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Paisano - le monde a-t-il donc tant changé ?

Envoyé par Alain Eytan 
Dire qu'il y en a qui cherchent encore éperdument quelque trace de distinction nationale persistante dans la plèbe rurale, parmi les "agriculteurs", les paysans, les maquignons, les trayeurs de vaches et remueurs de fumier, comme si le seul indice d'intégrité ethnique suffisait à préserver une once d'âme d'un peuple tombé en déshérence : après les camionneurs et les petits commerçants provinciaux, les magnifiques Gilets jaunes, voici venir le dernier bastion de la France incontestable, celle qui est fichée en terre, péquenote et bouseuse, en branle sur son armada de tracteurs et de moissonneuses-batteuses : quel spectacle !



« Il y avait en effet plus de brutes et de criminels à la campagne qu'à la ville. A la campagne, la brutalité tout comme la violence étaient fondamentales. La brutalité en ville n'était rien comparée à la brutalité à la campagne, et la violence en ville, rien comparée à la violence à la campagne. Les crimes en ville, les crimes urbains, n'étaient rien comparés aux crimes à la campagne, aux crimes ruraux. L'aubergiste, estima-t-il, était un homme violent, un criminel né. Tout, chez et en cet homme était violent et criminel. Maquignon, il l'était à tout moment et dans toutes les situations de sa vie. "Quand bien même il pleure maintenant, dit mon père, il pleure la perte d'une bête. Car pour un tel aubergiste, la femme n'est qu'une bête." il se l'était appropriée un jour au moyen de quelque stratagème pervers, il l'avait soustraite à l’incommensurable troupeau de femmes célibataires et soumise à son joug. Une telle auberge était, comme chaque maison de boucher, de maquignon ou de paysan du Bundscheck, un pénitencier pour femmes où la brutalité était de rigueur. A tout moment, où que l'on se trouvât, il suffisait de dresser l'oreille, quand on était à la campagne pour entendre gémir dans les maisons les femmes battues par leur mari. Il ne rencontrait pratiquement tous les jours que des gens odieux ; entrer dans une maison, dit mon père, c’était entrer dans la brutalité, dans la violence, et il ne faisait en somme qu'aller et venir avec sa trousse de médecin, dans un monde de criminels. Et les gens, dans les Alpes de Glein ou de Kor, et dans la vallée de Kainach et de Gröbnitz, étaient les modèles vivants de cette Styrie où les excès corporels les plus grossiers sont la règle depuis des siècles, pour ne pas dire des millénaires. »

Thomas Bernhard - Perturbation (Verstörung ) (1967, traduction de Bernard Kreiss)
Cher M. Eytan,
Votre citation de Thomas Bernhard décrivant la brutalité du monde rural est bien sombre, voire excessive.
Paysan, issu de générations de paysans, je n’ai pas de témoignages ou de souvenirs de telles violences parmi mes ancêtres. La paysanne y était respectée, elle dirigeait sa maisonnée, par la douceur et la fermeté, avec souvent, une grande influence sur son mari et sur l’exploitation agricole. Ainsi, dans le canton de Vaud, on questionnait parfois les enfants des campagnes par : « Et chez vous, qui est-ce qui gouverne ? », en sous entendant que c’était leur mère qui dirigeait la ferme et que le père ne gouvernait que le bétail…
Et la « plèbe rurale » de mon ascendance n’a pas démérité : elle a aussi produit maints notaires, commissaires arpenteurs, pasteurs, voire médecin…
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