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Petit jeu : Qui a écrit ce texte (il s'agit d'un auteur français, "littéraire") ?

Jeudi 11 juillet

Milieu de l'après-midi. Au niveau 2, j'essaie de détacher un des chariots enchaînés en introduisant un euro, rien à faire. Je m'adresse au vigile noir qui fait les cent pas toute la journée devant les caisses. Il débloque avec un instrument le chariot récalcitrant, m'indique d'un geste le suivant. Las et impénétrable. Retournant à sa surveillance des gestes et des sacs, des dessous de poussette, avec la nonchalance de l'ennui.

C'est la frénésie aux fruits et légumes. Entrechocs de chariots. Visages déterminés, bras et mains plongés dans une montagne d'abricots à un euro le kilo, tâtant, rejetant, enfournant dans les sacs, dans une joyeuse frénésie de cueillette. Les fruits sont durs comme des pierres.

A quelques mètres, dans le rayon installé pour le ramadan, un petit garçon extasié tient un paquet de dattes fourrées de pâte d'amande rose et verte.

Indifférent aux peurs xénophobes d'une partie de la société, l'hyper s'adapte à la diversité culturelle de la clientèle, suit scrupuleusement ses fêtes. Aucune éthique là-dedans, juste du "marketing ethnique". Les tenants du libéralisme auraient cependant beau jeu de vanter cette réelle fonction égalitaire et intégratrice du Marché.

Je constate qu'une nouvelle forme de voile est apparue, ornée de perles, cachant les cheveux tout en dégageant le cou et la nuque. Elle me rappelle certaines anciennes coiffes des provinces françaises, sur des images qu'on recevait en classe.
(...)
Eric chevillard ?

(Mais des abricots, même durs, à un euro le kilo, dans de grandes surfaces ?? ici c'est le triple, bon sang...)
Non. Auteur beaucoup moins bon. Je le qualifiais de "littéraire" simplement pour qu'on ne s'égare pas vers des essayistes ou des journalistes.
Samuel Benchetrit...

(Et quand je dis triple, ce serait même le quadruple, au supermarché du coin, pour les abricots...)
(Oui, mais remarquez la "frénésie" qui résulte de cette offre plus qu'avantageuse).

Non, ce n'est pas Samuel Benchetrit. Vous allez chercher un peu trop loin, peut-être. Cela dit, si j'en crois les titres de cet auteur (jamais été plus loin que les titres, il y est question d'"asphalte" je crois) votre proposition est très judicieuse, vous auriez mérité de gagner.
Beaucoup de phrases sans verbe, trait qui dénonce une auteurE née dans les années 80 ou 90 qui ne sait guère produire autre chose que ses "impressions jetées".

La thématique évoque le Jean Rolin de Zones mais c'est trop non écrit pour que ce soit lui.

L'indigence du contenu et de la forme est si égale qu'elle en est presque harmonieuse.
J'ai trouvé, c'est cette cruche d'Annie Ernaux, coconne en chef du PAF littéraire.

C'était bien la peine que je remette les pieds ici moi.
Oui, c'est bien Annie Ernaux, dans l'infime brochure intitulée Regarde les lumières mon amour (Seuil, 2014).

Désolé de vous avoir fait revenir pour si peu (j'en suis bien d'accord - mais c'est un jeu).
05 octobre 2018, 15:58   Desproges et la littérature
On aurait pu croire pourtant que l'auteur persiflait doucement la pénétration irrésistible de la diversité culturelle et religieuse dans les rouages de la machine économique consumériste, n'est-ce pas ?
Cet écrivain est cependant un modèle de correction en matière de pensée, très comme il faut, je crois : oui, cher Thierry, j'ai trouvé, mais par les moyens détournés qu'on imagine, ce n'est plus du jeu...
Au reste, une référence comme Desproges la tenait pour une "grande", en littérature : je ne sais pas, jamais lu une seule ligne d'elle, sauf quelques articulets, ce visage émacié et de plus en plus momifié qui porte sur les choses un regard qui sait, ça m'avait un peu refroidi... Il aurait peut-être fallu la lire quand elle était plus jeune, plus en chair, moins grinçante, plus gentille, qui sait...
A mon avis elle ne persifle pas du tout, dans ce texte. Elle regrette, juste pour la forme, de devoir concéder cette vertu intégratrice au Marché : elle aurait sans douté préféré que ce soit l'Ecole qui s'en charge. Quant à son visage émacié... Du temps de sa jeunesse, au moment de ses premiers livres, passés presque inaperçus, Les Armoires vides, Ce qu'ils disent ou rien (beau titre), elle était très belle.
05 octobre 2018, 21:36   Un petit coup de "réel"
Si indigence du style il y a, la faute en est à la situation décrite et non à l'auteur. Si les verbes sont rares, c'est que personne n'agit, entre les rayons. Je trouve qu'Annie Ernaux restitue bien l'ambiance d'un supermarché. C'est la forme plate qui sied à ce genre de lieu et, contrairement aux apparences, cette forme n'est pas si facile à obtenir ("L'indigence du contenu et de la forme est si égale qu'elle en est presque harmonieuse.") En outre, si ce texte est extrait d'un "journal", il est conforme à ce genre littéraire.

Quant à se demander si l'auteur persifle ou non, cela me semble comme une garantie de la valeur documentaire de la description. Les amateurs de "réel" devraient s'en féliciter.

Annie Ernaux, dans sa vie publique, a tout ce qu'il faut et plus encore pour agacer. Elle n'en a pas moins écrit un excellent livre : Les années (ses autres livres ne paraissant d'ailleurs que des essais ou des appendices de celui-ci.) Elle y déploie une grande maîtrise littéraire dans l'art de donner une idée de l'écoulement du temps tout au long d'une vie. Quant au contenu proprement dit, on peut bien sûr le détester, autant dire qu'il est tout à fait possible de détester la seconde moitié du vingtième siècle.
C'est ce côté "aimons le monde tel qu'il est", insupportablement insidieux, féminin, faussement innocent, qui donne des boutons dans ce type d'entreprise littéraire, pourtant lancée par un homme il y a un siècle environ – le Blaise Cendrars de Profond aujourd'hui, etc. – lequel avait aussi, mais est-ce un hasard, inauguré la prose sans verbe, qu'on appelait au siècle dernier "le style télégraphique" et dont les plumes féminines ancrées dans le dernier quart de ce siècle raffolent en France, soit le style Figaro Madame, en gros, qui ne laisse de faire fureur chez nos bas-bleus.

Autre allergie, dans le même goût : Catherine Clément, dont fort heureusement on n'entend plus parler.
Quoi qu'il en soit, je crois que nous conviendrons tous que la bêtise n'est pas incompatible avec la littérature.

Mais plutôt qu'"aimer le monde tel qu'il est", j'aurais l'impression qu'il s'agit avant tout de le montrer tel qu'il est : cette femme veut ou croit être une défricheuse de réel, avec un regard aussi clinique et distancié que possible, non sans certains succès et talent selon Thomas ; aimer ce que l'on prétend dévoiler, c'est une autre affaire, d'ailleurs nombre de ses thèmes ne semblent pas particulièrement aimables : la mort plate et sourde (de son père), son cancer, ses petites amours, ses emmerdes, les supermarchés, le RER, n'importe quoi en fait : on veut montrer les choses, Francis, pas les aimer, débrouillez-vous avec ça, quitte à vous en étrangler, peu importe...

D'ailleurs vous aurez remarqué que nombre de gauchistes (car il s'agit d'une grande gauchiste, non ?) n'aiment pas du tout ce qui est, sinon ils ne seraient pas si "progressistes" : les gauchistes sont fous de changement, de préférence provoqué par l'idée qu'ils se font de la façon dont le monde devrait être, chamboulant sans vergogne ce qui est ; aimer le monde tel qu'il est, ce serait plutôt l'apanage des immobilistes, les "conservateurs"...
les gauchistes sont fous de changement, de préférence provoqué par l'idée qu'ils se font de la façon dont le monde devrait être, chamboulant sans vergogne ce qui est ; aimer le monde tel qu'il est, ce serait plutôt l'apanage des immobilistes, les "conservateurs"..

Non. Il y a dans cet esprit littéraire-là, tel qu'il s'exprime dans cette page, toute une onction à un certain réel politiquement très défini (le multiculturalisme, la diversité, etc.), soit un chant d'amour à l'état actuel des choses, à l'acquis historique de d'une certaine action militante, de tout son cumul étalé sur un demi-siècle, tout à l'opposé de ce que vous dites. Ces auteurs, plumes organiques, gouvernementales, s'aiment aimant et se félicitent d'aimer le monde tel que leurs politiques l'ont fait aboutir. Cette scène de supermarché est le fruit d'un certain idéal : mélangeons tout, faisons du monde une soupe dénuée de sens, dont nous autres seuls possèderons la clé, la clé du dire. Les humains ne sont point dans ce paysage ; ils ne sont que figurines découpées dans du carton.

Ce texte est celui de la contemplation d'une oeuvre, incarnée dans un certain état social abouti, par la plume de son démiurge, plus précisément plume tout au service de l'instance démiurgique.

C'est toute la manière Martine-Aubry d'aimer le monde : la diversité n'y est toujours que spectacle, carton-pâte, décor dénué de parole. C'est de la prose d'oligarque socialiste.
06 octobre 2018, 22:33   Un peu de théorie
Si si, je maintiens : la gauche adhérera toujours au changement perpétuel, à la transformation du réel selon ses idées et ses valeurs, à une certaine conception du monde comme matière première infiniment malléable et ductile, et sera parfaitement réfractaire à la notion même d'un état de fait originel auquel on doit se tenir, qu'on dira "naturel", à un ordre plus ou moins immuable des choses qui garantit que l'être soit ce qu'il est véritablement, et pas n'importe quoi n'importe comment.

L'expression "tel qu'il est" est à cet égard équivoque, dans ce contexte : cela peut vouloir dire "tel que cela se présente", aussi bien n'importe comment, à l'envers et à contresens, ou "tel que cela est en soi", essentiellement, originellement, assez singulièrement pour pouvoir être distingué de ce que cela n'est pas : il va de soi que lorsque j'écris que "les gauchistes n'aiment pas ce qui est", c'est en ce dernier sens que je l'entends.

C'est une singularité qui m'a toujours frappé à cet égard, que la quasi totalité des "gens de droite" que je connais, et j'en ai connu qui l'étaient fort, éprouvent presque viscéralement une défiance fondamentale envers le darwinisme et la théorie de l'évolution permanente, et cherchent par tous les moyens à la discréditer : l'idée que la nature et la destinée humaine en particulier soient un vau-l'eau permanent strictement soumis aux seules contraintes d'un environnement incontrôlable et lui-même toujours changeant croisé avec le caractère foncièrement aléatoire de la mutabilité génétique, le tout pouvant produire n'importe quelles aberrations pourvu qu'elles soient "adaptées", cette idée est en effet scandaleuse et a de quoi rendre malades tout ceux qui sont attachés à un certain ordre des choses hérité en toute légalité.

Pour en revenir à Annie Ernaux, je préfère lui laisser le bénéfice du doute et ne suis pas dans son for intérieur : c'est manifestement une personne qui n'est pas nulle, intelligente même à ses heures, et qui a écrit des livres dignes d'intérêt, à tout le moins : je m'en tiendrai donc à mon impression première, qui est que tout écrivain digne de ce nom a la capacité de tenir à distance ce qu'il décrit, et éventuellement de s'en moquer, même gentiment...
Milieu de l'après-midi. Au niveau 2, j'essaie de détacher un des chariots enchaînés en introduisant un euro, rien à faire. Je m'adresse au vigile noir qui fait les cent pas toute la journée devant les caisses. Il débloque avec un instrument le chariot récalcitrant, m'indique d'un geste le suivant. Las et impénétrable. Retournant à sa surveillance des gestes et des sacs, des dessous de poussette, avec la nonchalance de l'ennui.

Eternelle beauté du mystère de l’Afrique et de l’Homme noir, pour la petite blanche remplaciste qui reprend sans s’en rendre compte le vocabulaire d’une femme de colon.

C'est la frénésie aux fruits et légumes. Entrechocs de chariots. Visages déterminés, bras et mains plongés dans une montagne d'abricots à un euro le kilo, tâtant, rejetant, enfournant dans les sacs, dans une joyeuse frénésie de cueillette. Les fruits sont durs comme des pierres.

Toujours page arrachée au journal d’une maîtresse de maison bourgeoise dans une colonie africaine : la merveille de cette vitalité sauvage qui nous rattache magnifiquement à l’origine de l’Homme (la cueillette !). Bien sûr, le méchant capitalisme blanc refile de la mauvaise marchandise à ces bons sauvages.

A quelques mètres, dans le rayon installé pour le ramadan, un petit garçon extasié tient un paquet de dattes fourrées de pâte d'amande rose et verte.

Enfance et religion de l’Autre : extase.

Indifférent aux peurs xénophobes d'une partie de la société, l'hyper s'adapte à la diversité culturelle de la clientèle, suit scrupuleusement ses fêtes. Aucune éthique là-dedans, juste du "marketing ethnique". Les tenants du libéralisme auraient cependant beau jeu de vanter cette réelle fonction égalitaire et intégratrice du Marché.

Guillemets pour le marketing ethnique, car il faut tenir à distance l’exploitation capitaliste et l’horreur économique, mais pas pour peurs xénophobes, expression pourtant mille fois plus lexicalisée, morte et sujette à question : ici le combat politique de l’auteur s’énonce explicitement, après quelques vignettes extasiées et sulpiciennes. Comme l’a dit M. Noroit, le mince regret que ce soit le marché qui intègre et égalise, et non l’école, ne cache pas le fait que le but ultime soit pour l’auteur l’égalisation et l’intégration de l’immigré (que cependant elle regarde comme bon sauvage et Autre suprême... mais c’est là la contradiction fondamentale du remplacisme).

Je constate qu'une nouvelle forme de voile est apparue, ornée de perles, cachant les cheveux tout en dégageant le cou et la nuque. Elle me rappelle certaines anciennes coiffes des provinces françaises, sur des images qu'on recevait en classe.

Insupportable tromperie : je constate... alors que j’évangélise, ou plutôt, puisque mes lecteurs pensent certainement comme moi, je caresse, je brosse dans le sens du poil. Puis la résolution, enfin, la quadrature du cercle, la sublime solution : cette petite objection, infime, que la femme en Annie Ernaux, adressait malgré elle aux Belphégor venues d’Afrique : pshitt, envolée, par la grâce d’un ornement magnifique, d’un mi chemin de bonne volonté (on redécouvre le cou !), et d’une parenté fondamentale entre eux et nous, entre elles et grand maman !

Ce texte minuscule est un morceau de propagande comme un autre. Ernaux ne voit ni ne constate rien, elle récite.
07 octobre 2018, 14:20   La déception, camarades
Simone de Beauvoir conclut La force des choses par ces mots : « Cependant, tournant un regard incrédule vers cette crédule adolescence, je mesure avec stupeur à quel point j’ai été flouée. » Il peut s’agir d’une posture mais elle donne le ton, l’ambiance, un diapason sur lequel, selon moi, sont réglés les écrits d’Annie Ernaux – et singulièrement Les Années. Ce que j’y entends par-dessus tout c’est l’expression d’une déception chronique, toujours menacée par la dépression. La vie nous floue, la vie est décevante. La révolution rêvée n’a pas eu lieu. L’ennemi public n°1 des soixante-huitards, la dite « société de consommation », a triomphé partout. On s’est fait avoir, sournoisement, on n’a pas « changé la vie », on a « fait avec » et tout a fini par s’arranger, même mal. Certes, il est encore loisible de réchauffer nos vieux cœurs aux bonnes vieilles hantises rampantes : l’autoritarisme, le racisme, la condition des femmes afin d’imaginer des luttes à mener, mais cela n’empêche pas d’être globalement déçus par le tour qu’on pris les choses.

Cette déception lancinante, je la vois à l’œuvre dans la scène du supermarché. L’épisode avec le vigile est décevant : aucune communication, aucune fraternisation. Ces noirs, objets de toutes les sollicitudes, victime idéales qu’on voulait émanciper, qui allaient apporter dieu sait quel rythme nouveau à nos sociétés forcément sclérosées, les voici devenus des sortes de flics muets affectés à la « surveillance des gestes et des sacs », des chiens de garde du capitalisme sans aucune chaleur et probablement contents de leur sort. Ailleurs, on se précipite avec « frénésie » (terme péjoratif) sur des contrefaçons d’abricots, « durs comme des pierres. » Consommateurs floués et consentants. Déception. Et le comble de la déception, c’est de constater qu’en matière d’intégration et d’égalité, de respect des « différences », le « Marché », horresco referens, a fait mieux que tous les théoriciens de gauche réunis ! Il n’est pas jusqu’aux musulmanes voilées pour faire resurgir les débilitantes images folkloriques des provinces françaises dont on croyait s’être définitivement débarrassées... Non, décidément, je ne parviens pas à entendre dans ce texte comme un « chant d’amour à l’état actuel des choses » et, au fond, il en faudrait très peu pour en faire une scène à la Houellebecq. S’il n’atteint pas à ce degré de désenchantement radical, c’est simplement qu’Annie Ernaux est prise dans un bon vieux et encore solide corset idéologique dont il est bien trop tard pour elle de songer à se libérer.
07 octobre 2018, 15:01   Re : La déception, camarades
Il faudrait chercher dans la littérature soviétique d'Etat, celle de la période stalinienne la plus installée, la moins contestée, dans les années 30 ou 50. L'auteur(e) visiterait un sovkhoze. Elle y décrirait les fichus de toutes les couleurs des femmes qui fauchent les champs, ou qui cueillent le coton à pleines mains (Staline rêvait d'implanter la culture du coton dans le sud de son Asie centrale), ces fichus feraient un joli chatoiement de diversité, bienvenu, touchant, esthétique et signifiant; elle nous parlerait du gardien du parc des machines agricoles, l'équivalent du gardien noir de Caddies de Ernaux, un peu éteint mais fidèle au poste. La Nouvelle Société Socialiste y serait exposée dans toute sa réussite ordinaire et sa paix muette qui signe l'état d'accomplissement d'un projet politique triomphant. Toutes les petites touches lexicales relevées par J. Rivière supra seraient convoquées pour signifier cette réussite, en parfaire le tableau du sens. Le grand bordel ambiant traversé de la désespérance infinie que cause toute illusion d'une fin de l'histoire, serait là, comme chez Ernaux, mais sans parole, épuré de sa nature de bordel ambiant et violent. La seule parole autorisée à livrer le sens, même subliminalement, est la parole politique aux messages subtils de cette littérature de basse propagande : il n'y a plus lutte pour le socialisme en Urss, comme il n'y a plus lutte pour ou contre l'instauration d'une dynamique multiculturelle dominante et quiescente dans l'Union européenne qui a pris le relais historique de l'URSS il y a 26 ans, le temps est venu alors de poser et d'imposer cette littérature de mort, arrêtée en bout de message, comme l'histoire qu'elle prétend enterrer en la recouvrant de son voile indigent.
07 octobre 2018, 17:08   Re : La déception, camarades
» Non, décidément, je ne parviens pas à entendre dans ce texte comme un « chant d’amour à l’état actuel des choses » et, au fond, il en faudrait très peu pour en faire une scène à la Houellebecq

Moi non plus, le fait est qu'avant que je sache qu'il s'agissait d'Annie Ernaux, je pensais en effet à un auteur plutôt "indépendant" idéologiquement, ne se privant pas de brocarder la diversité dans tous ses états, ici à l'œuvre dans l'hypermarché.
Même la solennité du terrible ramadan est taillée en pièces par la farce, littéralement, car l'emblème en est ici des dattes fourrées de pâte rose et verte (!), pour le ravissement des bambins du jardin d'enfants ; ce doivent être les prémices d'une extase mystique aussi au rabais que les immangeables abricots, pour quoi ces abrutis de divers, probablement, en viendraient aux mains.
Impossible d'aimer ça, voyons, encore moins d'aimer l'amour qu'on doit porter à la dignité de l'Autre...

Mais j'ai bien aimé la fascination de la veille femelle blanche pour la belle bête africaine, transparaissant dans la description de l’indéchiffrable vigile noir : on penserait presque à une Leni Riefenstahl de gauche photographiant ses Noubas, in the wilderness, insistant un peu trop sur d'impériales génitoires impudiquement exposées, derrière le caddie servilement débloqué : c'est vrai, toute l'Afrique fantasmée y est.
J'admire énormément le commentaire composé de M. Jean Rivière qui met en relief avec une grande précision tout ce qui m'avait semblé (plus confusément), dans ce texte apparemment mineur, de nature à nourrir un débat enrichissant chez les in-nocents et assimilés. Je ne sais pas si les intentions d'Annie Ernaux et son art ont été correctement cernés, mais les miennes, d'intentions, oui. C'est encore plus fort de discerner pourquoi un participant du forum choisit tel texte, que de deviner son auteur.
08 octobre 2018, 16:18   Problèmes d'herméneutique
C'est exactement ça, mon cher Thierry : vous vous efforcez donc de discerner ce que vous croyez que doit nécessairement ressentir et penser une personne comme Annie Ernaux, entachant d'après votre opinion d'elle tout ce qu'elle peut bien écrire, au lieu de ne considérer que les valeur et qualité intrinsèques d'un texte, qui ne peut être estimé au plus juste, s'il est bon, que dans la mesure où l'on n'en connaîtrait pas l'auteur, signe que ce dernier sera parvenu à douer ce texte d'une vie propre.
En somme, de là à dire que vos préjugés idéologiques faussent votre jugement, il n'y a qu'un pas...
En somme, de là à dire que vos préjugés idéologiques faussent votre jugement, il n'y a qu'un pas...

Comme tout le monde, sauf quelques anachorètes...
Thierry, je ne vous connaissais pas ces inclinations parnurgistes ; un goûteur d'encre comme vous devrait en principe n'en faire qu'à sa tête...
l'instauration d'une dynamique multiculturelle dominante et quiescente dans l'Union européenne qui a pris le relais historique de l'URSS il y a 26 ans,

Ah bon, l'Union européenne ce n'est plus "le relais du IIIè Reich", comme disait le copain des deux Simone ?

Et l'URSS était fondée sur "la fonction égalitaire et intégratrice du Marché" ? En sens inverse, les supermarchés d'Annie Ernaux ce serait donc ceci : [www.newpointdeview.com]
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