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12 novembre 2017, 11:13   Le phallus dans la langue
Ecriture inclusive : "En français, la langue reste attachée au phallus" Chloé Delaume : "L'égalité n'est pas concevable, c'est ce que nous renvoie, en kidnappant la langue, chaque jour, l'Académie". (JOEL SAGET / AFP)
Alors que le débat s'enflamme sur l'écriture inclusive, "l'Obs" a demandé à plusieurs écrivain·e·s ce qu'ils en pensent. Chloé Delaume, romancière exigeante et audacieuse, s'exprime sur le sujet.


Publié le 12 novembre 2017 à 08h01

Cette tribune est un extrait du dossier
«Ecriture inclusive: que disent les écrivain·e·s?»



"Ce qui n'est pas nommé n'existe pas: l'invisibilisation des femmes passe d'abord par la langue. Or depuis quelque temps, les leurs, partout, se délient. Souvent, en se libérant, leur parole éclabousse les consciences de gras de porc, un haut-le-cœur collectif. La possibilité que le réel se modifie, que les comportements cessent de tremper dans l'huile. Pour décrire ces violences, leurs formes et leurs manifestations implicites comme explicites, il existe tout un tas de mots dans le dictionnaire. Ils circulaient depuis longtemps, jusqu'ici en privé, pas dans l'espace public.



L'espace public, en France, le bon esprit de la gaudriole, la possession par droit de cuissage, l'invocation de l'œuvre de Rabelais et de la truculence nationale pour palper tranquillou la chatte de la voisine: en marche pour l'exorcisme. En cela, réjouissons-nous. Et profitons, surtout, de ce moment propice pour imposer dans la foulée une réforme de la langue française, et l'annexion de l'Académie française par le secrétariat d'Etat chargé de l'Egalité femmes-hommes.



Depuis 1634, la grammaire et le Dictionnaire, l'évolution de la langue, sont sous la protection de l'Académie française, qui seule a le pouvoir de trancher. Quarante sièges, première femme Marguerite Yourcenar, 1980. Bientôt cinq siècles, 729 membres, 8 femmes. Alors évidemment. La langue française vivante, mais les bouches qui la parlent, les lèvres qui la font, elles restent muettes, invisibles, jamais représentées. Nicolas Beauzée, grammairien, 1767: «Le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle.» La langue est un organe composé de dix-sept muscles, quand la tienne est française et que tu es une femme, ils sont anesthésiés. En médecine chinoise, le cœur est relié à la langue. En français dans le texte la langue reste pour sa part attachée à la bite.

La règle de proximité peut changer les mentalités, la syntaxe sociale s'écrit au fond des crânes, les gestes verbalisent et conjuguent autrement, s'accorder est possible. Faudra juste insister auprès de l'Académie. La modification du réel, l'obsolescence de la supériorité du genre masculin, dont la réputation s'est notablement ternie depuis 1767, n'y est pas prise en compte. La féminisation des noms de métiers, des grades, des titres et des fonctions n'est toujours pas reconnue par les gardiens de l'usage, le phallocentrisme pour eux: un trésor national. Simone Veil, un confrère. Le masculin n'est pas neutre, il auréole de grâce, offert comme un cadeau, le masculin répare chez les femmes qui le méritent leur envie de phallus. L'influence du freudisme sur les personnes âgées fait encore des ravages.

Le 23, quai de Conti, les séances à huis clos de l'Académie française. Au centre, pas un lutrin mais une table en acier, dessus le Dictionnaire maintenu sous la Coupole, examen préalable au rituel de pureté; en cercle les habits verts, le bicorne et l'épée. Sous les lentilles de verre, le Dictionnaire palpite, du réel suinte des pages, la féminisation, des «e», des «trices», des «esses», qui éclosent à outrance, si étrange à l'oreille, des fréquences inédites qui grillent les Sonotone, un peu de sang dans la pièce et quelques immortels aussitôt évacués. A ne pouvoir se nommer, le réel se perd de vue. L'égalité n'existe pas, l'égalité n'est pas concevable, c'est ce que nous renvoie, en kidnappant la langue, chaque jour, l'Académie.

Non, le masculin ne l'a pas toujours emporté sur le féminin

Le point médian est un stigmate: à ne pas avoir laissé la langue se féminiser naturellement, à l'avoir maintenue hors de portée et du réel, les revendications explosent et les mesures graphiques sont radicales. Le point médian est adapté et praticable dans de nombreux lieux et registres, mais difficile pour moi en terrain littéraire. C'est compliqué de jongler avec. «Je» contre la génuflexion par la double flexion, «celles et ceux qui»; privilégie les épicènes; applique dans mes courriers la règle selon laquelle en cas de supériorité de nombre, le féminin l'emporte sur le masculin. Le point médian est un symptôme, la manifestation d'un manque. Le débat autour de l'écriture inclusive pourrait être l'occasion d'organiser un putsch au 23, quai de Conti."



Chloé Delaume est écrivaine, éditrice, performeuse et musicienne. Elle a écrit de nombreux ouvrages, dont «le Cri du sablier», prix Décembre 2001. Dernier ouvrage paru: «les Sorcières de la République» (Seuil)
12 novembre 2017, 11:59   Re : Le phallus dans la langue
la langue reste pour sa part attachée à la bite


Il faudrait, pour juger de ce qui les ronge, connaître la vie privée de ces femmes, histoire de voir si, par hasard, leur incessante logorrhée victimiste ne serait pas un peu "attachée à la chatte".
12 novembre 2017, 13:36   Re : Le phallus dans la langue
(Fô dire qu'avec une tronche pareille...)

[i.ytimg.com]
12 novembre 2017, 14:19   Re : Le phallus dans la langue
Sexe, crimes et botanique (ta mère).

Toutes des petites Agrippine qui se préparent à la fabrication de petits Néron.
 
Citation
Pascal Mavrakis
(Fô dire qu'avec une tronche pareille...)

[i.ytimg.com]

J'allais, Pascal, vous inviter à prendre connaissance du physique parfaitement révélateur de dame Deleaume. Impressionnant, hein? Avec ces gens-là, c'est le règne des beautés assuré ! La langue, le visage, la silhouette...

Une 'sœur' de Deleaume, probablement : [actu.orange.fr]
12 novembre 2017, 17:15   Re : Le phallus dans la langue
La bobo S. Forestier a, "en tant que femme", "une responsabilité", et "un problème avec l'injonction"...
12 novembre 2017, 17:15   Re : Le phallus dans la langue
Hmm, plus jeune, elle a pu être mignonne ; au reste, c'est tout de même une femme qui déclare que pratiquant la "prostitution en bar", elle se sentait plus libre que si elle avait été caissière à Carrefour ; le texte en lui-même n'est pas si déplaisant à lire, et j'ai honte d'avouer que j'ignorais le sens précis d'"épicène".
Enfin, les choses ne sont jamais si tranchées...




12 novembre 2017, 17:20   Re : Le phallus dans la langue
"Hmm, plus jeune, elle a pu être mignonne"

Alors il faudrait m'expliquer pourquoi elles vieillissent (et s'enlaidissent) si vite... ?
C'est comme si un certain mode de pensée, on va dire une certaine "culture", produisait presque naturellement de la laideur physique.

Admirez ces beaux, ces nobles visages de femmes d'âge mur, dans nombre de sociétés traditionnelles...
12 novembre 2017, 17:28   Re : Le phallus dans la langue
j'ai honte d'avouer que j'ignorais le sens précis d'"épicène"
///))

Merci Alain. Grâce à vous j'ai moins honte de l'avouer, moi aussi.
12 novembre 2017, 18:22   Re : Le phallus dans la langue
Alors il faudrait m'expliquer pourquoi elles vieillissent (et s'enlaidissent) si vite... ?

Bah on vous dira que c'est le traumatisme retardé provoqué par l'esclavage sexuel qu'elle a subi.

Je lis ça à propos de campagnes de propagande féministe menées dans les écoles :

J'étais en robe et un garçon m'a soulevé ma robe", témoigne une adolescente. "À la piscine, quand on s'habillait ou on se déshabillait, [les garçons] étaient tous en train de nous regarder", confie une autre. Une troisième fille parle de "garçons qui étaient de vrais obsédés" et de "mecs qui touchent les fesses".
Ces comportements "ne sont pas des jeux. Ce sont des violences sexuelles", prévient Muriel Salmona, psychiatre et psycho-traumatologue. "Ces actes sexuels" peuvent avoir "des conséquences très graves. Cinquante ans après, il y a des études qui l'ont démontré, cela peut être un facteur de risque de suicide, de dépressions à répétition, de troubles anxio-dépressifs, de troubles psycho-traumatiques avec des souffrances", poursuit la spécialiste.
12 novembre 2017, 18:58   Re : Le phallus dans la langue
(...) poursuit la spécialiste.

///

"Laisse-moi t'expliquer.
Tous savent qui je suis
mais voilà, ce Je Suis
est de surcroît un homme
pour toi."


"Les blessures", P. Neruda.
La demoiselle, avant de rabougrir (aujourd'hui elle ressemble à Françoise Héritier), a été la compagne d'un philosophe un rien azimuté, l'attachant Mehdi Belhaj Kacem. Celui-ci a livré quelques réflexions intéressantes sur l'ironie pathologique des rejetons de la génération Canal+, soit des millions de mâles cradingues à voix de fausset dont les existences entières furent consacrées à déconner, se moquer, se poiler, se marrer. In-la-ssa-ble-ment. (Je n'oublierai jamais l'hommage du fils de Claude Chabrol à son père tout juste décédé : "Qu'est-ce qu'on s'est bien marrés, quand même.")
Citation
Alain Eytan
Hmm, plus jeune, elle a pu être mignonne ; au reste, c'est tout de même une femme qui déclare que pratiquant la "prostitution en bar", elle se sentait plus libre que si elle avait été caissière à Carrefour ; le texte en lui-même n'est pas si déplaisant à lire, et j'ai honte d'avouer que j'ignorais le sens précis d'"épicène".
Enfin, les choses ne sont jamais si tranchées...




Entre nous, je préfère son reflet dans le miroir.
13 novembre 2017, 16:33   Re : Le phallus dans la langue
Le reflet n'est qu'un floutage, donc un filoutage ; cette jeune femme a un beau regard, très attirant, et c'est toujours bouleversant, un beau regard, le reste importe vraiment peu...
13 novembre 2017, 17:03   Re : Le phallus dans la langue
Cette toute nouvelle dinde de chez Médiapart n'est pas mal non plus.

A voir :

[www.fdesouche.com]
14 novembre 2017, 17:08   Re : Le phallus dans la langue
"En ce sens on peut dire que l’hystérique femme, s’il y a beaucoup plus d’hystériques femmes que d’hystériques hommes, c’est un fait d’expérience clinique, c’est parce que le chemin de la réalisation symbolique de la femme comme telle est plus compliqué. Inversement pour ce qui est d’en poser le problème, c’est-à-dire en quelque sorte de s’arrêter à mi-chemin. Car devenir femme et s’interroger sur ce qu’est être une femme sont deux choses essentiellement différentes. Je dirais même plus, que c’est parce qu’on ne le devient pas qu’on s’interroge, et jusqu’à un certain point, s’interroger est le contraire de le devenir. La métaphysique de sa position est le détour imposé à la réalisation subjective chez la femme. C’est parce que sa position est essentiellement problématique, et jusqu’à un certain point inassimilable qu’elle fera plus facilement une hystérique qu’un sujet du sexe opposé. Mais d’un autre côté, une hystérie sera précisément aussi une solution plus adéquate, quand la question prend forme sous cet aspect de l’hystérie. Et elle prend cette forme par la voie la plus courte, c’est-à-dire qu’il lui est très facile de poser la question simplement par l’identification au père. C’est ce qui fait la particulière clarté de la position féminine à l’intérieur de l’hystérie." (Lacan, S. XIII, p. 200 ; 21 mars 1956).
14 novembre 2017, 20:52   Question
Est-ce que Lacan précise pourquoi la position de la femme est essentiellement problématique, et jusqu’à un certain point inassimilable ?
14 novembre 2017, 22:33   Re : Question
Non Alain, à ma connaissance Lacan ne ne donne aucune précision supplémentaire. On va dire qu'en bon "ésotériste" il ne nous dit "pas tout"

Si j'ai bien compris (mais comprendre Lacan...) une femme, contrairement à un homme, "n’est pas toute" dans la fonction phallique, puisqu'à supporter le poids de "La femme" – cette "La femme" (qui) n’existe pas" – elle a aussi affaire à autre chose.
La femme "n'est pas toute" dira Lacan mais ce n'est pas pour indiquer un moins ou un manque côté femme. Cela veut dire que la femme a une étendue du côté de la jouissance. Elle n'est pas toute... pas toute phallique. Dès lors la logique phallique ne peut suffire à dire toute la femme (raison pour laquelle elle est "problématique" ?, et jusqu’à un certain point "inassimilable" ?). Car le pas-tout implique de situer ce que l’on désigne du terme de "féminin" non pas dans un en deçà du langage, mais là où le phallique rencontre sa limite, faisant place à une jouissance Autre que la jouissance phallique, et qui lui est hétérogène en cela qu’elle est hors langage. C’est pourquoi Lacan accorde à la femme une "jouissance supplémentaire".

Beaucoup de difficultés à expliquer ce qui, au premier abord, m'avait paru si clair...
15 novembre 2017, 16:31   Du côté de la jouissance
Je suis d'accord avec Lacan pour dire que "la femme a une étendue du côté de la jouissance" : l'imagerie du cerveau a mis en évidence, me souviens-je, que l'aire cérébrale mobilisée lors de l'orgasme est bien plus étendue chez elle que ce qui peut se voir chez nous, qui apparaît ma foi assez ridicule, en regard. Pour ne rien dire de la capacité extraordinaire de jouir à répétition.
Mais ce qui m'a toujours stupéfié chez Lacan, c'est cette assurance, confinant à la bêtise, avec quoi il érige la "fonction phallique" en alpha et oméga de la condition humaine sexuée en soi, pôle magnétique absolu de la détermination des comportements : biologiquement, ça ne tient pas : XX est bien plus entier, plus "soi", plus identitaire, plus homogène, allons, que le déparié XY, un pied toujours dans l'Autre.
De manière générale, sans donc ne parler que de la femme, le phallus, chez Lacan, a un statut symbolique (ce qui a fait bondir Vernant) et une fonction, laquelle est d'organisation et de gestion de la structure. Il occupe la même place, centrale elle aussi, que le complexe de castration chez Freud, pour qui l'Œdipe et ses ratés expliquent tout de la personne. Si Lacan a entrepris un retour à Freud, c'est bien pour le dézinguer en jouant le signifiant et ses réseaux contre le théâtre et les représentations d'Œdipe [et de Shakespeare] (c'est la conclusion amusée de Marion). En tout cas, les deux sont restés absolument personnologues. Lacan, ancien compagnon de route des surréalistes, demeura également "spiritualiste" jusqu'au bout (sa confrontation formaliste avec les logiciens est tellement insaisissable qu'elle constitue nécessairement un échec), tandis que Freud resta lamarckien toute sa vie. Je dis cela pour signifier qu'a priori une lecture biologisante ou naturaliste de Freud est possible (voir plutôt les travaux de Gérard Pommier sur ce point que ceux, très tendance, de Lionel Naccache – quoique, c'est vous qui voyez...). Une telle lecture de Lacan ou, disons, Lacan confirmé ou infirmé par la biologie, en revanche, j'ai quelque peine à y croire. Mais il faut dire que j'ai du mal avec les IRM.
16 novembre 2017, 12:19   Re : Le phallus dans la langue
@Alain
Mais ce qui m'a toujours stupéfié chez Lacan, c'est cette assurance, confinant à la bêtise
////

Bêtise ? Oui peut-être... Je parlerai plutôt de séduction, celle qui consiste à détourner l'autre vers soi, ou de fascination, si l'on regarde le nombre impressionnant de suiveurs et d'imitateurs qui lui collaient aux fesses.
Lacan, un grand séducteur comme ont su l'être les grands seigneurs libertins du 18ème siècle.
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