Le site du parti de l'In-nocence

Vous n'aurez pas ma haine !

Envoyé par Daniel Teyssier 
Bon ! On commence à le savoir.
C'est pas bien d'éprouver de la haine, du ressentiment, du mépris, de la phobie, de l'animosité, de l'intolérance, du racisme, de la rancoeur, de la misanthropie, de l'hostilité, de la misogynie, de l'exécration, du fiel, de la xénophobie, que sais-je encore...
Non c'est pas bien du tout. Sauf, bien sûr, pour le FH et sa Marine pour lesquels on peut se permettre de se laisser aller à ces bassesses de l'âme, pour lesquels il est même fortement recommandé de s'y laisser aller sans encombre ni retenue aucune.
Mais pour ceux qui viennent nous saigner et nous trucider, certainement pas ! A ce jeu-là ils ne nous auront pas ces polissons. On ne va pas tomber dans leur piège grossier. Nous demeurons, pour l'éternité, des gens biens et tolérants, vierges de tout ressentiment et de toute haine. Nous mourrons ainsi, nous les belles âmes ! Amen.

On pourrait quand même les acculer un peu ces belles âmes en leur demandant : Oui nous avons compris combien est digne et exemplaire votre posture mais, au cas où vous déraperiez, qui, de MLP ou du terroriste islamiste, mériterait le plus votre haine ?
De peur de favoriser un racisme anti-allemand, imagine-t-on les Juifs en 43 lancer à Hitler : Vous n'aurez pas ma haine !?
Ne vous y trompez pas, cher Daniel Teyssier : si l'on renâcle à accorder sa haine, c'est en général encore un moyen de préservation et de défense de la part de ceux qui d'instinct sentent qu'ils n'auront pas les moyens de la mettre en œuvre en contre-violence efficace...
Pouvez-vous préciser cela cher Alain Eytan. Voulez-vous dire qu'ils n'en auront pas les moyens personnels, par lâcheté et par manque d'engagement mental et/ou physique contre leur ennemi mortel, ou voulez-vous dire qu'ils n'en auront pas les moyens collectifs, comme cela était le plus souvent le cas du dhimmi en terre d'islam ?
Se protègent-ils de leur propre couardise ou d'une société qui n'est pas prête à les suivre dans leur combat perdu d'avance ?
On sent qu'une nouvelle étape dans le sentiment de culpabilité imposé aux Français est sur le point d'être franchie : après les avoir culpabilisés pour la colonisation, pour leur racisme et leur xénophobie, pour leur amour de la France et j'en passe, on veut qu'ils se sentent coupables de haïr les terroristes qui les tuent.
Ils ne les ont jamais haïs. Au contraire : plus il y a d'attentats, plus ils aiment le divin Autre.
Ne vous y trompez pas, cher Daniel Teyssier : si l'on renâcle à accorder sa haine, c'est en général encore un moyen de préservation et de défense de la part de ceux qui d'instinct sentent qu'ils n'auront pas les moyens de la mettre en œuvre en contre-violence efficace
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Absolument. Et c'est si vrai que le peu d'instinct qu'il leur reste ne leur sert plus qu'à maquiller et qu'à justifier leur propre impuissance.

D'ailleurs l'amant (ou l'ami ? ou le compagnon ? ou le mari ?) du policier tué sur les Champs s'est aussitôt empressé de déclarer qu'"ils n'auront pas sa haine", qu'il "souffre sans haine".
"Cette haine, Xavier, je ne l'ai pas parce qu'elle ne te ressemble pas, parce qu'elle ne correspond en rien à ce qui faisait battre ton coeur, ni ce qui avait fait de toi un gendarme puis un gardien de la paix."

Il décrit également son ami comme quelqu'un mû par "l'intérêt général, le service des autres et la protection de tous" et dont "la tolérance, le dialogue et la tempérance étaient (les) meilleures armes"...
C'est pourtant bien la haine de notre civilisation et de tout ce que nous sommes qui pousse les terroristes à se faire exploser, à crever pour nous faire mal. Évidemment qu'ils s'en tamponnent le coquillard de nos slogans, de nos bougies, de nos nounours, de nos fleurs, de nos " je suis " ceci ou cela, de la Tour Eiffel éteinte et du "vous n'aurez pas ma haine" !

La haine, pour le "civilisé", demeurera toujours un sentiment "primaire", "primitif" - c'est pas beau, c'est pas bien. Elle permet cependant de décupler la force physique, psychologique, l'instinct de survie.
Ça ne change rien. Les djihadistes ne visent aucunement à exciter la HAINE chez qui que ce soit. Ce sont des soldats, dans le combat de qui la haine ne tient aucune part. Ils livrent bataille, comme dans toute guerre avec pour objectif de tuer un plus grand nombre d'ennemis qu' ils n'auront de pertes dans leur rang, ce qu'ils réussissent à chacune de leurs attaques. C'est là ce que les Français n'ont pas encore compris.
Ce sont des soldats, dans le combat de qui la haine ne tient aucune part
/)))
Pas d'accord Francis. Les Mehra et autres djihadistes "français", par ex., ont tous en commun d'eprouver une même haine envers la France et les Français. Tous furent delinquants et rappeurs (relire leurs textes sur "la France sale pays de kouffar") avant d'être djihadistes.
Pas de djihadistes français sans ressentiment. Pas de djihadistes français sans haine pour la France. Il en va de même dans toute l'Europe.
Les commanditaires des assassins, qui sont au Levant, n'éprouvent aucune haine particulière pour les malheureux visés par ces attaques, que ce soit sur la Promenade des Anglais ou à Paris au Bataclan. Ils organisent ces frappes sans plus de haine que n'en éprouvait, par exemple, Georges W. Bush frappant l'Irak. L'attaque de Charlie Hebdo était ciblée, elle n'était pas un attentat aveugle, et on peut penser en effet qu'une certaine "haine" animait les tueurs qui sélectionnèrent leurs victimes. Les frères Kouachi, en cavale dans le nord de la capitale, n'ont pas assassiné l'imprimeur qui "n'y était pour rien", ni les membres de son personnel dont les noms ne figuraient pas sur la liste du jour. Ces hommes, quels qu'aient pu être leurs sentiments en commettant ces atrocités, s'acquittaient d'une mission militaire dont ils avaient reçu instruction de leurs chefs. (Bien du reste comme ces commandos américains quand ils refroidirent Ben Laden chez lui en 2011 – étaient-ils "haineux" ? peut-être, mais c'est là une dimension ou une considération très secondaire au motif militaire de leur action).

Tous les micro-trottoirs menés dans les voisinages de ces djihadistes vous le confirmeront : "on n'a rien vu venir" parce que, précisément, le djihadiste était un type plutôt tranquille, pas particulièrement aboyeur de haine.

Merah fut lui aussi un tueur sélectif, se voulant froid et appliqué comme un guerrier : il frappa "l'ennemi" : le juif, et le militaire français. Pas spécialement la vieille dame se rendant au marché munie de son cabas. Et comme vous le savez, le Bataclan fut ciblé parce que, du point de vue de ces assassins, ses propriétaires étaient en lien avec "le sionisme".

Ces soldats sont fous, mais ils sont des soldats, qui obéissent :
1. à des ordres de leurs chefs qui gouvernent au Levant (l'Etat Islamique);
2. à un système de pensée, de valeurs qui leur dicte un code de hiérarchisation des cibles et de leurs victimes, et la sélection de ces dernières, y compris, comme à Nice, en fonction d'une date (qui fut à Nice celle de la fête nationale mais qui pourra être ailleurs celle d'un anniversaire d'événement remarquable et épique de l'histoire de l'islam, etc.).
3. à un mode opératoire strict qui doit permettre (en abandonnant des papiers d'identité sur le théâtre des opérations, notamment) de signer l'opération à l'intention de leurs chefs.

Le slogan "vous n'aurez pas ma haine" passe à côté de tout ça, il est hors sujet. Du reste, il est en accord parfait avec le "service après-vente" des tueries, qu'assurent les amis modérés de l'islam, je pense ici à l'actuelle ministre française de l'éducation qui fournit un travail admirable, exceptionnel d'efficacité, consistant à promouvoir l'islam en usant du tremplin de ces attentats et tueries islamiques en France, dès le lendemain de leur perpétration, et à parvenir ainsi, très intelligemment, en exploitant des jeux de contrastes, et suivant la dynamique classique "bon flic mauvais flic" (le bon flic rassure et apaise quand le méchant flic cogneur vient de passer ses nerfs sur la victime), à faire aimer l'islam quand le sang des massacres n'a pas fini de sécher ou d'être lavé des rues et lieux publics ou les djihadistes viennent de frapper.

Vous n'aurez pas ma haine est un slogan ou un "élément de langage" de sous-développé politique, atterrant parce que sans objet, et que les assassins doivent probablement trouver drôle et amusant, et propre à exciter leur sadisme autant qu'à les inciter à la pitié, ce dernier sentiment n'étant nullement incompatible avec le sadisme.
Citation
Daniel Teyssier
Pouvez-vous préciser cela cher Alain Eytan. Voulez-vous dire qu'ils n'en auront pas les moyens personnels, par lâcheté et par manque d'engagement mental et/ou physique contre leur ennemi mortel, ou voulez-vous dire qu'ils n'en auront pas les moyens collectifs, comme cela était le plus souvent le cas du dhimmi en terre d'islam ?
Se protègent-ils de leur propre couardise ou d'une société qui n'est pas prête à les suivre dans leur combat perdu d'avance ?

Je veux bien que la collectivité ne puisse être trivialement réductible à l'exacte somme de ses parties, mais enfin, la capacité de cette collectivité à riposter activement, si attaquée, dépend aussi de la disposition des individus qui la composent à s'engager personnellement, physiquement au besoin, dans la riposte défensive, donc à être prêt à changer de mode vie et payer de leur personne, de sorte que l'effet de la démission personnelle se traduit aussi nécessairement sur le plan collectif.
Enfin, quand on est dans un rapport de force, et qu'on renonce à exercer une force contraire pour annuler celle de l'antagoniste par reconnaissance de sa propre impuissance à le faire efficacement, on veut me semble-t-il se préserver de la violence supplémentaire que subira le perdant de la confrontation, en espérant que l'inaction et la passivité épargneront au moins ce surplus de brutalité : c'est encore un moyen de défense... passive.
J'aurais plutôt tendance à penser comme Mavrakis, à savoir que le djihadiste est mû par une haine première, encore qu'elle naisse toujours de façon mimétique (« Moi aussi j'aspire à la gloire du martyr »), et qu'il finit par mettre au service d'un commanditaire lointain et prestigieux. Cette haine est peut-être d'autant plus intense qu'elle reste longtemps discrète et silencieuse, comme un tumeur au cerveau qui ne fait parler d'elle qu'au moment où il est trop tard — l'encéphale semble alors sur le point d'exploser. Dit autrement, il n'y a pas de solution de continuité entre la petite nocence et la grande : ces soldats montent en grade, voilà tout. Et s'ils se dispensent de tuer des cibles de moindre valeur, c'est probablement parce qu'elles n'apporteront rien de plus à leur prestige. Mais enfin, allez savoir ce qu'il se passe dans les encéphales, en de pareils moments...

Le slogan Vous n'aurez pas ma haine aurait du sens et même une certaine noblesse si, d'autre part, le peuple français, blessé, faisait objectivement ce qu'il fallait pour se libérer. Mais dans ce contexte de soumission militante qui est le nôtre (enfin, attendons de voir le résultat du second tour...), ce slogan n'est qu'une preuve supplémentaire de sa veulerie absurde.

Là où Francis Marche me semble avoir parfaitement raison, en revanche, c'est quand il parle de l'admirable processus Good Cop / Bad Cop qu'on voit se déployer après chaque attentat, avec pour résultat classique un amour décuplé des Soumis pour leur cher envahisseur.
Pas d'accord avec l'expression “sous-développé politique”, cher Francis, parce qu'il ne s'agit pas ici de retard mais au contraire d'avance. Ces gens sont l'avant-garde de la post-humanité qui est bien au-delà de la politique. La politique suppose des différences, des oppositions, des dualités structurantes, une dialectique, une part d'ombre intégrée à cette dialectique, toutes choses constituant la base des structures mentales de l'humanité historique : la politique fait partie de l'histoire, ces gens en sont sortis, tout simplement. La seule question est de savoir s'ils réussiront à engloutir l'Islam, comme le croyait le Muray des Chers djihadistes ou si c'est eux qui seront engloutis par lui parce que, comme je le crois de plus en plus, c'est précisément ce qu'ils désirent inconsciemment et mettent en œuvre sous la forme d'un suicide assisté dans lequel ils nous entraînent à notre corps défendant mais tout à fait impuissant.

Impuissant car on ne peut rien faire contre la mutation anthropique qui a donné naissance à cette post-humanité — ce que Renaud Camus a baptisé la Matière Humaine Indifférenciée — ni contre le suicide assisté qu'elle commet parce qu'il s'agit de processus qui naissent à l'intérieur des individus et non d'évolutions imposées de l'extérieur par des forces aliénantes (oligarchie mondialisée, hyperclasse, etc.). L'idée classique d'une aliénation agissant de l'extérieur, si souvent entendue, est une illusion consolatrice ; elle est absolument fausse parce que ce qui est à la base même de ce processus est le contraire exact de l'aliénation puisqu'il s'agit de la désinhibition, de la levée des tabous, des règles, des manières, de la syntaxe, qu'elle soit langagière ou sociale, d'une désaliénation totale donc.
La haine est première, je rejoins Trystan.

Et cette haine sans limite, pas dégrossie, telle une matière à l'état brut, est infiniment précieuse... Ainsi le salafiste, brandissant discours martial et imagerie venue du fond des âges, saura comment la séduire (il saura la faire venir à lui, il saura la prendre en mains, il la dressera, il la polira, avant que de lui imposer cette direction unique et radicale qu'est le Jihad).
Le trait dominant du phénomène actuel "vous n'aurez pas ma haine" : une sorte de gigantesque malentendu entre les bourreaux et leurs victimes. Lorsque bourreau et victime cessent de s'entendre, d'échanger des sentiments sur une même longueur d'ondes, survient naturellement un stade paroxystique du sévice, paroxysme du type que connaissent les dialogues de sourds lorsqu'ils débouchent sur une violence illimitée, que rien ne saurait freiner ou arrêter, dans laquelle la fontaine des effusions de sang ne se tarit point car rien ne saurait cautériser la plaie du malentendu.

La victime dit "je ne vous haïrai point" ; le bourreau n'entend rien, ou s'il entend quelque chose à cela, cela ne lui cause qu'une perplexité passagère. Dans le meilleur des cas, celui, fort hypothétique où le message de la victime au bourreau aurait tant soit peu franchi la barrière de l'entendement, celui-ci lui répondra, au moins mentalement : mais on s'en tape de ta haine, pauvre tache ! nous ce qu'on veut c'est t'éliminer, tu comprends ça ? T'E-LI-MI-NER !

La victime ne conçoit pas, son univers mental ne lui fournit pas les outils de pareille conception, qu'on veuille éliminer de la surface de la terre sa personne, son groupe, son histoire, son être historique, son petit moi serrant contre son coeur son ours en peluche. Ca la dépasse et c'est un peu normal. La solution finale contre le mécréant a été décrétée, et voilà le mécréant qui répond à ce décret en y objectant, que, quoi qu'on lui fasse, il ne haïra point son exécuteur ! Non mais pour qui il se prend lui ? Pour Jésus ? Pour la Princesse de Lamballe dans le quartier Saint-Antoine à Paris le 3 septembre 1792 ? Et en général, face à ce type de malentendu (les bourreaux détestent les malentendus), les coups pleuvent, redoublent de violence et la victime finit découpée en quartiers en protestant dans son coeur contre l'horrible et fatale méprise dont elle pâtit à cette heure.

Accéder au réel par une pensée politique appliquée à ce qui advient représente l'unique voie de dissipation des malentendus entre protagonistes de l'acte hostile et violent (la victime, le bourreau). Le sous-développé politique ne sait pas danser. Il n'accède pas au fait guerrier, n'entend pas le plan de l'adversaire ou ennemi et ne sait pas non plus s'aligner face à lui, sur un même champ et dans la longueur d'onde des volontés arrêtées de l'ennemi, comme pour un ballet correctement chorégraphié. C'est pourtant un enseignement majeur parmi ceux qu'ont tiré un Ernst Jünger dans Le Combat comme expérience intérieure ou un Jan Patocka dans son "essai hérétique" Les Guerres du XXe siècle, ou encore un Teilhard de Chardin dans ses Ecrits sur le temps de la guerre, enseignement tiré de ce que Patocka et Jünger nomment l'expérience du Front : la guerre, celle des tranchées, qui fut quintessentiellement la guerre, ne connaît que la nécessité et ne s'embarasse point de haine ou de passion négative à l'égard de l'ennemi, à l'instar de ce qui se noue dans un combat de boxe, en un sens, dans lequel il n'est pas question de se battre, comme des coqs ou comme des gamins, mais de combattre, de danser ensemble, de s'entendre pour s'entre-éliminer sans haine. Sinon, le sang pisse à n'en plus finir dans la méprise générale et toujours dans le même camp, celui de la victime auto-sacrificielle. Puis, il advient ou il peut advenir, qu'il naisse de ce front dansant et pensant, la fameuse "solidarité des ébranlés" de Patocka et que se produise ce miracle de "la prière aux ennemis" (Patocka). Mais il faut, pour atteindre ce point d'incandescence, faire front dans la pleine intelligence du réel et des volontés qui arment les forces en présence dans la belligérance. La position de Jésus est de faire front dans l'intelligence des enjeux, des dynamiques des forces et de la volonté politique du bourreau. Son suicide assisté en fut stratégique, presque (posthumément) manoeuvrier.

Donc, la haine est hors sujet et absente quoi qu'il en soit : tant celle que l'on suppose présente chez le guerrier-bourreau que celle qu'on s'imagine qu'il entend susciter chez nous en nous provoquant à la riposte. Sa notion même, et toutes les manières qu'on lui prête d'intervenir dans un conflit, sont, pour commencer, une entrave à la guerre efficace, et ultérieurement à l'obtention d'une victoire propre et nette.
Ernst Jünger et les autres ont été appelés, mobilisés. Nos djihadistes se mobilisent eux-mêmes, après avoir fait leurs classes dans la petite délinquance. Au fond, ce sont de grands romantiques, des condottieri animés de l'esprit de sérieux, et qui rêvent de gratification narcissique, fût-elle posthume.

Quant aux proches des victimes, quand ils disent « Vous n'aurez pas ma haine », il me semble qu'ils disent en réalité « Je refuse de réagir, ayant de toute façon décidé de ne rien voir ». Ou encore, plus comiquement : « Je ne veux pas le savoir ! »

On peut aussi s'amuser à expliquer tout cela de façon rené-girardienne : le djihadiste tue parce qu'il a vu d'autres personne vouloir tuer, il est alors persuadé que c'est là ce qu'il désire aussi ; l'agneau occidental, parce qu'il a entendu mille autres agneaux le dire avant lui, répète ce slogan, tout en étant persuadé qu'il énonce là des propos on ne peut plus personnels, d'une nouveauté et d'une profondeur extrêmes.

Le “médiateur”, la source d'imitation du djihadiste, c'est une espèce de roman de cape de d'épée islamique ; la source d'imitation du proche de la victime, c'est sans doute un Jésus Christ mal compris, enrobé d'un catéchisme post-conciliaire écœurant, voire, pourquoi pas, un Jean-Jacques Rousseau, la paranoïa en moins.
@T. Dee
Ernst Jünger et les autres ont été appelés, mobilisés. Nos djihadistes se mobilisent eux-mêmes, après avoir fait leurs classes dans la petite délinquance
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C'est là toute la différence ! Merci de le souligner. Et j'aime beaucoup votre explication rené-girardienne.

Mais revenons à Jünger.
Nous savons tous que son lyrisme au sujet de la guerre lui a valu d’être qualifié par certains de "poète de la cruauté". Pourtant, jamais un mot de haine pour l’ennemi, jamais de mépris, ce qui n'est pas, me semble-t-il, le cas de "nos chers djihadistes" (pour lesquels l'ennemi est un sous-homme, un porc, qu'il s'agit non son seulement d'égorger, mais surtout d'humilier). Car pour l'écrivain l’estime va au soldat d’en face, français ou anglais, et il ne s’agit pas de perpétrer des exactions, mais de monter à l’assaut ! Cette quête de bravoure, d’où qu’elle vienne, est le trait prédominant de l’œuvre jungerienne. Il s’est affirmé au cours de la Grande Guerre, il s’accentuera encore dans les années trente, lorsque l’auteur prendra peu à peu conscience de l’écart croissant entre le national-socialisme et les espérances des penseurs de la révolution conservatrice (le régime hitlérien, déserté par la noblesse, avide de briser les individus au profit de la masse, lui inspirera le dégoût).

La force de l’homme seul avec lui-même, l’exaltation de son existence au combat, quel que soit ce combat, c’est en cela que consiste l’essence de la pensée de Jünger, de son éthique. Elle ne repose dans rien d’autre que dans le dépassement de ses propres faiblesses, dans l’unité de l’esprit et du sang au profit du sacrifice.
Bref, nous sommes à des années lumières de l"'éthique djihadiste".

@Francis
Les djihadistes ne visent aucunement à exciter la HAINE chez qui que ce soit. Ce sont des soldats, dans le combat de qui la haine ne tient aucune part. Ils livrent bataille, comme dans toute guerre

Pas d'accord. Définitivement.
Si la haine et son déferlement tous azimuts étaient à la source de l’action djihadiste, ceux qui avancent « vous n’aurez pas ma haine » seraient des résistants authentiques à cette action. Or ce n’est évidemment pas le cas, cela parce que la haine ne fait qu’accompagner cette action, comme la fièvre la maladie : on ne combat pas la maladie en s’attaquant à la fièvre qui en est le signe.

Ces attaques ont lieu parce qu’une politique d’extermination guerrière a été décrétée qui frappe les mécréants. Et chaque action est pensée par les djihadistes comme une bataille, et les résultats en sont proclamés comme tels – à l’issue des événements du 11 septembre 2001, Ben Laden dressa l’état comptable de « la bataille » : nous avons eu une poignée de tués quand l’ennemi à péri par milliers, c’est donc une grande victoire. Même constat pour les « actions de commando » type Charlie Hebdo ou le Bataclan, que « la haine » ne fit qu’escorter.

Si la haine était à la source du djihadisme celui-ci ne montrerait pas la longanimité qui est la sienne car la haine, là encore comme la fièvre, épuise celui qui l’éprouve.

Ces actions, jusqu’à l’explosion d’une ceinture d’explosif portée par une enfant sur un marché du Nigeria, sont pensées stratégiquement et politiquement. La haine n’en est qu’un sous-produit. Je maintiens tout ce que j’ai écrit hier sur le sujet : ceux qui n’ont pas compris cela sont des sous-développés politiques, conduits vers les poubelles de l’histoire un bandeau sur les yeux.
Je me permets d'ajouter que si la haine était le principal moteur des djihadistes il y aurait un attentat toutes les 5 minutes.
Comment cela ? La haine n'est-elle pas, par excellence, un sentiment que l'on ressasse, seul, dans son coin, des heures durant, sans forcément savoir que faire ?

Cela dit, s'il n'y a pas un attentat toutes les cinq minutes, il y a bien de la nocence contre la France et les Français toutes les cinq minutes, et même toutes les minutes. Le sous-développement politique, en l'occurrence, c'est de croire à une solution de continuité entre les cortèges de mariés qui bloquent Marseille ou Roubaix le samedi, et le terrorisme ; entre la nuisance petite et grande.

Sans doute la haine se transforme-t-elle en esprit de sérieux à mesure que notre djihadiste prend du galon. Le petit rappeur qui chante Nique la France et noce dans son quartier éprouve une haine sincère, bien que mimétique, pour ce pays. Mais quand il se met à travailler pour Daesh, alors là, c'est autre chose : le niveau de responsabilité qui est le sien, la dimension supérieure dans laquelle il évolue lui permet de ne plus “haïr” et, à la place, d'agir froidement en valeureux guerrier mû par des ambitions suprêmes (croit-il).
À ma connaissance, aucun n'est encore parti faire le Jihad par amour pour la France, ou, si on préfère, mû par une irrépressible pulsion vivrensembliste.

Mais bon, Trystan explique tout ça très bien.
L'infidèle est aux yeux des musulmans un impur et ils éprouvent à l'encontre de cet impur sinon de la haine du moins une aversion irepressible.
Aversion, mépris, certes. Mais la "haine" telle qu'on la trouve immanquablement nommée comme élément de langage dans les déclarations des proches des victimes, non. La haine s'épuise trop vite, autant qu'elle épuise celui qui l'éprouve.

La haine du juif, par exemple, a existé, avec dans l'histoire du XXe siècle les conséquences que l'on sait, mais voyez par quoi elle s'est très vite soldée : la victoire des juifs et la dissolution de l'hitlérisme dans la folie, l'errance stratégique et l'écrasement militaire.
» Le sous-développement politique, en l'occurrence, c'est de croire à une solution de continuité entre les cortèges de mariés qui bloquent Marseille ou Roubaix le samedi, et le terrorisme ; entre la nuisance petite et grande

C'est à se demander, question centrale de l'être-au-monde, s'il existe une solution de continuité entre les Le Coz et le terrorisme...

Quoi qu'il en soit, je ne vois pas pourquoi il n'y aurait parmi les djihadistes à la fois des fanatiques haineux, de froids exécutants doctrinaires, et des opportunistes de tout type... Pour ma part je ne crois plus tellement à une motivation et une nature uniques du djihadisme, et particulièrement de la "renaissance moderne" de l'intégrisme musulman.
La composante haineuse me semble également difficile à écarter du fait de la prééminence des valeurs de fierté et d'honneur dans les sociétés arabo-musulmanes, suscitant, dès lors qu'on les estime à tort ou à raison bafouées, le sentiment de l'affront et le ressentiment : affront de tout et de n'importe quoi en réalité, mais il me semble que le considérable retard de civilisation de ces pays et le marasme chaotique dans quoi ils stagnent, qui sont tout de même assez évidents même aux yeux des contempteurs du progrès occidental, n'ont pas dû arranger les choses de ce point de vue, et constituer une cause probable de la plus cuisante des avanies : il n'y a possiblement rien de plus venimeux et malignement nuisible qu'un gosse vexé comme un pou de n'être pas à la hauteur, et surtout d'être considéré comme tel...
Très intéressant mon cher Alain.
Iriez-vous jusqu'à dire que cette "composante haineuse", que l'on retrouve également chez nos CPF et dans toute l'Europe, tient au fait qu'"il n'y a possiblement rien de plus venimeux et malignement nuisible qu'un gosse vexé comme un pou de n'être pas à la hauteur (de son pays d'accueil), et surtout d'être considéré comme tel" ?
Pour autant qu'un bon nombre d'entre eux ne se reconnaissent absolument pas dans les valeurs du pays d'accueil, dont on sait du reste comme parfois ils le chérissent, le point d'ancrage identitaire et l'étiage de référence demeure la région d'origine, au regard de quoi le mode de vie occidental et ses accomplissements peuvent en effet apparaître comme un affront : en illustrant cela par le haut du panier, si l'on peut dire, je suis très souvent frappé par la sorte de complexe d'infériorité dont essayent de se dégager des intellectuels musulmans chaque fois qu'il débattent avec des confrères européens, et comme par un retour d'orgueil et d'agressivité ils tentent de sauver coûte que coûte ce qui peut l'être de leur terreau culturel d'origine.
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