Le site du parti de l'In-nocence
Il s'agit de l'exécution, dans les fossés du château de Vincennes, du duc d'Enghien, prince de Bourbon, par Bonaparte, le 21 mars 1804. Dans les Mémoires d'Outre-Tombe, Chateaubriand se souvient, 34 ans après le tragique événement. Il dit ce regain de Terreur mêlé de soulagement veule qui court dans la populace bourgeoise en ce moment de l'histoire marqué par l'entreprise napoléonienne d'éradication physique de la monarchie, bourgeoisie à laquelle se fondaient, s'amalgamaient déjà les lambeaux de l'aristocratie rescapée. Curieuse et familière dialectique que celle de la terreur et de la fête : le désir de fêter sa survie ôte vite le "crêpe du deuil" quand se mêle à lui le lâche et hideux soulagement de constater que les forts, les massacreurs sont de notre côté puisqu'ils nous ont laissé la vie sauve. La joyeuse célébration de ses bourreaux, que l'on nomme aujourd'hui "syndrome de Stockholm", se répète ici, sous nos yeux chez les proches des victimes du Bataclan qui se disent le coeur ravi de savoir que, dans trois mois, un djihadiste ira fêter sa victoire sur les lieux mêmes du forfait abominable – le duc d'Enghien ne fut pas atrocement mutilé avant d'expirer comme le furent les martyrs du Bataclan –, commis par ses complices, et nos "caractères domptés" par les carnages à répétition sont bien désormais soumis à la fête comme ils le sont à la lame du bourreau :

... nos caractères, domptés par une suite de maux et d'oppressions, n'avaient plus assez d'énergie pour qu'à propos de la mort du jeune Condé notre douleur portât longtemps le crêpe : peu à peu les larmes se tarirent ; la peur déborda en félicitations sur les dangers auxquels le Premier Consul venait d'échapper ; elle pleurait de reconnaissance d'avoir été sauvée par une si sainte immolation (Chateaubriand, on ne voit dans cette proposition, n'avait pas eu besoin d'un René Girard pour avoir tout saisi du mécanisme politique du bouc émissaire). Néron, sous la dictée de Sénèque, écrivit au Sénat une lettre apologétique du meurtre d'Agrippine ; les sénateurs, transportés, comblèrent de bénédiction le fils magnanime qui n'avait pas craint de s'arracher le coeur par un parricide tant salutaire ! La société retourna vite à ses plaisirs ; elle avait frayeur de son deuil ; après la Terreur, les victimes épargnées dansaient, s'efforçaient de paraître heureuses, et, craignant d'être soupçonnées coupables de mémoire, elles avaient la même gaieté qu'en allant à l'échafaud.
La société retourna vite à ses plaisirs ; elle avait frayeur de son deuil ; après la Terreur, les victimes épargnées dansaient, s'efforçaient de paraître heureuses, et, craignant d'être soupçonnées coupables de mémoire, elles avaient la même gaieté qu'en allant à l'échafaud.

Extrait d'un article du quotidien 20 minutes, édition du 17 décembre 2015, moins d'un mois après le carnage du Bataclan :

« Il est essentiel d’accompagner »
Les attentats ont « touché durement une partie de l’activité économique parisienne », indique jeudi dans un communiqué Bruno Julliard, premier adjoint de la maire PS de Paris Anne Hidalgo. « Si les indicateurs récents témoignent d’une reprise progressive, il est essentiel d’accompagner et autant que possible d’accélérer le mouvement », ajoute-t-il.

La ville lancera donc une campagne d’affichage et sur les réseaux sociaux à partir du 23 décembre, montrant que « Paris est une fête », dans une salle de spectacles, sur une terrasse de bistrot ou un marché de la capitale, en renvoyant à www.quefaire.paris.fr pour choisir ses sorties.

Le titre de la campagne est tiré de celui d’un ouvrage d’Ernest Hemingway, qui relate le séjour de l’écrivain américain à Paris dans les années 1920, et a connu un immense regain de popularité après les attentats.

A lire aussi. Le « Paris est une fête » d’Hemingway brandi en symbole

Cette initiative est lancée en parallèle à celle du monde de la culture, « Ma place est dans la salle », pour faire revenir le public dans les salles, et celle des entreprises avec #Parisweloveyou pour faire revenir les touristes.


[www.20minutes.fr]

En 1944, dès le dernier soldat allemand hors du département, Hidalgo et Juilliard auraient organisé un bal musette à Oradour-sur-Glane. N'en doutez pas un instant. Festivus est le meilleur ami et le plus fidèle auxiliaire des égorgeurs. C'est lui qui passe la serpillère sur les mares de sang en entonnant des airs gais et dansants, et qui veille à ce qu'on oublie vite et bien.

Et ces raisonnements de tenanciers de bordel, cet allant de préposé au tiroir-caisse... A vomir.
21 juin 2018, 01:57   I Love Nice
Il pourrait bien y avoir pire. Qu'une action terroriste offre l'occasion d'une opération de communication touristique. Voir Nice.
N'est-ce pas très exactement ce que Hidalgo et Juilliard ont fait pour Paris en décembre 2015 ?

On massacre en masse le 13 novembre, le 17 décembre ces deux-là font savoir urbi et orbi que Paris est une fête ! et qu'il faut s'y précipiter pour s'y divertir. Je ne sais pas si les autorités d'occupation et de collaboration 1940-1944, entre deux exécutions au Mont-Valérien, avaient été capables de pareil cynisme.

Entre temps le gouverneur militaire de la Capitale avait fait savoir lors d'une audition d'enquête que les militaires (ceux qui restèrent l'arme au pied à dix mètres du théâtre de la tuerie pendant que les islamistes s'amusaient avec leur kalachnikov) ne sont tout de même pas là pour défendre des civils. Ce qui était, rappelons-le, l'argument de l'amiral Darlan pendant les années d'occupation et de guerre : la flotte est trop précieuse pour qu'on la mobilise dans des combats. La flotte est faite pour être préservée, les fusils-mitrailleurs de nos soldats en faction sur les boulevards, pour être astiqués et s'épargner toute surchauffe inutile. La doctrine du militaire collabo est celle-là : épargner son arme, se préserver, se carapater et regarder ailleurs quand il y a de l'action.

Ce général "gouverneur militaire de Paris", se nomme Bruno Le Ray, voici ce qu'il a déclaré :

"... Un militaire n'a pas pour vocation d'intervenir dans une zone qui n'est pas en guerre... Il est impensable de mettre des soldats en danger dans l'espoir hypothétique de sauver d'autres personnes... "

Ce qui fait le motif de la plainte déposée par une trentaine de familles de victimes, pour "non-assistance à personne en danger".

"Gouverneur militaire de Paris" était un titre sous le Consulat, et c'est sous l'autorité de ce fonctionnaire – toujours ces maudites répétitions-coïncidences – que le 21 mars 1804, on exécuta le duc d'Enghien après un procès d'une séance tenue à 1 heure du matin au château de Vincennes, et avant d'inventer, pour la première fois sans doute, que "Paris est une fête" (comme le rapporte Chateaubriand). Pour la première fois parce que je crois qu'au lendemain de la Saint-Barthélémy, on n'avait pas osé. Les temps étaient moins barbares.

France festive, France collabo, pays de la servilité volontaire, ennemi de lui-même, pris dans l'inlassable cycle de la fête cynique et de l'amour compassionnel pour ses bourreaux.

Bonne fête de la musique, tas de veaux !
Le général Bruno Le Ray, gouverneur militaire de Paris, au neuvième Gala Handicirque. Ca ne s'invente pas.

Quoi de plus seyant, dites-moi que ce fier militaire qui protège ses hommes de toute intervention susceptible de sauver des vies de civils, plastronnant à un gala où se fêtent le cirque et le bras-cassé ?

video: [www.youtube.com]
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