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Alexandra Henrion-Caude magistrale face à un médecin qui veut imposer le vaccin à tout le monde

Envoyé par Pierre Jean Comolli 
[www.youtube.com]


Grandeur de cette dame – belle, ce qui ne gâche rien. Elle redit notamment que ce qui est injecté n'est pas un vaccin mais une tambouille génético-prophylactique fourguée au marché sans avoir fait l'objet d'une véritable mise à l'épreuve. (On peut penser qu'appeler vaccin un traitement a permis d'agir ainsi, à toute berzingue.) Face à elle, un mur : ce qui compte, c'est la balance bénéfice-risque, là, tout de suite, zozote le médecin masqué. Mais justement, c'est le risque à long terme qui, faute de temps laissé par Big Pharma, n'a pas été évalué dans toutes ses dimensions de sécurité... Donc oui, demain l'oncle Gustave, 75 ans, diabétique, se fait vacciner, qu'on se rassure il ne fera pas de forme grave, et, surtout, tonton n'ira pas encombrer le service de réanimation de Cochin (le fantasme d'un hôpital sans malade ne rejoint-il pas celui d'une école sans élève? ) Mais on ne sait pas DU TOUT dans quel état sera l'oncle Gustave dans 6 mois !

(Hier, son directeur de thèse, Axel Khan, homme de pouvoir et de médias, tenait ces propos mensongers et affligeants : "La situation épidémique est stable, mais stable dans l'intolérable". Il y a quelques mois, ce pleutre flinguait son élève, directrice de recherche, habilitée à diriger des thèses, auteure de nombreux articles... Perronne, Henrion-Claude et Raoult sont traités de charlots par les représentants d'organismes qui les ont couronnés – étonnant, non?)
14 février 2021, 22:08   Petit débriefing
La question est évidemment de savoir qui croire davantage, pour autant qu'on ne soit pas généticien, virologue ou voyant extralucide sondeur de réel : petit récapitulatif d'un long interview entendu hier à la radio israélienne du Pr Gili Regev, directrice du service des maladies infectieuses à l’Hôpital Sheba ; point un charlot, ou une charlotte, pragmatique, raisonnant juste et droit, prudente et critique, et je ne vois a priori aucune raison de douter de ses dires, de sa compétence et sa bonne foi :
le vaccin à l'ARNm est une prouesse technique impressionnante et prometteuse ;
son efficacité est remarquable et conforme aux résultats obtenus lors des essais cliniques, cela dans toutes les tranches d'âge, et procure même une protection "plus que satisfaisante" contre le variant sud-africain ;
après la vaccination de plus de 160 000 000 de personnes avec ce type de vaccin, l'on peut dire avec une quasi certitude que les effets secondaires (à court terme) induits sont négligeables ;
n'ayant pas assez de recul pour pouvoir démontrer absolument une innocuité à long terme et l'absence d'effets proprement génétiques, ce médecin rejette néanmoins la possibilité de ces derniers comme infondés et pratiquement, si je traduis littéralement son propos, "contraires à la logique biologique éprouvée", cela concernant surtout l'éventuelle pénétration des brins d'ARN dans le noyau cellulaire, la modification génétique, et les réactions auto-immunes placentaires.
Bref, du tout bon, et la seule chose qui la désole est que tous les Israéliens ne se ruent illico dans les centres de vaccination...

Bien, faites votre choix, mais personnellement, le discours de l'Israélienne me paraît plus solide, plus argumenté, plus à jour et empiriquement fondé, donc plus crédible, que celui de la généticienne française, surtout grevé par une opposition de principe dont il me semble difficile de rendre compte "scientifiquement"...

Sinon, nous n'allons pas reprendre la bataille un peu vaine des chiffres et des données, mais le consensus est ici de plus en plus grand concernant l'efficacité de ce vaccin, au regard des résultats obtenus et de plus en plus imputables à la vaccination seulement, car ils concernent surtout la baisse spectaculaire des taux d'infection et de la morbidité parmi les plus de 60 ans, catégorie de la population ayant été très largement la plus vaccinée dans le pays.
Croyez en Tsahal, c'est plus sûr:

The IDF Military Intelligence Directorate (Aman) warned on Saturday night that the speedy vaccination campaign for Corona—in order to keep up with the current outbreak in Israel—could lead to an Israeli mutation of the virus that would be resistant to the available vaccines.

A document from the Aman Information and Knowledge Center recommends treating the vaccinated and recovering individuals in a similar way: they, too, must be tested and may even be sent to quarantine. The document warns that this population could be infected with a “problematic mutation,” meaning one that can cope with the vaccine, and they may spread their evolved virus in the community.

Aman officials suggest taking steps to reduce morbidity to a minimum, and monitoring the development of localized versions of the virus through extensive genetic examinations. The document reads: “The mass vaccination operation that takes place in parallel with an active outbreak in the country may lead to an ‘evolutionary pressure’ on the virus, a condition that could cause mutations that give viruses a certain advantage over the vaccine and if this takes place they would spread significantly in the population.


[www.jewishpress.com]
Cette publication d'AMAN date d'il y a deux mois ; elle a suscité une certaine méfiance auprès de la communauté médicale, qui n'approuvait en général pas ces conclusions, et surtout parce que personne ne sait au juste qui sont les membres de l'officine chargée de les rédiger et sur quelles données ils se fondent : c'est secret...
Le plus étonnant est qu'AMAN recommande en fin de compte d'accélérer la vaccination : à tout berzingue et le plus de monde possible, ce que vous pourrez lire en traduisant cette page.

Enfin, pour l'instant, apparemment pas encore de petit mutant sabra... nous verrons bien...
Oui Alain. L'article que je vous ai cité date du 24 janvier. Si vous dites que cette publication date de l'an dernier, c'est que que vous avez des informations que je n'ai pas. Que voulez vous ?

De manière générale, il transpire que Tsahal, armée qui n'a jamais perdu une guerre (ni même, je crois, une seule bataille), se méfie de ces vaccinations. Or, il y a guerre mondiale, d'après les Grands Sachants (Bill Gates, Davos and co.). Mon message se limitait à vous dire que si Tsahal a des doutes stratégiques dans cette guerre, il est de bon conseil de les prendre en considération.
Je vous traduis vite fait les passages qui nous intéressent de la page donnée plus haut :

« Au sein d'AMAN on a exprimé l'inquiétude que la campagne de vaccination qui a lieu parallèlement à une montée en puissance de la morbidité pourrait conduire à l'émergence d'un variant local du virus résistant au vaccin. C'est pourquoi AMAN recommande d'accélérer la vaccination, de maintenir autant que possible les mesures de confinement compte tenu de la présence du variant anglais, et d'œuvrer vigoureusement à la réduction de la morbidité et à l'identification d'éventuels variants locaux du virus. (...) Le vaccin permettra au pays de recouvrer une vie normale seulement si l'on pourra concrétiser les avantages qu'il procure dans la réduction de la morbidité et de la létalité dues aux souches virales actuellement connues. »

Bon, pas de quoi en faire tout un plat non plus, d'autant que la soldature confidentielle semble en l'occurrence dire un peu tout et son contraire, le tout gratiné de quelques généralités...

Et je vous rappelle, Francis, qu'Israël a bien failli perdre une guerre, justement, à cause des estimations totalement erronées d'AMAN, et de la généralissime grosse tête qui le commandait, un certain Zeira, beaucoup trop imbu de la réputée infaillibilité de ses services : c'était en 73.
Soit dit en passant, ce n'est pas la dernière fois que le renseignement militaire israélien s'est complètement planté dans ses estimations...
Il est étonnant, Alain, que vous ne puissiez afficher une once de scepticisme à l'endroit de ces vaccins dont la mise à l'épreuve en mondovision soulève toutes les questions qui étaient à prévoir compte tenu des conditions proprement aberrantes dans lesquelles ils ont été conçus. Le NYTimes, pourtant véritable directeur de communication de tous les protagonistes de la science dominante, publie régulièrement des articles sur les effets secondaires du vaccin Pfizer (le dernier en date à propos d'une horrible maladie auto-immune hémorragique provoquée dès la première injection).
Au risque de l'exagération (même des surinterprétations du paranoïaque complotiste il peut rester quelque chose) on se doit d'adopter une posture critique et questionnante face à l'imposition de stratégies sanitaires badigeonnées d'idéologie et à l'efficacité plus que douteuse. C'est une question d'éthique.
Prenons simplement la question de la pression de sélection sur le virus, question qui ne s'impose pas pour rien dans le débat. Plus on agit sur ce con de virus, plus il devient intelligent et trouve la parade en mutant et en se renforçant. Tout le monde est d'accord sur ce point, y compris Delfraissy. Eh bien, à cette aune du savoir, on est en droit de se dire que le vaccin, après les mesures barrière, oblige à son tour le virus a développer de nouveaux moyens d'échappement. Il en va de ce virus comme de la cellule cancéreuse : plus vous cognez sur un seul des éléments saillants qui le compose (en l'occurrence la protéine Spike) plus il riposte en déplaçant son champ de force et sa puissance.
Je posterai plus tard un article tout simple sur les cellules cancéreuses. Ce qui y est expliqué des impasses thérapeutiques qu'imposent ces dernières vaut mot pour mot pour le Covid (pour rappel, le fondateur de BioNTech poursuit depuis l'enfance un fantasmatique rêve de guérison des cancers).
L'article en question :

"Cancer : face au poison des cellules persistantes, la créativité des chercheurs comme antidote
Par Florence Rosier
Publié le 02 février 2021 à 18h30 - Mis à jour le 10 février 2021 à 18h55


Même bombardés de traitements, de petits bataillons de cellules cancéreuses survivent, tapis dans l’organisme. Les chercheurs tentent de les démasquer, afin de les neutraliser avant qu’ils ne provoquent des rechutes. Focus sur ce pan méconnu de la recherche anti-cancer à l’occasion de la Journée mondiale contre cette maladie, le 4 février.

Jamais cellules « malignes » n’ont aussi bien porté leur nom. Les cancérologues le savent trop bien : sous la pression des traitements qui les assaillent, les cellules tumorales se métamorphosent, s’adaptent et esquivent ces armes thérapeutiques. Leurs plus fameuses défenses ? Les mutations de résistance qu’elles acquièrent et accumulent dans leur génome.

Mais il y a plus pernicieux – et méconnu encore. Çà et là, quelques cellules cancéreuses poussent la malignité jusqu’à peaufiner d’autres stratégies de dérobade, sur tous les fronts. On les nomme « cellules cancéreuses persistantes ». Tapies dans l’ombre, indétectables par l’imagerie traditionnelle, elles échappent et survivent à la mitraille des traitements (chimiothérapies, immunothérapies, thérapies ciblées, hormonothérapies, radiothérapies…).

Mais ces cellules furtives, souvent, finissent par se réveiller. « Elles peuvent être à l’origine de métastases ou de rechutes précoces ou tardives, relève la professeure Caroline Robert, chef du service de dermatologie à Gustave-Roussy et codirectrice d’une équipe de recherche sur le mélanome (Inserm, Villejuif). Quand un cancer est métastatique, les traitements peuvent offrir des rémissions très durables, voire des guérisons. Mais celles-ci sont très rares. » Le réveil de ces cellules, pour les patients dont les tumeurs avaient semblé disparaître, est évidemment une cruelle déception.

« Une armée invincible, invisible »

En témoigne l’histoire de ce patient atteint de mélanome. Porteur de nombreuses métastases sous-cutanées, visibles sous forme de boules, il reçoit une thérapie ciblée (un anti-BRAF). Trois mois après, ses métastases ont disparu, comme le confirme l’imagerie scanner et IRM. Mais neuf mois plus tard, elles réapparaissent – exactement aux mêmes endroits. « Il est très fréquent que les récidives surviennent sur les même sites que la tumeur de départ ou que ceux des métastases, souligne Caroline Robert. C’est un fort indice de l’existence de ces cellules persistantes. »

Ces cellules maléfiques ont été découvertes en 2010 par Jeffrey Settleman, alors à l’école de médecine de Harvard – depuis 2019, il dirige la R&D en oncologie du géant Pfizer. Elles forment « une armée invincible en temps de paix, invisible en temps de guerre », écrivent les auteurs d’une synthèse sur le sujet, publiée fin 2020 dans la revue Cell et coordonnée par Caroline Robert.

Invincibles, ces cellules persistantes ? C’est pour faire mentir ce dogme qu’une vingtaine d’équipes à travers le monde tentent de relever le défi. Depuis une dizaine d’années, elles s’efforcent de démasquer les stratagèmes de ces cellules dormantes pour développer des contre-offensives.

Première interrogation : quels sont les processus évolutifs en jeu ? La question ravive le vieux débat entre darwiniens et lamarckiens. Darwin défend la loi de la sélection naturelle : parmi toutes les variations possibles créées par le hasard, seuls survivent et se multiplient les individus porteurs des variations qui les favorisent, dans un milieu donné. Lamarck, lui, prônait l’hérédité des caractères acquis : l’environnement lui-même produirait des variations, qui seraient transmises à la descendance. La suite donnera raison à Darwin.

Mais pour les cellules cancéreuses ? « La persistance des cellules cancéreuses, en théorie, fait appel à deux principaux mécanismes, racontent les auteurs de la synthèse dans Cell. Soit ces cellules préexistent avant la mise en route du traitement médicamenteux, et elles sont sélectionnées par ce traitement selon les lois classiques de l’évolution darwinienne. Soit elles deviennent persistantes à cause de ce traitement, selon un processus d’adaptation de type lamarckien. » Dans cette dernière hypothèse, la capacité de résister à la drogue serait induite par le traitement. Il n’est pas exclu que les deux scénarios coexistent dans une même tumeur.

De fait, une adaptation de type lamarckien contribue bel et bien au développement des résistances dans des mélanomes. C’est ce qu’a montré l’équipe du professeur Jean-Christophe Marine, de l’université de Louvain en Belgique (Rambow F. et al., Cell, 2018).

Un an plus tard, une équipe italienne découvre que, sous la pression des traitements, les cellules de cancer colorectal humaines peuvent doper leur aptitude à muter (Russo M. et al., Science, 2019). Ces cellules, en effet, inhibent leurs mécanismes de réparation de l’ADN. Conséquence logique : des erreurs se produisent quand leur ADN est copié, lors des divisions cellulaires. Et cela favorise les mutations. « Tout comme les bactéries exposées à des antibiotiques, les cellules tumorales persistantes échappent à la pression des médicaments en augmentant leur capacité à muter. Cette hypermutabilité est temporaire. Elle cesse dès que les cellules se sont adaptées à leur nouvel environnement, par exemple en acquérant une résistance permanente aux médicaments », explique le professeur Alberto Bardelli, de l’université de Turin (Italie), à l’origine de ce travail.

Une fenêtre thérapeutique pour agir

Les cellules persistantes ont une autre caractéristique : leur hétérogénéité. Prenons une lignée de cellules cancéreuses en culture, toutes issues du même clone – donc génétiquement identiques. Pour autant, « elles ne sont ni homogènes ni synchrones », souligne Caroline Robert. Elles ne se divisent pas au même moment (elles sont dans des « états du cycle » différents) et ne se nourrissent pas de la même façon (elles sont dans des « états métaboliques » différents).

Maintenant, appliquons une chimiothérapie anticancer sur ces cellules en culture. Presque toutes meurent, mais quelques-unes subsistent. « Elles sont dans un état d’invulnérabilité transitoire vis-à-vis de ce médicament. » Retirons maintenant ce dernier du milieu, pendant une dizaine de jours. Les cellules perdent alors cette invulnérabilité. Mais si l’on maintient très longtemps la pression de sélection du médicament, elles vont finir par acquérir des mutations de résistance. « Chez les patients, cela nous laisse, en théorie, une fenêtre thérapeutique pour agir avant leur apparition », explique Stéphan Vagner, directeur de l’unité Biologie de l’ARN, signalisation et cancer (Inserm, CNRS) à l’Institut Curie. L’enjeu : tuer ces cellules avant qu’elles n’acquièrent ces mutations irréversibles.

Maintenant, examinons à quoi ressemblent les cellules résiduelles de mélanome, après un traitement médicamenteux des patients. « Nous avons trouvé des cellules très différentes au sein d’une même lésion, raconte Jean-Christophe Marine. Cela indique qu’elles sont capables d’activer des programmes d’échappement aux traitements très distincts, ce qui complique le développement de traitements dédiés. » Certaines cellules devenaient plus spécialisées, d’autres moins. Celles-là étaient les plus dangereuses : « Elles reformaient bien plus rapidement des tumeurs réfractaires aux traitements. »

Mais comment font ces cellules pour résister aux thérapeutiques ? Elles déploient quatre grands stratagèmes. « Toutes sont en capacité d’adopter ces quatre stratégies, mais pas forcément en même temps », indique Caroline Robert.

Détournement et métamorphoses

Première ruse : elles détournent l’environnement tissulaire à leur profit. « C’est la stratégie en amont des trois autres », estime Raphaël Rodriguez, chercheur CNRS, qui dirige l’équipe Chimie et biologie du cancer à l’Institut Curie. Décidément retorses, ces cellules vont, par exemple, rééduquer celles qui les entourent (fibroblastes, macrophages…) pour qu’elles leur fournissent des nutriments et des cytokines (EGF, TGF-bêta…). « Elles pourront alors déployer leurs autres ruses. Pour cela, elles devront activer certains de leurs gènes et en inhiber d’autres. » Cette reprogrammation met en jeu des processus épigénétiques. En clair, l’activité des gènes est modifiée sans toucher à la séquence de l’ADN. Comment ? A l’aide de modifications chimiques (méthyles) présentes tout au long de l’ADN, en des sites bien spécifiques. Des « Post-it » en somme, qui signalent les gènes à activer et ceux à réprimer.

Une énigme demeure : quel est le rôle des tissus normaux où se terrent ces cellules tumorales persistantes ? Divers types de cellules – fibroblastes, cellules adipeuses, cellules des vaisseaux sanguins, de l’immunité, etc. – peuvent interagir avec elles. « Comment ces cellules saines interviennent-elles dans l’émergence et le maintien de ces cellules tumorales ? C’est un domaine largement inexploré », souligne Steven Altschuler, professeur de chimie pharmaceutique à l’université de Californie à San Francisco.

Deuxième ruse déployée par ces cellules : elles modifient leur façon de se nourrir et de fonctionner (leur « métabolisme »). Voici ce qui se passe, par exemple, pour des mélanomes porteurs de mutations du gène BRAF (présentes chez la moitié des patients). Ces cancers peuvent être traités par une bithérapie inhibant les gènes BRAF et MEK. « Cette combinaison est très efficace, mais son action est le plus souvent limitée dans le temps », note Caroline Robert. En cause dans les récidives, les cellules cancéreuses persistantes. « Nous avons montré qu’elles modifient leur source d’énergie. Au lieu de dégrader le glucose dans le cytoplasme, elles oxydent des acides gras dans des structures intracellulaires, les peroxysomes et les mitochondries », raconte Caroline Robert. Dans d’autres cancers, d’autres équipes ont dressé le même constat.

Cette découverte a inspiré des pistes thérapeutiques. Parmi les cibles pointées, une enzyme indispensable à cette source d’énergie alternative, nommée « bêta-oxydation des acides gras ». L’équipe de Gustave-Roussy est parvenue à inhiber cette enzyme-clé par un neuroleptique (un médicament abandonné à cause de sa toxicité cardiaque, « mais on pourrait facilement trouver d’autres médicaments avec le même effet », juge Caroline Robert).

Résultat : les lipides s’accumulent dans les cellules cancéreuses. Et celles-ci meurent, asphyxiées par tout ce gras. « Chez des souris greffées avec un mélanome humain BRAF muté, nous obtenons une réponse thérapeutique durable en combinant trois molécules : les deux thérapies ciblées anti-BRAF et anti-MEK et notre molécule inhibant cette enzyme », se réjouit Caroline Robert, dernière auteure de ce travail (Shen S. et al., Cell Report, 2020).

Troisième subterfuge : tels des espions infiltrés dans l’organisme des patients, ces cellules changent d’identité et travestissent leur apparence. Voici une de leurs spectaculaires métamorphoses. Elles peuvent passer d’une forme « épithéliale » à une forme « mésenchymateuse ». Alors que les cellules épithéliales adhèrent entre elles et présentent une polarité (un haut et un bas, une droite et une gauche avec des formes et des fonctions différentes), les cellules mésenchymateuses, elles, perdent cette adhérence et cette polarité. Elles se détachent et migrent facilement, ce qui est propice à la dissémination métastatique. Et elles « entrent dans un état réfractaire à la chimiothérapie », relève Raphaël Rodriguez.

L’addiction au fer, talon d’Achille

Cette transformation a livré une nouvelle cible thérapeutique. Le fer en est le sésame. Voici comment : pour adopter un état mésenchymateux, les cellules cancéreuses doivent capter énormément de fer. Pour cela, elles exploitent une voie d’entrée originale : une protéine membranaire nommée CD44, présente en quantité à leur surface (cette protéine interagit avec de longs filaments extracellulaires, les hyaluronates, pour faire entrer le fer dans la cellule). Une fois le fer internalisé, il aboutit dans la mitochondrie et le noyau. Là, il favorise l’activation des gènes nécessaires à l’état mésenchymateux – un processus épigénétique. Cette découverte a été publiée dans Nature Chemistry, 2020.

Surtout, elle a révélé un talon d’Achille de ces cellules. « Cette addiction au fer les rend vulnérables au stress oxydant et à une forme particulière de mort, la “ferroptose” », souligne le chercheur. Une stratégie thérapeutique est née. Des molécules comme l’ironomycine parviennent à séquestrer le fer dans un compartiment cellulaire (le lysosome). Résultat : elles bloquent la plasticité de ces cellules et peuvent induire leur mort à plus long terme (Nature Chemistry, 2017). Une alchimie par le fer, en somme, qui transforme en poussière ces cellules nocives ! Ces travaux ont valu à Raphaël Rodriguez un prix international (Tetrahedron) en 2019. Cinq brevets ont été déposés par le CNRS, et une molécule est en cours de développement par une start-up, SideROS.

D’autres laboratoires exploitent cette même vulnérabilité. A l’université de Californie, à San Diego, l’équipe du professeur Matt Hangauer a mis le doigt sur une autre cible prometteuse, baptisée GPX4. « Ce gène antioxydant protège les cellules persistantes de la mort par ferroptose », explique le chercheur (Hangauer M. et al., Nature, 2017). Ces cellules sont donc vulnérables à l’inhibition de ce gène. « C’est une cible thérapeutique de choix pour tuer ces cellules et prévenir le développement de mutations de résistance. »

Prédire la réponse

Quatrième et dernière ruse : ces cellules ralentissent leur prolifération. En se multipliant à bas bruit, elles passent sous le radar du système immunitaire et de l’imagerie médicale. Là encore, les processus en jeu ont été décryptés pour certains mélanomes. Dans cet état très ralenti, ces cellules cancéreuses ne fabriquent que très peu de protéines à partir de leur stock d’ARN messagers (ARNm). Pourtant, une sous-population d’ARNm, qui reste traduite en protéines, conduit aux résistances thérapeutiques, ont montré les équipes de Caroline Robert et Stéphan Vagner (Shen S. et al., Nature Communications, 2019). Une piste thérapeutique est donc développée par ces équipes, dans le cadre d’une collaboration entre Gustave-Roussy et l’Institut Curie : le blocage sélectif de la traduction de ces ARNm.

Autre découverte, toujours sur les mélanomes : soumises à la pression des médicaments, « les cellules persistantes activent des voies de signalisation normalement utilisées par les cellules de la peau, raconte le professeur Peter Sorger, de l’école de médecine de Harvard (Massachusetts). Elles produisent alors des signaux favorables à leur croissance. Mais ces signaux sont émis d’une façon pulsatile, d’où leur division ralentie. » Un travail publié dans Cell Systems fin 2020 (Gerosa L. et al.).

Dernier exemple de la créativité des chercheurs. A l’université de Nice Sophia Antipolis, l’équipe de Jérémie Roux, du CNRS, s’attache à dresser les profils d’activation des gènes qui prédisent la réponse des cellules cancéreuses à tel ou tel médicament. Puis
elle compare les profils des cellules qui répondent à ceux des cellules qui résistent à ce même médicament. Objectif : améliorer l’efficacité des traitements grâce à des combinaisons optimales. « Prenons un médicament donné. Imaginons un gène surexprimé dans une cellule que notre approche prédit résistante. Pour booster son efficacité, on pourrait lui associer un autre médicament qui inhiberait ce gène », explique Jérémie Roux. Une démarche originale, publiée dans Cell Systems en 2020.

Le combat contre ces cellules retorses ne fait que commencer. « Une leçon importante des recherches récentes, en oncologie, est que nous apprenons beaucoup des réponses des patients à un nouveau médicament, indique Peter Sorger. Notre but est d’améliorer l’utilisation des traitements disponibles et d’accélérer le développement des médicaments de deuxième et troisième générations. » Cette quête, souligne-t-il, se traduit déjà par des progrès lents mais constants, en termes de survie."
Une idée comme ça, qui me traverse l'esprit en lisant cet article, sur le schéma dit d'évolution darwinienne: sachant que, selon ce schéma:

1. Les conditions environnementales éliminent les individus, variants, espèces et sous-espèces qui leur sont le moins "adaptés"; et que

2. Lesdites conditions environnementales ont bougé et donc bousculé l'ordre des espèces des milliers de fois sur terre depuis l'apparition de la vie, avec pour conséquence, les éliminations de masse advenues en vertu de 1.;

3. Il en découle que, décidément, cette logique conduit à l'élimination de toutes les espèces vivantes qui, soumises à ces deux lois, devraient être toutes disparues depuis longtemps.

En d'autres termes, la création des espèces ne peut être induite par le seul mécanisme de leur élimination ! Il faut concevoir, pour équilibrer cette élimination, une force créatrice d'espèces nouvelles. Le lamarckisme seul n'y pourvoit pas, évidemment.

Voilà. Mon sentiment est que si René Descartes était parmi nous, il approuverait cette critique, au moins du point de vue du doute méthodique.
Reprenons cette idée et affinons-là : la sélection des espèces par leur élimination au tamis de l'environnement réduit leur nombre, diversifie l'éventail de leurs variants par réduction brute et dure (cf. l' insecte de la couleur des poteaux télégraphiques qui aurait mieux survécu que son frère de couleur trop tranché, plus visible pour les oiseaux qui exercent sur lui leur prédation, selon l'exemple classique du néo-darwinisme vulgarisé, etc.) mais cette réduction numérique sous la lame d'un environnement stable cesse d'être lente et façonnante si l'instabilité des conditions de l'environnement se révèle la norme dans l'histoire naturelle, ce qui n'était pas encore établi du temps de Darwin.

Le cisaillement permanent de ces conditions, qui auraient seules capacité d'orienter le développement des espèces (majoritairement dans le cul-de-sac de l'inadaptation et de l'extinction) cause, au fil du temps, la ruine définitive de toutes les espèces vivantes, car au fil des centaines de siècles, plus une seule espèce vivante n'aura trouvé un milieu, voire micro-milieu, suffisamment stable, aussi isolé soit-il, pour se perpétuer en bénéficiant de son caractère "adapté" à ce milieu. Quel être vivant pourrait-il se targuer d'être "adapté" à quoi que ce soit qui assure sa pérennité dès lors que rien, aucune forêt, aucune mer, aucune campagne, lagune ou montagne, ni biome n'a été indemne de bouleversements, de mutation, d'anéantissements, le long de ces milliers de siècles ?

Il y a un hiatus dans la pensée néo-darwinienne: il manque au processus d'évolution-destruction qu'elle met en avant, un pendant créatif, une occasion d'obtention d'espèces nouvelles dans le milieu naturel instable, soit cela même que l'on pourrait mettre au crédit d'une "force créatrice", qui agirait nécessairement et conjointement à cette érosion mécanique des espèces que cause leur inadaptation à un milieu par nature indocile à toute adaptation car trop changeant.

Un vide de la pensée, un creux dont tous les bords se dessinent clairement: l'automobile darwinienne possède une direction intelligente, un complexe de senseurs qui guide son volant dans la bonne direction, selon l'angle juste, à chaque accident de la chaussée, mais elle n'a pas de moteur ni (mais on ne lui en demande pas tant, généralement) de destination !

Son principe d'adaptation est celui d'une perpétuelle soustraction (celle des êtres "inadaptés") que rien, aucun "plein d'espèces" et de diversité première, aveugle et inutile, ne vient jamais compenser. Aucun scientifique sérieux ne devrait passer outre cette faille de la narration néo-darwinienne: une automobile sans moteur, intelligente mais qui ne fait jamais le plein auprès d'aucune source capable de sustenter son mouvement.
Quelque chose m'échappe dans cette histoire, sans doute parce que je manque de connaissances sur le sujet.

Je crois comprendre, à travers le message de Francis, que deux univers se côtoient : celui des "espèces vivantes" et celui de "l'environnement" et qui si les premières dépendaient de la nature foncièrement instable du second, elles auraient disparu depuis longtemps. Cela ne revient-il pas à dire que "l'environnement" n'est pas une "espèce vivante" ? Quelle définition, dans ce cas, lui donner et quels ressorts mettre en avant pour expliquer son instabilité ?
A mon sens, l'environnement peut être naturel ou artificiel (la ville est un environnement), composé de choses vivantes (des biotopes) et minérales (un volcan interagissant avec le biotope qui l'entoure, un météore, les intempéries – la pluie et le vent ne sont pas du vivant organique).

La vision de l'adaptation du vivant à son environnement est une "vue de l'esprit", un angle d'approche ou de vue, un récit. Tous les récits et même les contes, ne sont pas inutiles. Ils sont même très utiles pour appréhender l'inconnu, à la fois utiles et poétiques comme toute métaphore servant de prolégomène à la conceptualisation.

"La survie du plus apte" ; la "lutte des classes" et même "le grand remplacement" sont des formules métaphoriques d'expression imagée et naïve qui servent, dans un premier temps, à dire l'indicible réel. Leur caractère d'opérateur (scientifique, politique, etc.) efficace, s'il est avéré, doit les faire essaimer dans le concept articulé et actionnable, par leur soumission à l'épreuve de l'action confirmatrice et critique. Parler de "ruse du virus" (comme aussi de "ruse de l'histoire"), c'est tester certaines limites de la connaissance par le recours à la métaphore (prêter au virus un esprit calculateur, un penchant stratège, etc.), tout simplement.

La place du récit et de la métaphore en science est indissociable de l'intuition et des limites du savoir. Prenons cet énoncé, extrait de l'article:

Darwin défend la loi de la sélection naturelle : parmi toutes les variations possibles créées par le hasard, seuls survivent et se multiplient les individus porteurs des variations qui les favorisent, dans un milieu donné.

C'est l'énoncé de la loi de soustraction, d'amputation du vivant, qui s'affûterait au contact des accidents du réel inerte et stable comme la pierre qui affûte la lame de la faux, ou, plus justement, comme la lame de la faux qui s'affûte au contact de la pierre immuable.

Apprécions au passage la présence sournoise de l'affreux créationnisme qui gît là, tapi dans l'énoncé : "créées par le hasard". Dégommer le Dieu créateur pour le remplacer par le "hasard créateur", quel progrès mes frères !

Imaginons un observateur (venu d'une autre galaxie, très lointaine, il va sans dire) qui ignorerait tout, absolument tout, de la loi de gravitation newtonnienne simple, qui, atterri au Japon, contemplerait le fonctionnement d'un jeu de Patchinko, soit des billes qui (chacune ayant sa couleur) chutent dans des chicanes de clous, installées dans une armoire vitrée, pour, à l'issue de sa chute atteindre, si le joueur est chanceux, un trou gagnant sis au bas de l'armoire.

Voici ce que pourrait en rapporter notre observateur venu d'ailleurs :

Je viens d'assister à une illustration de la loi de sélection naturelle : parmi toutes les variations possibles créées par le hasard, seules survivent et atteignent leur but les billes porteuses des caractéristiques de couleur qui les favorisent, dans une chicane donnée. La bille élue sera celle qui, lorsque le hasard marie avec bonheur ses caractéristiques propres à la chicane où elle s'engage, parvient à s'extirper de l'armoire des difficultés pour gagner le trou où s'opère sa régénération.

Voilà la "vision néo-darwinienne", la narration cohérente d'un ignorant de ce qu'est la force de gravité, unique force motrice du système. C'est un récit poétique, à la fois génialement cohérent et fantaisiste qu'engendre un défaut de connaissance précis, très circonscrit, un point aveugle du savoir. C'est, en 2021 encore, la narration pré-scientifique du biologiste face à l'évolution du vivant.
J'ajoute cette note car beaucoup d'aspects contemporains sont connexes et se retrouvent dans ces problématiques : il n'y a pas plus de création d'espèces par soustraction qu'il ne saurait y avoir d'"économie circulaire" dans le monde sublunaire (et sans doute aussi ailleurs). Toute création est foisonnement et s'accompagne de montagnes de "déchets" (qui fourniront eux-mêmes matières à des créations nouvelles, elles-mêmes riches de restes et de chutes, etc.).

Ceux qui parlent d'une économie sans déchet (et donc "circulaire"), ou évoquent une création ou une filiation d'espèces vivantes par soustraction de variants prétendument inadaptés, pensent droit dans le mur, pensent mêmement faux, pour n'avoir jamais ne serait-ce que visité un jour l'atelier d'un artiste peintre, d'un architecte réputé, d'un concepteur ou inventeur de quoi que ce soit dans le monde humain, quels qu'en soient l'art ou la besogne.
23 février 2021, 01:34   L'un croit, l'autre pas
» C'est l'énoncé de la loi de soustraction, d'amputation du vivant, qui s'affûterait au contact des accidents du réel inerte et stable comme la pierre qui affûte la lame de la faux, ou, plus justement, comme la lame de la faux qui s'affûte au contact de la pierre immuable

Francis, j'ai l'impression que vous proposez une vision un peu rigide, peu souple de la chose : soit un caractère donné qui présente un avantage adaptatif quelconque dans tel milieu, et qui sera donc transmis à la majorité de la descendance parce que les individus qui le portent auront les meilleures chances de s'y reproduire : vous avez l'air de croire que de ce fait il y aurait nécessairement "soustraction" générale au sein des individus de l'espèce quant à la diversité génétique globale, comme si les plus adaptés seront dorénavant "génotypiquement" identiques.
Mais non : le tri sélectif du milieu ne concernait en l'occurrence qu'un caractère parmi la multitude d'autres que possèdent toujours les individus d'une même espèce, ce qui veut veut dire que les "sélectionnés" en l'occurrence conserveront toujours d'autre part une grande diversité génétique pour tous les caractères non pertinents pour la sélection concernée.
Aussi une offre diversifiée continuera de prévaloir pour l'espèce considérée même si telle variation environnementale aura favorisé un caractère particulier parmi tant d'autres de natures différentes.

Ensuite, vous semblez passer complètement à la trappe le fait que les variations du milieu ne sont pas toujours, en fait loin s'en faut, catastrophiques ou brutales, mais peuvent être sur de longues périodes douces et graduées, ne nécessitant en réalité aucune adaptation idoine brusque particulière ; entre-temps le vivant continue de vivre sa vie, de se reproduire, et donc forcément de se diversifier génétiquement par le fait même de son mode de reproduction : l'hypothèse est donc que le rapport entre l'offre d'une diversité génétique garante d'une nouveauté potentiellement avantageuse et le tamis sélectif environnemental tend à l'équilibre sur le long terme, à moins bien sûr d'événements disruptifs majeurs ponctuels qui pourraient le rompre, auquel cas il pourrait y avoir extinction d'espèces. Le fait est qu'il y en eut également...

Vous ne cessez d'évoquer une mystérieuse "force de gravité" biologique déterminant l'orientation évolutive du vivant, si j'ai bien compris : mais c'est en réalité un récit encore bien plus fictionnel que tous les autres, d'abord parce qu'il multiplie les êtres au point de postuler l'existence de certains d'entre eux de façon totalement spéculative : l'évolutionnisme darwinien et ses ajustements successifs laissent la nature se débrouiller toute seule, pour ainsi dire, avec ses propres moyens, sans l'intervention extérieure ou transcendante d'une instance imprimant directionnalité et finalité sensées à l'ensemble : mais la nature existe bien, et nous ignorons absolument tout d'une telle instance ex machina qui pourrait expliquer en fin de compte le tout de l'affaire : si vous tenez absolument à qualifier l'ignorance dans laquelle nous sommes de cette dernière de docte par excellence, je veux bien...
(Trop bien la thérapie génique ! Researchers Halt Trials of Promising Sickle Cell Treatment. À quand une classification des traitements médicaux, expérimentaux ou de routine, qui provoquent d'eux-mêmes une maladie, y compris plus grave que celle ciblée initialement ? On sait déjà que les interactions médicamenteuses provoquent bon an mal an quelque 10 000 morts...)
25 février 2021, 17:05   Re : L'un croit, l'autre pas
...laissent la nature se débrouiller toute seule, pour ainsi dire, avec ses propres moyens,...


Eh bien la voilà, mon beau monsieur, la "force vitale" dont je tentais vainement de vous entretenir. Là où il y a "la nature se débrouillant", il y a force, mystérieuse si l'on veut: à chacun, en usant de ses moyens, de décrypter cette force, d'en théoriser l'origine ou le principe.

La vie et sa nature restent un objet de questionnement, en 2021, plus d'un demi siècle après que ce jeune couillon de Darwin se soit essayé à leur décryptage.

Charles Darwin, recourant aux moyens du bord, parvint à un premier essai, extrêmement grossier et maladroit, personne ne songe lui en vouloir pour si peu, à honnêtement poser de vraies questions.

En 2021, quiconque se rabat sur ses pauvres thèses, pèche contre l'esprit. C'est cela: mal penser, ou penser incomplètement et ce de manière délibérée, est un péché contre l'esprit qui nous fonde et devrait nous inspirer.

Que voulez-vous d'autre que je vous dise mon brave Alain.
25 février 2021, 23:01   Re : L'un croit, l'autre pas
» Eh bien la voilà, mon beau monsieur, la "force vitale" dont je tentais vainement de vous entretenir. Là où il y a "la nature se débrouillant", il y a force, mystérieuse si l'on veut: à chacun, en usant de ses moyens, de décrypter cette force, d'en théoriser l'origine ou le principe

Ah non, je ne crois pas : "laisser la nature se débrouiller toute seule", en l'occurrence, cela veut dire qu'on se sert de certains mécanismes naturels, biologiques ou physiques, suffisamment décrits et expérimentalement observés pour "expliquer", du moins proposer une explication, de tel phénomène dont on veut rendre compte, par exemple l'évolution du vivant.
"La nature" qui se débrouille renvoie à ce que l'on en connaît, serait-ce partiellement et incomplètement, sans tomber dans le travers si caractéristique des "savants" par excellence qui arguent d'une connaissance supérieure des choses en se payant de mots formidables qui ne veulent rien dire, et pour cause : ils font référence à quelque chose, quoi que ce soit, dont on ignore d'emblée totalement la nature : "force vitale" en est un exemple assez représentatif.

Quoi, "force vitale", comment ça, qu’est-ce que cela veut dire précisément ? On n'en sait rien bien entendu, mais l'on aura ce faisant mieux expliqué tout ce qu'on voudra par l'invocation savante de sa plus complète ignorance.
Contrairement à vous, je tiens que "penser", dans ce domaine, c'est se colleter avec les faits, ce que l'on constate et observe, et bidouiller avec les moyens du bord certaines théories et hypothèses permettant de rendre compte des mécanismes causaux suscitant les phénomènes en se payant le luxe de vérifier les modèles fonctionnels ainsi proposés.
"Penser", c'est concevoir des solutions opératoires, pratiques et reproductibles à certains problèmes qu'on essaye de résoudre.
S'en remettre doctement au mystère et au "questionnement" irrésolu pour expliquer et décrire la nature comme elle va, c'est littéralement ne rien faire du tout, c'est précisément le contraire de toute activité intellectuelle butant contre l'opacité d'un réel qu'elle s'évertue à éclairer, aussi faiblement que ce soit.
Je m'incruste :

Francis brandit un principe métaphysique aux accents nietzschéens. Il l'avait fait déjà lorsqu'il avait été question de volonté de puissance. Or je ne trouve pas que parler en l'occurrence d'une force vitale pour qualifier l'évolution du vivant soit une faiblesse ou une manière de cultiver un mystère... Je ne trouve pas non plus qu'user d'images, de symboles ou de métaphores pour qualifier ce qui échappe à la pensée, pour éclairer ce qu'aucune imagerie ou IA ne nous montrera jamais, soit vain ou la marque d'un échec de la raison. Il s'agit bien de faire sentir ce qui est sous-jacent à la réalité visible, aux effets fracassants du chaos et de la soupe primordiale qui constituent le fond de notre monde.
Freud a recouru aux figures mythiques d'Éros et Thanatos pour qualifier les pulsions de vie et de mort. Cela me va tout à fait, et je ne vois pas ce qu'une IRM d'affects non représentés partant en vrilles sous le coup de stimuli externes changerait à l'économie libidinale des hommes ou à la compréhension de celle-ci. C'est un exemple que l'on pourrait multiplier par autant d'images, de symboles ou de métaphores psychodynamiques, biologiques ou médicales qui n'ont jamais été ruineuses pour la pensée – au contraire, elles sont souvent le seul recours à la saisie de ce qui ne peut pas l'être, spontanément ou démonstrativement.
Le Réel lacanien, la Chose en soi kantienne, l'Élan vital bergsonien, l'Il-y-a ou remue-ménage de l'Être de Lévinas, la Surâme d'Emerson et je vous passe les ébouriffantes, obscures mais si belles formules des Schelling, Hegel et autres Heidegger : rien là-dedans qui doive s'entendre comme une capitulation devant un Inexplicable qu'un jour les découvertes prométhéennes de psychologie et biologie customisées aux sciences dures viendraient annuler. Cette immense chaine expressive qui court sous celle des concepts est irremplaçable.
Entre nous, quand on voit défiler nos "brillants" savants à la télé, la première chose qui vient à l'esprit est que la science gagnerait vraiment en efficacité en se cultivant un peu...
Pour conclure, laissons la parole à Dominique Janicaud : « Le réel n’est rationnel ni dans son surgissement ni dans son intégralité. » Cette citation aux accents heideggériens ceux-là est tirée d'un livre [pourtant ?] intitulé La puissance du rationnel.
Citation

Or je ne trouve pas que parler en l'occurrence d'une force vitale pour qualifier l'évolution du vivant soit une faiblesse ou une manière de cultiver un mystère...

Moi non plus.
D'autant que

Citation

à chacun, en usant de ses moyens, de décrypter cette force, d'en théoriser l'origine ou le principe

Révérence gardée envers le cher Alain, je me permets de me demander s'il ne s'agit pas d'une différence de hauteur de vue. Quant à moi, j'aime m'envoyer en l'air avec l'ami Francis, fût-ce au risque d'une imprécision ou même d'une erreur provisoire.
26 février 2021, 21:43   Au four et au moulin
Grosso modo, je ne dirais pas précisément qu'il s'agisse d'une "différence de hauteur de vue", mais peut-être d'une confusion de l'angle de vue à partir duquel on considère le problème : la science en général prétend "expliquer" les phénomènes qu'elle étudie, c'est-à-dire mettre au point des modèles causaux et fonctionnels permettant en outre de les reproduire autant que possible, cela de façon vérifiable et expérimentale : c'est son principe, l'idéal auquel elle aspire, et cela, ce n'est rien d'autre que mettre la main à la pâte du réel pour tenter d'en façonner une forme qui nous soit intelligible et compréhensible.
Cela, c'est ce que la science fait, du moins tente de faire, c'est le domaine de compétence de cette pratique : rendre la phénoménalité du réel explicable et compréhensible, d'aucuns diraient "maîtrisable" car normée par une série de règles et de lois, en s'en saisissant avec les moyens d'une intelligence pratique se mettant littéralement à ras le sol pour suivre et décrire la matière de son étude au plus près.

Or, et cela me semble évident, si l'on veut "expliquer" l'évolution du vivant, c'est-à-dire en élucider les mécanismes, et si l'on considère que c'est encore du domaine de la science, on ne va tout de même pas s'y mettre en déclarant a priori que ces mécanismes soient par nature insaisissables et relèvent d'un niveau de réalité qui par définition échappe à celui qui est l'aire d'exercice et de compétence propre à la science : en d'autres termes, on ne peut pas prétendre mettre au jour la façon dont la nature fonctionne en la déclarant fondamentalement redevable de la face cachée des choses et tributaire de principes dont il est d’emblée impossible de percer à jour la nature.

Là réside la confusion des genres : bien entendu qu'on ne peut tout expliquer de façon opératoire, la belle affaire... Mais pour autant qu'on veuille expliquer ce qu'on pense être du ressort des sciences du vivant, le recours à l'inexplicabilité et l'irrationalité essentielles du monde (à quoi renvoient l'impénétrable "force vitale" et autres "principes métaphysiques nietzschéens") n'est un argument de rien du tout, ne sert à rien et ne dit rien sur rien, pour autant qu'on s'était proposé in the first place d'expliquer et de dire quelque chose, justement.
Là réside la confusion des genres : bien entendu qu'on ne peut tout expliquer de façon opératoire, la belle affaire... Mais pour autant qu'on veuille expliquer ce qu'on pense être du ressort des sciences du vivant, le recours à l'inexplicabilité et l'irrationalité essentielles du monde (à quoi renvoient l'impénétrable "force vitale" et autres "principes métaphysiques nietzschéens") n'est un argument de rien du tout, ne sert à rien et ne dit rien sur rien, pour autant qu'on s'était proposé in the first place d'expliquer et de dire quelque chose, justement.

Le mécanique se fait à partir du vivant et le vivant peut être aperçu et exprimé grâce aux puissances du style, y compris celui d'un vitalisme romantique dont on est libre de se moquer. Après tout, chacun ses goûts et ses attentes à l'égard des œuvres de la pensée humaine... Ainsi aurai-je tendance à tourner le dos aux explications d'un rationalisme de résultats pour m'abandonner à l'expression des styles métaphysiques (à ce propos, il est un article du grand G. Blin sur la "non-philosophie" de son ami Jean Wahl que je recommande vivement).
pour autant qu'on s'était proposé in the first place d'expliquer et de dire quelque chose, justement.

Ah mais moi, vous me connaissez, mon petit vieux insidieux, jamais, dès l'abord ou plus en aval, je ne me suis proposé, je ne saurais me proposer, d'expliquer ni ne dire quoi que ce soit qui mérite qu'on si penche, justement !

Alain Eytan, vous me décevez et me faites souffrir, à force, car vous me contraignez à vous le dire: je vous perçois désormais comme un petit con insignifiant et vipérin. Pardonnez-moi, il fallait que ça sorte un jour.
27 février 2021, 21:37   Ne perdons pas de temps
Bien, Francis, allez vous faire foutre.
27 février 2021, 21:37   L'horloger et le poète
» Le mécanique se fait à partir du vivant et le vivant peut être aperçu et exprimé grâce aux puissances du style, y compris celui d'un vitalisme romantique dont on est libre de se moquer

Mais une théorie qui entend reconstituer certain mécanisme du vivant pour expliquer son mouvement ne doit pas "apercevoir" ou exprimer stylistiquement ce qu'elle veut décrire, qui plus est au moyen de notions qui sont concrètement incapables de mouvoir quoi que ce soit, car il ne s'agit pas à proprement parler d'exercices de style pour faire le beau, elle doit pouvoir susciter littéralement ce mouvement en proposant un modèle qui marche et a prise sur le réel, comme un ingénieur réussit à mettre au point une façon de mouvement autonome et opératoire.
Le coup de génie de Darwin en l'occurrence a été de trouver le moyen d'induire ce mouvement (l'évolution) comme un horloger conçoit et fabrique un calibre de montre : il faut reconstituer les pièces qui enclenchent la motion et produisent tel phénomène : le modèle de la roue dentée des mutations aléatoires des caractères innés s'emboîtant dans celle du tri sélectif du milieu essaie pratiquement de le reproduire : c'est cela, concevoir presque ex nihilo une théorie voulant rendre compte du vivant, et c'est la chose la plus difficile et méritoire qui puisse exister, s'il s'agit d'intelligence à l'œuvre voulant percer à jour la nature.

Je crains que le "vitaliste romantique", s'il s'en tient à ses grandiloquentes formules incantatoires coutumières, ne réussisse à mettre en branle quoi que ce soit, matériellement s'entend, mais finira à la longue par s'épuiser nerveusement : encore une fois, ce n'est pas de son ressort, à mon sens.
(Ressort...Ce thème est fréquent chez Leibniz quand il parle de l'impulsion provoquée par la force élastique. Or même ce ressort proviendrait selon lui de "quelque chose" de propre au corps, d'intrinsèque à lui. Quelque chose mais quoi qui ne soit pas encore Dieu au bout du compte ?... Ainsi, "les corps n’agissent pas immédiatement par leurs mouvements l’un sur l’autre, ni ne sont mus immédiatement [l’un par l’autre], sinon par leur propre ressort." Faiblesse que la mienne, je suis très attaché à ce vague-là, aux formules suggestives qui laissent sur la faim. Car je me doute que le mystérieux "quelque chose" a depuis longtemps été élucidé et formulé en des lois par de fortes têtes en blouses blanches.)
La force vitale n'est pas un concept scientifique ou une théorie, c'est le nom donné à un phénomène que chacun peut observer, un peu comme le Grand Remplacement ou l'islamo-gauchisme en somme.
La question est de savoir si la mécanique darwinienne en donne une explication opératoire et suffisante.
Quel phénomène désigné par la force vitale est observable ?
Il y a des êtres vivants, nous pourrons probablement nous accorder là-dessus, et le fait qu'ils soient, c'est-à-dire existent, fait qui est assez vaguement coiffé sous le terme de "vie" : mais tout cela, et la persévérance de ces êtres dans leur obscur cheminement, est toujours réductible à l'organisation allant se complexifiant d'un amas de matière organique.
Pour observer quoi que ce soit de distinct de cette organisation matérielle complexe et des attributs qu'elle produit, il faudrait qu'on surprît quelque chose comme un principe vital s'exhaler de cette matière au moment opportun : à ma connaissance, cela n'a jamais été observé, du moins de façon probante. Oder ?
Sur ce qu'est ce que l'on nomme ici force vitale, peut-être que les philosophies pétries de sciences naturelles des XVIIIe et XIXe siècles, des plus impies aux plus spiritualistes, ont apporté des débuts de réponse... Mais l'on pourrait aussi bien interroger un étudiant en première année de cancérologie sur ce qu'est une cellule cancéreuse, à savoir une force vitale si vitale qu'elle ne meure jamais ! La dernière goutte de glucose du cadavre qu'elle aura rongé sera pour elle... Irradiée, empoisonnée, affamée, la cellule d'un glioblastome ou d'un carcinome du pancréas ne meure pas ! Cela vous va comme force vitale immortelle ou bien ?...

Ensuite, rassurez-moi, vous savez qu'on peut expliquer des phénomènes, les rendre donc observables, pensables, par d'autres phénomènes avec lesquels ils sont structurellement en rapport ? Vous êtes également au courant qu'un phénomène peut s'appréhender par les seuls effets qu'il produit (ex. : le cadavre comme effet de l'invincible cellule cancéreuse)?

Ceux des scientifiques qui ne savent pas cela et ont, en incultes techniciens qu'ils sont devenus, troqué les discours de la méthode pour les modes d'emploi de machines dirigent des recherches au CNRS, ou plutôt lèvent des fonds pour se payer ce genre de conneries – [www.reseau-chu.org] Presque dix ans plus tard, et je suis ça d'assez près, pas une once de progrès thérapeutique réel et une poignée d'articles qui m'ont guère impressionné.


Ajout : un extrait d'Analyse finie, analyse sans fin, de Freud, ici aussi lamarckien que kantien : « Au cours du travail analytique, rien ne nous donne plus l’impression d’une résistance que cette force qui s’agrippe entièrement à la maladie et aux souffrances. C’est assurément à juste titre que nous avons attribué une partie de cette force au sentiment de culpabilité et au besoin d’auto-punition et que nous l’avons située dans les relations du moi avec le surmoi. Mais il ne s’agit là que de la partie liée psychiquement, si l’on peut dire, par le surmoi et qui devient ainsi connaissable ; d’autres éléments de la même force doivent, libres ou non, jouer on ne sait où. Si l’on considère l’ensemble du tableau, qui comporte les manifestations du masochisme immanent de tant de gens, celles de la réaction thérapeutique négative, celle du sentiment de culpabilité du névrosé, on cesse de croire que les phénomènes psychiques sont exclusivement dominés par la recherche du plaisir. Ils constituent un témoignage irréfutable de la présence, dans la vie psychique, d’une force que nous appelons, d’après les buts qu’elle poursuit, instinct d’agression ou de destruction et qui, à ce que nous croyons, découle de l’instinct de mort inhérent à la matière vivante. Nous ne cherchons nullement à opposer à une théorie optimiste de la vie une autre théorie, pessimiste celle-là ; les actions communes et antagonistes des deux instincts primitifs, l’Éros et l’instinct de mort, peuvent seules expliquer la diversité des phénomènes de la vie, jamais une seule de ces actions seulement.»
Pierre Jean, je doute que l'étudiant dont vous parlez évoque la "force vitale" pour rendre compte du mécanisme de la prolifération cellulaire incontrôlée induisant les tumeurs ; vraiment j'en doute, ou alors, à ses heures perdues, pour faire joli et colorer un peu le blafard glaçant des chambres de dissection : il vous parlera de division cellulaire, de mitose, de matériel génétique tournant amok, de mutations aléatoires (nous retrouvons le hasard) qui sabordent les procédures de contrôle du cycle cellulaire, et enveloppera le tout, s'il est doué, de quelques fondamentaux de chimie organique.

Mais de force vitale ?? Percevez-vous que celle-ci est totalement superfétatoire dans l'arsenal des connaissances, certainement pas exhaustif mais déjà considérable, qui rendent compte des mécanismes de la vie cellulaire, qu'elle n'est qu'une sorte de redondance stylistique, qu'on ne sait vraiment qu'en faire, qu'elle postule justement l'existence de quelque chose d'autre que les phénomènes observables, et qu'elle n'a jamais été observée parce qu'on ne sait pas ce qu'elle est et à quoi précisément, pratiquement, elle sert, non plus qu'on en connaisse clairement la signification, générale ni fonctionnelle ?

Il y a donc tous les mécanismes produisant la division cellulaire, plus ou moins connus, puis il y aurait ce qui fait que ces mécanismes se produisent (la force vitale) ? Quezako ?? Qu'avez-vous besoin des deux ???




Chant de la chambre des morts

Mais la pâleur du style,
L’imminence de la concavité
Face au ressaut,
La ruine édifiée, toutes les têtes
Lacérées, et le gracile intestin,
L’obstination de leur beauté
Eveillent l’ébriété pour
Le jour de la mort.



(Je ne sais qui en est l'auteur, je le jure, trouvé une nuit, il y a des années, alors que j'errais dans un forum consacré à la poésie, et dont la tournure m'avait frappé, à tort ou à raison)
Citation
Alain Eytan
Mais de force vitale ?? Percevez-vous que celle-ci est totalement superfétatoire dans l'arsenal des connaissances, certainement pas exhaustif mais déjà considérable, qui rendent compte des mécanismes de la vie cellulaire, qu'elle n'est qu'une sorte de redondance stylistique, qu'on ne sait vraiment qu'en faire, qu'elle postule justement l'existence de quelque chose d'autre que les phénomènes observables, et qu'elle n'a jamais été observée parce qu'on ne sait pas ce qu'elle est et à quoi précisément, pratiquement, elle sert, non plus qu'on en connaisse clairement la signification, générale ni fonctionnelle ?

Collector
Au fait, à propos de Freud, il y a dans Ma Vie et la psychanalyse un passage assez étonnant, déroutant même, où Freud confesse, je cite de mémoire, ne retrouvant pas le livre, "que toutes mes théories, ma façon de décrire le psychisme et les pseudo forces qui l'animent, ne sont que temporaires, approximatives et métaphoriques, et qu'arrivera bien un jour où l'on disposera d'une connaissance véritable relative à la biologie du cerveau pour rendre compte de façon bien plus adéquate du fonctionnement de la psyché que je n'ai pu le faire, faute de mieux..."

Eros et Thanatos, ce sont certes de belles histoires ; acétylcholine et sérotonine, molécules-serrures, dendrites et associations neuronales, c'est la vraie vie.




Les pays qui n'ont pas de légendes sont condamnés à mourir de froid.

Patrice de La Tour du Pin
Dans la Pensée sauvage, Levi-Strauss confesse sa foi dans les sciences de l'esprit à venir. Cela en fait-il pour autant un Jean-Pierre Changeux raté et faut-il jeter à la poubelle les prodigieuses formalisations croquées sur ses carnets d'ethnographe ? Deleuze pensait que la biologie moléculaire prolongeait le spinozisme et qu'elle permettrait de percer les mystères de la pensée non associaniste : cet espoir annule-t-il sa métaphysique et doit-on, sur le fonctionnement de la pensée, s'en remettre aux livres [chiants comme la mort] de Stanislas Dahaene ? Etc.
(Je crois que c'est toujours dans la Pensée sauvage que le Claude se pose la question de la communication des avancées des sciences matérialistes de l'esprit. Une question que Dahaene ne s'est visiblement pas posé.)
Avoir prescience des faits et des causes, par les voies du dire métaphorique qui formule (à défaut de formaliser) l'inconnu: le lexique français est ici véhicule heuristique. Il nous révèle que la pré-science que porte l'intuition aide la science en la précédant : elle lui aménage la voie, le sol, creuse la place où elle enfichera ses vérités futures.

L'usage des formules "creuses" comme "force vitale" dénonce un manque de science. Répétons-le : la poésie, la formule métaphorique et naïve, est un reproche adressé à la science, celui de son absence, de son manque en même temps qu'un doigt pointant le lieu de ses futurs dégagements.

La démonstration par l'absence, le creux, de l'existence logique de l'objet nécessaire: voilà le quotidien, par exemple, de l'astrophysicien, du physicien même.

Mais le biologiste, le médecin, demeurent seuls butés dans le déni positiviste et sourd. Quelle mortelle sottise !
Sur le vivant les savants actuels, si peu inspirés quand ils s'expriment, en disent-ils plus que le Zola de la Bête humaine, que Dostoevski, Nietzsche, Thoreau ou même Lovecraft ? Pas sûr. Non seulement ils s'expriment platement, ce qui n'est pas bon signe, mais les applications, médicales par exemple,
de leurs travaux théoriques, quand il y en a, ne changent pratiquement jamais la donne. Mon père a gagné quelques mois grâce à une bonne vieille chimio à base de sels de platine, quand une immunothérapie dernier cri lui a provoqué une effroyable septicémie. (Son cas est pour moi central tant je suis convaincu que c'est sa passivité et son stoïcisme de fer qui lui permettent d'être toujours là. La pensée qui change la perception et fixe certains états mentaux peut être un étonnant trompe-la-mort. Enfin, je crois...)
» Deleuze pensait que la biologie moléculaire prolongeait le spinozisme

Oui, mais la biologie moléculaire ne peut pas se substituer à la philosophie, cela n'aurait pas grand sens, tout de même, parce que ces deux "disciplines" relèvent de ce qu'Henri Atlan avait appelé des niveaux d'organisation ou d'intégration* différents du réel : à chaque niveau ses propriétés (émergentes à chaque nouveau palier d'organisation), son mode d'observation, son langage etc. ; cela veut dire que la philosophie traite essentiellement de problèmes, au niveau qui est le sien, qui censément n'existent pas encore au niveau de réalité qui est celui de la biochimie et des macromolécules.
C'est bête à dire, et même irrésistible, mais une protéine ou un acide nucléique n'ont que faire des tourments existentiels d'un sujet déjà constitué comme un tout, pensant et doué de conscience par-dessus le marché. Or, il semble bien que votre force vitale soit directement concurrente des mécanismes explicatifs relatifs aux sciences du vivant et qu'elle cible le même objet d'étude, d'où son caractère fortement superfétatoire à ce niveau d'observation-là, et le fait qu'elle soit rapidement supplantée par une meilleure connaissance de ces mécanismes.

A la limite, la force vitale pourrait avoir sa place dans les "sciences humaines", pourquoi pas, mais en biologie, face aux techniques de pointe à résolution de plus en plus grande élucidant le fonctionnement du vivant, soyons honnêtes, elle fait quand même très potiche...

Soit dit en passant, cela me rappelle votre épigone de Damour, là, le type qui veut rendre compte de l'âme en termes quantiques : c'est à peu près le même problème de confusion des genres, mais en sens inverse : je défie quiconque de me dire qu'il a vraiment compris ce que pourrait bien être cette fichue âme, prunelle toute personnelle de notre intériorité exclusive, rendue comme un système immatériel de coordination quantique et atemporelle du vivant ?!
Si l'on traite tout ce qui ressortit aux états mentaux subjectifs de la façon qui est pertinente à la description du comportement des particules élémentaires, en sautant par-dessus toute la série des niveaux intermédiaires, il semble bien que les termes dont on se sert pour nommer les phénomènes considérés perdent tout sens.


*« ils correspondent plus ou moins au découpage qu'opèrent les diverses disciplines à partir desquelles les phénomènes à "expliquer" sont observés et décrits, découpant ainsi le monde en plans successifs de niveaux de complexité, laquelle consiste en fait en l'émergence de propriétés inédites n'existant tout simplement pas en tant que telles au niveau inférieur à celui considéré : par exemple l'émergence de propriétés chimiques des molécules par rapport aux propriétés physiques des atomes, de propriétés biologiques des cellules vivantes par rapport aux propriétés des molécules, de propriétés physiologiques et de différentiation des organismes nouvelles par rapport aux propriétés cellulaires, puis psychologiques, puis sociologiques... »
La thèse d'Atlan sur Spinoza contredit...Atlan, puisque dans l'épais ouvrage qu'il consacre à Spinoza il se livre au laborieux portrait spirituel d'un véritable philosophe-biologiste. Deleuze dans ses cours sur Spinoza n'est pas en reste, qui voit l'Ethique comme une proto-éthologie et son auteur en une improbable préfiguration de von Uexküll !
Citation
Francis Marche
Avoir prescience des faits et des causes, par les voies du dire métaphorique qui formule (à défaut de formaliser) l'inconnu: le lexique français est ici véhicule heuristique. Il nous révèle que la pré-science que porte l'intuition aide la science en la précédant : elle lui aménage la voie, le sol, creuse la place où elle enfichera ses vérités futures.

L'usage des formules "creuses" comme "force vitale" dénonce un manque de science. Répétons-le : la poésie, la formule métaphorique et naïve, est un reproche adressé à la science, celui de son absence, de son manque en même temps qu'un doigt pointant le lieu de ses futurs dégagements.

La démonstration par l'absence, le creux, de l'existence logique de l'objet nécessaire: voilà le quotidien, par exemple, de l'astrophysicien, du physicien même.

Mais le biologiste, le médecin, demeurent seuls butés dans le déni positiviste et sourd. Quelle mortelle sottise !

Ah la profondeur et le style de Francis...
"A la limite, la force vitale pourrait avoir sa place dans les "sciences humaines", pourquoi pas, mais en biologie, face aux techniques de pointe à résolution de plus en plus grande élucidant le fonctionnement du vivant, soyons honnêtes, elle fait quand même très potiche."

Entre les Ages du monde de Schelling et un article du Lancet sur les cellules denditriques plasmacytoïdes vous choisissez quoi, Alain ?
Il suffit de changer un mot et on saura peut-être mieux de quoi il est question :

Mais d'âme ? Percevez-vous que celle-ci est totalement superfétatoire dans l'arsenal des connaissances, certainement pas exhaustif mais déjà considérable, qui rendent compte des mécanismes de la vie cellulaire, qu'elle n'est qu'une sorte de redondance stylistique, qu'on ne sait vraiment qu'en faire, qu'elle postule justement l'existence de quelque chose d'autre que les phénomènes observables, et qu'elle n'a jamais été observée parce qu'on ne sait pas ce qu'elle est et à quoi précisément, pratiquement, elle sert, non plus qu'on en connaisse clairement la signification, générale ni fonctionnelle ?
» La thèse d'Atlan sur Spinoza contredit...Atlan

C'est bien possible, nous sommes tous pétris de contradictions... Je n'ai pas lu le livre d'Atlan sur Spinoza, mais celui qui est considéré comme son ouvrage majeur, A Tort et à raison, d'ailleurs très bien et très clair, assez largement, dans le temps ; cette histoire de "niveaux d'organisation" avec apparitions de propriétés émergentes qu'on pourrait presque croire incommensurables d'un niveau à l'autre est un peu son dada...

Le texte de ce Philippe Guillemant rapporté plus bas ressemble d'ailleurs à une resucée d'un de ces discours joliment syncrétiques dont raffolait la bande de scientifiques en goguette lors de ce fameux colloque de Cordoue, sur quoi Atlan, qui n'est pourtant pas le pire des positivistes, avait affuté son ironie...


« Il s’agit là d’un des traits les plus caractéristiques de ces glissements de sens dans l’utilisation du langage de la science, sur lequel nous reviendrons plus longuement : le changement de niveau d’organisation (d’observation, de pertinence…) avec saut par-dessus toute une série d’intermédiaires.
(…)
Les expériences que nous avons rapportées comportent un aspect — exemplaire et caricatural quand il s'agit d'hommes de science de grande valeur — de confusion de niveaux et de transpositions analogiques brutales sans distanciation. Des langages et théories élaborés dans une certaine discipline et porteurs de sens lorsqu’il s’agit d’expliquer des phénomènes décrits au niveau d’observation qui caractérise cette discipline, sont transposés tels quels à d’autres niveaux, correspondant à d’autres disciplines dans lesquelles ces langages et théories n’ont plus du tout le même sens : supraconductivité en physique du solide "expliquant" la nature d’états modifiés de la conscience produits par une technique de méditation ; et, en direction opposée, la conscience de l’observateur éventuellement confondue avec une conscience cosmique "expliquant" les paradoxes de la mécanique quantique en microphysique. Le caractère choquant de ces transpositions pour la plupart des praticiens de la recherche scientifique est assez évident, leur caractère abusif a été souvent dénoncé, pour que l’on soit étonné de les voir réapparaître sous la plume et dans la bouche de chercheurs de valeur ayant déjà fait preuve de fécondité et d’originalité dans des travaux scientiques indiscutés. Le plus souvent, le problème n’existe d’ailleurs que du fait de la personnalité sociale de ces chercheurs : si les mêmes thèses étaient défendues par des étudiants débutants ou par des non-scientifiques, elles seraient dépourvues de tout impact. Elles seraient immédiatement étiquetées dans le pire des cas comme des erreurs redoutables à rejeter définitivement sous peine de n’avoir aucune chance aux examens, et dans le meilleur des cas comme des divertissements surréalistes plus ou moins talentueux.
Aussi le phénomène, par sa répétition, vaut-il qu’on s’y arrête. Puisque ces transpositions sont tellement évidemment délirantes, pourquoi sont-elles reprises régulièrement par ceux dont on devrait s’attendre à ce qu’ils en soient les plus éloignés ? »
(Henri Atlan - A Tort et à raison, Intercritique de la science et du mythe)
» Il suffit de changer un mot et on saura peut-être mieux de quoi il est question :

Non.

« A la limite, la force vitale pourrait avoir sa place dans les "sciences humaines", pourquoi pas, mais en biologie, face aux techniques de pointe à résolution de plus en plus grande élucidant le fonctionnement du vivant, soyons honnêtes, elle fait quand même très potiche... »
Il est épatant, c'est indéniable. Le bougre a soutenu la thèse en question à plus de 80 balais !

Cher Alain, pourquoi chasser les élucubrations qui sont l'apanage des caractères excessifs et insolites ? Elle font partie de leur charme et de cette folie qui sont aussi les conditions de leurs propos les meilleurs.
Depuis quand le vivant fonctionne-t-il ?

Le vivant offre cette singularité de vivre, le vouloir seulement fonctionner, et à peu près rien d'autre, est tristement réducteur et passablement hors sujet. D'abord et pour commencer, le vivant dévore, et la dévoration de l'inerte (même les chez les végétaux les plus placides) ne s'abaisse à aucun fonctionnement mécaniste, même complexe.

Le vivant fonce dans le déséquilibre.

Le fonctionnement est statique (le cosmos pré-moderne était conçu comme simple système en fonctionnement équilibré à telle enseigne que déclarer que le vivant fonctionne, c'est penser en pré-moderne). Le fonctionnement ne se conçoit que comme stable et quiescent, or dans le vivant, rien ne l'est. Comment ce contraste ne peut-il pas mettre la puce à l'oreille, le doute principiel chez les tenants du quiétisme ordonné dans le vivant ? Mystère. Un des grands mystères du vivant (un peu à l'instar de la notion de temps en physique et métaphysique) est l'archarnement humain à vouloir en nier la singuralité par une forme de réductionnisme dont la pensée use comme remède à l'anxiété.
» Entre les Ages du monde de Schelling et un article du Lancet sur les cellules denditriques plasmacytoïdes vous choisissez quoi, Alain ?


S'il s'agit de comprendre comment fonctionne le système immunitaire, pour autant qu'on se prît tout à coup du besoin impérieux de savoir comment il fonctionne (cela peut arriver), et qu'il s'agisse bien de cela, je prendrais le Lancet, évidemment...

Mais quoi, même d'éminents immunologues peuvent être passionnés de philosophie, non pas ? Pourquoi vouloir que ces possibilités soient exclusives l'une de l'autre ? Après tout, ces deux textes ne parlent pas précisément de la même chose...

Cela dit, ce sont bien la factualité et le rationalisme les plus rigoureux qui conduisent presque naturellement au mysticisme le plus éperdu, le plus entier, parce que les premiers n'écornent en rien ce sur quoi il est d'avance et par définition établi qu'ils n'ont pas prise : la séparation des domaines de compétence laisse le mystère intact et plus insondable que jamais.


« Il y a assurément de l'inexprimable. Celui-ci ne peut que se montrer, il est l'élément mystique. »

(Ludwig Wittgenstein - Tractatus logico-philosophicus, 6.522)
03 mars 2021, 02:21   A lire d'une traite
» Depuis quand le vivant fonctionne-t-il ?
Le vivant offre cette singularité de vivre, le vouloir seulement fonctionner, et à peu près rien d'autre, est tristement réducteur et passablement hors sujet



La réduction à la source du phénomène "couleur" à une variation de la longueur d'onde des ondes lumineuses différemment réfléchies par la microstructure de surface des objets ne réduit absolument en rien l'intégrité lumineuse et chromatique de la perception éprouvée des couleurs et de la représentation de ce qui s'offre à la vue. En rien. Et la vie continuera de plus belle d'être la même insupportable sneering bitch quelles que soient les façons qu'on aura d'en rendre compte.
Quelques élucubrations, encore du vent spiritualiste à propos de cette foutue force et de la "vraie vie"...

"Messieurs, en tant que physicien ayant voué toute ma vie à la science sobre, à l'étude de la matière, je ne peux assurément être pris pour un Schwarmgeist (illuminé). Et je conclus de mes recherches concernant l'atome qu'il n'y a pas de matière en tant que telle. Toute matière n'émerge et n'existe qu'en vertu d'une force qui met en mouvement les particules atomiques et les maintient ensemble comme le plus petit système solaire de l'univers. Mais s'il n'y a ni force intelligente, ni force éternelle dans toute la science (c'est le mouvement perpétuel tant attendu et que l'humanité n'a pas réussi à inventer), nous devons présumer l'existence d'un esprit conscient et intelligent derrière cette force. L'esprit est le fondement de toute matière. Ce n'est pas la matière visible mais éphémère qui est réelle, véritable, substantielle – car la matière ne pourrait aucunement persister sans l'esprit – mais c'est plutôt l'invisible, l'esprit immortel qui est la vérité ! Cependant, puisque l'esprit ne peut pas, de la même manière, exister par lui-même, tout esprit appartenant plutôt à un être, nous devons nécessairement postuler l'existence d'êtres spirituels. Mais puisque les êtres spirituels ne peuvent exister par eux-mêmes mais doivent être créés, je n'hésite donc pas à appeler ce Créateur mystérieux, comme l'ont fait toutes les nations civilisées de la Terre depuis les premiers millénaires, Dieu ! Avec ceci vient le physicien, qui doit s'occuper de la matière, du Royaume de la Substance à celui de l'Esprit. Et avec ceci notre tâche s'achève et notre recherche doit être remise, afin qu'elle soit poursuivie, dans les mains de la philosophie." (Max Planck, extrait d'une conférence donnée en 1944)
Citation
Alain Eytan
Au fait, à propos de Freud, il y a dans Ma Vie et la psychanalyse un passage assez étonnant, déroutant même, où Freud confesse, je cite de mémoire, ne retrouvant pas le livre, "que toutes mes théories, ma façon de décrire le psychisme et les pseudo forces qui l'animent, ne sont que temporaires, approximatives et métaphoriques, et qu'arrivera bien un jour où l'on disposera d'une connaissance véritable relative à la biologie du cerveau pour rendre compte de façon bien plus adéquate du fonctionnement de la psyché que je n'ai pu le faire, faute de mieux..."

Eros et Thanatos, ce sont certes de belles histoires ; acétylcholine et sérotonine, molécules-serrures, dendrites et associations neuronales, c'est la vraie vie.




Les pays qui n'ont pas de légendes sont condamnés à mourir de froid.

Patrice de La Tour du Pin


Je préfère cela de sa part, tout de même plus conforme à cette partie-là de son œuvre : « La théorie des pulsions est pour ainsi dire notre mythologie, les pulsions sont des essences mythiques, formidables dans leur indétermination. Nous ne pouvons, dans notre travail, les perdre un instant de vue, et nous ne sommes cependant jamais sûrs de les apercevoir avec acuité » ("Œuvres complètes"). Et à l'appui de ce propos le point de vue de Binswanger : « Nous sommes d’avis que Freud est resté, sa vie durant, fidèle au mythe de la nature qu’expose ce fragment, à la vénération de la nature comme essence mythique » ("Mon chemin avec Freud"). Précision : le fragment auquel il est fait allusion est "Nature : un fragment", de Goethe.
05 mars 2021, 01:45   Le sens du sacré
J'ai vu au cinéma Restif de La Bretonne mis dans tous ses états par la vue d'un cul magnifique, appartenant à une jeune préposée fraîchement arrivée et toute neuve d'un bordel qu'il fréquentait : très ému, il tomba à genoux et s'écria, mieux que Planck : « Ô preuve incontestable de l'existence de Dieu ! »
C'est vrai...
Oui, certaines formes... Il y a quelques années, j'ai lié connaissance avec un Suisse, un traducteur qui vivait dans la même rue que moi. J'avais remarqué, qu'exactement comme j'essaie de le faire, il se retournait avec maîtrise au passage de jolies filles pour s'assurer que leur cul était aussi beau que l'indiquaient leur visage ou leur silhouette. Il s'arrêtait, attendait 2 secondes en fixant le bout de la rue devant lui puis faisait demi-tour nonchalamment, son regard parcourant de bas en haut le corps fuyant. Il avait vécu longtemps au Brésil, autant dire qu'en la matière le bougre en connaissait un rayon...
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