Je ne sais pas Jean-Marc, il faudrait évoquer un certain "goût" pour la France (sans parler d'"amour" évidemment). Ferrat était un terrien en même temps qu'un homme absent, comme le sont au fond, tous les gens occupés par la terre et le sol. Il avait cessé d'exister médiatiquement, socialement, depuis deux ou trois décennies, enterré dans la plus sombre et la plus oubliée des provinces françaises, à l'ombre des châtaigniers resplendissants, dans des automnes qui n'en finissent pas. Il est sans doute difficile pour le P.I. de résumer ce que l'on ressent: l'homme était un coco notoire en même temps que le plus cratylien des poètes ou chansonniers français, et toujours irréprochable d'élégance et de qualité humble dans ses textes. Ses mélodies, amples et belles, ne doivent rien à aucune vogue ou rythme étrangers (tandis que Trenet empruntait au jazz de l'époque). Je ne sais pas. L'homme, méprisé par l'époque, et n'appartenant pas à la nôtre, non plus qu'à celle d'avant, mérite-t-il qu'on s'arrête à lui pour une épitaphe? Objectivement, cela n'est pas sûr. Mais alors, il reste qui ou quoi comme empreinte pour ce pays qui se perd ? Les pinacles de la pensée, de l'art ? Oui certes, mais qu'est-ce que ces gens auront retenu de nous et du pays qui les admirent ? Dans leur regard, le pays qui se reflète les mérite-t-il ? Rien n'est moins sûr. Tandis qu'avec Ferrat, c'est tout autre chose: il aime et admire ce qu'il regarde de ce pays et ce pays qu'il regarde l'aime aussi. Alors ?