Le site du parti de l'In-nocence

Emmanuel Carrère

Envoyé par Serge Diot 
20 septembre 2017, 15:29   Emmanuel Carrère
Dans son livre "Il est avantageux d'avoir où aller" Emmanuel Carrère publie une lettre envoyée à Renaud Camus.
Il explique ses profondes divergences avec le parti de l'in-nocence à savoir:
Dans l'état de surpopulation et de misère où se trouve une partie du monde, si on le forçait à quitter son appartement parisien pour y installer plusieurs familles de migrants, il trouverait cela désagréable mais pas injuste. Et l'argument "ici c'est chez moi, pas chez toi" ne se justifie pas et en la circonstance il n'a pas le droit pour lui mais contre lui.
La conviction d'être dans son droit de Français de souche, de gens qui savent parler, de gens qui savent le heurte.
J'en suis resté sans voix. Pourtant en général j'aime bien ses bouquins.
20 septembre 2017, 16:03   Re : Emmanuel Carrère
"Il est avantageux d'avoir où aller"

Justement. Où va-t-il, si avantageusement, ce Carrère ?
S'il écrit un livre pour exprimer l'idée qu' "Il est avantageux d'avoir où aller", c'est qu'il a "où aller". Alors, a-t-il "où aller", précisément ? Le dit-il ?
Je parie dix francs polynésiens qu'il ne le dit pas parce qu'il ne le sait pas.
Un bon migrant est donc un migrant qui se rend quelque part sans avoir besoin "d'avoir où aller". Bref, c'est un Carrère qu'à réussi.

Demandez à cette buse d'arrêter d'écrire.
 
(en plus, je suis très bien où je suis. Et je l'emmerde.)
20 septembre 2017, 17:12   Re : Emmanuel Carrère
Expliquer à ce Carrère que les frontières nationales abolies se reconstituent spontanément en frontières intérieures, autour des lieux publics fréquentés – autour de la Tour Eiffel le gouvernement français construit un MUR A LA TRUMP ! – on place des blocs de béton autour des jardins d'enfant, des fêtes foraines, où installe des portiques de contrôle de métaux à l'entrée des mairies de province, gardés par des FACTIONNAIRES EN ARMES. Voilà où vont les frontières démantelées. Voilà où elles ont migré : VERS L'INTERIEUR DU PAYS.

A ces frontières intérieures au territoire national, désormais patrouillé partout par des militaires en tenue de combat, qui si ce monde ne marchait pas sur la tête devraient se tenir sur les frontières du pourtour du pays pour laisser la rue aux civils, il faut ajouter les frontières intérieures aux esprits qui se hérissent dans tous les actes symboliques du quotidien, en créant une gêne de plus en plus insupportable en l'espèce des frictions communautaires. C'est parce qu'il n'y a plus de frontières que l'agression symbolique est partout dans ce pays, des demandes de certains de supprimer Colbert dans les références historiques nationales, de débaptiser des édifices publics, aux exigences invasives de non-discrimination alimentaire de la part des communautés musulmanes d'importation.

Depuis que le pays s'est dépouillé de ses frontières extérieures, les frontières, les barrières et les MURS sont partout dans le pays.

Voilà ce qu'il faut tenter de faire comprendre à ce crétin prétentieux, aussi m'as-tu-vu que sot.
20 septembre 2017, 17:24   Re : Emmanuel Carrère
En même temps lorsque votre maman est la soviétologue et académicienne Hélène Carrère d'Encausse et que vous êtes le compagnon de la journaliste Hélène Devynck les frontières (culturelles, sociales etc.) s'érigent on va dire... "naturellement".
L’Appartement

Lorsque est paru en français le recueil d’articles et de textes critiques d’Emmanuel Carrère, Il est avantageux d’avoir où aller, notre ami commun Alain Finkielkraut nous proposa, à lui et à moi, d’en discuter à la radio, puisque Carrère, dans son livre, critique énergiquement mes positions, par le truchement d’une lettre ouverte à moi adressée quelques années plus tôt [1. Le présent texte a été envoyé au journal italien La Verità le 21 mars 2017. Voici celui d’Emmanuel Carrère auquel il sert de réponse :]. Je connais Emmanuel Carrère depuis toujours, comme on dit. J’ai pour lui beaucoup d’affection et d’admiration. Mais j’ai trouvé un peu déloyal qu’il refuse ce débat public, alors qu’il est, à juste titre, l’enfant chéri des médias, adulé par eux et invité en tous lieux, sur la couverture de tous les magazines, tandis que je suis, moi, non sans raison non plus, d’ailleurs, leur bête noire, chassé de partout et privé de tout autre moyen d’expression, désormais, du moins en France, que mes livres autoédités. Pour une fois que j’aurais pu répondre, il me semble qu’il n’aurait pas dû m’en empêcher par sa dérobade.

Mais voici qu’à l’occasion de la publication de son livre en Italie, La Verità m’offre précisément l’occasion de le faire, répondre. J’aurais mauvaise grâce à refuser.

La lettre que m’adressait Carrère pour ma revue d’alors, et qu’il reprend dans son recueil, s’ordonnance toute entière autour du thème de l’appartement. On se croirait chez Leibnitz, dans la Théodicée :

« Là-dessus la déesse mena Théodore dans un des appartements : quand il y fut, ce n’était plus un appartement, c’était un monde,
solemque suum, sua sidera norat ».

Et en effet, l’appartement de Carrère, c’est le monde. C’est à la fois une métaphore du monde et un appartement bien réel, un bel appartement, dit-il, sis dans le Xe arrondissement de Paris.

Carrère a le courage bien rare de s’assumer bobo, “bourgeois bohème”, une des catégories sociales les plus universellement détestées en France, par ceux qui n’y appartiennent pas et par beaucoup de ceux qui y appartiennent. Carrère, presque seul, défend le bourgeois bohème, le bourgeois bohème à l’aise, bien installé dans la vie, libéral, progressiste, généreux, de gauche ou assimilé : le bourgeois bohème qu’il est dans son bel appartement clair, grand, lumineux, en plein ciel, et pas si cher qu’on pourrait le penser car situé dans un quartier déjà très largement livré à la “diversité”, selon le terme consacré. En 2011, donc, lorsqu’il m’écrit sa fameuse lettre, Carrère vit là avec sa femme et leurs deux enfants. Toutefois, déclare-t-il :

« Ce que je voulais dire, c’est que si demain un décret m’ordonnait de n’occuper plus avec ma famille qu’une pièce de ce bel appartement et de céder les autres à ces hordes de Kurdes ou d’Afghans qui campent dans la rue quatre étages plus bas, je trouverais ça éminemment désagréable, je chercherais à m’en aller et à m’organiser ailleurs, si c’est encore possible, une vie plus conforme à mes goûts, mais je n’arriverais pas à considérer la mesure qui me lèse comme injuste. »

On relèvera très en passant la belle inconscience de classe que témoigne Carrère, qui « chercherait à s’en aller et à s’organiser ailleurs », et qui sans aucun doute y parviendrait facilement, aussi longtemps du moins qu’il existe un ailleurs. Or c’est précisément ce que des millions de nos compatriotes ne peuvent pas faire, contraints qu’il sont, faute de moyens, de rester sur place et de devenir, sort effroyable, des étrangers dans leur propre pays, parmi des nouveaux venus de culture, de mœurs et de civilisation différentes, pas toujours amènes et faciles à vivre.

Mais passons, car il y a plus grave. Nous sommes ici au cœur de l’idéologie remplaciste, qui veut persuader les indigènes européens qu’ils ont le droit et la morale contre eux. Ils peuvent traîner un peu des pieds s’ils le veulent, mais ils savent bien, au fond d’eux-mêmes, que c’est leur devoir de laisser la place. Et pourquoi est-ce leur devoir ? Parce qu’ils sont moins nombreux. Si en bas, dans la rue, il y a une famille de dix-sept enfants, celle qui n’en a que deux doit lui abandonner son beau grand appartement si lumineux, ou du moins se terrer dans une seule pièce et tâcher de se faire oublier. Ce n’est pas seulement là le cœur de l’idéologie remplaciste, c’est aussi la description des moyens techniques, le mode d’emploi, de la substitution ethnique : ce que le poète Aimé Césaire a nommé très justement, à propos de la Martinique, et donc dans un tout autre contexte, le génocide par substitution. Je ne sais ce qu’il en est en Italie mais en France, du moins, la législation nataliste, destinée à l’origine à défendre l’existence du peuple français, s’est révélée à l’usage l’un des plus efficaces instruments du changement de peuple.

Avant celui des Européens, les autres génocides n’avaient pas inventé ce raffinement suprême : le consentement des victimes. J’ai désigné le remplacisme, l’idéologie de la substitution générale, comme le communisme du XXIe siècle. La légitimation, par les Européens mêmes, de leur propre effacement, c’est très exactement l’équivalent remplaciste de l’autocritique stalinienne. Le Grand Remplacement est un long procès stalinien, pendant les purges. Emmanuel Carrère nous explique pourquoi nous devons nous effacer, pourquoi nous sommes coupables d’exister et de prendre trop de place sur nos territoires de toujours.

« Je ne vois, dit Carrère, aucune raison pour que le petit Liré [le village de Du Bellay, le poète — disons Arquà Petrarca, ou Recanati… ] nous appartienne à nous plutôt qu’aux crève-la-faim du Soudan ».

Et pourquoi y auraient-ils autant de droits que nous, c’est-à-dire davantage, ces Soudanais, au séjour qu’ont bâti nos aïeux ? Parce qu’ils sont plus nombreux. Carrère, contrairement aux formes les plus coutumières de l’autocritique remplaciste, qui est en fait une haine de soi, n’invoque pas les crimes des Européens. Non, lui invoque la démographie. Ce qui fait, à l’en croire, que les Africains ont plus de droits que nous à notre bel appartement c’est qu’ils ont dix-sept enfants, ou sept, alors que nous en avons deux, ou pas du tout.

Or je tiens pour ma part que la terre n’en peut plus de l’homme, et les autres espèces non plus ; que l’explosion démographique est le plus grand danger qui menace la planète ; que toutes les politiques écologiques sont parfaitement vaines tant que l’augmentation de la population n’est pas maîtrisée ; que les vieux peuples européens, qui eux-mêmes n’ont jamais été si nombreux, témoignent une très grande et très profonde sagesse en pratiquant, en dépit des exhortations des démographes fous, une très raisonnable décroissance démographique ; tandis que la démographie africaine, elle, est une effroyable bombe à retardement.

Pour Carrère, cependant, c’est cette folie, cette totale irresponsabilité planétaire, la natalité incontrôlée, qui confère des droits. C’est parce qu’ils font plus d’enfants que les extra-Européens auraient le droit, selon lui, d’envahir le territoire des Européens et de s’installer comme chez eux dans leur bel appartement. En somme il encourage le vice et punit la vertu. Il rend l’irresponsabilité fondatrice de droits et la responsabilité facteur de mort, ou d’effacement.

Au passage, et très significativement, il abolit le droit de propriété, ce mal-aimé de la conscience juridique moderne. Les appartements, si on le suit, sont à ceux qui en ont le plus grand besoin. C’est encore un point commun entre le remplacisme global et le communisme. Ce qui s’est le mieux transmis de l’existence soviétique, aujourd’hui, en Europe occidentale, c’est la kommounalka, l’appartement collectif partagé, comme à Moscou ou Saint-Péterbourg au temps de Staline ou Brejnev. Seulement, en passant à l’ouest, la kommounalka s’est élargie à l’échelle d’un continent. Notre kommounalka à nous c’est le terrible vivre ensemble, la cohabitation forcée entre les peuples, dont la traduction la plus naturelle, inévitable, outre la tension permanente et le terrorisme, est l’état d’urgence.

Et que le droit de propriété soit dans la ligne de mire du remplacisme global, on s’en aperçoit un peu plus tous les jours, partout en Europe, avec les cas de plus en plus fréquents d’expulsion d’indigènes au profit des prétendus réfugiés et les réquisitions à leur avantage d’appartements inoccupés. C’est l’occasion de nous souvenir que le droit de propriété, malgré sa mauvaise presse, a toujours été considéré comme un élément constitutif de la civilisation, de la liberté et même des droits de l’homme — et cela pour les peuples aussi bien que pour les individus. Il est parfaitement logique que les idéologies de l’homme remplaçable et des peuples interchangeables viennent buter sur lui et veuillent le réduire, en finir avec lui, car il est un obstacle, comme les races, comme les classes, comme les sexes, comme les générations, comme les niveaux de langage et de culture, comme les noms [2. Cf. La Civilisation des prénoms, Chez l’auteur, 2014], comme les formes et les justes distances, à la production industrielle de la MHI, la Matière Humaine Indifférenciée.
Carrère, en fin de compte, c'est le genre de type qui laisse s'installer chez lui l'amant de sa femme et s'en va dormir dans le garage. Les remplacistes sont tous des cocus plus ou moins magnifiques.

(Ce qu'il y a de bien dans cette histoire, c'est qu'elle me dispense complètement d'ouvrir le moindre livre écrit par ce doux crétin.)
La pire forme d'aliénation mentale est sans doute l'auto-domestication: une vie toute entière qui se tient recroquevillée dans un enclos de sa propre fabrication, avec si possible, fenêtre sur cour donnant sur l'humanité toute entière. C'est joli, c'est cinématographique, c'est une farce.

Autre forme d'auto-domestication, la superbe villa savoye de le Corbusier, cette maison conçue comme un paquebot. Il fallait qu'elle incite son propriétaire à voyager. L'errance. La découverte. Le grand large. Le toit de la maison reçevait son public comme le pont d'un navire et tout était fait pour ne jamais mettre pied à terre, ne jamais être en contact avec le sol. Le sol qui devait symboliser la terre ferme, la sédentarité, (l'ignorance). Depuis que ce con-là a tout inventé, tous les architectes du monde ajoutent à la laideur, suppriment les belles portes où l'on accueillaient autrefois les gens, suppriment les toits, suppriment les cheminées qui renvoient trop à l'idée de bonheur, et rendent les maisons aussi peu habitables que possible. On finit par se retrouver avec des maisons hangars carrés aux coins carrés: une invitation au déménagement.
Comme disait une psychiatre, quand on déménage à l'extérieur, c'est aussi qu'on déménage à l'intérieur.
Bon déménagement, M. Carrère .
Pas difficile de voir que Carrère, par ses propos culpabilisants et son petit chantage compationnel, participe lui aussi de cette "menace d'exclusion" (l'exclusion comme instrument de normalisation) qui, si elle n'est pas explicite, est toujours latente... La menace est palpable ("hein ? quoi ???, vous ne céderiez pas une ou deux pièces de votre appart' pour loger cette famille de réfugiés syriens ?"), et chacun sait à quoi s'en tenir.
20 septembre 2017, 21:23   Re : Emmanuel Carrère
Aujourd'hui le journal Le Monde devient très in-nocent. Ainsi j'apprends qu'en 2050 la population africaine aura doublé et qu'un homme sur trois sera africain et que nous serons dix milliards. Tout cela est révélé par des pointures de la science démographique et le journal pense que c'est une mauvaise nouvelle.
21 septembre 2017, 01:11   Re : Emmanuel Carrère
"Ils peuvent traîner un peu des pieds s’ils le veulent, mais ils savent bien, au fond d’eux-mêmes, que c’est leur devoir de laisser la place. Et pourquoi est-ce leur devoir ? Parce qu’ils sont moins nombreux."

Permettez-moi de proposer un léger correctif, ou un ajout, ou un supplément d'explication. Il ne faudrait pas oublier, chez les gens comme Carrère, un extraordinaire sentiment de supériorité, une insondable prétention.

Pourquoi est-ce leur devoir ? Parce que eux seuls, parmi la valetaille, les crève-la-faim de la terre entière, les innombrables pauvres crétins qui s'accrochent à leur sol, sont capables de comprendre que c'est leur devoir. Ils sont moins nombreux, c'est vrai d'un point de vue comptable, mais, à leurs yeux, cette quantité moindre leur sert avant tout à les entretenir dans l'idée qu'ils forment une élite, en réalité la plus roublarde des aristocraties.
21 septembre 2017, 07:01   Re : Emmanuel Carrère
"Il ne faudrait pas oublier, chez les gens comme Carrère, un extraordinaire sentiment de supériorité, une insondable prétention"
///)/

Un grand prétentieux, ça oui ! Mais n'est-ce pas le propre du bobo que de se sentir infiniment supérieur intellectuellement, et il va sans dire moralement, aux "Petits Blancs" ? Les gens comme lui nous expliquent à longueur de temps pourquoi nous devons faire ceci et pas cela, pourquoi c'est notre devoir, notre responsabilité, pourquoi nous sommes coupables etc. : ils font de la pédagogie (S. Royal adore "faire de la pédagogie", par ex.), comme ils disent.


RC : "Emmanuel Carrère nous explique pourquoi nous devons nous effacer, pourquoi nous sommes coupables d’exister et de prendre trop de place sur nos territoires"
Citation

(Ce qu'il y a de bien dans cette histoire, c'est qu'elle me dispense complètement d'ouvrir le moindre livre écrit par ce doux crétin.)

Image parfaite, quoique inversée, de ceux qui ne lisent pas Céline parce qu'il était antisémite, Drieu parce que collabo, voire Voltaire car exclavagiste.

On n'est pas sorti de l'auberge…
Les délires sociétaux et post nationaux des bobos n'auront plus de cesse. C'est une stratégie de classe pour se distinguer ''vertueusement'' du ''populo'' et s'en débarrasser. Dans ce domaine leur imagination sera sans limite. Il s'agira chaque fois de trouver une ''avancée'', n'importe laquelle pourvu qu'elle prenne le bon sens dudit populo à rebrousse-poil et le tour sera joué. Les uns seront à nouveau confortés dans l'idée de leur supériorité morale et l'autre, montré du doigt comme indécrottablement ''réac'', fermé à toute véritable émancipation de l'humain, sera voué sans états d'âme à la dissolution finale.
Le géographe Christophe Guilluy à qui on demandait si le "bobo" n'allait pas oser ouvrir les yeux et changer d'opinion
répondait non, impossible. L'appartenance à cette confrérie (identité valorisante, supériorité sur le prolo) passe par l'adhésion à l'ouverture et la mondialisation. Si vous contester ce marqueur identitaire vous vous excluez d'office du groupe et cela est vécu comme une régression sociale. Aussi quand du bout des lèvres je suggère dans mon petit milieu "fonctionnaire, socialo, bourgeois" que le vote Le Pen pourrait avoir une raison pour des gens qui ne sont pas nécessairement racistes, haineux, crétins, on me répond que ces braves gens sont trompés par de méchantes personnes
et que ce qu'ils voient où vivent est nul et non avenu.
@Cassandre

Les délires sociétaux et post nationaux des bobos n'auront plus de cesse
////

D'autant que l'état pitoyable dans lequel se trouve le FHAINE aujourd'hui leur offre un boulevard... Qui pour parler au nom des ces prolos blancs, bas du front et prétendument racistes ? Qui pour s'interresser à eux ? à leurs problèmes ? Plus personne.
 Le géographe Christophe Guilluy à qui on demandait si le "bobo" n'allait pas oser ouvrir les yeux et changer d'opinion
répondait non, impossible.




S'il y a un personnage dont la figure est universellement connue, c'est bien Don Quichotte.

Don Quichotte voit des géants partout parce qu'il a été 'enchanté' par la lecture assidue des romans de chevalerie,
et Carrère enchanté par la lecture assidue de ses romans, est notre Don Quichotte à nous, qui chevauche une Rossinante libérale.
Il est flambant, rutilant, délirant, en heaume, en armure, à cheval, et nous, nous sommes ses écuyers, ses Sancho Panza, pleins de bon sens, clairvoyants, avisés, perspicaces, tandis que notre monture est le bon vieux baudet, Rucio.


Citation
Didier Goux
Citation

(Ce qu'il y a de bien dans cette histoire, c'est qu'elle me dispense complètement d'ouvrir le moindre livre écrit par ce doux crétin.)

Image parfaite, quoique inversée, de ceux qui ne lisent pas Céline parce qu'il était antisémite, Drieu parce que collabo, voire Voltaire car exclavagiste.

On n'est pas sorti de l'auberge…

Contrairement aux auteurs que vous citez, Carrère n'est pas mort, qu'on sache. De sorte que le temps n'a pas pu faire ressortir son éventuel génie (probablement inexistant, mais bon...), au-delà des questions idéologiques du moment. Cet anachronisme fait que votre comparaison ne fonctionne guère.

Mais je ne doute pas qu'avec quelques efforts supplémentaires, vous allez réussir à nous faire croire qu'il est un grand écrivain méconnu, hélas maudit pour n'être pas du tout du bon côté du manche...
Carrère est tout de même l'auteur de quelques beaux livres, nonobstant.
Quand on est l'auteur de quelques beaux livres, on s'empêche.
Citation
Marcel Meyer
Carrère est tout de même l'auteur de quelques beaux livres, nonobstant.

Oui, la trilogie "autobiographique" (L'Adversaire, Un roman russe, D'autres vies que la mienne) mérite que l'on s'y attarde.

J'en veux beaucoup à Carrère (ça lui fait une belle jambe) d'avoir pris le (sage et lâche) parti de lâcher Renaud Camus, mais je ne lui en veux pas plus que ça d'avoir prononcé cette phrase sur les Kurdes et les Afghans dans son appartement, au final.

Sa position n'est pas la mienne, ça n'est rien de l'écrire, mais enfin il a bien le droit de penser cela, cet homme, sans qu'on l'agonisse de noms d'oiseaux (je ne juge personne, j'ai moi-même failli m'étouffer la première fois que l'extrait a été publié sur ce forum).

Tout remplaciste, ou demi-remplaciste, ou pararemplaciste, n'est pas un chien, tout de même.
21 septembre 2017, 23:02   Re : Emmanuel Carrère
En effet M. Pugnière. Sachons raison garder. Ce qui est outrancier est insignifiant, tout ça. Et puis, il faut considérer que les chiens, outre que certains sont doués d'une certaine intelligence que les spécialistes savent mesurer, possèdent un incontestable instinct de conservation. Si les remplacistes étaient des chiens, il n'y aurait pas de Grand Remplacement.

Nonobstant cela, le droit de haîr un personnage public demeure à mes yeux imprescriptible et sain. Un individu libre détient un droit inaliénable à éprouver des affects et à les faire connaître, fusse par des moyens indirect (un forum). On n'appelle pas à la haine de ce bonhomme. On dit qu'on ce qu'on pense de ses déclarations, prises de position politiques, et les sentiments qu'elles suscitent en nous, et on en manifeste le rejet. Cela n'est ni interdit, ni indigne. Pointer du doigt l'incorrigible crétinisme politique chez un individu est parfaitement légitime. Si par ailleurs M. Carrère est un bon écrivain, tant mieux pour lui.
22 septembre 2017, 00:21   Re : Emmanuel Carrère
Franchement, haïr Emmanuel Carrère est bien la dernière chose qui me viendrait à l’esprit.
22 septembre 2017, 09:45   Re : Emmanuel Carrère
Quand Léon Bloy écrit qu'Emile Zola est un "acéphale" et que Paul Bourget est un "eunuque", est-ce de la haine (une "haine" déjà​ présente chez Barbey d'Aurevilly) ?
22 septembre 2017, 12:43   Re : Emmanuel Carrère
Camus a raison : on ne peut pas haïr Don Quichotte, même quand il se confond avec Sancho Panza.
23 septembre 2017, 19:09   Re : Emmanuel Carrère
« Je ne vois, dit Carrère, aucune raison pour que le petit Liré [le village de Du Bellay, le poète — disons Arquà Petrarca, ou Recanati… ] nous appartienne à nous plutôt qu’aux crève-la-faim du Soudan ».

Et pourquoi y auraient-ils autant de droits que nous, c’est-à-dire davantage, ces Soudanais, au séjour qu’ont bâti nos aïeux ? Parce qu’ils sont plus nombreux. Carrère, contrairement aux formes les plus coutumières de l’autocritique remplaciste, qui est en fait une haine de soi, n’invoque pas les crimes des Européens. Non, lui invoque la démographie. Ce qui fait, à l’en croire, que les Africains ont plus de droits que nous à notre bel appartement c’est qu’ils ont dix-sept enfants, ou sept, alors que nous en avons deux, ou pas du tout.


Mais est-ce vraiment le nombre qui confère ce droit, le nombre seul qui en soi ne veut rien dire et semble ici un peu éluder le problème ?
Pour l'énoncer de la façon la plus directe et la plus claire, en reprenant la formule de Carrère, on peut supposer que ce qui semble injuste à ses yeux soit que le crève-la-faim du Soudan ne finisse effectivement par crever s'il y reste, alors que si on lui avait fait un peu de place dans tel village français il aurait pu continuer à vivre ; ce qui est invoqué dans ce cas de figure n'est pas de nature stérilement arithmétique, sorte de façon un peu commode de noyer le poisson (et le migrant par la même occasion), mais pose la question des sacrifices qu'on serait éventuellement prêt à faire pour secourir ceux qu'on considère être en danger, dans la mesure où l'on s'estime être en mesure de le faire.

Tout caricaturalement bobo qu'on soit, c'est une question qu'on est tout de même en droit de se poser, d'autant que les réponses qu'on y apportera seront manifestement diverses et même contradictoires, selon les façons qu'on aura d'évaluer les sacrifices consentis (ou non), la valeur qu'on attribue à la personne d'autrui au regard de ce qu'on aura défini comme ses intérêts vitaux etc.

Bref, là comme en littérature, on n'est pas sorti de l'auberge...
23 septembre 2017, 19:32   Re : Emmanuel Carrère
Citation

Bref, là comme en littérature, on n'est pas sorti de l'auberge...

Voire, comme m'avait répondu un gardien de parking d'entreprise, à qui, par pure politesse, je demandais un soir si tout s'était bien passé pour lui : « M'en parlez pas : on n'est pas sorti de l'auberge de la journée ! »
23 septembre 2017, 19:55   Re : Emmanuel Carrère
S'il y a guerre et misère dans un pays (cas du Soudan) pourquoi émigrer sur un autre continent ? Dans une société d'histoire et de culture tout autres ?

La problématique est immuable : il y a deux mobiles distincts, indépendants l'un de l'autre, à un déplacement sans retour envisageable

1. Le mobile de l'éloignement indispensable d'une condition insupportable (misère absolue, catastrophes naturelles dont changement climatique, guerre, persécutions politiques par un dictateur fou); il s'agit d'un mobile réactif-négatif, et, distinct de celui-là, il y a cet autre :
2. Le désir de construction d'un vie nouvelle, subordonnant un choix par lequel le sujet sélectionne une société, un pays mieux-disant au regard de ses objectifs librement élaborés selon la vision qu'il entretient d'un avenir désirable, pour lui et ses proches; ce n'est plus un mobile réactif-négatif comme en 1. mais proactif-positif ;

Les motifs de fuir sont situés derrière soi ; les motifs à s'installer et à demeurer dans un pays sont situés au-devant de soi. Et rien ne les lie.

Le processus mental du sujet qu'anime le mobile 2 est contraire à celui du mobile 1 : en 1, il y a fuite et sauvegarde de soi, recherche éperdue d'un refuge provisoire; en 2. il y a projection coloniale, quête opportuniste, recherche d'un gain et d'une promotion d'ordre matériel, et ce départ vaut détachement et abandon du pays d'origine au sort funeste qui est le sien.

Le Soudanais arrivé à Paris et convoitant l'appartement de Carrère n'est en rien assujetti au mobile 1 mais tout entièrement animé par le mobile 2. Pourquoi et comment ? Parce que si son cas ressortissait à 1, il se serait arrêté avant. Il n'aurait pas éprouvé la nécessité de prolonger sa fuite jusqu'à Paris. N'ayant pas arrêté sa fuite au premier lieu sûr rencontré, il est un faux réfugié et un véritable opportuniste colonial.

L'urgence de fuir des combats ou des persécutions ou des inondations cycliques (Bangladesh) ne justifie en rien de se rendre à Paris pour y solliciter des aides et un regroupement familial.

Les gouvernements européens, au premier chef le gouvernement allemand, entretiennent à dessein une énorme confusion entre le statut de réfugié et celui de migrant à visée coloniale, jusqu'à mêler à la notion de devoir moral humanitaire l'impératif de faire "financer les retraites" par ceux qu'ils accueillent. La confusion est jouée en quadrille : par stratégie, le migrant mêle et brouille le mobile 1 et le mobile 2; et les gouvernements européens et Bruxelles les brouillent aussi par stratégie esclavagiste. Chez les accueillants, l'humanitaire et l'esclavagiste oeuvrent main dans la main et leur brouillage des motifs 1 et 2 fait répons à celui qu'entretiennent ces migrants opportunistes de leur côté.

Le plus révoltant est de voir certains intellectuels ou figures artistiques français (E. Carrère), dont il est in fine impossible de dire s'ils agissent par naïveté ou par malice, s'ils sont embrouillés ou embrouilleurs; s'il sont parfaitement sots ou parfaitement hypocrites quand ils prennent la parole pour se joindre à ce quadrille de dupes.
24 septembre 2017, 08:48   Re : Emmanuel Carrère
Curieusement, c'est dans une intervention d'Alain Eytan dans un "banquet" qui eut lieu ici il y a un an, que l'on trouve un éclairage utile à ce propos :

En l’occurrence, la "cause première" serait l'auteur, putatif peut-être plutôt qu'avéré, du choix : le sujet de la conscience de soi.
Que nos états à un moment donné, corporels et psychiques, soient le produit d'un inconnaissable et inextricable concours de facteurs, c'est l'hypothèse de travail la plus probable ; mais avec l'émergence d'un sujet conscient il semble se produire quand même un décalage, une solution de continuité dans la série des causes et des effets, dans l'adoption du comportement le plus idoine (l'effet) en réaction à une sollicitation particulière du milieu (la cause) : la conscience réalise un dispositif d'imagerie virtuelle intérieure permettant d'envisager plusieurs possibilités, plusieurs réponses comportementales possibles en réaction à une même situation, ce qui crée censément la possibilité d'un choix dans la conduite de soi.
Dans une telle perspective, la liberté n'est que cette latitude, ce jeu que permet la possibilité d'une visualisation interne du possible entourant le réel, et ce qui semble bien être un choix en découlant.
À mon avis les réductionnistes radicaux de tous types ne rendent pas suffisamment compte de la singularité et de l'importance de l'émergence des états mentaux conscients dans le règne du vivant, non plus qu'ils ne fournissent en réalité aucune explication probante du phénomène de la conscience elle-même, dans ce qu'elle a de spécifique et de complexe.
Curieusement c'est Bergson qui a donné de cela une formulation qui continue de m'apparaître remarquablement claire, et convaincante :
« Dans toute l'étendue du règne animal, la conscience apparaît comme proportionnelle à la puissance de choix dont l'être vivant dispose. Elle éclaire la zone de virtualités qui entoure l'acte. Elle mesure l'écart entre ce qui se fait et ce qui pourrait se faire. À l'envisager du dehors, on pourrait donc la prendre pour un simple auxiliaire de l'action, pour une lumière que l'action allume, étincelle fugitive qui jaillirait du frottement de l'action réelle contre les actions possibles. »


Le demandeur d'asile, le migrant clandestin à Paris, n'est plus poussé par rien. La relation de cause à effet (sujétion douloureuse à une dictature, à un état de guerre permanent, à des catastrophes naturelles en chaîne, etc. causant le départ du pays) s'interromp une fois gagné le premier havre et c'est la conscience qui ensuite prend le relais et organise ses motifs de projection du sujet dans la dimension futurante de l'espace-temps (qui tient tout entière dans le j'irai)

La chaîne des causes et des effets est rompue et cette rupture, ce hiatus, se nomme conscience ou subjectivité libre, soit le phénomène que nient systématiquement les réductionnistes humanistes grossiers et approximatifs, et très peu observateurs, qui prétendent que ledit migrant clandestin "n'a d'autre choix que celui d'être là où il échoue".

Le migrant clandestin est un homme libre et souverain, mille fois plus que ne l'est le contribuable français contraint de le prendre en charge. Une fois exfiltré de l'enfer qu'il affirme vouloir fuir, il jouit de la possibilité d'un choix dans la conduite de soi. Qu'il s'en remette à des passeurs ou des esclavagistes pour monter son projet d'installation au pays de Cocagne, cela ressortit encore à un choix libre de sa part, à l'exercice d'une option stratégique résolument pensée.

Voilà pour le profil de migrant fourbe.

Il existe aussi, en parallèle à celui-là, et mêlé à lui dans le nombre, le profil du migrant-esclave dès le départ : celui que dépêche comme en mission d'éclaireur et de "gagneuse" un clan de blédards à qui il devra envoyer de l'argent et préparer le regroupement dans le pays d'accueil. Celui-là est obligé vis-à-vis des siens, et cette obligation fait la source, le mobile de son départ. Il a peut-être des dettes à solder, ou a été banni de son village pour quelque délit ou offense, ou crime qu'il aura commis contre le clan, etc. Il est missionné dans le pays-cible où on l'envoie, et se trouve, garçon ou fille, dans la position de fille soumise à des souteneurs. Devrait se poser, à son sujet, la question du bien-fondé moral à accompagner et faciliter pareil trafic d'être humain de la part des "humanistes" secoureurs qui s'autorisent à faciliter l'accomplissement de ce plan.

Hormis ce cas, la souveraine "puissance de choix" du migrant clandestin échoué à Paris ou à Calais est intacte, ce qui s'accorde du reste avec son arrogance, sa tête haute, son mépris de l'indigène soumis aux lois de son gouvernement.
24 septembre 2017, 15:15   Re : Emmanuel Carrère
Par conséquent l'essentiel à ce sujet est ceci :

- Que les relations de cause à effet brutes et automatiques sont inopérantes dès que la conscience humaine s'interpose;
- Qu'il n'y a pas d'effet papillon dans un monde où les hommes interfèrent avec les lois de la nature;
- Que non, il n'est, en vertu de ce qui vient d'être énoncé dans les deux lignes supra, aucune relation logique objectivable entre une inondation au Bangladesh et une demande d'aide et de regroupement familial à Paris;
- Que la conscience humaine, le calcul, la ruse, l'intérêt, se seront interposés dans la chaîne physique des causes et des effets entre une inondation au Bangladesh et un dépôt de dossier de prise en charge par des migrants à Paris;
- Que le bobo parisien, magnifiquement incarné par notre Emmanuel Carrère, est un observateur fort grossier, qui se refuse à imaginer que, chez ses protégés virtuels ou théoriques, la conscience humaine, l'intelligence, la ruse et l'intérêt sont en mode actif 24 heures sur 24;
- Que le même bobo parisien n'est prêt à reconnaître de conscience humaine qu'à lui-même en reléguant à l'endroit de ses protégés une conscience en carton, celle de la représentation animée qu'il se donne d'une sphère humaine qui n'est pas la sienne;
- Que convaincu que s'il y a des migrants à sa porte, c'est que ceux-ci ont subi une pression mécanique pour s'y presser, le bobo parisien bien né et bien logé se révèle ainsi un ethno-centriste de la pire espèce, qui ne reconnaît à l'autre, le grand Autre auquel il voue un culte sacrificiel, aucune conscience, aucune souveraineté de choix, aucune humanité ni aucune complexité qui pourrait être comparable à la sienne.

Soyons justes et méchants : souhaitons-lui de se faire massacrer par ses protégés comme il le mérite, et que sa fin soit précédée de l'éclair de conscience que sa désolante existence lui aura refusé.
24 septembre 2017, 16:40   Re : Emmanuel Carrère
Soyons justes et méchants :



- Emmanuel Carrère ne trouve rien à redire quand il s'agit de prendre les migrants parisiens pour les éparpiller façon puzzle dans la France profonde. Au lieu de les héberger chez lui, il a poussé son courage jusqu'à les laisser partir, sans doute pour les accompagner à Guéret et y écrire un prochain roman:
 
L'éxilé migrant

(Réflexion sur l'avantage d'avoir où aller du côté de la Creuse)

 
24 septembre 2017, 16:59   Re : Emmanuel Carrère
Carrère, c'est un peu le Raffarin de la littérature française - un "sauveur" lui aussi. On se souvient que le sénateur de la Vienne voulait "sauver les campagnes avec les migrants"...

« Nous avons dans notre monde rural un déficit démographique important. Très souvent, on ferme des écoles. On pourrait très bien en sauver un grand nombre en faisant en sorte qu'une, deux ou trois familles puissent venir dans un certain nombre de villages ».
25 septembre 2017, 17:36   Re : Emmanuel Carrère
» Le migrant clandestin est un homme libre et souverain, mille fois plus que ne l'est le contribuable français contraint de le prendre en charge. Une fois exfiltré de l'enfer qu'il affirme vouloir fuir, il jouit de la possibilité d'un choix dans la conduite de soi. Qu'il s'en remette à des passeurs ou des esclavagistes pour monter son projet d'installation au pays de Cocagne, cela ressortit encore à un choix libre de sa part, à l'exercice d'une option stratégique résolument pensée.

J'avoue, Francis, que j'ai un peu de mal à cerner votre propos : soit une famille de réfugiés syriens ayant fui à toutes jambes sa ville, Alep par exemple, où les conditions de vie étaient devenues, on peut le concevoir, intenables, famille qui se retrouve donc au gré de tribulations assez éprouvantes aux portes de l'Europe : je n'arrive pas à comprendre en quoi le fait que ces gens soient aussi des hommes (ô surprise !) et donc doués de conscience, devrait infirmer la conception de la justice de M. Carrère selon laquelle il croit devoir leur prêter assistance de quelque façon, parce qu'il estime qu'ils sont en souffrance et dans le besoin ?? Cela me paraît même assez fumeux...
Au contraire, pourrait-on vous repartir : la conscience qu'on a de la précarité de son état redouble la sensibilité et accroît la souffrance, ce que les meilleures âmes s'empresseront d'autant de vouloir soulager...
Ayons tout de même un peu les pieds sur terre : il n'est après tout pas si inconcevable que des personnes en principe aussi "libres et souveraines" qu'on voudra, quand elles sont bien au chaud dans leur lit, puissent aussi se trouver tout à coup ballottées comme des fétus, totalement à leur corps défendant, si les circonstances deviennent dramatiques, allons...

En vérité, s'agissant de la notion d'impératif moral qu'il estime lui incomber, je crois qu'on ne peut rien remontrer du tout à Carrère : c'est son sentiment et sa conviction, et en tant que tels ils sont inattaquables, car aucune valeur invoquée n'est réductible aux seuls faits ou à la raison : tout ce que vous pouvez tenter est de faire valoir les vôtres, de valeurs.
25 septembre 2017, 18:21   Re : Emmanuel Carrère
Il me semble que le b,a ba de la morale est de ne pas imposer aux autres ce qu'on n'impose pas à soi même. Carrère a beau jeu de dire que si les immigrés devaient trop le gêner il s'installerait ailleurs, mais il se garde bien d'évoquer le cas de ces centaines de milliers de personnes qui ne peuvent, précisément, ''s'installer ailleurs'' et vivent au contact permanent des nocences d'une certaine immigration. Sa posture relève très exactement du pharisaïsme et du plus révoltant qui soit.
25 septembre 2017, 20:05   Re : Emmanuel Carrère
Le monde est vaste Alain. Il y a, entre Alep et Paris, entre Chittagong et Paris, le vaste monde. La détresse s'oriente en lui, le vaste monde, par arbitrages et par choix, ne vous déplaise. C'est ne rien connaître, non pas à l'humain mais bien au détail concret des choix humains dans les circonstances mondaines, que de supposer une relation mécaniste, inhumaine entre un drame au Bangladesh et l'irruption du nombre des dossiers de demande d'asile à Paris.

Encore un fois, la souffrance n'exclut en rien la liberté du choix d'une destination dès lors que l'exfiltration est faite. Pourquoi diable des réfugiés musulmans d'un pays ou d'une société troublés ne font-ils pas le choix de se rendre dans un pays musulman pour y trouver refuge ? Pourquoi Paris alors ? La réponse est désolante de réalisme trivial : parce que la soupe est meilleure à Paris.

Prêter assistance à qui et pourquoi ? Des centaines de milliers de Français qui n'ont jamais connu d'autre pays que la France, dont les parents n'ont jamais connu d'autres pays que la France et qui n'ont jamais eu la liberté de choisir entre ce pays et un pays tiers, vivotent et périssent avec moins de huit cents euros par mois. Que Carrère ne s'en émeut-il ? La réponse est tout aussi désolante : parce que le crève-la-faim souchien n'est pas bandant pour un Emmanuel Carrère. Voilà. Le bobo est un romantique dégradé, qui flaire mal le souchien et lui préfère la misère exotique. Ce n'est pas nouveau, c'est connu de long temps.

Chacun prête assistance à qui il veut, c'est entendu, et Carrère a le droit de préférer le chercheur d'opportunités international qui s'abattra sur sa ville pour avoir compris que les paumés façon Carrère y sont prescripteurs majoritaires en matière de don, certes. Mais point de philosophie là-dessus svp. Chacun a loisir de choisir le gueux qui lui sied pour ses dons et ses penchants à la charité mais chacun a aussi le droit de ne point vouloir entendre la chanson du Bien qui prétend vouloir accompagner ce choix et ce penchant tordu.
25 septembre 2017, 20:22   Re : Emmanuel Carrère
Citation
Cassandre
Il me semble que le b,a ba de la morale est de ne pas imposer aux autres ce qu'on n'impose pas à soi même. Carrère a beau jeu de dire que si les immigrés devaient trop le gêner il s'installerait ailleurs, mais il se garde bien d'évoquer le cas de ces centaines de milliers de personnes qui ne peuvent, précisément, ''s'installer ailleurs'' et vivent au contact permanent des nocences d'une certaine immigration. Sa posture relève très exactement du pharisaïsme et du plus révoltant qui soit.

En somme, chère Cassandre, vous voudriez que les personnes vertueuses renoncent à leur vertu par obligation envers celles qui à leurs yeux ne le sont pas du tout ?
Sacré hommage que la vertu rendrait au vice, alors...
25 septembre 2017, 21:43   Re : Emmanuel Carrère
Cernez-vous mieux mon propos, Alain ?
26 septembre 2017, 10:40   Re : Emmanuel Carrère
Cher Alain, Je ne réclame pas la vertu, je réclame seulement de ceux qui n'en ont pas qu'ils ne fassent pas comme s'ils en avaient plus que les autres. Je réclame d'eux ce service minimum dû à la morale la plus élémentaire.
26 septembre 2017, 11:12   Re : Emmanuel Carrère
que les personnes vertueuses renoncent à leur vertu
//

En quoi les Amis du Désastre sont-ils vertueux, ou nécessairement vertueux ? Comme le dit R. Camus (de mémoire) : "La morale est de notre côté."
26 septembre 2017, 17:49   Re : Emmanuel Carrère
Francis, à ma connaissance la grande majorité des réfugiés syriens (il doit y en avoir près de 5 millions je crois), par exemple, a trouvé refuge dans les pays limitrophes, essentiellement la Turquie ; le reste tente de s'installer en Europe, oui, et alors ?
Contrairement à ce que vous dites, le monde n'est pas du tout si vaste, quand il s'agit de trouver la meilleure destination, c'est-à-dire celle dont le niveau de vie correspond à celui des pays dits "développés" ; qu'on veuille jouir des meilleures conditions de vie dans un possible pays d'accueil est-il en soi si surprenant ?
La très grande majorité des juifs fuyant le Yiddishland face à la violence des pogroms au début du siècle dernier n'aspiraient guère à s'installer en priorité au Kamtchatka ou en Papouasie, ni même en Palestine d'ailleurs, mais aux États-Unis, dont les lumières paraissaient, d'un trou shtétlique quelconque, au moins aussi miroitantes que pourrait sembler alléchante la soupe à paris quand on est agglutiné, avec bagages et famille, dans un camp états-unien de fortune au milieu de nulle part.
Et je suis désolé de vous contredire encore une fois, mais à mes yeux l'attraction qu'exerce le bloc des pays "riches" aux yeux des crevards déracinés de tout genre, pratiquement comme un appel d'air, est tout à fait de type "mécaniste" : le "Nord" opulent et (encore) paisible et stable attire comme un aimant la masse éjectée du "Sud" miséreux ou à feu et à sang, ce n'est pas une nouvelle fracassante et c'est même dans la nature des choses.

Quoi qu'il en soit, le fait est là : ces "migrants" (parmi lesquels se trouvent aussi, j'en suis pour ma part persuadé, d'authentiques réfugiés totalement largués et éperdus venant de contrées où, véritablement, on ne peut plus vivre, ou alors dans des conditions extrêmes), ces migrants donc se pressent aux portes, et, quel que soit leur degré de conscience de soi, se pose pratiquement la question de la conduite à tenir à leur endroit : un Carrère pense qu'on peut se serrer un peu et les accueillir, moyennant quelques inconvénients de confort et de tranquillité, peut-être importants en soi mais mineurs au regard de la prééminence axiologique du principe moral d'assistance à personne en danger, et c'est ma foi son droit ; d'autres érigent comme valeurs supérieures l'égoïsme nécessaire et l'indifférence naturelle aux malheurs d'autrui, cela amplifié au niveau "national", et dans cette précellence absolue de la nécessité de la préservation de soi avant tout invoquent la légitime défense pour refuser catégoriquement et sans façon d'accueillir ce monde ; c'est aussi leur droit.
Franchement, présenter les choses autrement me paraît un peu hors de propos...
26 septembre 2017, 19:06   Re : Emmanuel Carrère
un Carrère pense qu'on peut se serrer un peu et les accueillir, (...) , et c'est ma foi son droit ; d'autres érigent comme valeurs supérieures l'égoïsme nécessaire et l'indifférence naturelle aux malheurs d'autrui,

C'est tout de même un peu manichéen.
Un pays, pour l'encyclopédie Diderot, c'est un peuple, un territoire. C'est pas le château des courants d'air.
Si l'on ne considère que le point de vue de Carrère, on peut dire qu'un pays est civilisé à condition d'être hospitalier.
Soit. Encore faut-il savoir à qui s'adresse cette hospitalité.
Vous parlez des Syriens.
Qu'est-ce que la Syrie vient faire la-dedans ?
En 2015 en France, 51% des migrants mineurs isolés, venaient d'Afghanistan. Pourquoi d'Afghanistan ? Pourquoi seulement des mineurs ? Pourquoi ce systématisme alors que les courants de l'immigration ont aujourd'hui perdu tout caractère géographique.


26 septembre 2017, 19:34   Re : Emmanuel Carrère
Pour Carrère, pour Alain (?), l'homme est un être en devenir, pérégrinal : il doit s'éparpiller dans l'espace et se disperser dans la durée. La croyance en l'appartenance à un peuple et à un territoire serait une consolidation de son être, lequel être se doit d'être fluide.
27 septembre 2017, 17:46   Re : Emmanuel Carrère
Oh, pour Alain, tout du moins, l'homme en général ne doit rien du tout... Mais comme toute prédétermination est fatalement limitation, et, pour employer les grands mots, l'âme étant toujours infiniment plus vaste que tout peuple et territoire, elle s'y trouvera nécessairement comme qui dirait gênée aux entournures...
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