Le site du parti de l'In-nocence

Flagrant délit

Envoyé par Pierre Jean Comolli 
19 octobre 2021, 11:01   Flagrant délit
Le phénomène des rodéos urbains est le plus éclairant sur l'effacement de l'autorité de l'État et sa soumission aux barbaresques, ici motorisées, qui saccagent l'environnement humain et tuent bien entendu : [www.bfmtv.com].

Les reportages abondent sur le sujet, les plus sidérants étant, de récente mémoire, celui montrant une députée confirmant en direct que la Police a pour instruction de ne pas pourchasser les motards et celui, éminemment gorafien, expliquant le fonctionnement de la cellule anti-rodéos urbains du ministère de l'Intérieur. Car en quoi consiste cette dernière ? À préparer une prise en flagrant délit, dont le déclenchement paraît l'évidence même (les riverains signalent à la Police le crime tonitruant en train d'avoir lieu sous leur fenêtre - les policiers déboulent sirène hurlante - ils mettent fin au délit - ils jettent dans le panier à salade les délinquants) ? Non, bien sûr puisqu'une telle opération, a priori d'une facilité désarmante, tomberait sous le sens dans un monde à l'endroit.

Les importants moyens techniques et humains mobilisés servent précisément le contraire : ne pas intervenir, à tout prix en somme. Tout est conçu et mis en œuvre à cette non-fin, à ce non-effet. Des femmes et des hommes collés devant leurs ordinateurs décortiquent non seulement les images de vidéosurveillance mais aussi celles tirées des filmages au smartphone réalisés par les témoins, les habitants étant invités à filmer les sauvages en bandes organisées et à remettre aux policiers, qui n'interviendront jamais sur le champ, leurs documents. Le but, le seul but : identifier les criminels en vue de confisquer leurs véhicules. Les barbares, y compris les majeurs, eux, auront droit au pathétique rappel à l'ordre (il faut avoir tué avec sa moto pour, comme dans la tragédie clermontoise, être incarcéré). On imagine que des primes sont accordées aux "policiers" en fonction du nombre de véhicules saisis chaque année.

Il y a quelques temps, Onfray notait ce fait étrange : la disparition des descentes de police dans les quartier où les délits sont commis à ciel ouvert, sur la place publique, au vu et au su d'absolument tout le monde. Nos sociétés de surveillance sont du pain béni pour les nocents : elles les filment, en font des héros tribaux ; jamais elles n'arrêtent leurs méfaits. Le crime est rembobiné et analysé au ralenti, image par image, par des fonctionnaires de Police qui, au lieu d'y mettre fin quand ils le peuvent (le crime actuel, en train de se faire) le transforment en pièce d'archives, en matériau d'après-coup.
25 octobre 2021, 19:21   Re : Flagrant délit
[www.lepoint.fr]


D'autres de ces sauvages, sévissant à Lyon, place Bellecour mais aussi sous les fenêtres du Maire collabo, et appelés les Dalton (je rêve qu'ils finissent comme ces derniers), auraient été interpellés par la Police...
11 novembre 2021, 16:36   Re : Flagrant délit
Ah le Monde... [www.lemonde.fr]

Souvent stigmatisés pour leurs « rodéos sauvages », ces jeunes motards se réclament de la « bike life », une discipline née dans les quartiers noirs de Baltimore et qui se développe à travers la France, de la Nièvre à Aulnay-sous-Bois. Reportage.

L'utilisation des pipes de crack, qui a institué une nouvelle façon de fumer, vient aussi des Etats-Unis. J'attends donc un reportage sur la diffusion-appropriation de cette autre pratique américaine en France.
08 août 2022, 12:52   Re : Flagrant délit
Si ce n'est pas l'enfer, ça y ressemble beaucoup : [www.bfmtv.com]-[facebook]-[BFMTV]

En fait si, c'est l'enfer.
08 août 2022, 19:00   Suggestion
S'il faut combattre le mal, que ce soit par le mal : et les bikers français, "nationaux", dans le paysage ? Du type de ceux qu'on a vu à l'enterrement de Johnny, par exemple, paradant fièrement et gravement sur leurs Harley ? Des Hell's ou autres, il doit bien y en avoir, faits en principe pour encaisser le choc de la confrontation sur le même terrain... Il n'est pas besoin de disposer de troupes importantes, quelques escouades motivées et bien distribuées, de quoi encadrer ponctuellement les lieux connus de nuisance, marquer le territoire et occuper la place : et s'il y a affrontement, ce qui paraît inévitable, eh bien que ça castagne, ces gens seront dans leur élément, et peut-être sera-ce beau à voir...
Non vraiment, pour faire pièce aux brutes, il faut des brutes, on n'y coupe pas...
08 août 2022, 21:25   Re : Flagrant délit
Mon père est mort d'un cancer dans une sorte d'Ehpad, calme et bien organisé, appartenant à une jolie commune du pays d'Aix. Très passif et contemplatif, il passa de longues heures à regarder deux tortues d'eau, à la lettre se relayer pour prendre le soleil sur un galet luisant posé au bord de la fontaine de la résidence. S'il avait été dérangé par des démons motorisés comme ceux de Toulouse, mon beau-frère, mon meilleur ami et moi, nous nous serions rapidement occupés d'eux. En écrivant cela, je forme le souhait que les Français de bonne volonté, agressés partout quotidiennement, sortent rapidement de leur incompréhensible sommeil !
09 août 2022, 19:35   Re : Flagrant délit
Difficile d'imaginer les policiers français, qui, démoralisés, se suicident tous les jours, adopter une telle pratique...

[www.laprovence.com]
09 septembre 2022, 09:48   Re : Flagrant délit
« Rodeo » : portrait d’une bikeuse en feu
Entre révolte motorisée et brûlot féministe, la réalisatrice Lola Quivoron raconte comment une jeune femme parvient à s’imposer dans le milieu du cross bitume.

Par Jacques Mandelbaum (Le Monde, le 07 septembre 2022)

Présenté au Festival de Cannes en mai, ce premier long-métrage audacieux de Lola Quivoron est une sorte d’immersion dans le milieu du cross bitume, une pratique urbaine acrobatique à moto venue des quartiers populaires des Etats-Unis, considérée par certains usagers comme une discipline à part entière. Le film n’arrive pas vierge sur les grands écrans. D’abord parce qu’il fit sensation à Cannes. Ensuite parce que la pratique en pleine expansion des rodéos urbains – si tant est qu’on puisse rabattre l’une sur l’autre les deux dénominations – est devenue ces derniers mois un sujet ultrasensible en raison du trouble et des accidents qu’elle génère auprès des riverains.

En témoigne la polémique qui a éclaté à la suite de propos tenus durant le Festival par la réalisatrice sur le site Konbini, qui mettait en cause l’intervention de la police dans l’origine de certains accidents liés à ce genre de pratique. Le maire de Cannes, David Lisnard (Les Républicains), ainsi que certains syndicats de policiers n’ont ainsi pas manqué de condamner fermement ces propos.

Le fait que le débat se soit enflammé autour des dires de la cinéaste plutôt qu’à partir de son film devrait inciter à revenir à l’œuvre. Ce serait la meilleure façon de l’apaiser, puisque, fondamentalement, le propos du film n’est pas de faire l’apologie des rodéos ni de mettre en scène l’affrontement des motards avec la police, mais d’exercer, depuis l’intérieur de ce milieu et dans une approche plus comportementaliste qu’idéologique, une réflexion à double détente autour de la marginalité de ses personnages. Soit, d’une part, un mode d’existence ostentatoire, délictueux et trompe-la-mort des jeunes des cités qui défient ce faisant leur réclusion sociale. Soit, d’autre part, l’intrusion dans ce milieu gravement testostéroné d’une jeune femme qui vient, au risque de sa vie, défier les mecs sur leur propre terrain.

Elle s’appelle Julia. Julie Ledru, vraie bikeuse dans la vie, l’interprète sur très haut voltage. L’histoire d’une fille dont personne ne veut chez elle, qui se libère par la moto et va tenter de forcer la reconnaissance d’un groupe d’adeptes du cross bitume regroupés autour d’un garage clandestin, dirigé par un malfrat confirmé, Domino, qui dirige leurs forfaits depuis la prison où il purge sa peine. Méprisée par la bande, Julia va y tailler sa place à coups de bluff, d’intrépidité et d’anti-séduction. Certains seront sensibles à son charme, tel Kais, qui la désire sans bien savoir comment s’y prendre, ou Ophélie, la femme de Domino, qui reste cloîtrée chez elle avec leur jeune fils, telle un modèle d’aliénation féminine à la loi du milieu. Kylian, en revanche, champion des figures, qu’elle a secouru sur la piste, lui voue pour cela une haine tenace, comme si c’était déchoir aux yeux du groupe de se retrouver en position de faiblesse devant une femme.

A l’instar du Rosetta des frères Dardenne, film séminal s’il en est, la caméra s’aimante à Julia dans un film qui ne cesse de bouger, de se fragmenter, de se fracasser, en même temps que de se recharger, sur l’énergie des personnages. Soleil noir de la bande, Julia y tient la place d’une divinité à deux visages. Tour à tour belle et laide. Séduisante et revêche. Fille et garçon. Reine et clocharde. Et puis encore une rideuse, une voyoute, une guerrière. Aussi bien une enfant désolée qu’on voudrait prendre dans ses bras pour l’apaiser un peu. Quelqu’un qui, fondamentalement, n’est pas à sa place. Ou dont la place consiste à ne pas en avoir. Son rêve ultime : le braquage stupéfiant qu’elle a vu sur Internet – trois motards qui dévalisent un camion tout en roulant derrière lui – et qu’elle veut à toute force reproduire pour gagner définitivement l’estime de la bande et de son taulard de donneur d’ordre.

Entre la révolte motorisée, le casse de la dernière chance et le brûlot féministe, inutile de dire qu’il entre ici, toutes vannes ouvertes, une mythologie hollywoodienne du cinéma. L’alliance du cylindre et de la surchauffe, du bitume et de la brûlure, du malaise social et de la pure dépense, de l’érotisme mortifère de la délinquance et de l’adrénaline du braquage. Le film, par bouffées, charrie à cet égard de fortes réminiscences. De L’Equipée sauvage (1953) de Laszlo Benedek au Boulevard de la mort (2007) de Quentin Tarantino, en passant par La Fureur de vivre (1955) de Nicholas Ray ou Macadam à deux voies (1971) de Monte Hellman.

Plus près de nous, la méthode même de Lola Quivoron, qui fréquente le milieu du cross bitume à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) depuis de nombreuses années, fera penser au long compagnonnage d’un Jean-Charles Hue avec la communauté yéniche et ses bandits d’honneur, lequel a porté les fruits d’un film aussi puissamment original et inspiré que La BM du seigneur (2010). La réalisatrice s’était d’ailleurs déjà inspirée de ce milieu pour camper le cadre de son film de fin d’études à la Fémis, Au loin Baltimore, en 2015. Plus naturaliste et social à la fois, ce beau court-métrage ne poussait pas aussi loin les feux esthétiques. Rodeo montre ainsi l’évolution de la jeune réalisatrice, qui, minorant le réalisme social, amalgame ici point de vue documenté et stylisation percussive.

Ce n’est au demeurant qu’un des aspects par lesquels on sent Lola Quivoron au taquet sur le large éventail des possibilités qu’offre le cinéma. Le travail sur les genres, la sortie de route onirique et enflammée de la fin du film, l’attrait du surréel dévoilent, outre la volonté de ne rien s’interdire, un désir d’emprunter des territoires moins prisés du cinéma français, sur lesquels un Bertrand Bonello (Nocturama, Zombi Child) ou une Julia Ducournau (Titane) ont prouvé un extraordinaire talent. De quoi beaucoup espérer et beaucoup attendre de Lola Quivoron.
09 septembre 2022, 19:35   Cylindres
Eh bien, en voilà un bel article qui donne envie de voir le film ; je suis d'accord sur le principe, quant à la qualité de l'œuvre : il faut juger sur pièces.
De plus, quand elle se défait de ses airs de dragonne crachant le feu par l'avant et l'arrière (les pots d'échappement), la réalisatrice est jolie...
Seuls les utilisateurs enregistrés peuvent poster des messages dans ce forum.

Cliquer ici pour vous connecter