêmes, faut-il le préciser.

Ma remarque n'était pas à proprement parler politique : il s'agissait de faire observer que pour qu'une chose soit nommée ("structure de la langue" dans ce cas, dans le giron du structuralisme) il faut et il suffit qu'elle ait commencé à périr, qu'elle ait entamé son inéluctable effacement.

Le baptême d'un concept se confond avec son enterrement — un trait constant de la condition humaine.
07 décembre 2020, 19:14   Re : LA question
La question de la ruine de cette langue, le français, en à peine un demi-siècle n'admet d'autre explication que la déchéance de la société elle-même, son délitement




D'accord avec vous Francis.

D'un autre côté, pour comparer des états de langue il faut des données comparables. On peut comparer les textes journalistiques, les publicités écrites et les répertoires terminologiques d’hier à ceux d’aujourd’hui. Mais comment comparer des états de langue orale ?... On entend souvent les gens vanter la langue impeccable de leurs parents ou de leurs grands-parents. Cela est vrai. Mais l’oral, sauf pour des périodes récentes, c’est invérifiable et, dès lors, inutilisable dans une démonstration.
07 décembre 2020, 19:47   Re : LA question
Des commentateurs de cette vidéo où s'expriment des enfants primo-adolescents soulignent, curieusement, "l'accent chantant", les intonations modulées dans ces voix. C'est qu'il y avait encore, transmise par leurs parents, et leurs professeurs, une diction française, dans laquelle les syllabes étaient prononcées avec application et confiance, comme cela ne se fait plus. Les syllabes à présent sont avalées, les mots abrégés, livrés sur un ton monocorde, marmotté (bien à la façon de l'actuel cinéma français subventionné, cela dit en passant).

A l'âge de douze ou treize ans, notre professeur de français, celui qui nous enseignait l'analyse logique, était homme passionné de théâtre. Un jour, en plein cours, il nous a fit une démonstration du "bâton" : un bout de bois, carré, de deux centimètres environ, qu'il s'enficha entre les incisives pour, la mâchoire ainsi serrée, nous montrer comment, par ce procédé, il fallait s'entraîner à remuer les lèvres pour faire d'elles un instrument d'articulation des syllabes.

Macron, à la différence de Hollande qui ne possède aucun semblant d'élocution, mais aussi ressemblant en cela à Chirac, pourrait avoir été entraîné à ce genre d'exercice, étant venu à la politique, semble-t-il, par le théâtre à l'ancienne, qui a dû se continuer en France jusqu'à Anouilh et Sartre, en débordant sur la jeunesse de Macron.

La chanson française, jusqu'à l'époque de cette vidéo (1972) était articulée, comportait des mélodies inspirées souvent par les intonations naturelles du français (cas de J. Brel, ou de Michel Delpuech notamment). Le rock, puis le rap, ont veillé à y mettre fin.
08 décembre 2020, 11:25   Re : LA question
Francis@C'est qu'il y avait encore, transmise par leurs parents, et leurs professeurs, une diction française, dans laquelle les syllabes étaient prononcées avec application et confiance, comme cela ne se fait plus


Et que penser de la diction d'un Fabrice Lucchini... ?, arrogant, dominateur et sûr de lui. Sans cesse à rabâcher le même discours truffé de citations pédantes. Se mêlant de tout et du reste. Possessif, exclusif, toujours à rechercher les compliments. Et sa façon d'articuler comme si nous étions des imbéciles ou des sourdingues...

J'aimerais vraiment vos avis, chers amis forumeurs.
08 décembre 2020, 18:23   Re : LA question
Le terme "diction française" est probablement impropre. Il faudrait véritablement parler de prosodie. En 1972, il existait encore une chanson populaire de langue française, dont les mélodies s'harmonisaient avec l'intonation du parler français commun. Michel Sardou chantait une chanson intitulée Dans les bals populaires (quand ceux-ci commençaient à mourir, comme toujours, en vertu de cette loi accablante qui veut que l'humain ne se puisse nommer et discourir que de ce qui se meurt – voir le fil voisin sur la mort). Or la mélodie de cette chanson n'avait rien d'original : elle se calquait sur la diction ordinaire du français. Essayez de prononcer ces quatre mots en enfilade dans-les-bals-populaires et vous constaterez que, sans l'avoir voulu le moins du monde, vous chantez déjà le refrain de Sardou. Le squelette de la mélodie est donné par l'intonation "naturelle" des syllabes du français.

Voilà qui n'est nullement particulier au français mais que l'on retrouve en italien, en espagnol, en allemand et en anglais. Voici le texte d'une chanson de Bob Dylan, Heart of Mine,

Heart of mine be still,
You can play with fire but you'll get the bill.
Don't let her know
Don't let her know that you love her.
Don't be a fool, don't be blind
Heart of mine.
Heart of mine go back home,
You got no reason to wander, no reason to roam.
Don't let her see
Don't let her see that you need her.
Don't put yourself over the line
Heart of mine.
Heart of mine go back where you been,
It'll only be trouble for you if you let her in.
Don't let her hear
Don't let her know where your'e going.
Don't untie the ties…

Il est impossible de lire à haute voix, en ignorant tout de la mélodie, ce texte sans esquisser la mélodie de la chanson.

Dylan n'a créé aucune musique : les mélodies de ses chansons lui étaient fournies par la musique et la rythmique de l'anglo-américain (ce que confirme au passage la tradition du "blues parlé" dont Dylan fut un adepte à ses débuts).

Plaquée sur le français, cette rythmique a donné Johnny Halliday et l'affreux Francis Cabrel qui place les accents toniques de l'anglais sur ses textes français.

Charles Trenet dans ses dernières années regrettait que "les jeunes" chantassent hâché. C'est la prosodie anglo-américaine, assise de force sur une langue étrangère, qui activait le hachoir. Ca n'a jamais cessé depuis, et cela n'a fait que s'aggraver avec les intonations de l'arabe montées à cheval sur le hachis, avec la prédominance du "parler banlieue" sur les beaux quartiers.

Bref, vous m'avez compris.

Heart of Mine par B. Dylan sur YouTube:

[www.youtube.com]
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